CD, critique. Giacomo Gorzanis : La Barca del mio amore. La Lyra, Pino de Vittorio (1 cd Arcana).

GORZANIS cd reviex la critique cd par classiquenews La-Barca-Del-Mio-Amore-Napolitane-Balli-E-FantasieCD, critique. Giacomo Gorzanis : La Barca del mio amore. La Lyra, Pino de Vittorio (1 cd Arcana). On se félicite de voir revivre le label Arcana, sous d’aussi brillantes flammes, crépitantes, exaltées, investies comme le réalise le geste vocal d’un maître du dire italien, le ténor Pino de Vittorio. Contrairement à la tartine picturale un rien trop grasse et épaisse qui traite en couverture l’amour de Neptune et d’une naïade bien nourrie (dans un style XVIè, mais si provincial ; en fait une toile de Paris Bordone), la lecture de l’interprète brille ici par sa constante nervosité expressive, son mordant picaresque qui répond en Italie à la drôlerie fantasque mais si humaine d’un Dominique Visse. De Vittorio défend comme peu l’idée d’un tempérament à part, se révélant d’autant mieux dans des répertoires inédits et qui semblent taillés pour son gemme vocal, si atypique.
EnregistrĂ©e n novembre 2017 en SlovĂ©nie, ce programme très caractĂ©risĂ© vaut surtout par l’incarnation Ă  la fois surexpressive d’un diseur qui maĂ®trise l’articulation de l’italien ancien et baroque. Toujours proche du texte, le chanteur acteur se dĂ©lecte Ă  sublimer la projection du verbe en verve et aussi en dĂ©lire parodique. Au service d’une théâtralisation mesurĂ©e du poème, De Vittorio exalte la saveur souvent hallucinĂ©e des images poĂ©tiques d’un GIACOMO GORZANIS, luthiste et compositeur, auteur Ă  Veise de livres de villanelles (poru le luth) et recueils de « napolitane », alla veneziana (chantĂ©s ou jouĂ©s sur le luth). A l’époque de Titien (gĂ©nie chromatique du XVIè, incontournable crĂ©ateur et magicien dans cette Venise qu’a connu Gorzanis entre 1560 et 1571), le compositeur ainsi rĂ©vĂ©lĂ© cultive une plasticitĂ© expressive riche en registres – sensuel, tragique, comique, amoureux et langoureux, fantasque et satirique donc, qui mĂ©ritait une autre image de couverture car le raffinement de sa palette musicale renouvelle aussi l’art du luth qu’il maĂ®trisait parfaitement. Probablement aveugle, Gorzanis naĂ®t vers 1530, Ă  Bari dans les Pouilles, Ă  l’époque oĂą Bona Sforza est duchesse de Bari et… Reine de Pologne. Les engagements de Gorzanis le mène jusqu’en Carniole (actuelle SlovĂ©nie), oĂą se rapprochant des patriciens de Ljublijana, il frĂ©quente la Cour Ă  Graz de l’Archiduc d’Autriche Charles II (auquel est dĂ©dicacĂ© sn Livre II de napolitane de 1571.
Outre la complexité et l’équilibre des danses transmises selon un format depuis adopté après lui (Passamezzo, pavane, saltarello), ce qui fait la saveur de ce programme c’est évidemment la vocalità épineuse et parfois exacerbée, le timbre buffa, très individualisé du ténor qui cultive un vrai sens du théâtre et de la comédie, comique ou tragique, où le texte et son délire poétique expressif sont toujours particulièrement soignés et mis en avant. Aveugle, Gorzanis a certainement pu compté sur son fils et son épouse pour écrire sa musique d’une évidente ambition poétique. Terrain propice à une caractérisation subtile de chaque pièce vocale, les poésies retenues et mises en musique par Gorzanis témoignent du goût européens dans les cours princières de la fin du XVIè : s’y épanche le cœur de l’amoureux trahi, blessé, solitaire impuissant, marionnette tragico-comique d’une belle fière, inaccessible et toujours mystérieuse : toujours, il est sous l’emprise de la belle sirène et sa bouche désirable (Basciami con ssa bocca). Picaresque aussi, et précaravagesque, les petites scènes de drame buffa, convoque une vieille marieuse prête à tout pour séduire, capturer et tromper… De sorte que sous des séductions formelles faussement avenantes, se cache une connaissance aiguë de l’âme humaine, manipulatrice, prédatrice (portait charge de la « maquerelle » dans L’altro giorno mi disse »)… on imagine aisément la portée épicée, volontiers provocante et choquante de tels textes chez la bonne société piquée d’ainsi s’encanailler ! La révélation mérite ce disque à l’apport réel, inédit. On aimerait en connaître davantage sur le compositeur européen Gorzanis, actif dans la 2è moitié du XVIè. A suivre.

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CD, critique. Giacomo Gorzanis : La Barca del mio amore. La Lyra, Pino de Vittorio (1 cd Arcana)

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VOIR en vidéo Pino de Vittorio chanter Sta vecchia canaruta de Gorzanis (2012) :

VOIR AUSSI :

https://www.youtube.com/watch?v=x0GKt9-Ojpw (L’altro giorno mi disse)

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