CD, critique. MOZART – SCHUMANN : Fantaisies — Piotr Anderszewski, piano (1 cd WARNER classics)

anderszewski piotr piano warner classics cd critique cd critique review clic de classiquenews fevrier mars 2017CD, critique. MOZART – SCHUMANN : Fantaisies — Piotr Anderszewski, piano (1 cd WARNER classics). Dès le début de ce récital enchanteur, aux teintes rêveuses et suggestives, c’est la capacité au songe et aux replis d’une pudeur active qui s’impose à l’écoute. Rassemblant en réalité 3 sessions d’enregistrements réalisés à 3 époques différentes (2003, MOZART) / SCHUMANN : 2013 et 2016, respectivement Fantaisie puis Variations “fantômes”), le triptyque pianistique qui est découle, affirme une belle cohésion de ton. La richesse et presque l’urgence introspective du pianiste franco polonais Piotr Anderszewski passionne. D’abord, saluons la belle profondeur intérieure ouvrant à des gouffres et intervales interrogatifs (l’ombre parfois du désespoir) dans la première Fantaisie K475 de MOZART, d’une vérité dépouillée, dénudée, sans fard. Mais aussi, inscrites dans des éclairs et scintillements d’une gravité … schubertienne. La Sonate n°14 K457 et sa coupe frénétique, semble dans la succession d’un déterminisme volontaire, fluide, nerveux, d’une fébrilité tendre et électrique (Allegro) ; l’Adagio s’alanguit, nostalgique d’une candeur peut-être jamais réellement vécue, éprouvée, ce qui en rend l’énoncé émotionnellement plus délicat et trouble encore.
Le jeu filigrané, nuancé, d’une ineffable rêverie attendrie du pianiste polonais captive par sa qualité affectueuse, juste, sincère. Du grand art.

Mozart – SCHUMANN :
Fantaisies introspectives

La Fantaisie de Schumann, ample introspection autobiographique s’écoule en trois parties développées ; la plus bouleversante, et ultime, étant celle qui conclut le cycle, flot ininterrompu d’idées et de motifs naturellement jaillissants, dont le jeu de l’interprète doit rétablir la mystérieuse cohésion interne. La III, « langsam getragen… » dure plus de 11mn et exprime toute l’ivresse et la spontanéité lyrique d’un Schumann qui maîtrise ô combien la développement et l’architecture, malgré ce que l’on peut entendre et lire. Rien de « fou » ni d’échevelé », mais l’affirmation d’une pleine conscience, la souveraine maîtrise d’une pensée musicale mûre qui aspire à la sérénité intérieure. Le pianiste en capte les silences porteurs de sens, les échos et vibrations d’une grâce liquide, immatérielle, qui dévoile et traverse espace et temps, en une continuité psychique, productrice de sa propre unité, comme de son propre équilibre. L’onirisme d’un songe, la caresse d’un souvenir des plus chers, et les mieux conservés, comme le trésor intact dans le repli du secret le plus intime, y déploient leur juste chant de paix et en même temps de renoncement tel un adieu éternel. Allusif, et aussi ardent, progressivement, le jeu de l’interprète affirme une belle compréhension de ce qu’est l’hypersensibilité schumanienne, capable d’accents rageurs, et de nuances nées dans l’ombre, surgissant d’un au-delà de la conscience et de la mémoire. Difficile de résister à cette éloquence de la pudeur jamais feinte.

schumann_2441248bLe Thème et Variations WoO24 est totalement baigné en une tendresse des plus ardentes, volonté de réconciliation de directions multiples, éparses, simultanées. Anderszewski en exprime la candeur de l’émission, l’écoute interne aussi, sachant creuser les résonances immédiates, le jeu des énoncés et des réponses. Plus évanescent que jamais, précisément dans les deux dernières Variations (IV, V), la digitalité passe et traverse le clavier avec une mobilité de rêve, incarnant mais tout en mouvement et fugacité, le profil à peine perceptible de ces Variations dites « fantômes ». Avec en prime, filigranant l’activité aérienne, murmurée, le chant du pianiste qui vit la musique de l’intérieure. Remarquable. CLIC de CLASSIQUENEWS de février et mars 2017. En bonus l’éditeur ajoute un dvd comportant un film réalisé par le pianiste lui-même dans sa ville natale, Varsovie. Prochaine lecture et critique du film, à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. MOZART – SCHUMANN : Fantaisies — Piotr Anderszewski, piano (1 cd + 1 dvd « film : Je m’appelle Varsovie », WARNER classics). Enregistrements réalisés en 2006 (Mozart) ; Schumann (2013, Fantaisie / 2016, Thème et Variations). CLIC de CLASSIQUENEWS de février et mars 2017.

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