Ce soir, le Rigoletto sdf et ivrogne de Claus Guth

france2 logo-france2France 2, ce soir, 00:20. VERDI : Rigoletto / Claus Guth (OpĂ©ra de Paris, avril 2016). Le compositeur d’opĂ©ras romantiques, Giuseppe Verdi a longtemps et toujours chercher de bons livrets pour mettre en musique ses ouvrages lyriques : dans Rigoletto, – le nom du bouffon Ă  la Cour du Duc de Mantoue, Verdi utilise et adapte la pièce de Victor Hugo, Le Roi malgrĂ© lui. De Hugo, Verdi transpose et magnifie en musique, le rĂ©alisme brĂ»lant de la vie de cour : haine et jalousie Ă  tous les Ă©tages, surtout complot pour affaiblir la figure du bouffon trop influent ; sa fille pourtant prĂ©servĂ©e et tenue Ă  l’écart de la barbarie courtisane, sera in fine sacrifiĂ©e ; elle est mĂŞme la victime consentante d’un assassinat qui se retourne contre celui qui l’a commanditĂ©. En croyant se venger de tous, en pilotant l’assassinat du Duc, Rigoletto creuse sa propre tombe et se prĂ©cipite dans la gueule d’une horrible et infecte tragĂ©die.
Voici donc un drame gothique noir, dans l’Italie des Romantiques, celle des trahisons, tueries, meurtres et intrigues au parfum écœurant, déléthère.
Ă€ Mantoue, au XVIe siècle, Rigoletto, bouffon Ă  la cour du duc de Mantoue, – sĂ©ducteur dĂ©pravĂ©, pense protĂ©ger sa fille Gilda Ă  l’abri des regards et des convoitises. Mais Gilda est dĂ©couverte et enlevĂ©e par des courtisans qui la mènent jusqu’Ă  la chambre du duc obscène, irresponsable. Trop naĂŻve, la jeune vierge s’enflamme pour son amant volage, son premier amour. Que fera le père pour se venger ? Que peut le bouffon Rigoletto contre la tribu courtisane, vĂ©ritable horde sauvage et cynique ?
A travers la chute et le deuil de Rigoletto, s’accomplit la malédiction dont le bouffon était l’objet ; au début du drame, le comte de Monterone maudit le vil serpent qui le raille, alors qu’il est exilé par le Duc…
rigoletto-claus-guth-opera-critique-review-582RĂ©cemment dĂ©criĂ© (Ă  juste titre) pour sa Bohème sans poĂ©sie, – sorte d’ovni scĂ©nographiĂ© en un dĂ©calage spatial qui dĂ©nature l’ouvrage de Puccini, au point de le rendre illisible et indigeste, Claus Guth met en scène ici l’opĂ©ra de Verdi parmi les plus reprĂ©sentĂ©s du rĂ©pertoire. Pour Guth, abonnĂ© aux visions dĂ©poĂ©tisĂ©es et ultra rĂ©alistes pour ne pas dire sordides et misĂ©rabilistes, la force du drame hugolien, pourtant magnifiĂ© par la musique, sauvage, violente, fantastique (tempĂŞte du dernier tableau qui est celui du crime), est rĂ©duite Ă  une succession de tableaux d’une misère crasse oĂą au dĂ©but Rigoletto est un sdf ivrogne qui vit dans un carton… et selon le principe du flashback, se remĂ©more de façon rĂ©trospective, l’action proprement dite de l’opĂ©ra. Dans cet univers sombre, laid et sale, le Duc sniffe son rail de poudre, Maddalena est serveuse dans un bar ; mĂŞme en fin d’action, Gilda n’en finit pas de mourir, quittant en se traĂ®nant, la vaste de scène de l’opĂ©ra Bastille. Est-elle morte, agonisante, blessĂ©e ? Nul le sait vraiment.
Avec les vedettes actuelles du chant : Olga Peretyatko (Gilda, soprano certes charnue mais en manque d’agilité comme de précision dans ses vocalises), Quinn Kelsey (Rigoletto plutôt convaincant sans être vraiment halluciné et proche de la folie en surprotecteur de sa fille), Michael Fabiano (le Duc : un rien dépassé par les aigus de sa partie). Orchestre de l’Opéra national de Paris. Nicola Luisotti, direction (frémissante et souvent fièvreuse : tant mieux). Production de l’Opéra national de Paris, avril 2016.

Comments are closed.