CD, compte rendu critique. BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011),Orchestre des Champs-Elysées. Philippe Herreweghe (1 cd PHI, 2015)

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, COllegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-Elysées. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees défend les vertus sonores, esthétiques, pédagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la précision et la caractérisation des timbres plutôt que le volume ; dans l’acuité renforcée du geste expressif aussi car bien sûr il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut évidemment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc…), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensité poétique décuplée, l’exigence de précision et d’articulation compensent la netteté souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bénéfices qui replacent le jeu et l’interprétation au cœur de la démarche… De ce point de vu, 25 ans après sa création, l’OCE porté par la direction affûtée, précise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santé régénératrice absolument captivante, dépoussiérant des œuvres que l’on pensait connaître.

 

 

 

BRAHMS sublimé

 

 

herreweghe philippe-herrewegheComme dans ses Bruckner tout autant allégés, palpitants, – chez d’autres chefs, épais, monumentaux et surtout tissés comme des blocs sonores compacts-, Philippe Herreweghe soigne chez Brahms, la clarté des plans, favorise le dessin polyphonique, surtout détaille chaque assemblage de timbres. La construction formelle à travers les 4 mouvements en gagne relief et tension. Le chef ajoute un sentiment d’urgence, une formidable motricité (jaillissements d’une irrépressible énergie du palpitant Scherzo), un dramatisme continu qui révèle le génie du Brahms symphoniste et orchestrateur. Johannes Brahms comme c’est le cas pour Schumann, est venu tard à l’écriture symphonique. L’ombre de Beethoven, sa maîtrise contrapuntique, son génie de la construction l’impressionnaient au plus haut point et le romantique devait faire au moins aussi bien que Ludwig. Défi relevé d’autant mieux révélé / mesuré, dans cette lecture superlative qui nous offre un Brahms léger, hyperactif, d’une fièvre expressive percutante et prenante (début de l’Allegro energico qui ouvre le mouvement final).

Les différentes sections affrontent et alternent des épisodes antagonistes et finalement complémentaires dont le chef polit la somptueuse langue instrumentale ainsi dans le mouvement 2 (andate moderato) : Philippe Herreweghe met en avant la fabuleuse harmonie première à laquelle succède ensuite les cuivres de plus en plus majestueux…

brahms 280Tout cela prépare au dernier mouvement dont la motricité coupée au scalpel cisaille, assène, tempête, rugit avec ce sens du destin implacable, comme le chant d’une fatalité souveraine propre au mélancolique voire dépressif Brahms… L’acuité éruptive traversée d’éclairs introspectifs, saisit de bout en bout. On savait Herreweghe, brillant analyste ; on découvre l’orfèvre capable de se passionner et de scintiller par sa rage mesurée. De ce point de vue, la fin du dernier mouvement subjugue littéralement par l’énoncé ultime qui termine âpre, sans réelle résolution. Ainsi s’affirme non sans justesse, l’interrogation du Brahms viscéralement insatisfait. L’activité, l’acuité analytique qui détaillle sans se diluer, la motricité dramatique et la fièvre qui surgit là où on ne l’attendait pas, font les délices et la valeur de cette intégrale Brahms en cours. A suivre absolument.

Ann Hallenberg est FarinelliSaluons d’autres qualités plus que convaincantes dans le complément : la sublime Rhapsodie pour alto… Wagnérisme (sublime couleurs de l’introduction) et somptuosités schumanniennes s’invitent dans la cantate pour alto et orchestre d’une suave et tendre mélancolie dont on ne cesse de louer les teintes et couleurs façonnés en vagues mordorées. La voix (excellente Ann Hallenberg) caresse, envoûte, fascine, pilote une destinée comme une Isolde enchantée d’une absolue et ultime sérénité quand elle s’accompagne du chœur. Voix de sirène, prophètesse et sybille éclairée, Ann Hallenberg est bien l’une des meilleures mezzos altos actuelles dans ce qui est aussi un nouvel accomplissement d’une justesse poétique irrésistible, (après un récital anthologique de pure virtuosité avec les Talens lyriques dédié à Farinelli, récent clic de Classiquenews dont la critique la designait plus grande mezzo actuelle alors, c’est à dire actuellement au sommet de ses possibilités). Le Brahms de l’Orchestre des Champs Elysées, vit une nouvelle existence : par la vertu indiscutable des instruments d’époque, le massif symphonique Brahmsien est bien l’apport le plus important, voire essentiel de cette décennie. C’est plus qu’un Brahms dépoussiéré : plutôt régénéré et magnifié. A suivre désormais.

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-Elysées. Philippe Herreweghe, direction. 1 cd PHI, LPH025.

 

 

 

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