Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie, le 31 janvier 2017. Sommer, Mahler, Rachmaninov. Mariss Jansons (direction), Gerhild Romberger (mezzo-soprano), Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie, le 31 janvier 2017. Sommer, Mahler, Rachmaninov. Mariss Jansons (direction), Gerhild Romberger (mezzo-soprano), Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks. Depuis que Mariss Jansons a pris la direction de l’Orchestre de la Radio Bavaroise en 2003, il a su imposer style et choix, en ayant notamment à cœur la valorisation du répertoire contemporain. Ce soir, c’est avec une pièce du compositeur tchèque Vladimír Sommer, l’ouverture pour orchestre Antigone, que le chef letton inaugure le concert à la Philharmonie.
Jansons_mariss 2624018bLa pièce débute dans une ambiance tourmentée, angoissante, où les traits rapides des cordes et des flûtes en flatterzunge semblent figurer des rafales de vent, les roulements de la grosse caisse annonçant l’orage imminent. Bientôt, un thème dramatique, empli de pathétisme, émerge aux violons à travers la tempête. Peu connu en Europe occidentale, Sommer est un compositeur dont le sens du théâtre l’a naturellement porté vers la musique de film, dans laquelle il s’est imposé avec succès. Antigone pourrait presque s’inscrire dans le genre, tant la pièce nous retrace explicitement tous les conflits de la tragédie de Sophocle. À son aise dans le répertoire contemporain, Mariss Jansons nous fait traverser sans peine les péripéties de cette musique souvent dissonante, tout en conservant un langage tonal influencé par Chostakovitch. Précis lorsque la partition l’impose, le chef n’hésite pas à délaisser par moment sa baguette pour mieux travailler la densité du son.
Tout au long de la pièce, un motif mélodique surgit sans cesse de la masse orchestrale. D’abord vif et moqueur au hautbois, telle Antigone bravant les interdits, il n’est plus qu’une triste plainte à la flûte, à la fin de la pièce : c’est l’écho d’une héroïne mourante, étouffant au fond de son tombeau. Le pizzicato final des contrebasses, parfaitement en place, résonne comme l’ultime battement de cœur de la jeune femme sacrifiée.

Mahler_gustav_mahler_2007On reste dans l’univers du drame avec les Kindertotenlieder de Gustav Mahler, mise en musique des émouvants textes de Friedrich Rückert. Sublime dans une robe noire étincelante de mille paillettes, la mezzo-soprano Gerhild Romberger remplace au pied levée Waltraud Meier, initialement annoncée pour le concert. Mais la soliste se montre un peu faible au niveau de la puissance vocale. Très à l’aise lorsqu’elle est portée par les cordes, sa voix a plus de mal à passer au-dessus des interventions des vents. Finalement, au fil des lieder, c’est le hautbois qui réussit à capter notre attention. Bien qu’ayant entamé le premier lied de manière légèrement abrupte, presque agressive, chacune de ses interventions se fait de plus en plus expressive. Il donne la réplique au chant avec toute l’émotion et la dramaturgie requises par la gravité de l’œuvre. Malheureusement, le reste des musiciens ne met pas autant de ferveur dans l’interprétation. Les cors ne sont pas toujours impeccables, et l’ensemble manque un peu de dynamique.  L’orchestre, dont l’effectif est relativement restreint au regard de celui des symphonies du compositeur, manque de consistance. On aurait souhaité plus d’élan et de présence sonore, au risque de couvrir un peu plus la mezzo-soprano. De son côté, Gerhild Romberger nous gratifie de graves très émouvants, et les regards déchirants qu’elle porte au public, traduisent toute la tristesse des textes de Rückert. Lorsqu’elle chante « Nun seh‘ ich wohl, warum so dunkle Flammen ihr sprühtet mir in manchem Augenblicke » / Je sais maintenant pourquoi de si sombres flammes jaillissaient parfois de vos regards, la cantatrice semble vivre chacune de ces paroles. Bouleversant…

Decca : l'intégrale Rachma !L’orchestre retrouve toute son énergie dans la deuxième partie du concert, avec les Danses symphoniques de Rachmaninov. Œuvre de fin de vie du compositeur, celui-ci y réalise un travail original d’orchestration. Ainsi, le premier mouvement est l’occasion d’un solo de saxophone, plutôt inédit pour l’époque. Émergeant  délicatement, il dialogue tantôt avec le hautbois, tantôt avec la flûte ou avec encore la clarinette. Dommage qu’il ne parvienne pas à trouver le juste équilibre avec chacun des trois musiciens, en particulier la clarinette qui se laisse un peu trop envahir. L’utilisation du piano en dehors de son rôle de soliste est également remarquable, accompagnant avec délicatesse le lyrisme du thème des violons.
Mariss Jansons est sur tous les fronts : un attention pour chacun des musiciens, mais présent pour tous. Il suffit d’observer ses gestes pour avoir une vision totale de la partition, repérer chaque départ, anticiper chaque dynamique, et suivre le parcours de la mélodie, circulant d’un instrument à l’autre de l’orchestre. Dans le deuxième mouvement, il alterne battue à un et à trois temps, ce qui lui permet de gérer avec efficacité les changements de tempo et les nombreux rubatos. Dessinant des arabesques avec sa baguette, il fait danser la musique dans un virevoltant Tempo di valse. Enfin, aucune fausse note dans le troisième mouvement, mêlant thème populaire, accents hispaniques et dies irae, jusqu’au gong final, tellement sonore qu’il en surprend tout l’auditoire !

En bis, c’est avec facétie que le chef letton nous offre un Moment musical de Schubert. Presque sans diriger, mais avec théâtralité, il joue avec les musiciens et s’amuse à interpréter la pièce avec humour et désinvolture. Alors qu’il quitte à nouveau la scène, on observe les musiciens changer discrètement de partition, laissant présager un second bis. Mariss Jansons revient alors, salue, puis repart….. puis revient ! Presque comme s’il avait oublié quelque chose…. Rien de moins qu’une danse endiablée tirée du Mandarin merveilleux de Bartók ! Et même si le trombone soliste s’emmêle quelque peu « les tuyaux » au début du morceau, l’énergie insufflée par l’orchestre est telle qu’on en oublie toutes les petites faiblesses du concert pour ne retenir que cette danse exaltée dévastant tout sur son passage.

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Compte rendu concert. Paris, Philharmonie, le 31 janvier 2017. Vladimír Sommer (1921-1997) : Antigone, ouverture sur la tragédie de Sophocle pour grand orchestre, Gustav  Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder, Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Danses symphoniques op. 45. Mariss Jansons (direction), Gerhild Romberger (mezzo-soprano), Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks.

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