Compte rendu concert. Paris, Philharmonie, le 16 janvier 2017. Schubert, Beethoven, Ravel, Ernst, Paganini. Maxim Vengerov (violon), Roustem Saïtkoulov (piano).

Compte rendu concert. Paris, Philharmonie, le 16 janvier 2017. Schubert, Beethoven, Ravel, Ernst, Paganini. Maxim Vengerov (violon), Roustem Saïtkoulov (piano). Voilà presque dix ans maintenant que le musicien Maxim Vengerov s’essaie (avec succès) à la direction d’orchestre, se produisant à la tête de grandes formations dans le monde entier. Mais c’est bien en tant que violoniste virtuose qu’il se présente ce soir à la Philharmonie de Paris. Accompagné du pianiste Roustem Saïtkoulov, son partenaire privilégié dans la formation violon/piano, Vengerov nous propose un programme alliant intimité et virtuosité.

Vengerov maxim violon concert classiquenewsLa première partie du concert est consacrée à la musique de chambre des premiers romantiques, avec des sonates de Schubert et de Beethoven. La Sonate en la majeur D. 574, publiée sous le titre « Duo », est caractéristique du Schubert aimable et charmant, celui de la Symphonie n°5 ou du Quintette à cordes « La Truite » composés à la même époque. Des mélodies délicates, l’impression d’une apparente facilité, d’une évidence dans le cheminement de l’œuvre, voilà ce qui ressort au premier abord de cette sonate. Et même si très vite on comprend que la partition réserve bien quelques difficultés, les deux musiciens, de leur jeu fluide et naturel, n’en laissent rien paraître. Immédiatement, le dialogue s’installe entre les deux partenaires. La complicité, fruit d’une longue expérience en duo, est palpable, chacun prenant la parole à tour de rôle. Pourtant, s’installe vite l’étrange sensation que la portée du violon reste relativement faible. Depuis la vaste scène, où l’espace n’est occupé que par les deux instrumentistes, le son du violon se perd dans la résonance du piano. Il nous apparaît lointain et feutré, certaines harmoniques, en particulier dans les graves, semblent étouffées. Mais à qui la faute ? Serait-ce la faiblesse momentanée d’un virtuose du violon jouant un instrument d’exception ? Peu probable. Roustem Saïtkoulov, au piano, se laisserait-il aller à trop d’emphase? À en juger par les fréquents coups d’œil qu’il jette à son partenaire, et à son toucher délicat, il semble au contraire attentif à l’équilibre des voix. Ne sommes-nous pas tout simplement mal placés dans cette grande salle, en dépit du fait qu’elle ait été conçue pour apporter une acoustique idéale quel que soit l’emplacement de l’auditeur ? Peut-être bien après tout…
Quoiqu’il en soit, même s’il nous faut tendre légèrement l’oreille, cela ne nous empêche pas d’apprécier toute la musicalité qu’apporte le duo à cette séduisante sonate de Schubert.

Le violon irrésistible de Maxim Vengorov

Beethoven prend la suite, avec sa Sonate pour violon et piano n° 7. Composée en 1802, l’année du fameux « Testament d’Heiligenstadt », elle évolue en ut mineur, tonalité chère à Beethoven. C’est celle de sa Sonate pour piano n° 8 « Pathétique », celle de la marche funèbre de la Symphonie n° 3, ou encore celle de sa Symphonie n° 5.  Elle inscrit l’œuvre dans une atmosphère dramatique. Brillante et énergique, la Sonate est caractéristique de la période « héroïque » du compositeur. Sa fougue s’accompagne d’un regain de puissance sonore bienvenu au violon. On admire particulièrement l’attention que Vengerov consacre à la qualité du son de chaque note, et sa capacité à conserver une incroyable densité même dans un archet extrêmement lent.
C’est donc au final un beau moment de musique de chambre que nous offrent les deux musiciens dans cette première partie de concert.

La deuxième partie est plus volontiers dédiée à la technique purement virtuose. La Sonate de Ravel entame sans détour les hostilités, avec dès le premier mouvement un passage en trémolos, exigeant du violoniste, une main droite solide. Si les difficultés techniques sont surmontées, cet Allegretto manque cependant de cohérence, les deux musiciens donnant par moment l’impression de jouer deux morceaux différents. Chacun peine à trouver sa place, et l’équilibre sonore instable nuit à la compréhension de l’ensemble. Le deuxième mouvement nous fait vite oublier cette petite faiblesse. C’est un vrai moment d’humour que nous propose Ravel avec ce Blues truffé d’allusions au ragtime. Entre pizzicatos et glissandi en tout genre, Vengerov s’amuse sur scène…  et nous aussi ! Quant au troisième mouvement, il évoque très clairement dans son intitulé, Perpetuum mobile, la teneur de la partition : une succession ininterrompue et vertigineuse de doubles croches !

La suite du concert ne fait qu’aller crescendo dans la difficulté technique, tout d’abord avec une étude de Heinrich Wilhelm Ernst, dont le titre « Étude polyphonique » laisse, là encore, assez bien présager de ce qui va suivre : 8 minutes de jeu en doubles (voire triples !) cordes, des ribambelles de notes jouées avec l’archet combinées à des pizzicatos de la main gauche, des passages entièrement en harmoniques…. Rien d’étonnant à ce que Ernst ait été considéré comme le plus grand virtuose après Paganini. On ne s’étonne pas non plus d’apprendre qu’il a destiné cette étude à Antonio Bazzini, compositeur de la célèbre et tout aussi diabolique Ronde des lutins, véritable tube du répertoire du violon et régulièrement repris en bis des récitals. Seul sur scène, Vengerov se démène tant et si bien qu’on croirait effectivement entendre plusieurs violons dans cette étude polyphonique. Et s’il y a bien une ou deux notes manquées dans la totalité du morceau, qu’importe ! Cela nous prouve seulement une chose : notre virtuose est bien un être humain, ce dont on commençait légèrement à douter au vu de son jeu extraterrestre…

Après une courte pièce de Paganini, un Cantabile à l’opposé de ce que l’on connaît habituellement du compositeur, nos musiciens enchaînent avec Thème et variations sur un air de Rossini. Si la variation I commence presque sagement, Paganini trouve sans cesse une difficulté supplémentaire dans les variations suivantes, même lorsque l’on croit avoir atteint le sommet de la virtuosité violonistique. Étourdissant !

C’est un tonnerre d’applaudissements mérité qui vient couronner ce dernier tour de force. Mais le duo ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Car ce n’est pas moins que quatre bis qu’il nous offre en fin de concert. Tout d’abord deux pièces de Kreisler (Caprice Viennois et Tambourin chinois), puis la Danse hongroise n°2 de Brahms, pour terminer ce programme virtuose. Enfin, après quelques mots de remerciements à l’attention du public (en français s’il vous plaît !), Maxim Vengerov nous annonce le dernier bis de la soirée : Après un rêve de Gabriel Fauré. La virtuosité est mise de côté au profit d’un dernier instant de douce mélancolie avec cette mélodie du compositeur français. Le public, conquis, attendra cette fois l’ultime résonance du violon pour applaudir.
Face à tant de talent et d’excellence, et ce quel que soit le répertoire abordé, on est obligé d’admettre que Maxim Vengerov est sans conteste l’un des violonistes les plus brillants de notre époque. Espérons qu’il ne délaisse pas trop l’archet de son instrument pour sa baguette de chef d’orchestre, et qu’il continue de nous émerveiller comme il l’a fait ce soir.

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Compte rendu concert, Paris, Philharmonie grande salle Pierre Boulez, le 16 janvier 2017. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour violon et piano en la majeur D. 574 « Duo », Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour violon et piano n°7 en ut mineur op. 30 n°2, Maurice Ravel (1875-1937) : Sonate pour violon et piano en sol majeur, Heinrich Wilhelm Ernst (1814-1865) : Étude polyphonique n°6 « Die letzte Rose », Nicolò Paganini (1782-1840) : Cantabile en ré majeur pour violon et piano op. 17 et I Palpiti, thème et variations sur un air de « Tancredi » de Rossini op. 13. Maxim Vengerov (violon), Roustem Saïtkoulov (piano).

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