CD, compte rendu critique. THOMAS ADES : Asyla, Tevot, Polaris (1 cd LSO, 2016)

ades thomas asyla tevot polaris cd review compte rendu critique cd par classiquenewsCD, compte rendu critique. THOMAS ADES : Asyla, Tevot, Polaris (1 cd LSO label). Cosmique et tout en narration en cinĂ©mascope, voici une entrĂ©e dans l’univers symphonique du compositeur Thomas AdĂšs, absolument rĂ©jouissante. D’abord, Asyla (1997), partition Ă©corchĂ©e, vive, syncopĂ©e, de nature primitive, dĂ©ployant sa sĂšve primordiale et Ă©ruptive (dernier volet du triptyque, en ses sommets psychĂ©dĂ©liques, Ectasio), ne cesse finalement d’interroger l’auditeur et de repenser sa place par rapport au dĂ©roulement de l’oeuvre.

 

 

 

Trilogie AdĂšs (Asyla, Tevot, Polaris) : un must orchestral de notre temps

 

 

Surtout Tevot (2006) joint le souffle des Ă©popĂ©es fantastiques et futuristes, en une traversĂ©e des abysses, Ă  travers les TĂ©nĂšbres et l’incertitude,
 soit plus de 20 mn d’un cheminement tortueux et de plus en plus imprĂ©vu, vers la lumiĂšre ? En imaginant l’humanitĂ© courant vers un futur incertain, AdĂšs y exprime les secousses de l’Apocalypse, – en glissandi vertigineux, comme l’aspiration Ă  vaincre la destruction annoncĂ©e. On ne saurait mieux faire Ă©cho Ă  l’angoisse de notre planĂšte, qui semble condamnĂ©e par l’homme Ă  une implosion programmĂ©e du fait de sa pollution Ă  grande Ă©chelle, de son dĂ©ni de la mise en danger collective. La matiĂšre orchestrale se plie Ă  des convulsions de plus en plus destructrices, puis AdĂšs brosse de somptueuses perceptions de l’infini inconnu, inquiĂ©tant et fascinant, jusqu’aux ultimes phrases aux cordes dans l’aigu, doublĂ© par la flĂ»te, prĂ©lude Ă  une nouvelle arche qui cĂšde la place aux cuivres de plus en plus majestueux.

EnregistrĂ© sur le vif au Barbican Center de Londres, le cycle des 3 partitions laisse mesurer l’ampleur d’une pensĂ©e musicale d’une vive intelligence sonore, taillĂ©e pour des superbes architectures souvent scintillantes, constellĂ©es, parsemĂ©es, de dĂ©flagrations inquiĂ©tantes, et comme tailladĂ©es de failles Ă©nigmatiques.

CLIC_macaron_2014La plus rĂ©cente Polaris (2010), qui permet ainsi de borner un cheminement de plus en plus consonnant, sur 13 annĂ©es de composition, est un voyage pour grand orchestre d’une absolue pulsion mĂȘlant solennitĂ© et vertige, carillon et cuivres d’un souffle lĂ  aussi cosmique, mais recadrĂ©s, mesurĂ©s avec une spacialisation virtuose des Ă©tagements, effets de lointains et d’échos Ă  la clĂ©, en un sens cinĂ©matographique. SuccĂ©dant Ă  Rattle (Asyla et Tevot crĂ©Ă© par ce dernier avec le Berliner Philharmoniker), l’auteur dirige lui-mĂȘme ses oeuvres en 2016, avec une verve et une acuitĂ© renouvelĂ©e qui servent la forte caractĂ©risation intĂ©rieure de chaque sĂ©quence. Formidable poĂšte, faiseur de climats, AdĂšs cisĂšle chaque tableau pour en exprimer le souffle sidĂ©ral, la matiĂšre cosmique prĂȘte Ă  diverses mĂ©tamorphoses, de l’extĂ©riorisation spectaculaire Ă  l’intimisme le plus tĂ©nu, nĂ©cessitant un nuancier agogique d’une exceptionnelle prĂ©cision et d’une vive flexibilitĂ©. La prise de son est soignĂ©e comme la direction trĂšs affĂ»tĂ©e du chef compositeur (n’est-on pas ainsi jamais mieux servi que par soi-mĂȘme ?). Le double coffret comprenant un disc pure audio Blu-ray (idĂ©al pour mesurer ce travail sur la palette des timbres conçue par AdĂšs) et un cd traditionnel mais en Super audio cd SACD ne pouvait mieux rendre compte de l‘exceptionnel talent du compositeur britannique, sa facultĂ© Ă  penser et exprimer les tumultes et forces intĂ©rieures, souterraines de sa musique.

 

 

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CD, compte rendu critique. THOMAS ADES : Asyla, Tevot, Polaris (1 cd LSO label LSO 0798). Enregistré en mars 2016.

 

 

 

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