CD, compte rendu critique. DREAMS. Gounod, Bellini, Meyerbeer…Pretty Yende, soprano (1 cd Sony classical)

YENDE pretty dreams bellini cd review critique cd par classiquenews deception un ratage total par classiquenewsCD, compte rendu critique. DREAMS. Gounod, Bellini, Meyerbeer…Pretty Yende, soprano (1 cd Sony classical). Milan, avril 2017. Que s’est il passé en Italie pour cet enregistrement qui se révèle être un flop ? Déception parmi les jeunes divas, en particulier de la part d’un jeune talent bellinien pourtant prometteur. On espérait beaucoup (trop peut-être) du second album de la sud africaine Pretty Yende : dans « Dreams » (après « A Journey », premier cd carte de visite, prometteur il est vrai – malgré la faible tenue de l’orchestre), son rêve s’écroule car le style si piquant, vif argent de ses derniers engagements, (on la vu encore sur la scène de Bastille dans Lucia en octobre 2016 :LIRE notre compte rendu critique de Lucia avec Pretty Yende), s’efface ici pour un style standardisé, international, « lisse », et artificiel qui rien que virtuose et « poseur » voire démonstrativement scolaire, devient hors sujet pour un programme où devait régner la subtilité et l’intériorité bellinienne. Même son français reste paresseux chez Gounod et Meyerbeer… La diva nous avait habitué à mieux, beaucoup mieux. Quelle désillusion.

FLOP… Hélas la diva si prometteuse perd de sa fraîcheur expressive pour un calibre de couleur standard, uniformisé qui manque singulièrement de caractère et s’agissant du répertoire français, d’articulation claire. Tout est joué dès le premier air où sa Marguerite (Faust de Gounod) patine sur le plan de l’articulation : aucune voyelle et des accents surjoués voire maniérés qui déforment le texte et fait perdre 60% de l intelligibilité. Son air des bijoux s’écroule. Curieusement le timbre se durcit, la voix roucoule en couleur outrée qui manque de finesse. Et surtout de sobriété. Qu’elle veuille chanter en français soit, mais il faudrait choisir un meilleur répétiteur. Et reprendre sérieusement son articulation.
L’agilité et la facilité de la coloratoure fascine évidemment mais elle n’est que technique et échoue à transmettre réellement un sentiment car ici tout est abordé de la même façon virtuose, voire systématique sans comprendre les enjeux dramatiques de chaque air.
Comble de la contradiction : a contrario de sa prestation écoutée sur la scène de Bastille il y a un an déjà (octobre 2016), YENDE fait ici en studio, une Lucia impersonnelle, très agile certes, mais comprend-t-elle ce qui se joue quand la pauvre amoureuse et folle, devenue criminelle, imagine voir Edgardo ? L’évocation de l’harmonie céleste peine à nous saisir d’autant que l’orchestre est joli, fleuri, et minaude… comme elle.
Quelle déception ! Ce côté lisse uniquement soucieux de beau son et de virtuosité, reste hors sujet quand on conserve en tête ce qu’ont exprimé ici les grandes belcantiste : Callas, Caballé ou Anderson. Celles qui ont su inféoder la technicité (que YENDE a) à l’expression et au style.
Devenue star trop vite, la jeune femme sud africaine aux promesses « sidérantes », aussi immenses qu’une Jessye Norman quand elle se présente alors au premier concours Bellini en 2009, a perdu toute qualité expressive, toute intelligence du texte, toute vérité du chant. Une machine à vocalises, un instrument vocal capable d’émettre toutes les notes mais sans les investir d’une intention sincère. Alors on pense à un gâchis… Que s’est-il passer ? Imparfaitement préparée ou mal coachée tant le français est instable, on reste sur la réserve car ici tout est réalisé de façon artificielle ou perce le manque de finesse.

Un rien cocotte et minaudante, absente de toute profondeur, la diva enchaîne ensuite Linda de chamonix ; las, n’est pas Gruberova qui veut : toutes les notes sont là mais égrénées comme sa Lucia précédente. La grille stylistique n’a pas variée et les nuances sont les mêmes : ce Bellini brille en pure et creuse virtuosité.

Plus expressifs mais exigeant une précision dynamique autrement plus proche du texte, les deux Bellini qui suivent font paraître les mêmes limites : agilité mais intentions imprécises, et maniérisme interchangeable. Sa Straniera figure de l’héroïne sacrifiée par excellence qui se pâme et s’oublie avant la mort, manque de simplicité comme de relief et d’urgence comme de terreur intérieure (comment pourrait-il en être autrement avec un orchestre aussi épais et sirupeux ?).
Même ratage pur Amina de La Sonnambula : la diva manque d’intention expressive, de justesse dramatique ; c’est joli et rien que fleuri.

Le Meyerbeer hélas s’avère encore plus redoutable pour un français exotique qui reste hors contexte et dans l’air riche en vocalises évidemment, totalement incompréhensible quand il est chanté. Du reste l’air de Dinorah devient l’emblème même d’une artiste encore prometteuse qui se perd dans son propre chant enivré, narcissique, déconnecté d’expression et de sentiment.
Le bel canto n’est pas qu’une affaire de vocalises et d’agilité… ce second recueil raté édité pour Sony le démontre hélas de façon exemplaire. Allons diva YENDE reprenez vous ou changez de coach. On oubliera vite ce volume qui mal préparé et enregistré à la hâte, gagnera à être remisé dans un placard. La jeune cantatrice mérite mieux et l’on attend son prochain disque d’un opéra intégral où l’on pourra juger de son éclat recouvré dans la durée d’une partition complète.

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LIRE notre critique compte rendu complet du cd A journey… Pretty Yende (Sony classical, octobre 2016) / Bel enregistrement d’une jeune diva bel cantiste alors très prometteuse…
YENDE-pretty-cd-a-journey-582-582-cd-review-cd-compte-rendu-classiquenews-clic-de-classiquenews-Pretty-Yende-CoverCD, compte rendu critique. «  A journey »… Pretty Yende, soprano. Bel canto et opéras romantiques français : Rossini, Bellini, Donizetti, Gounod, Delibes… (1cd Sony classical) – Jeune souveraine du beau chant… Coloratoure exceptionnellement douée, la jeune soprano sud africaine Pretty Yende (à peine trentenaire en 2016) fut révélée avant tout dès 2010, lors du premier Concours international de Bel Canto Vincenzo Bellini, seule compétition (française) dédiée aux spécifiés du chant bellinien (c’est à dire préverdien); son chant sûr et raffiné s’affirme ici au sommet de sa jeune carrière, telle une nouvelle Jessye Norman, alliant la grâce, le style, une technicité brillante et naturelle … au service des compositeurs lyriques d’avant Verdi : Rossini et son élégance virtuose ; Bellini et ses langueurs suaves d’une ineffable tendresse ; Donizetti, touche à touche géniale autant dans la veine dramatique et tragique que comique et bouffone… Soit de l’expressivité mordante et une noblesse naturelle doublée d’une technicité acrobatique avérée… autant de qualités qui lors du premier Concours précité, avait particulièrement marqué les esprits du Jury et du public.

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