Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie, le 25 avril 2017. Haendel, Patrizia Ciofi, Il Pomo d’Oro

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie, le 25 avril 2017. Haendel, Patrizia Ciofi, Il Pomo d’Oro. Mêlant airs d’opéras et pièces instrumentales, c’est un programme entièrement consacré au compositeur Georg Friedrich Haendel qui nous est présenté ce soir à la Philharmonie. La soprano italienne Patrizia Ciofi, que l’on a plus souvent l’habitude d’entendre dans un répertoire plus romantique, se lance avec délice dans les airs virtuoses des plus célèbres operas serias de Haendel, composés à Londres. À la tête du jeune ensemble Il Pomodoro (fondé en 2012 seulement), on retrouve le non moins jeune Maxim Emelyanychev, chef attitré de l’ensemble depuis 2016. Dirigeant debout, depuis son clavecin surélevé d’une estrade, Maxim Emelyanychev déborde d’enthousiasme et d’énergie. La soprano a tout juste le temps de faire son entrée sous les applaudissements chaleureux du public que le voilà déjà démarrant sans plus attendre le premier air, un extrait de Rodelinda.

ciofi patriciaSur scène, Patrizia Ciofi vit incontestablement le texte : très théâtrale dans ses gestes, très expressive dans les expressions de son visage, sa technique vocale n’en est pas moins époustouflante. Elle monte sans peine dans les aigus, traverse avec aisance les passages virtuoses fourmillant d’ornementations en tout genre, caractéristiques des arias da capo de l’époque.  L’orchestre, minimaliste juste comme il sied, accompagne avec délicatesse les prouesses de la chanteuse; tantôt dialoguant avec elle, tantôt doublant la voix sans jamais la couvrir. Face à lui, la sonorité du clavecin passe totalement inaperçue. Cantonné au rôle de basse continue, joué en partie d’une main lorsque le chef use de l’autre pour diriger les musiciens, son absence ne nuit cependant en rien à l’équilibre sonore. On suppose que l’instrument sert plus de référence aux musiciens sur scène qu’au public dans la salle, et on s’amuse de voir Maxim Emelyanychev mettre toute son énergie à frapper les touches du clavier … sans qu’aucun son ne parvienne à nos oreilles !
Mais rien n’entrave l’enthousiasme du maestro qui, sitôt le premier air terminé, enchaîne aussitôt avec le deuxième, extrait d’Alcina. Le récitatif qui précède est exemplaire de la fonction narrative du genre : les figuralismes ingénieux utilisés par Haendel évoquent brillamment les paroles de l’héroïne bafouée, invoquant les esprits pour se venger. Extrêmement précis dans ses gestes, Emelyanychev mène l’accompagnement instrumental à la perfection, suivant attentivement la déclamation relativement libre de la chanteuse.
Un intermède instrumental succède à ces deux premiers airs, l’occasion pour les musiciens de plonger à leur tour dans les traits virtuoses d’une Passacaille extraite de Rodrigo. Si dans l’ensemble l’orchestre se sort honorablement de cette pièce, on note de petites faiblesses dans les passages techniques et rapides du violon solo, ainsi que quelques départs un peu flous. Peut-être est-ce là le fait d’un ensemble encore relativement « jeune » et fraîchement créé (même s’il a déjà à son actif plus d’un enregistrement plébiscité par la critique) ? Néanmoins, l’orchestre montre de très bonnes dynamiques et fait preuve d’une énergie réjouissante et communicative.
Si l’on craignait un manque de variété dans le choix des airs (jusque-là des arias allegro et virtuoses d’héroïnes habitées par la colère), nous voilà rassurés avec le second extrait d’Alcina, une véritable petite merveille. Plus doloroso que virtuoso, la première partie Andante est poignante d’émotion. Patrizia Ciofi, toujours vibrante d’expressivité, passe sans souci d’un registre à l’autre, interprétant cette fois à la perfection, la femme délaissée et éplorée.

 

 

 

Emelyanychev Maxim jeune maestro il pomo doro

 

 

Le programme se poursuit, toujours alternant airs d’opéras et pièces instrumentales. Un premier air de Rinaldo ménage certains passages au clavecin seul, nous donnant ainsi enfin l’occasion d’entendre distinctement le son de l’instrument, et de juger du talent de claveciniste du chef. Même si quelques notes tombent à côté dans la bataille, Maxim Emelyanychev, qui a étudié le piano, n’a pas à rougir de sa prestation, sa bonne humeur contagieuse occultant bien tout le reste ! Dans ce concert jusque-là exclusivement dédié à Haendel, un Adagio et fugue de Johann Adolph Hasse vient à point s’immiscer, faisant pertinemment écho aux œuvres précédentes. En effet, compositeur allemand de naissance, on perçoit nettement le style italien dominant dans cette pièce de Hasse, élève de Scarlatti et également célèbre compositeur d’operas serias, à l’instar de son compatriote exilé en Angleterre. Mais c’est bien Haendel qui vient clore le programme, avec deux airs extraits de son opéra Giulio Cesare in Egitto.

Patrizia Ciofi ne serait pas partie sans nous gratifier de quelques bis plus que bienvenus, et implicitement réclamés par l’ovation du public. Après un nouvel air extrait d’Alcina, la chanteuse reprend un des airs de Rinaldo  exécuté en deuxième partie de concert. À peine a-t-elle le temps de tourner les feuilles sur son pupitre, que Emelyanychev a déjà donné le signal de départ, et que la tempête de « Furie terribili » (re)commence ! La soprano met toute son énergie et prouve à nouveau tout son talent d’interprétation dans cet ultime hommage à la virtuosité flamboyante des operas serias.

 

 

 

_____________________

 

 

Compte rendu concert. Paris, Philharmonie – grande salle Pierre Boulez, le 25 avril 2017. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : airs d’opéras, Sinfonia HWV 339 , Johann Adolphe Hasse (1699-1783) : Adagio etfugue, Patrizia Ciofi (soprano), Maxim Emelyanychev (direction), Il Pomo d’Oro.

 

 

Comments are closed.