Compte rendu, concert. Poèmes, récital Fauré, Brahms et Schumann, Dijon, Opéra, Auditorium, le 23 novembre 2017. Stéphane Degout et Simon Lepper.

Compte rendu, concert. Poèmes, récital Fauré, Brahms et Schumann, Dijon, Opéra, Auditorium, le 23 novembre 2017. Stéphane Degout et Simon Lepper. « Il faut être vrai : être » constituait le credo de Ruben Lifschitz, le maître de Stéphane Degout, disparu l’an passé. Nul doute que l’élève, devenu lui-même un maître, n’ait suivi les conseils du premier. Stéphane Degout, sans démonstration physique aucune, vit pleinement ce qu’il chante, avec naturel, fruit d’un travail abouti, que l’on imagine intense. Avec une insolence dépourvue d’ostentation, il use de son merveilleux instrument, jamais démonstratif, toujours vrai. Son engagement est absolu et force l’admiration.

 

 

 

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Le programme réunit des œuvres vocales de Fauré, de Brahms et de Schumann, sorte de retour aux sources schumaniennes du chant brahmsien comme de l’art fauréen. Commençons donc, à rebours de l’ordre voulu, par son point culminant : les Zwölf Gedichte , op.35, sur des poèmes de Justinus Kerner, de 1840. Pour n’avoir pas l’aura des cycles antérieurs, cet ensemble majeur résume tout l’art de Schumann. On y retrouve évidemment les thèmes chers au romantisme allemand, la nature, les amours déçues, la forêt, la solitude, la nostalgie, la mort, illustrés avec la sûreté exemplaire du compositeur. Certes, cette suite – Reihe plutôt que Kreis – comporte ce qu’on entend comme l’écho de lieder connus : enchaînement harmoniques, tournures mélodiques, formules d’accompagnement, mais pourquoi en refuser le droit à Schumann ?
Chacun des tableaux appellerait un commentaire, mais ce n’est pas le lieu (1). Ainsi, le deuxième, « Stirb, Lieb’ und Freud’ ! », dont le poème – frais, attendrissant – décrit la démarche d’une jeune fille renonçant au monde pour entrer dans les ordres, en dit peu, malgré ses sous-entendus, par rapport à Schumann. Oubliés Dietrich Fischer-Dieskau et Peter Schreier, pour ce bijou, imprégné de Bach, admirable de retenue et de ferveur. Le « Wanderlied » suivant, renoue avec la veine populaire germanique, résolu, enjoué, avec juste ce qui convient de tendresse. Comment ne pas faire le rapprochement avec le « Wanderung », lyrique, empreint de nostalgie ? Les trois derniers lieder du groupe, aveu des souffrances intimes jusqu’à la dissolution finale, sont particulièrement poignants, augurant quelque part les seize années de calvaire que le compositeur avait encore à vivre. Stéphane Degout réussit magistralement à passer de l’expression la plus grave à la phantasie ou à la joie simple avec un naturel confondant. Son complice excelle dans ce langage fait tout autant pour le piano que pour la voix. Regrettons seulement une présence trop discrète du piano. Question de réglage ou de jeu, ou encore de placement dans le public ?
Les sept lieder de Brahms sont autant de moments de bonheur, un huitième (« Lerchengesang ») étant donné en bis. N’était la même observation qui prévaut pour l’équilibre entre la voix et le piano, Stéphane Degout nous offre, d’emblée, un « O kühler Wald» d’anthologie, proche du recto-tono, pour nous entraîner dans l’univers brahmsien. La célèbre « Mainacht », très contenue dans son premier volet, s’animant ensuite, pour passer ensuite, au fil des lieder, à la mélancolie, à la nostalgie. Comment ne pas rapprocher le « Nicht mehr zu dir zu gehen » des « Vier ernste Gesänge », tant la gravité de l’inspiration est forte ?
Les mélodies de Fauré, qui ouvraient le programme, constituent une absolue réussite. De taille réduite, mais remarquablement inspiré, le cycle « Poèmes d’un jour », est encadré par « Aurore » et le non moins célèbre « Automne ». Le legato, le souffle, la retenue, tout est là, avec des tons quasi inouïs : des aigus clairs, chatoyants ou estompés, et une égalité de registre rare. Le texte est ciselé, toujours intelligible, raffiné sans affectation. La prosodie fauréenne est servie à merveille par cette voix longue, au soutien constant, à l’articulation exemplaire. L’élégance aristocratique, la pudeur, toute la gamme des sentiments est illustrée avec maestria. Du très grand art.
Le même programme sera offert aux Lyonnais, aux Bruxellois et aux Parisiens, sauf oubli de ma part. Des rendez-vous à ne pas manquer !

 

 

 

(1) Les curieux et les passionnés liront avec profit l’étude suivante: Kreuels, Hans-Udo : Schumanns Kernerlieder ; Interpretation und Analyse, Frankfurt, Peter Lang, 2003, 181 p.

 

 

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Compte rendu, concert. DIJON, Auditorium, le 23 novembre 2017. Poèmes, récital Fauré, Brahms et Schumann. Stéphane Degout, baryton et Simon Lepper, piano.

 

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