CD, compte rendu critique. STRAVINSKY : Le chant funèbre, Le Sacre (Chailly, 1 cd Decca 2017)

stravinsky chailly premiere creation inedit critique review cd par classiquenews annonce riccardo chailly lucerne festival orchestra sacre et chant funebre Chant-funebre-Le-Sacre-du-PrintempsCD, compte rendu critique. STRAVINSKY : Le chant funèbre, Le Sacre (Chailly, 1 cd Decca 2017). Avouons notre plein enthousiasme pour l’élément moteur de cet album : Le Chant Funèbre … sombre et grave, et même lugubre, dès son début, la partition cultive le mystère à la façon d’une marche envoûtée. Puis surgit une mélopée sinueuse à peine éclaircie par la flûte et les violons, comme un dernier râle. La rythmique un rien sèche, abrupte n’a pas encore la souple volupté à la fois incisive et mordante du Stravinsky mûr. C’est une étape qui doit encore beaucoup à l’esprit de malédiction, épais et sirupeux de L’Oiseau de feu, mais la magie aérienne en moins. Et pourtant en un ruban sensuel et comme empoisonné, le jeune Stravinsky a le génie de la couleur et des atmosphères souterraines (montées harmoniques en orgue), … ce pourrait être un poème dramatique, halluciné entre Rachmaninov, le Tchaikovski le plus échevelé, Liszt et Scriabine, entre torpeur, ivresse, féerie mortifère. L’application qu’y développe Chailly est passionnante : le geste rend justice à une partition (opus 5) il est vrai, clé.

Même exubérance lugubre et d’une orchestration si riche qu’elle en sonne comme saturée, dans Feux d’artifice opus 4 (2).
Tandis que le Scherzo semble prolonger l’infini imaginatif d’un Dukas de plus en plus enivré (L’Apprenti sorcier), déroulant une palette de sonorités et de timbres flamboyants et fantastiques, littéralement. Séquentiels, virevoltants, les volets intenses déclament, rugissent, ils annoncent cette implosion de la structure et du développement bientôt réalisé en son point d’accomplissement dans le Sacre de 1913. C’est peu dire que Stravinsky semble exploiter chaque famille d’instruments dans toute sa gamme expressive, avec un goût déjà prononcé pour la polyrythmie. Ivresse et plénitude qui frôlent souvent l’éclatement formel. Quel génie à l’oeuvre on entend ici.

Le triptyque opus 2 Le Faune et La bergère, est l’autre découverte majeure de ce disque : révélant en français, l’atmosphère narrative envoûtante là encore d’un Stravinksy très maîtrisé dans l’art des atmosphères et de l’action plus impressionniste voire symboliste que fantastique. La parure orchestrale est le vrai sujet des 3 poèmes (La Bergère, Le Faune, Le Torrent), d’autant que le mezzo de Koch a du mal à articuler : trop sombre, épais, engorgé. Dommage vocal.

stravinksy lunettesEnfin, les deux parties du Sacre montrent toute la fièvre et l’envoûtement, la sauvagerie millimétrée, la transe à la fois guerrière et païenne qui forcent en 1913, toute action classique. Tout implose, tout flambe et se cambre en une série de convulsions animales et souverainement félines. Du grand art, qui montre l’intervalle finalement très court au terme duquel, Stravinsky apprenant de ses maîtres, avec la vitalité fulgurante de l’éclair, permet comme Picasso en peinture, l’immersion brutale de l’art du XXè dans la pleine et fracassante modernité. Disque d’une rare cohésion, révélateur sur l’évolution de Stravinsky au début du XXè. Programme plus qu’intéressant : révélateur à l’endroit du génie de Stravinsky, de la jeunesse qui tâtone au coup de maître du Sacre.

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Approfondir
LIRE aussi notre annonce du cd Le Chant funèbre de Stravinsky par Riccardo CHailly (Lucerne, 2017) : première discographique (1 cd DECCA).
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-stravinksy-chant-funebre-premiere-discographique-par-riccardo-chailly-1-cd-decca/

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