Compte-rendu, concert. Dijon, le 31 mars 2019. Bach-Mozart, Phil Glass… / Schumann Quartett (Quatuor Schumann).

Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, Auditorium, le 31 mars 2019. Bach-Mozart, Mendelssohn, Phil Glass, Chostakovitch, Webern, Janacek, Gershwin par le quatuor Schumann. Il existe deux quatuors Schumann… Celui (français) qui se réfère à Robert, et celui dont trois des membres sont frères portant ce patronyme (« Schumann Quartett »). Ce dernier, fondé il y a sept ans, s’est imposé depuis parmi les jeunes quatuors, déjà reconnus par la critique internationale comme l’un des plus prometteurs. Comment ne pas s’enthousiasmer pour ces formations qui, en l’espace de quelques années, parviennent à se hisser au niveau des grands ancêtres, voire les surpassent ?
Séduisant par son originalité, le programme est généreux, éclectique, mais aussi surprenant. La première partie introduit et ponctue d’une fugue de Bach transcrite par Mozart chacune des œuvres (Mendelssohn, Glass, Chostakovitch et Webern). La seconde fait suivre le quatuor « Lettres intimes » de Janacek d’une insipide « Lullaby » de Gershwin, qui rompt l’éblouissement de ce chef-d’œuvre. Un mouvement de Haydn en bis nous réconciliera.
Quoi de mieux pour commencer que ces fugues de Bach, découvertes dans la bibliothèque de Van Swieten par Mozart, qui les transcrivit pour quatuor à cordes ?

 

 

Schumann Quartett
4 instrumentistes fabuleusement doués

 

 

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Si on connaît celles réécrites pour trio à cordes, celles que nous écoutons sont moins familières, extraites du second livre du Clavier bien tempéré (n°2, 5, 7, 8 & 9). La respiration que leur ponctuation impose est bienvenue, ménageant une transition entre des œuvres d’esthétique très différentes. Chez Mendelssohn, on est encore quelque peu chez Bach, tant sa vénération pour l’œuvre du Cantor fut grande. En dehors des 15 fugues qu’il écrivit en 1821 pour cette formation, son opus 81 s’achève par une fugue en mi bémol majeur (écrite dès 1827 mais intégrée en 1847).  Le quatuor à cordes représente un fil directeur dans l’œuvre extrêmement diverse de Phil Glass. L’octogénaire a créé son 8ème l’an passé.  Il nous livrait en 1983, 17 ans après le premier, son 2ème quatuor, « Company », sur l’oeuvre éponyme de Samuel Beckett (renvoyons le lecteur curieux à cette nouvelle http://timothyquigley.net/vcs/beckett-company.pdf). Cette oeuvre est d’une beauté fascinante, avec ses couleurs changeant insensiblement sur fond d’ostinati et de balancements, familiers au compositeur. Entre chuchotements, cantilène et les accents puissants, farouches, véhéments, c’est toujours diablement séduisant, avec ces finales qui s’épuisent dans le retour au silence. De Chostakovitch, non point un de ses quinze quatuors, mais Elégie et polka, arrangement du compositeur d’un air de « Lady Macbeth de Mzensk » et de la polka de « L’âge d’or » (opus 30b, 1931). D’un profond lyrisme, grave, l’Elégie s’anime progressivement avant de s’apaiser. Le contraste avec la Polka est saisissant : joviale, cocasse, grotesque, d’un humour débraillé, c’est un moment de franche gaieté comme une démonstration d’une virtuosité exceptionnelle.
Aussi rares qu’emblématiques du langage dodécaphonique dont c’est le premier chef d’œuvre, d’une concision absolue, les six bagatelles de Webern, furent saluées à leur création par Schönberg : « D’un regard on peut faire un poème, d’un soupir un roman ». Sans doute parmi les plus élaborées de toutes les œuvres musicales, d’une densité singulière où le silence a toujours valeur équivalente à la note, la rationalité de leur écriture le dispute à une expressivité rare. Les distillats parcimonieux atteignent à une force expressive exceptionnelle. Quintessence de l’abstraction, aussi concises que concentrées et variées, elles constituent le point culminant de cette première partie.
Classique entre tous, fréquemment programmé, et on ne peut que s’en réjouir, le quatuor « lettres intimes » est écrit d’un trait par un Janacek, jeune homme de 74 ans, cinq ans après son premier (« Sonate à Kreutzer »). Œuvre empreinte d’une passion fiévreuse, lyrique à souhait, dramatique aussi, l’interprétation que nous offrent les Schumann est exceptionnelle par sa sûreté, son engagement, ses couleurs, sa puissance et sa précision. Leur approche est résolument jeune et moderne, comme si l’encre des œuvres était à peine sèche, faisant fi des traditions, mais aussi d’une maturité achevée. Le premier mouvement frémissant, est émerveillé, d’une étrange jeunesse. Le deuxième, apaisé, serein, nous offre un alto sublime. Le moderato et le finale sont chargés d’une émotion renouvelée, changeante, que le Schumann Quartett traduit à merveille.
Comme écrit plus haut, achever sur Lullaby, que Gershwin écrivit durant ses études, en 1919, fait retomber l’émotion intense que dégageait le chef d’œuvre de Janacek. Si bien jouée soit-elle, cette pièce dépare singulièrement. Par contre, le splendide bis (Haydn) s’accordait magnifiquement à ce programme. Oublions ce (petit) travers pour ne retenir que l’extraordinaire qualité du Schumann Quartet (Quatuor Schumann).

 

 

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Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, Auditorium, le 31 mars 2019. Bach-Mozart, Mendelssohn, Phil Glass, Chostakovitch, Webern, Janacek, Gershwin par le quatuor Schumann.

 

 

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