CD, compte rendu critique. Orpheus’ Noble Strings / Les cordes royales d’Orphée / Thomas Hobbs, ténor (1 cd Paraty, 2016)

orpheus-noble-strings-clic-de-classiquenews-cd-review-critique-cd-classiquenews-junuary-2017-PARATY216229_couvCD, compte rendu critique. Orpheus’ Noble Strings / Les cordes royales d’Orphée / Thomas Hobbs, ténor (1 cd Paraty, 2016). Diseur baroque suave et suggestif, le ténor britannique Thomas Hobbs sait rééclairer de sa voix tendre, claire, idéalement articulée dans la langue de Shakespeare, les mélodies nostalgiques du recueil qui souligne aussi sa complicité avec le luth et les cordes de Romina Lischka. Sur le thème et mythe d’Orphée/ORPHEUS, figure matricielle pour le chant barque et l’opéra tout court, le ténor anglais, chantre et conteur compose un parcours en langueur et nostalgie, cultivant l’accord ténu entre texte et musique, poésie et mélancolie instrumentale. De noble et bergère naissance, le poète évoque l’énergique et cruel Hermès, apprend l’amour, le deuil, l’humaine fragilité aux cotés de la fugace et fatale Eurydice… Le chantre raconte et évoque encore le destin du poète Thrace, qui témoignant de la douleur et colère d’Apollon après que son frère Hermès ait décimé son bétail, lui pardonne quand celui-ci lui offre pour pardon, une magnifique carapace de tortue, sa nouvelle lyre stimulant ses ardeurs vocales : en prenant modèle sur Apollon, son père et modèle, Orphée se découvre ainsi une vocation, il sera lui aussi chantre, chanteur, exprimant vertiges et désirs, langueurs et renoncements de l’humaine condition. Voilà ce que raconte ce recueil captivant, jalonné de chansons anglaises du premier baroque signé Francis Pilkington, John Danyel, John Dowland, sans omettre le vague à l’âme de sieur Tobias Hume (What greater grief…)…tous prodigieux compositeurs poètes du XVIIè. L’acuité expressive du ténor, son sens du verbe dramatique, sans aucune affectation, sa complicité avec ses deux partenaires femmes (poésie du chant instrumental dans l’étonnante langueur flottante, méditative et suspendue de « Mr Dowland’s Midnight » de John Dowland soi-même), célèbrent ce que l’on ignore trop de ce côté de l’Atlantique, – admirateurs des

 

 

Thomas Hobbs

 

 

contemporains français, Guédron ou Lambert-, : la foisonnante littérature des mélancoliques elizabéthains, premiers romantiques avant l’heure. Voici donc un récital captivant, défendu par un interprète de grande classe, sincère et d’une élégance probe. Si le titre et le sujet annonce un développement dramatique, quasi théâtral, on reste saisi par la science de l’économie, la maîtrise de l’épure allusive qu’affirment peu à peu des maîtres interprètes (évanescence progressive et quasi mystérieuse des deux derniers épisodes, d’une sombre volupté, prière au néant de la mort, et au vide souverain et profond, joie éprouvée aux abords de l’éternelle paix : « Go nightly cares », puis « Down, down, proud mind », signés Dowland, et surtout William Corkine). Et voilà réactivées, entre violence et suggestion, les stances les plus bouleversantes de la lyre baroque anglaise… Diseur convaincant pour répertoire rare et subtil. A suivre.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Orpheus’ Noble Strings / Les cordes royales d’Orphée / Thomas Hobbs, ténor (1 cd Paraty, 2016) — Thomas Hubbs, ténor. Romin Lischka, violes de gambe. Sofie Vanden Eynde, luth. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

 

 

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