Compte-Rendu, concert. Aix-en-Provence, GTP, le 30 mars 2018. J. S. Bach : La Passion selon St Jean. Pygmalion, Raphaël Pichon.

concert critique par classiquenews_pichoncopie-2-aa5d1Compte-Rendu, concert. Aix-en-Provence, Grand-Théâtre de Provence, le 30 mars 2018. J. S. Bach : La Passion selon St Jean. Ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon (direction). Avec plus de 20.000 spectateurs pour le cru 2018, le Festival de Pâques d’Aix en Provence affiche ses ambitions et draine de plus en plus un public international, à l’image de son grand frère estival. Parmi les temps forts de la sixième édition, le public festivalier aura pu entendre des artistes de la trempe d’Andras Schiff, Yefim Bronfman, Khatia Buniatishvili, Emmanuel Pahud, Vladimir Spivakov, et des formations de prestige telles que le London Symphony Orchestra, l’Orchestre National de France, l’Orchestre National de Russie, et même l’Orchestre de la Wiener Staatsoper, pour une version de concert des Noces de Figaro dirigé par Alain Altinoglu !

Magistrale Saint-Jean de JS BACH, par Pygmalion

En ce qui nous concerne, nous avons pu assister à une magistrale exécution de la sublime Passion selon St Jean de J. S. Bach, dirigé par le jeune et talentueux Raphaël Pichon à la tête de son Ensemble Pygmalion (qu’il a formé il y a douze ans déjà !). Six solistes se répartissent ici les récitatifs (personnages de l’Evangéliste, de Jésus, de Pilate…), certaines arias étant également déclamées en même temps que certains Chorals. Les chanteurs sont ici surélevés sur des petits podiums et placés devant l’orchestre, en formation réduite (une vingtaine d’instrumentistes). Cette approche induit beaucoup de théâtralité – notamment avec le fameux chœur « Herr, unser Herrscher » -, qui plonge l’auditoire de facto dans le drame, avec une tension tangible.
Personnage à part entière de l‘ouvrage, le chœur fait preuve d’une magnifique homogénéité et l’on applaudira à deux mains au superbe travail sur la précision du texte et de la diction.
La soirée recèle beaucoup d’instants riches en émotion. En premier lieu, à travers le récit de l’Evangéliste interprété par le formidable ténor allemand Julian Prégardien. Doté d’un timbre clair, il se montre particulièrement expressif pour évoquer les derniers jours de Jésus, … de la trahison de Judas jusqu’à la mise au tombeau. Avec sa belle voix grave, le baryton tchèque Tomas Kral campe un impressionnant Jésus. L’autre voix grave, le baryton-basse allemand Christian Immler s’avère un Pilate non moins crédible, qui livre un très beau « Betrachte, mein Seel », quasi murmuré. Autre bonheur, la soprano ukrainienne Kateryna Kasper qui émerveille par la luminosité de son timbre et par son ineffable musicalité, notamment dans l’un des plus beaux airs de la partition : « Zerfliesse, mein Herze, in Flüten der Zähen ».

Le plus grand bonheur vocal de la soirée reste cependant, à notre avis, le « Es ist Vollbracht », dévolu à l‘alto française Lucile Richardot. En plus de chanter avec une grande délicatesse, la voix est par ailleurs pourvue de puissance et de projection, et parvient surtout à faire passer l’émotion escomptée.
L’orchestre n’est pas en reste et se montre d’une constante efficacité sous la baguette attentive et sensible de Raphaël Pichon. Les subtilités harmoniques générées, la remarquable cohésion des pupitres, les tempi rapides et contrastés enchantent les oreilles du public et il nous faut absolument citer quatre des solistes : le somptueux violoncelle d’Emilia Gliozzi, la délicate viole de gambe de Julien Leonard ou encore les flûtes éthérées de Giorgia Browne et Anne Thivierge. Les vivats qui ont couronnés la soirée ne semblaient plus vouloir finir !

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Compte-Rendu, concert. Aix-en-Provence, Grand-Théâtre de Provence, le 30 mars 2018. J. S. Bach : La Passion selon St Jean. Ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon (direction). Julian Prégardien (ténor), Tomáš Král (baryton), Kateryna Kasper (soprano), Lucile Richardot (alto), Christian Immler (baryton-basse).

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