COMPTE-RENDU, concert baroque. MARSEILLE, le 27 oct 2019. Messes et Motets de Provence : Campra, Audiffren. CONCERTO SOAVE

COMPTE-RENDU, concert baroque. MARSEILLE, Ă©glise Saint-ThĂ©odore, le dim 27 octobre 2019. Messes et Motets de Provence par l’Ensemble CONCERTO SOAVE, dirigĂ© par Jean-Marc Aymes : Ĺ“uvres d’AndrĂ© Campra et Jean Audiffren. En prĂ©figuration du Centre Baroque de Provence, Concerto Soave prĂ©sente deux compositeurs provençaux, Campra et Audiffren, dans la majestueuse Ă©glise baroque de Saint-ThĂ©odore. PrĂ©cisĂ©ment : la Messe pour Notre Dame «  Ad Majorem Dei Gloria » et deux Motets d’AndrĂ© Campra (1660-1744) et la Messe en la de Jean Audiffren (1680-1762). Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ.

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Concerto Soave
fait revivre la Provence baroque

 

 

 

Dans ce centre-ville de Marseille très colorĂ©, se dresse l’Ă©glise Saint-ThĂ©odore, imposante et baignĂ©e de lumière. Elle trĂ´ne dans la rue des Dominicaines, Ă©crasant cette artère commerçante, immigrĂ©e, très vivante. Jean-Marc Aymes et ses amis de Concerto Soave font renaĂ®tre ce site superbe et projettent d’en faire le Centre Baroque de Provence ! La restauration de l’Ă©glise et du presbytère devrait dĂ©marrer l’an prochain: tâche immense qui permettrait de redonner un dynamisme artistique et culturel Ă  ce lieu majestueux, abandonnĂ© depuis tant d’annĂ©es. Pour faire revivre et briller les compositeurs provençaux baroques !
LĂ  oĂą certainement, au XVIIème siècle et dĂ©but du XVIIIème siècles, rĂ©sonnaient les Messes, les motets d’AndrĂ©Campra, l’aixois, les Messes de Jean Audiffren, le varois devenu marseillais, ou autres compositeurs provençaux cĂ©lèbres : Jean Gilles, Guillaume Poitevin, nĂ©s tous les deux Ă  Tarascon !

 

 

 

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Concerto Soave © R Ayache

 

 

Jean-Marc Aymes, organiste, claveciniste, fondateur de l’Ensemble Concert Soave, propose ce dimanche 27 octobre, un concert très audacieux autour de deux grands maĂ®tres. La Messe pour Notre Dame «  Ad Majorem Dei Gloria -Pour la plus grande gloire de Dieu» d’AndrĂ© Campra, (1660-1744) compositeur, nĂ© Ă  Aix-en-Provence , est Ă©crite pour Notre Dame de Paris, (1699), a cappella. Campra a composĂ© de nombreuses Ĺ“uvres profanes, tragĂ©dies-lyriques et opĂ©ras-ballets (L’Europe Galante, Le Carnaval de Venise…) et de nombreuses Ĺ“uvres religieuses (Messe de Requiem, Te Deum, Oratorio de NoĂ«l, Messes, Motets…). Il a Ă©tĂ© formĂ© par un autre compositeur provençal, Guillaume Poitevin, nĂ© près de Tarascon. La version que propose Concerto Soave est plus intimiste, un quatuor soliste de grande qualitĂ© remplaçant le chĹ“ur habituel. On retrouve les cinq parties de la Messe polyphonique : Kyrie/Gloria/Credo/Sanctus/Agnus Dei). Le Kyrie dĂ©marre par des entrĂ©es fuguĂ©es d’une belle amplitude ; on oublie très vite le chĹ“ur habituel, car les attaques sont dynamiques, les lignes vocales très homogènes, Ă©quilibre parfait qu’on trouve rarement dans un chĹ“ur ou un ensemble vocal aux timbres si diffĂ©renciĂ©s, Ă  l’intĂ©rieur mĂŞme des pupitres. Le Gloria alterne duo et tutti, avec des envolĂ©es harmoniques, des frottements surprenants. L’Amen final, dans un superbe legato, est un contrepoint vibrant de gammes qui se croisent.
Jean-Marc Aymes, orgue positif, double, tour Ă  tour, certaines parties ou annonce les diffĂ©rents Ă©tats, les diffĂ©rentes couleurs. MaĂ®tre dans l’art du continuo, il accompagne discrètement mais efficacement cet ensemble de grande qualitĂ©. Le Credo est d’une grande richesse, d’une grande variĂ©tĂ© d’Ă©criture : planant (Et incarnatus est de spiritu sancto-et par l’esprit saint, il s’incarna), fuguĂ© (crucifixus etiam pro nobis-qui a Ă©tĂ© crucifiĂ© pour nous), rebondissant (et resurrexit-il ressuscita). Le Sanctus est très extĂ©riorisé : Osanna in excelsis-Hosanna au plus haut des cieux, Ă  la reprise très triomphante. Pour l’Agnus Dei, alternance de contrepoint et d’Ă©criture plus verticale (Donna nobis pacem-donne nous la paix), mais de nombreuses inflexions Ă  l’intĂ©rieur de cette verticalité : tuilages, trilles, ornements, retards qui donnent une très belle expression. Lise Viricel, dessus, (appellation baroque pour soprano), Guilhem Terrail, haute-contre, Robert Getchell, taille, (appellation baroque pour tĂ©nor), Romain Bockler, basse, sont Ă  fĂ©liciter pour cette parfaite science vocale, dans les passages lents, tenus, flottants, comme dans les passages plus brillants, ornĂ©s.
Deux Motets du mĂŞme Campra, extraits de son cinquième Livre  (1720) complètent cette première partie: « Nunc dimittis » Ă  voix seule, viole de gambe et orgue positif. Robert Getchell, très belle diction et phrasĂ© parfait, donne une belle interprĂ©tation aux mouvements très diversifiĂ©s. Trois parties, proche d’un Aria da capo : mouvement allegro, enjouĂ©, ligne très coulĂ©e:  « Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum, in pace…(Maintenant, Ă´ MaĂ®tre souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole…).Une deuxième partie plus sombre, tonalitĂ© mineure (quia viderunt oculi mei salutare tuum- car mes yeux ont vu le salut)
Le Motet Domine est terra est écrit pour dessus et basse : Lise Viricel fait entendre son legato très chaleureux ; son souffle lui permet les plus belles résonances finales. Romain Bockler la rejoint, avec son timbre très homogène dans une tessiture étendue ; il se joue des sons tenus comme des vocalises (et super flumina- au-dessus des fleuve) avec une aisance impressionnante et une grande élégance. Domine est terra (Au seigneur est la terre!) est lancé triomphalement, comme un appel repris par les deux voix. Après ces deux Motets, on découvre un second compositeur provençal, né à Barjols (Var) en 1680 : Jean Audiffren. Délaissant son Var natal, il occupe rapidement des fonctions importantes à Marseille. Après avoir été enfant de chœur à la Cathédrale de la Major, il en devient le Maître de musique, le Maître de chapelle !

 

 

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Sa Messe en la, dont le manuscrit est conservĂ© Ă  Carpentras, pour orgue, viole et chĹ“ur (ici les quatre solistes), Ă©tonne dès le dĂ©but par un Kyrie ample, Ă©trangement mĂ©lancolique Ă©noncĂ© par la taille Robert Getchell ; l’absence du Christe, souvent insĂ©rĂ© avant la reprise du Kyrie, permet d’enchaĂ®ner un Gloria oĂą la basse Romain Bockler Ă©nonce un solo très affirmĂ©, pour symboliser adoration et gloire (« adoramus te, glorificamus te »), suivi d’une cadence parfaite mineure. Le duo haute-contre/taille qui suit est aussi empreint d’une profonde noblesse, (« miserere nobis »-prends pitiĂ© de nous). Soudain, le Quoniam tu solus sanctus (car toi seul es saint) de la soprano est d’un contraste saisissant, guilleret, bondissant, comme une Aria en forme Rondo avec ce thème-refrain rĂ©pĂ©titif. Puis Cum sancto spiritu (Unis avec l’esprit saint) en tutti, curieusement plus sombre. Dans le Credo, chaque soliste met en valeur le texte par un engagement très expressif ; le tuilage des voix: Et incarnatus est de spiritu sancto (et par l’esprit saint, il s’incarna) rappelle le concerto pour deux violons en RĂ© mineur de Bach ! Profond recueillement, voix qui se mĂŞlent, magique ! La fin est brillante : Et unam sanctam catholicam et apostolicam (je crois en une seule Ă©glise sainte catholique)… et vitam venturi (et la vie du monde) : duo soprano/haute-contre, ternaire enjouĂ©. Le Sanctus dĂ©marre comme un appel qui se dĂ©ploie dans une grande progression, par paliers: Sanctus, sanctus, sanctus (Saint, saint, saint…) : très bel effet acoustique. La soprano entonne l’Agnus Dei (agneau de Dieu), dans une magnifique homogĂ©nĂ©itĂ© des registres, qui permet une entrĂ©e des trois autres solistes crĂ©ant des frottements surprenants.

La Messe d’Audiffren est très audacieuse, avec des changements soudains, binaires, ternaires, majeurs, mineurs, des inflexions annonçant le style galant, changements de couleurs, d’atmosphères incroyables : une vraie belle dĂ©couverte de cette Ĺ“uvre toute en clairs-obscurs.
Saluons le travail remarquable de Jean-Marc Aymes qui, de son orgue positif tient le continuo avec prĂ©cision et une grande souplesse pour permettre aux chanteurs d’imprimer les divers climats, les diffĂ©rents affects, mĂŞme s’il s’agit de musique sacrĂ©e, typiques de la musique baroque, les nombreux figuralismes, couleurs, modes de jeux et tempi diffĂ©rents.
Sylvie Moquet, viole de gambe, est une continuiste reconnue, rompue de longue date aux soutiens de ces musiques religieuses, partenaire idĂ©ale et indispensable de la basse continue, dans l’accompagnement des Motets comme dans les diverses parties de la Messe : essentielle.
Un bis étonnant : « Tendre amour, que pour nous ta chaîne dure à jamais ! » . Un univers profane, comme un cadeau ultime, magnifique quatuor extrait des Indes Galantes, opéra-ballet de Rameau (1735). Vocalises, ornements, entrées fuguées, tuilages, harmonies surprenantes, une jubilation planante qui a ravi un public nombreux. Entorse au sacré et à la Provence ! Pas tant que cela. Rameau, dijonnais de naissance, compose la Suite en mi mineur pour clavecin, dans laquelle on retrouve des pièces très évocatrices: Le Rappel des Oiseaux, Rigaudon, Tambourin qui sont certainement une évocation de la Provence que Rameau a connue lorsqu’il était organiste à Avignon et à Montpellier !
Entre Lully et Rameau, entre Louis XIV et Louis XV, Versailles n’Ă©tait pas la seule Ă  honorer les grands maĂ®tres de la polyphonie.
Que cet automne baroque Ă  Saint-ThĂ©odore soit l’annonce de nombreuses festivitĂ©s, concerts et manifestations artistiques, hors des traditionnels galoubets et tambourins de la Provence populaire, pour faire revivre le gĂ©nie de ces grands compositeurs qui n’avaient pas Ă  rougir, de la comparaison avec leurs confrères d’ĂŽle de France ! Longue deuxième vie au Centre Baroque de Provence Ă  Marseille !

 

 

 

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Par notre envoyé spécial Yves Bergé

Dimanche 27 octobre 2019 : église Saint-Théodore. Marseille
Messes et Motets de Provence
• Ensemble Concerto Soave
• Jean-Marc Aymes : orgue, direction
• Sylvie Moquet : viole de gambe
• Lise Viricel : dessus
• Guilhem Terrail : haute-contre
• Robert Getchell : taille
• Romain Bockler : basse

www.concerto-soave.com
www.marsenbaroque.com
T + 33(0) 4 91 90 93 75
M + 33(0) 7 70 00 50 60
Concerto Soave / Festival Mars en Baroque
53 rue Grignan – 13006 Marseille

 

 

 

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Marseille, vues de l’Ă©glise Saint-ThĂ©odore, les artistes au salut © Yves BergĂ© 2019

 

 

 

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