CD. Richard Strauss : An Alpine Symphony, Ein Alpensinfonie. Daniel Harding, direction

Strauss_alpine symphony Daniel hardingCD. Richard Strauss : An Alpine Symphony Ein Alpensinfonie. Daniel Harding, direction. A la tĂŞte de l’Orchestre Saito Kinen au Japon le chef britannique s’attaque Ă  un monstre symphonique qui Ă  son Ă©poque Ă©gale les fusĂ©es mahlĂ©riennes, aspirĂ©es depuis leurs premières notes, vers la cime des Ă©toiles. C’est une formidable machine qu’un bon chef habituĂ© des grands effectifs doit faire dĂ©coller… comme un vaisseau spatial. MalgrĂ© son prĂ©texte anecdotique (les Ă©tapes d’une ascension dans les Alpes avec en point culminant la magnificence des sommets enneigĂ©s, la tempĂŞte comme catastrophe, puis la descente dans un climat d’apaisement extatique), l’Ĺ“uvre comme c’est le cas de la Symphonie pastorale de Beethoven (comptant elle aussi un orage) est moins descriptive que hautement symbolique, son propos exprimant tous les sentiments suscitĂ©s par le miracle de la nature : une admiration non dĂ©pourvue d’inquiĂ©tude voire de surprise.
Hardin comme Jordan et l’orchestre de l’OpĂ©ra de Paris, dans une version rĂ©cente (2012), se montre Ă  la hauteur d’une partition impressionnante, convaincant par son sens de l’architecture comme de la clartĂ© de la polyphonie. La baguette veille Ă  chaque entrĂ©e, soigne l’Ă©loquence majestueuse des thèmes, mesure la brume de la texture orchestrale sans noyer les timbres, avec une Ă©vidente prĂ©occupation de clartĂ© dans les Ă©tagements et la spatialisation (cors lointains, bois, cloches…). Il y manque cependant un vrai souffle capable de tirer le dĂ©veloppement et l’enchaĂ®nement des sĂ©quences (parfaitement dĂ©crites) au delĂ  d’un simple catalogue d’effets et d’idĂ©es (certaines gĂ©niales) strictement rĂ©aliste. Harding expose la totalitĂ© des composantes du très riche flux musical, sans vraiment prendre parti, or il faut cependant une vision mystique et panthĂ©iste voire Ă  dĂ©faut poĂ©tique, pour assurer ce lien organique qui fait l’unitĂ© de la partition. Jordan par exemple savait travailler avec une rĂ©elle sensibilitĂ© chambriste la transparence et la lumineuse activitĂ© de l’Ĺ“uvre. Cependant l’honnĂŞtetĂ© du chef britannique qui fait effectivement tout entendre, reste louable.
TerminĂ©e en 1915, Une symphonie Alpestre recueille l’expertise du Strauss narratif douĂ© d’un remarquable tempĂ©rament dramatique dans ses nombreux poèmes symphoniques. S’y amplifie ce flot impĂ©tueux d’essence philharmonique au très grand format qui rappelle souvent la dĂ©mesure et le flamboiement spirituel de l’opĂ©ra contemporain La Femme sans ombre (qui sera d’ailleurs crĂ©Ă© après la guerre). Le dĂ©luge et les vertigineuses portĂ©es orchestrales dĂ©passent de loin tout ce qui a Ă©tĂ© entendu, soulignant le Strauss bâtisseur Ă  l’Ă©chelle du cosmos. Sans vraiment s’imposer cette nouvelle lecture, apporte la preuve d’une partition de haute valeur qui exige prĂ©cision et profondeur.

Richard Strauss : Eine Alpensinfonie, An Alpine Symphony. Saito Kinen Orchestra. Daniel Harding, direction. Parution : le 3 mars 2014. 1 cd Deca 0289 478 6422 6 CD DDD DH

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