Compte rendu, critique, concert. Venarey-Les Laumes, le 21 janvier 2018. Grether / Drobinsky.

Compte rendu, critique, concert. Venarey-Les Laumes (Côte d’Or), Eglise St Germain, le 21 janvier 2018. Elsa Grether, violon / Mark Drobinsky, violoncelle. Mozart, Bach, Prokoviev, Khachaturian, Albeniz et Haendel-Halvorsen. En haute Côte d’Or, l’Eglise Saint-Germain, de Venarey – Les Laumes, est un beau monument, construit entre le XIIIe et le XVe S, restauré en 1998. Hélas, sa signalisation est insuffisante, au point que les artistes ont mis plus d’une heure à la localiser. Ainsi, aucun raccord n’était-il possible avant le concert, d’autant que la nef s’emplissait d’un public de plus en plus nombreux. Elsa Grether et Mark Drobinsky se sont rencontrés à la faveur du programme élaboré par l’infatigable animatrice de Hors Saison Musicale, Agnès Desjobert.

Belle victoire, non loin d’Alésia

1516641762515blob.jpgDistants d’une génération, les musiciens sont musicalement d’une proximité, d’une familiarité, d’une connivence qui pourraient laisser penser qu’ils travaillent ensemble de longue date. Le premier duo de Mozart, écrit pour violon et alto, ici remplacé par le violoncelle, n’est pas un simple divertissement, comme des centaines de duos écrits durant un siècle pour deux violons, ou un violon et un autre instrument : ici, ces derniers jouent un rôle égal, échangeant, rivalisant, dans une écriture particulièrement soignée. Le miracle, réservé aux plus grands, se réalise. Les deux interprètes accordent  leur jeu à merveille, à telle enseigne que rien ne permet d’imaginer qu’une telle rencontre, presqu’impromptue, puisse conduire à une harmonie semblable. Ils ne se retrouveront en duo que dans la dernière pièce. La (célèbre) passacaille de la 7ème suite pour clavecin de Haendel a été fréquemment transcrite, pour les formations les plus invraisemblables. Pour emprunter son matériau à Haendel, Johan Halvorsen l’a librement adaptée pour violon et alto (ici violoncelle). Cette sorte de reconstruction, sympathique, fort plaisante, estompe quelque peu le caractère initial, baroque, au profit de la mise en valeur du jeu de chacun. Le public est ravi et la chaleur de ses longs applaudissements témoignent de sa satisfaction.  Le bis sera réservé au violoncelle seul : la marche de la suite pour les enfants, opus 65, de Prokofiev.
L’essentiel n’était pas là : ces deux œuvres et le bis ne constituaient que l’écrin d’un ambitieux récital où, tour à tour, chaque musicien allait illustrer son instrument à travers des œuvres qui lui sont spécifiquement dédiées. La troisième suite pour violoncelle seul de Bach, l’une des plus amples, est magistralement jouée. Le violoncelle italien  de 1748 (Carlo Antonio Testore) sonne avec une plénitude, une rondeur rares. La puissance s’allie à la légèreté, à la délicatesse, avec toujours, une qualité expressive propre à captiver l’attention de l’auditeur. On oublie la virtuosité requise tant le naturel du jeu de Mark Drobinsky relève de l’évidence. Tout juste est-on surpris par le tempo relativement allant de la splendide et majestueuse sarabande. Le contraste entre les deux bourrées a-t-il été mieux rendu ? Quant à la vigoureuse gigue finale, elle nous laisse hors d’haleine.
Elsa Grether nous gratifiera de trois pièces pour violon seul. Avant la sonate-monologue de Khatchaturian, qu’elle défend avec plus de conviction que jamais, et la redoutable et spectaculaire transcription d’Asturias d’Albeniz, c’est la rare sonate de Prokofiev dont nous avons la primeur. Toutes les techniques y sont sollicitées pour une écriture brillante, où la puissance rythmique le dispute à l’agrément quasi néo-classique. Qu’en retenir ? Peut-être le mouvement médian, andante dolce, dont les couleurs et le legato, dès l’exposition du thème, portent la marque d’une interprétation inspirée. Les variations sont un pur régal. Gageons qu’un enregistrement nous permettra de retrouver ce moment fort. Dans l’ample et originale sonate de Khatchaturian qui devait suivre, la cloche sonna, et étrangement, sa résonance s’inscrivait dans l’harmonie du passage. L’émotion vraie dégagée par cette nouvelle lecture, plus magistrale que jamais, n’en fut pas troublée. Quant à la chaleur d’Asturias, en ces temps hivernaux et pluvieux, elle réconfortait chacun.
Les lecteurs de Classique News connaissent bien Elsa Grether, récompensée pour son dernier enregistrement, ils ont sans doute écouté Mark Drobinsky, un des plus grands violoncellistes de notre temps. Nul doute que sans leur générosité et le travail d’Agnès Desjobert et de Pour Que l’Esprit Vive, jamais un tel événement n’aurait été imaginable. Le 11 février, à Sermoise-sur-Loire (Nièvre), toujours sous les auspices de Hors-Saison musicale, ils seront de nouveau réunis. Puisse cette collaboration se poursuivre pour notre plus grand bonheur. Le répertoire est vaste : Les sonates de Ravel, de Martinu, le duo de Kodaly, et tant d’autres œuvres…

———————————

Concert, critique, compte rendu. Elsa Grether, violon, et Mark Drobinsky, violoncelle, dans un programme Mozart, Bach, Prokoviev, Khachaturian, Albeniz et Haendel-Halvorsen. Venarey-Les Laumes (Côte d’Or), Eglise St Germain, 21 janvier 2018. Photo © Fanny Abadi

Comments are closed.