Compte-rendu, concert. Salon de Provence, l’Empéri, le 5 août 2018. Monteverdi. Piazolla /Alarcón.  

Compte-rendu, concert. 26ème Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, Château de l’Empéri, le 5 août 2018. Monteverdi. Piazolla. Beytelmann. Flores. Meyer. Bohórquez. Sabatier. García Alarcón. Soir particulier au Festival de Salon un peu iconoclaste pour les puristes mais qui a permis de prendre la mesure de la dimension utopique de la musique. Car si la soirée portait comme titre : « Une utopie Argentine » les mots très sincères de Leonardo García Alarcón pour présenter le concert dépassent la seule Argentine.

La musique, une Utopie partagée ?

emperi5aout2Le voyage au delà des mers dans un sens pour apprendre la manière et les codes des musiques anciennes pour le chef argentin et dans l’autre sens la recherche du vrai tango pour le français William Sabatier amoureux du bandonéon évoque bien d’autres voyages musicaux. La rencontre de la musique dite sérieuse de Monteverdi venant rencontrer le tango argentin d’origine populaire retravaillé par Piazolla est intrigante. William Sabatier et Leonardo García Alarcón portent donc ce concert ; ils entraînent avec eux compagnons et amis. Le résultat d’abord surprenant est un régal. Point de clavecin ni de luth mais piano à queue et guitare électrique, point de cornet à bouquin mais une clarinette et point de flûte à bec mais la flûte Boehm. Que les Sixtus Beckmesser en crèvent : le résultat avec de tels musiciens est très admirable ! Au piano Leonardo García Alarcón est d’une souplesse et d’une délicatesse de toucher incroyable et nous savons, pour notre part depuis les Pink Floyd, combien une guitare électrique peut avoir de mystère et de puissance expressive lyrique. Paul Meyer à la clarinette sait créer des sons impalpables ou grandioses, et la flûte d’Emmanuel Pahud est la musique même. Alors point de cordes de boyaux non plus mais des cordes virevoltantes et subtiles.

Et il y a la voix et la présence incroyable de la soprano Mariana Flores. En « vamp » du tango elle impose d’abord un peu abruptement une présence aguichante dépassant son naturel, puis petit à petit trouve la place exacte entre élégance et presque vulgarité. La sensualité extravertie est magnifique dans les tangos et la passion débordante dans Monteverdi lui fait oser déstructurer le rythme pour l’adapter à son phrasé haletant, à ses susurrements. C’est une Ninfa bien plus vivante et au caractère plus trempé qu’à son habitude et le duo final et si sensuel entre Néron et Poppée entre la soprano et Paul Meyer est un moment de pure grâce à la sensualité musicale inouïe des deux interprètes. Au bandonéon, l’énergie et la virtuosité de William Sabatier, sa présence amicale, font délice. Ses moments d’improvisations sont un pur bonheur et que dire du mélange de timbre avec les cordes, la flûte ou la clarinette dont les musiciens ont été capables ! De fins musiciens se sont amusés avec beaucoup d’esprit à créer pour le public une rencontre utopique entre Monteverdi et Piazolla. Chapeau bas et grand merci !

La deuxième partie du concert est plus « argentine », plus moderne mais tout aussi pleine de belles surprises. Le Tango à quatre mains avec le couple infernal Lucille Chung & Alessio Bax est un moment fulgurant et spectaculaire dans lequel la fusion des mains est vertigineuse. Le spectacle est autant visuel que sonore. Rien ne semble leur faire peur. Le tango est aussi sur le clavier. L’effet est enthousiasmant pour le public qui exulte. Puis le compositeur et interprète argentin Gustavo Beytelmann monte au clavier et avec le généreux son de Claudio Bohórquez au violoncelle ; les deux nous offrent une très émouvante pièce de sa composition, Balada y tango, avec l’alternance de sensualité mélancolique et de panache exaltant. Les deux autres pièces de Piazolla nous permettent de déguster le jeu au violon d’Oscar Bohórquez. Serein ou mélancolique, brillant ou tendre son jeu est multiple avec toujours une délicate musicalité. Puis les deux Bohórquez et l’incroyable pianiste argentin nous envoûtent avec une interprétation anthologique et unique, semblant leur venir à l’instant, de Las cuarto estaciones portenas, suite envoûtante de musiques plus belles les unes que les autres. Une Argentine, aussi utopique que réelle, est venue à Salon. Personne n’en a douté en sortant de la cours du Château de l’Empéri ce soir. Quels beaux voyages ! Vive l’Utopie ! Illustration ci dessus.

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Compte-rendu, concert. 26ème Festival de Musique de Chambre de Salon de Provence. Salon de Provence, Château de l’Empéri, le 5 août 2018. Claudio Monteverdi (1567-1643) ; Première partie œuvres de Monteverdi et Piazolla en tissage serré ;  Astor Piazolla (1921-1992) : Tango à 4 mains ; Grand Tango ; Las cuarto estaciones portenas ; Gustavo Beytelmann (né en 1945) : Balada y tango ; Avec : Mariana Flores, soprano ; Oscar Bohórquez, violon ; Emmanuel Pahud, flûte ; Paul Meyer, clarinette ; Claudio Bohórquez, violoncelle ; Fernando Millet, guitare électrique ; Romain Lecuyer, contrebasse ; William Sabatier, bandonéon ; Leonardo García Alarcón, Gustavo Beytelmann, Lucille Chung & Alessio Bax, piano.

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