Cecilia Bartoli: Sacrificium. The art of the Castrati (1 dvd Decca)

A Caserte (Naples), “La
Bartoli” fait son tour de chant: programme enchanteur où l’ambivalence
et la beauté rayonnante du timbre produisent un miracle…
Cafarellienne, Farinellienne… jusqu’au bout des ongles, en une agilité
vocale habitée et palpitante, Cecilia Bartoli éblouit par sa prestance
naturelle, son jeu scénique, ses tours et enchantements …

La passion baroque, celle des castrati napolitains, va magnifiquement à Cecilia
Bartoli
… Jaroussky, Genaux, Cencic… et tant d’autres
s’illustrent régulièrement dans l’évocation du chant des castrats: chant
à jamais perdu mais que les voix les plus agiles parmi les sopranos et
contres-ténors de l’heure s’engagent à “restituer”. Il ne suffit pas
d’enchaîner les notes, toujours plus haut toujours plus vite pour
relever ce défi. Il y faut aussi un supplément d’âme, une couleur
spécifique, des nuances créatives capables d’apporter une véritable
ciselure du mot. Autant de caractères et de réussites que défend au-delà
de la performance de ses confrères, la mezzo romaine Cecilia Bartoli.
La voix n’a jamais été aussi souple et articulée, le tempérament clair
et mordant, d’autant qu’aux Haendel et autres auteurs déjà écoutés, la
Divina “ose” toujours défricher de nouveaux opus, rendant hommage aux
créateurs eux-mêmes subjugués et inspirés par les phénomènes vocaux de
leurs époque. Sur les traces des Farinelli, Caffarelli, Salimbeni,
Appiani, Porporino…, “la Bartoli” éblouit par sa présence fine et
spontanée qui offrent à son chant cette intensité si délectable.


Sur les traces de Caffarelli et Farinelli…

Certes par rapport au cd Sacrificium, coup de coeur de la
Rédaction cd de classiquenews.com (convaincant autant par la sélection
musicale comprenant de nombreux inédits que par la qualité de l’édition
du livre qui l’accompagne et l’explicite), le dvd ne comprend pas les
airs de Caldara (si admirablement interprétés). L’image ajoute
évidemment le bénéfice des séances tournées dans le cadre “magique” de
Caserte, Palais royal qui est la perle architecturale du baroque
napolitain… En muse des lieux, Cecilia Bartoli incarne la passion
tendre ou martiale des castrats… alanguissement, haine vengeresse,
caractère plus élégiaque et mélancolique des affects blessés… La
palette des couleurs émotionnelles nous captive toujours autant. Le
programme ne cache pas non plus son engagement dans sa dénonciation du
sacrifice infligé à tant d’élèves garçons, mutilés de ce fait… Combien
de milliers de victimes ainsi dénaturées pour un castrat reconnu,
célébré, applaudi, divinisé?
On s’incline évidemment devant l’art de la chanteuse et aussi sa
conscience militante. Art et philosophie réconciliées rehaussent
davantage la qualité et la grâce d’une artiste qui n’est donc pas qu’une
interprète.

Les 9 airs ici enregistrés avec la complicité exaltante du Giardino
Armonico
(sous la direction toute en muscles et nerfs de Giovanni
Antonini
), font la part belle au maître à tous, figure
incontournable de l’école du chant napolitain et berceau des castrats
italiens, Nicola Porpora. Le maître de Haydn à Vienne
se voit gratifié de 6 airs dont l’ample “Parto, ti lascio, o cara de
Germanico (Rome, 1732, conçu pour Caffarelli) dont les
instrumentistes restituent également la sinfonia en première
mondiale. La cantatrice défend aussi 2 airs de Siface (Milan,
1725), mais le caracère de Semiramide, et Adelaide
(qu’incarna à Rome pour la création de 1723, le jeune Farinelli alors
âgé de 18 ans!) lui va tout autant.
La diva complète cet alléchant programme télévisé avec Broschi (air
écrit pour son frère Farinelli: Son qual nave de Artaserse,
Londres, 1734) et Araia, napolitain qui fit toute sa carrière à
Saint-Petersbourg (“Cadro, ma qual si mira” de Berenice
(Venise, 1734), l’un des airs préférés de Cecilia Bartoli, avant de
conclure avec un standard légendaire quasi obligé, le fameux “Ombra
mai fu
” de Serse (Londres, 1738) que Haendel écrivit pour
Cafarelli.

Cafarellienne, Farinellienne… jusqu’au bout des ongles, en une agilité
vocale habitée et palpitante, Cecilia Bartoli éblouit par sa prestance
naturelle, son jeu scénique, ses tours et enchantements d’une diva
décidément atypique: visionnaire, engagée, défricheuse.

La tournée française de Cecilia
Bartoli
est annoncée en octobre 2010 passant par Toulouse,
Montpellier, Paris… pour de prochaines performances hallucinantes,
désormais incontournables. Tournée événement prochainement annoncée dans
la mag à l’affiche en France de classiquenews.com

Cecilia Bartoli, mezzo. Sacrificium. The art of
the castrati.
Propora, Giacomelli, Porpora, Brischi, Haendel.
Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini, direction

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