Compte-rendu, concours. Besançon, 55ème Concours international de jeunes chefs d’orchestre, finale, le 16 septembre 2017, 16h, Théâtre Ledoux.

GLASSBERG BEN DR 870x489_ben_glassberg_c_petit_1Compte rendu, concours, Besançon, 55ème Concours international de jeunes chefs d’orchestre, finale, le 16 septembre 2017, 16h, Théâtre Ledoux. Des 270 candidats auditionnés, aux quatre coins du monde, de 43 nationalités, ils ne sont plus que trois pour cette finale qui promet d’être passionnante. Depuis une semaine, ils auront dirigé Appalachian Spring (la suite de Copland), des extraits de Carmen, avec quatre solistes renommés,  du second concerto de Chopin, avec Philippe Cassard, l’enfant du pays, et rien moins que l’Ensemble Aedes dans la Messe en si mineur de Bach. L’Orchestre National de Lyon, après l’Orchestre Victor Hugo de Franche-Comté, s’y prête avec un engagement quasi amoureux, qui réjouit.  Un concours complet, donc, qui permet d’apprécier chacune  – elles étaient 44 femmes – et chacun dans toutes les configurations  et dans des répertoires très larges.


L’anglais Ben Glassberg fait l’unanimité

Le jury, présidé par Leonard Slatkin, rassemble six autres personnalités, quatre chefs, la directrice d’une institution musicale, et Philippe Hersant, compositeur en résidence.  Pas de critique… aurait-on oublié que Emile Vuillermoz avait fondé ce concours ? Qui nous fera croire que chaque membre du jury connaissait par le menu toutes les indications dynamiques si subtiles de Debussy, les mouvements notés par Johann Strauss ? Hormis Philippe Hersant, jugeant l’interprétation de sa création, même familier des œuvres, comment apprécier la probité des candidats sans partition ? Le seul critère serait-il la gestuelle et son effet ? Après ces remarques, revenons à l’essentiel : La palette expressive est très large, et aucun ne démérite.
860_img_57001Ainsi, le Russe Ivan Demidov (26 ans) réussit-il  le Jardin étoilé, particulièrement l’avant dernière séquence, qui sent son Janáček, Les Debussy sont un peu verts, dont on voit les coutures, mais le respect scrupuleux des infimes nuances est observé. Par contre, la direction outrée, bruyante, fruste et superficielle de Johann Strauss nous entraîne loin de Vienne. Le français Jordan Gudefin (28 ans), dont le métier est indiscutable, à la direction précise, a bien mémorisé l’œuvre de Hersant, suffisamment pour se concentrer sur ses musiciens. Les finales sont soignées, la douceur, l’énergie, la fébrilité sont bien là. Nuages, de Debussy, a de beaux modelés, mais les indications dynamiques (« sans retarder », « plus lent » « encore plus lent »…) sont ignorées ou dénaturées. Avec Fêtes et son crescendo, nous sommes heureux. L’ouverture de la Chauve-souris surprend et on ne comprend guère. Pourquoi avoir omis ce point d’orgue, qui, au terme de l’introduction, fait attendre l’envol de la valse ? Pourquoi ignorer nombre d’indications de la partition, dont l’ « allegro moderato » des polkas ? La recherche d’effets est gratuite, rendant indigeste cette pâtisserie viennoise.

GLASSBERG BEN maestro besancon concours 2017Enfin, Ben Glassberg (Grande Bretagne, 23 ans), avec une probité exemplaire et une direction en tous points parfaite, va nous ravir. Il se passe toujours quelque chose, dans une lecture à la fois très fine et construite. Cela chante, et pas seulement les admirables solistes, c’est à la fois souple, naturel et charpenté, coloré et fort. Poésie, fraîcheur, effusions violentes ou contenues, on oublie les références de Philippe Hersant (Debussy, Bartók, Janáček) pour découvrir une œuvre forte, personnelle. Les Debussy apparaissent évidents, lumineux. Le début du cortège de Fêtes est pris très piano, retenu, il autorise la plus belle des progressions. Du bonheur, qui se confirme avec Johann Strauss : une direction flamboyante, enjouée, du panache, de l’énergie, de l’insouciance et, toujours, du raffinement et de la légèreté. On est grisé.
Même s’il est conséquent, l’enjeu financier (12 000 €) apparaît secondaire. Le lauréat va bénéficier maintenant d’un coaching de plusieurs mois pour accompagner sa carrière, d’engagements par des orchestres ou des institutions prestigieuses.
Nul doute que nous le retrouvions dans les mois et années à venir comme un grand chef lyrique et symphonique. Besançon y aura été pour quelque chose.

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Compte rendu, concours, Besançon, 55ème Concours international de jeunes chefs d’orchestre, finale, le 16 septembre 2017, 16h, Théâtre Ledoux.
Palmarès Besançon 2017 : Ben Glassberg, lauréat.
Les 3 finalistes du CONCOURS de Besançon 2017 : le russe Ivan Demidov, 26 ans, le lauréat l’anglais Ben Glassberg, 23 ans et le français Jordan Gudefin, 28 ans (de gauche à droite) © Radio France / O. Chandioux

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