CD, compte rendu critique. Dixit Dominus : Vivaldi, Handel, Mozart (Jordi Savall, 1 cd Alia Vox, juin 2015)

dixit dominus handel mozart vivaldi jordi savall alia vox cd review cd critique classiquenews presentationCD, compte rendu critique. Dixit Dominus : Vivaldi, Handel, Mozart (Jordi Savall, 1 cd Alia Vox, juin 2015). EnregistrĂ© Ă  l’Auditori de Barcelona dĂ©but juin 2015, ce programme copieux et cohĂ©rent affiche la grande aisance et ce fini instrumental autant autant que vocal qui caractĂ©risent les effectifs rĂ©unis autour du catalan Jordi Savall. Comme son pair en rĂ©alisations baroques, visionnaires et dĂ©cisives, William Christie dont le geste margnifiquement ouvragĂ© lui aussi s’est engagĂ© en 2016 pour la dĂ©fense du message spirituel de JS Bach (fabuleuse relercture de la Messe en si, dont une Ă©tape est passĂ©e par Barcelona aussi), Savall publie l’expĂ©rience sacrĂ©e rĂ©alisĂ©e en 2015, reliant en une filiation secrĂšte les 2 Baroques majeurs : Haendel / Handel et Vivladi, auquels il associe le singulier – entre classique et prĂ©romantique, Mozart, tous ambassadeurs de l’épopĂ©e guerriĂšre et spirituelle du texte Dixit Dominus. Ne manque ici que la proposition de JS Bach qu’il aurait Ă©tĂ© pourtant passionnante d’ajouter Ă  ce Triptyque musical, d’une rare pertinence artistique.

Le Psaume 110 (ou 109 dans la nomenclature juive, reprise par La Vulgate de Saint-JĂ©rĂŽme) est l’un des piliers de la dĂ©votion catholique, – alliant foi conquĂ©rant et victorieuse, – les enfants et anges armĂ©s du Divin s’exprimant dans la jubilation collective, entre nervositĂ© et jubilation suspendue voire extatique. Entre doxologie proclamative (certainement portĂ©e,inspirĂ©e, pilotĂ©e par le Roi David soucieux d’affirmer sa foi) et aussi tĂ©moignage d’une foi sincĂšre et intime vĂ©cue par chaque croyant (Ă©clat des parties solistiques, en dialogue ou contrepointant la masse chorale). La sĂ©quence est particuliĂšrement tout au long de l’annĂ©e liturgique car elle est donnĂ©e en gĂ©nĂ©ral au dĂ©but de l’Office dominical des VĂȘpres.

Chez Vivaldi (Dixit datĂ© de 1717, soit au moment oĂč le VĂ©nitien affirme son statut de compositeur incontournable Ă  la PietĂ  de Venise, car il devient alors Maestro de’ concerti, aprĂšs la mort de Gasparini), la coupe rythmique, nerveuse, bondissante mais toujours suave s’impose (on est Ă  l’opposĂ© des stridences Ăąpres voire incisives de bien des baroqueux italiens et français) ; mais le profil plus intĂ©riorisĂ© des parties de solistes, – comme le duetto des deux sopranos (Tecum Principium), ou celui plus inquiet, et comme traversĂ© par un sentiment d’incertitude ou de souffrance (De torrente in via bibet, pour contretĂ©nor), sait donc cultiver aussi l’impact incarnĂ© et intime des priĂšres. Cette lecture proche des souffrances humaines trouve un Ă©quilibre somptueusement exprimĂ© ici, par le sentiment de tendresse et les climats de fragilitĂ© inhĂ©rent Ă  la condition de chaque croyant. Sentiment d’errance instable que rĂ©sout et finalement efface totalement le trio riche en certitude Gloria Patri (3 voix d’hommes, d’une sobriĂ©tĂ© rassurante).

  

Dixit superlatif
Triptyque sacré somptueusement inspiré

Dans la perspective du Vivaldi, le choeur du Dixit mozartien (k 193, datĂ© de 1774) semble prolonger cette fraternisation Ă  l’Ɠuvre, en un acte de rapprochement collectif, presque entonnĂ© sur le ton de la confidence sereine et sĂ»re, qu’inspire une ferveur inexpugnable, infaillible, inextinguible. La certitude viscĂ©rale en serait le caractĂšre le plus emblĂ©matique : Mozart nous promet un ocĂ©an d’apaisement, de joie victorieuse et finale. MalgrĂ© son caractĂšre et son esprit fraternel, d’une tendresse inĂ©dite alors, la partition marque en 1774, les dĂ©buts du service des Mozart, pĂšre et fils, Ă  la Cour de l’indigne prince-archevĂȘque Colloredo, lequel finira par congĂ©dier les deux musiciens en
 1777.

Le dernier choeur Et in saecula seculorum, – d’un format et d’un esprit trĂšs handĂ©lien, prĂ©pare idĂ©alement au dernier volet de ce triptyque thĂ©matiquement trĂšs juste. Savall place alors un Magnificat, d’une effusion maternelle inscrite dans la lumiĂšre, comme si au sommet de l’acte fervent collectif, l’hommage Ă  la MĂšre, en Ă©tait le point le plus intense et le plus profond. En rĂ©alitĂ©, dans les faits liturgiques, le Magnificat est l’un des derniers Ă©pisodes de l’office dominical des VĂȘpres : sa situation ici est donc tout Ă  fait justifiĂ©e. Belle exĂ©gĂšse musicale.

De fait le HWV 232, affirme le tempĂ©rament dramatique et nerveux d’un Haendel,
 trĂšs vivaldien. Comme quoi la boucle est bouclĂ©e et ici, souligne une formidable parentĂ© et filiation marquĂ©e par la cohĂ©rence. Mais l’articulation projetĂ©e, quasi guerriĂšre du premier choeur, Dixit Dominus, est d’une remarquable acuitĂ© linguistique. « Energisez votre consomnes comme vos voyelles », auraient dii l’excellent Christie. Savall, frĂšre interprĂšte, partage la mĂȘme exigence comme la mĂȘme exactitude : l’activitĂ© du chƓur est superbe de prĂ©cision, d’abattage, de couleurs et de rondeur « picturale ». Nous sommes Ă  l’inverse de tant de lectures que leurs confrĂšres ou soit disant disciples / hĂ©ritiers perpĂ©tuent aujourd’hui dans la sĂ©cheresse ou la prĂ©cision/sitĂ© automatique (cf. les Gardiner, Rousset ou Niquet, tous en perte de vivacitĂ© comme d’urgence). Savall a le talent de le vie, du mouvement grĂące Ă  des chanteurs nuancĂ©s, et comme fragilisĂ©s, donc humains, et des instrumentistes prĂȘts Ă  les secourir dans une odyssĂ©e musicale qui nous parle essentiellement de fragilitĂ© humaine. La tenue pour ce Haendel de la jeunesse (le Dixit est composĂ© en 1707 par un trĂšs jeune compositeur de 22 ans, – d’une maturitĂ© dĂ©jĂ  exceptionnelle, venu Ă  Rome se perfectionner) est ostensiblement lumineuse et Ă©clatante. PortĂ©e par une alliance maĂźtrisĂ©e entre urgence et vitalitĂ©. Le tonus altier que lui rĂ©serve Savall et ses troupes, apporte au caractĂšre collectif outrageusement vainqueur de l’intonation chorale, la vigueur et la force des textes.

 

 

La rĂ©ussite du geste savallien est de savoir pour chacun des compositeurs, caractĂ©riser et colorer idĂ©alement les options expressives, selon les enjeux du texte et l’esprit de l’écriture musique. Ce programme baroque pur, associant 3 « Illustres » de l’histoire musicale entre Baroque et classicisme, rĂ©tablit la justesse du geste savallien qui, – aux cĂŽtĂ©s des innombrables programmes fraternels et de rĂ©conciliation entres peuples et cultures – un combat rendu essentiel depuis les 3 annĂ©es que nous venons de vivre-, s’avĂšre des plus convaincants. L’articulation des textes, la souplesse et l’accentuation du flux musical, la richesse sonore et l’intelligence dans la conception artistique globale, suscitent l’admiration. Excellent triptyque sacrĂ©.

 

 

 

CLIC_macaron_2014Cd, compte-rendu critique. DIXIT DOMINUS : Vivaldi, Mozart, Handel. Solistes et instrumentistes de La Capella Reial de Catlunya – Le Concert des Nations (Manfredo Kraemer, concertino). Jordi Savall, direction. 1 cd ALIA VOX AVSA9918.

 

 

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