CD, compte rendu critique. NOVUS QUARTET : Quatuor n°1, Souvenirs de Florence de Tchaikovski (1 cd Aparté)

NOVUS QUARTET Tchaikovski-String-Quartet-numero-1CD, compte rendu critique. NOVUS QUARTET : Quatuor n°1, Souvenirs de Florence de Tchaikovski (1 cd Aparté). Reçu en écoute cet été, le programme enregistré en 2016, et qui sortira fin août, confirme la maturité de ce jeune quatuor à cordes provenant de Corée et fondé en 2007 : NSQ pour NOVUS strings Quartet. Ses solistes peaufinent encore leur aptitude (réelle) auprès de leurs ainés du Quatuor Belcea, depuis janvier 2016, lequel agit comme un mentor et un guide esthétique, artistique, technique.
De tout cela et davantage encore, il en faut dans les Quatuors de Tchaikovski qui donnent ses lettres de noblesse à un genre boudé traditionnellement par les Russes parce que connoté « trop occidental » ; donc écarté par le groupe des Cinq, mais Borodine et Tchaikovski s’y illustrent avec une maestrià imprévue, exemplaire outrepassant leurs modèles germaniques, grâce à une inspiration (dans le cas de Piotr Illiytch), nettement chorégraphique et populaire (couplée avec une sûreté des intentions et une vision de l’architecture, saisissantes).
Des 3 Quatuors composés par le jeune Tchaikovski, le Premier en ré majeur opus 11 est celui du professeur au Conservatoire de Moscou, fondé par son ami Nicolas Rubunstein, qui souhaite surtout faire valoir ses aptitudes de compositeur. Pour le concert de mars 1871, Tchaikovski fait donc créer son Quatuor qui frappe par la densité grave de son architecture et la finesse de ses trouvailles mélodiques. Schubertien dès le mouvement premier, Piotr se montre d’une subtilité d’intonation qui émaille la riche texture et le parcours innervé d’éclairs fugaces, mais exprimés et portés avec une flexibilité exemplaire dans l’écriture. Le second mouvement (Andante cantabile), avec sourdines, frappe par l’intériorité tendre de sa mélodie, nostalgique et suave, – qui tira les larmes à Tolstoï quand il écouta l’œuvre en 1876. La finesse de Tchaikovski est de fusionner authentiques motifs populaires (chanson ukrainienne) d’une rusticité primitive intacte, et grande séduction du style, au fini extrêmement soigné (contrepoint fluide et murmuré).
Les Quatre instrumentistes coréens savent exprimer la joie première, rustre de la danse paysanne dans le Scherzo, avant l’ampleur et l’imagination orchestrale du Finale, vraie mouvement de symphonie qui s’achève vivace avec un éclat juvénile, triomphal mais pas solennel.

 

 

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Ils sont rejoints par deux instrumentistes plus connues pour assurer les alto 2 et  violoncelle 2 dans Souvenir de Florence, partition de pleine maturité qui est contemporaine du séjour heureux à Florence après les succès de la Belle au Bois Dormant et tandis que, en 1890, Tchaikovski compose La Dame de Pique (référence à Hermann dans la coda du mouvement 1). Les 6 voix solistes du Sextuor contrastent avec la noirceur lugubre de l’opéra. Dédiés à sa protectrice, Madame Meck, Piotr excelle à tisser un contrepoint jamais bavard, qui touche par sa sincérité. Pourtant, l’hommage débouchera sur une rupture : la Meck désirant couper court à leur relation pourtant ancienne. Et déterminante pour le compositeur. L’oeuvre est créée à Saint-Pétersbourg en 1892 dans sa version définitive. Les interprètes soignent la couleur frénétique et chorégraphique du très beau premier mouvement Allegro con spirito qui sonne aussi intense et lyrique que celui de Richard Strauss pour l’Ouverture de son opéra Capriccio (1942). Dans le second mouvement, Adagio cantabile e con moto (ré majeur), le geste collectif est d’une suave langueur, d’un abandon éperdu (duo violon / violoncelle), jusqu’au génial final après le vif et délirant Moderato central, quand les six archets énoncent chacun une phrase en bref crescendo jusqu’à la dominante de résolution, un la… libératoire. Tension, détente, ivresse : tout est mesuré, calibré avec une intériorité qui bouleverse par sa justesse. Et une brillance légère qui écarte tout pathos (si insupportable chez Tchaikovski). Les souvenirs et réitérations dont il est question, n’ont rien de florentins ; au contraire c’est la réponse de Piotr à l’essor d’une domination artistique occidentale prétendue. Rien de telle avec lui; sa plume reste viscéralement enracinée dans le terroir des topiques russes.

 

 

CLIC_macaron_2014La grande versatilité sensible des jeunes coréens emportent là encore le tissu sonore idéal que beaucoup, ailleurs, rendent trop académique et sérieux. Souvent aride voire sec. Ici, c’est l’éloquence du surgissement, la vivacité collective … résolues dans une articulation contrapuntique idéalement perceptible… qui font mouche. Ces mousquetaires asiatiques signent par leur engagement et leur justesse agogique, leur meilleur album. Leur discographie n’est pas grande certes, mais ce disque nouveau vaut jalon qui annonce de grandes promesses. Il était donc temps que les jeunes surdoués coréens, si nombreux dans compétitions et concours, parviennent enfin à affirmer une sonorité et un geste, une vision et une intensité convaincante, originale et juste dans la formation du Quatuor à cordes. Les quatre instrumentistes du Quatuor Novus ont tout cela. A suivre désormais pas à pas.

 

 

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CD, compte rendu critique. NOVUS QUARTET : Quatuor n°1, Souvenirs de Florence de Tchaikovski (1 cd Aparté) — parution le 25 août 2017. Avec O. Gaillard et L. Berthaud, respectivement, violoncelle 2 et alto 2 dans Souvenirs. CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

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