Compte-rendu, concert. Avignon, Chapelle Oratoire, le 15 avril 2018. Récital Justin Taylor, Clavecin.

TAYLOR Justin clavecin par classiquenews compte rendu critique concertCompte-rendu, concert. Avignon, Chapelle de l’Oratoire, le 15 avril 2018. Récital de Justin Taylor, ClavecinDésormais bien ancrée dans le paysage de la cité des Papes, l’Association Musique Baroque en Avignon, infatigablement dirigée par Robert Dewulf, ne propose pas moins de 9 concerts de prestige – pour sa 18e édition – dans les lieux les plus emblématiques de la ville : en ce dimanche 15 avril, un récital de clavecin du jeune Justin Taylor dans la superbe Chapelle de l’Oratoire (en co-réalisation avec l’Opéra Grand Avignon).

A 25 ans, Justin Taylor est des jeunes talents parmi les plus prometteurs de sa génération : après avoir remporté le Concours international de clavecin de Bruges en 2015, il est élu « Révélation artiste instrumental de l’année » aux Victoires de la Musique en 2017. Il a déjà débuté une brillante carrière internationale, et a gravé deux disques, un consacré à La famille Forqueray et un autre à Mozart (accompagné par Julien Chauvin et le concert de la Loge).

A Avignon, Justin Taylor a choisi de jouer un programme qu’il a baptisé « Chromatismes », consacré largement à Bach et à Rameau. Didactique, après un hommage rendu par Mr Dewulf à la mémoire du grand chef baroque Jean-Claude Malgoire (un enfant du pays !) disparu la veille – le jeune claveciniste prend soin d’expliquer, avec beaucoup de chaleur, la nature de chacune des pièces qu’il interprète ensuite, et c’est avec la Toccata en mi mineur BWV 914 qu’il initie le concert, et qu’il délivre de manière aussi souple que rythmée, entre fantaisie baroque et rigueur classique. La Fantaisie chromatique BWV 903 est d’emblée saisie par des doigts sûrs, mais au-delà de l’agilité impeccable des traits, c’est le plaisir que le jeune homme prend et sa façon de le partager avec l’auditoire qui séduit ici. Avec les deux Suites de Rameau qu’il a mis à son programme, notamment celle en La mineur, il fait la démonstration de toute sa sensibilité et de tout son brio, avec d’abord une grâce et une élégance remarquablement rendues dans l’Allemande et la Courante initiales, avant une Trois Mains et une Gavotte avec Doubles époustouflants de virtuosité. On le suit avec la même jubilation dans les méandres de la plus rare Fantasia chromatica de Sweelinck , avant une Sonate K18 de Scarlatti dont il absorbe avec une décontenançante facilité toutes les difficultés techniques : il délivre avec autant de  grâce que de fermeté cette littérature du clavecin d’une richesse et d’une inventivité inouïes. Il termine son récital par le célèbre Fandango de Padre Soler (« Le diable déguisé en moine » disait-on de lui !), une basse obstinée qui ne cesse d’aller crescendo dans la folie, et qui sous ses doigts donne le vertige et lui vaut des vivats mérités. En bis, il donne la très belle Jupiter de Forqueray et les envoûtantes Barricades mystérieuses de Couperin, deux pièces qui sont comme un condensé de son immense talent : poésie, naturel et émotion !

A vos agendas, le prochain et dernier concert de la saison réunira deux fabuleux artistes : la mezzo Léa Desandre et le théorbiste Thomas Dunford dans un programme du baroque italien (Monteverdi, Strozzi, Cavalli, Kaspberger…). Il se tiendra dans un autre lieu d’exception, le jardin d’honneur du Musée Calvet, le dimanche 13 mai (à 18h30) !

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Compte-rendu, concert. Avignon, Chapelle de l’Oratoire, le 15 avril 2018. Récital de Justin Taylor, clavecin

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