CD, critique. BRUCKNER : 7è Symphonie (Gewandhausorchester Leipzig / Andris Nelsons, 2018 – 1 cd DG)


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La 7è de Bruckner est un sommet autant majestueux que d’une tendresse infinie, celle d’un organiste devenu par la seule force de sa volonté… symphoniste de premier plan, immensément dévoué à l’exemple de Wagner. Toute la 7è est un hommage et une célébration de l’oeuvre wagnérien. Bruckner sincère et entier, bien que très tardivement célébré comme compositeur, – son premier succès est justement la 7è, acclamé alors qu’il a déjà 60 ans, développe de superbes couleurs funèbres et intimistes.
Andris Nelsons poursuit son intégrale pour DG Deutsche Grammophon avec le sens de la grandeur (brahmsienne), du tragique spectaculaire, mais très investi par le sentiment d’une pudeur constante. La flexibilité entre passages ou se déploient la formidable fanfare et les basses de l’harmonie, puis l’expression d’une blessure personnelle, force l’admiration : ampleur, profondeur, intériorité, humanité. On saisit ici combien Bruckner autodidacte repousse très très loin le format spatial de la sonorité orchestrale, atteignant une extension qui dépasse d’une certaine façon et Wagner et Mahler : la formidable sonorité tissée comme une tension continue fait surgir le grand dragon wagnérien, et aussi le souffle supérieur d’une pensée mystique planante. C’est peu dire que le compositeur met toute sa foi dans cet acte de composition qui fédère toutes ses ressources.
Dès l’Allegro moderato initial, on sent poindre une irrépressible tristesse préalable, celle de l’intuition de la mort de son modèle Wagner : filiation (car tout l’orchestre de Bruckner cite par son ampleur, sa couleur, sa spatialité, sa pleine conscience, l’opéra wagnérien, les voix en moins, ne serait ce que dans l’emploi récurrent par Bruckner dans cette 7è commémorative, de 4 fameux tubas wagnériens (cors sombres et d’un sublime lugubre). Emotion initiale et première, déflagration spectaculaire (dont l’orchestration fait entrevoir le colossal du Wahlala) et sentiment tragique irrépressible (pleurs des cordes au I) : tout cela est magistralement exprimé par le chef letton.
Il peut disposer d’un orchestre de première classe, lui qui dès 1884, date de la création de la symphonie applaudie, l’orchestre déjà du Gewandhaus était dirigé par son fondateur et pilier de sa tradition brucknérienne, Arthur Nikisch. De Nikisch à Nelsons, de 1884 à 2018 (mars précisément quand a été fixé ce live au Gewandhaus), se perpétue la même tradition comme une évidence et une culturelle native. Leur entente, instrumentistes et chef s’accomplit véritablement dans l’Adagio qui est aussi le plus long des quatre mouvements (23 mn) : extension au legato noir mais aérien, étiré jusqu’aux confins d’une douleur et d’une peine finalement apaisée : la mort n’est pas une fin, elle est passage. C’est tout le sens de cette séquence qui reprend l’épais et le colossal du mouvement initial mais allège, étire, s’élève jusqu’à exprimer l’immatérialité des nimbes célestes.
CLIC D'OR macaron 200Couplée en préambule avec la mort du héros Siegfried du Crépuscule des dieux (Götterdämmerung) : marche funèbre de Siegfried, au souffle aérien là aussi énoncé comme un superbe voile noir et finalement caressant, la 7è Symphonie trouve en Andris Nelsons et la phalange de Leipzig, des ambassadeurs actuels de premier plan. Magistral rencontre, excellent accomplissement. Intégrale en cours à suivre. Pour le moment le meilleur volet du cycle. CLIC de CLASSIQUENEWS

 
 
 
 
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CD, critique. BRUCKNER : 7è Symphonie (Gewandhausorchester Leipzig / Andris Nelsons, 2018 – 1 cd DG)

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LIRE aussi notre critique des cd précédents de l’intégrale Symphonies de BRUCKNER par Andris NELSONS et l’Orch du Gewandhaus de Leipzig :

 
 
NELSONS andris cd critique cd review classiquenews CLIC de classiquenews Bruckner-Symphony-number-3-Wagner-Tannhauser-OvertureCD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°3, WAGNER : Ouverture de Tannhäuser / Andris Nelsons / Gewandhausorchester Leipzig ( 1 cd Deutsche Grammophon, Leipzig juin 2016). L’expérience à laquelle nous convie le chef letton Andris, – pas encore quadragénaire (né à Riga en Lettonie en 1978), est une immersion intelligente et réfléchie, de Bruckner à Wagner, d’autant plus pertinente et convaincante que l’ambition des effectifs requis ici n’écarte jamais le souci de précision claire, de sonorité transparente et riche. C’est même un modèle de finesse et d’élégance à mettre à présent au crédit d’un jeune chef superbement doué (on le connaît davantage dans une fosse d’opéra que comme maestro symphonique), dont le parcours discographique chez DG Deutsche Grammophon devra être suivi à présent, avec l’attention qu’il mérite… Le chef débute ainsi sa coopération à Leipzig comme directeur musical du Gewandhausorchester Leipzig,- fonction dédiée qu’il partage avec un poste équivalent à Boston (directeur musical du Boston Symphony Orchestra). Engagement et pourtant humilité, Andris Nelsons perpétue aujourd’hui cette abnégation pour la musique comme son mentor et maître (depuis 2002) : l’immense Mariss Jansons.  
 

bruckner andris nelsons symphony n 3 gewandhaus orchester cd review critique par classiquenews 0028947975779CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017). La 4è de Bruckner est dite « romantique » : serait-ce parce qu’elle réussit une nouvelle sagesse ample et majestueuse malgré l’ampleur des effectifs ; le sentiment préservé malgré l’esprit du colossal ? La noblesse parfois emphatique, la solennité parfois spectaculaire ne doivent jamais amoindrir l’allant altier, l’électricité souterraine qui illumine de l’intérieur, une partition toute dédiée à l’auteur de Tristan : l’ampleur des tutti, le clair obscur âpre, mordant, violent, sauvage des contrastes, opposant, affrontant les pupitres et familles d’instruments (cordes / bois / cuivres en fanfare déployée), enfin l’allure… doivent immédiatement sa nourrir d’une vitalité jamais éteinte : continue, tendue, soutenue de haute lutte. Voilà qui fait les grandes interprétations (Jochuum, Gand, et le plus récent, de surcroît sur instruments d’époque, Herreweghe avec son fabuleux orchestre des Champs-Elysées, lequel dépoussière aussi de façon décisive… le massif brahmsien).

 
 
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