Carl-Maria von Weber: Der Freischütz, 1821 Radio Classique, dimanche 27 janvier 2008 à 21h

Carl-Maria von Weber
Le Freischütz
, 1821


Radio Classique
Dimanche 27 janvier 2008 à 21h


Chasseurs manipulés, forêt profonde, symbole de l’activité des forces inconscientes, invocation à Satan, balles magiques… Tout dans Le Freischütz répond à l’appel au fantastique et à la féerie surnaturelle proclamé par Hoffmann. En Weber, l’opéra romantique allemand a trouvé son meilleur ambassadeur: mieux, Weber, acclamé aux quatre coins de l’Europe, prépare le théâtre de Wagner qui lui succède à Dresde…

Radio Classique diffuse la version discographique dirigée par Karl Böhm en 1972 à l’Opéra de Vienne avec une distribution jubilatoire: Gundula Janowitz, James King, Eberhard Waechter…

Vers l’opéra romantique allemand, durchkomponirt
En réponse à l’opéra français et surtout la machine à virtuosité de l’opéra italien, nouvellement incarnée par le théâtre rossinien, les musiciens romantiques germaniques depuis Mozart (L’enlèvement au Sérail et surtout La Flûte Enchantée, à la fin du siècle précédent, en 1791) cherchent à créer un genre purement national, du moins de langue allemande. Poète et musicien, E.T. A. Hoffmann appelle de tous ses voeux ce nouveau théâtre à venir, où fidèle à l’esthétique romantique, la féerie voisinne avec le fantastique, le comique et le tragique avec la libération fantaisiste des registres. En citant ici Don Giovanni de Mozart, comme l’expression la plus aboutie de ce lyrisme sans contraintes, Hoffmann espérait que ses contemporains réalisent cet idéal. Pour montrer la voie, le poète compose sur un livret de La Motte-Fouqué, Ondine (1816): la légende aquatique qui montre en vérité l’impossibilité de deux êtres de culture et de monde différents, à vivre leur amour dans un même espace. Tout est déjà là, annonçant Wagner (Le Vaisseau Fantôme, Lohengrin, Tannhäuser...) mais la musique est d’un classicisme en rien à la hauteur de l’ambition poétique. Hoffmann doit admettre sa piètre écriture.

Fantastique et sauvagerie

Heureusement, c’est Spohr (Faust, 1816) et surtout Weber qui sur les traces de Beethoven (Fidelio) édifient l’arche vers l’opéra romantique allemand. Le Freischütz, créé en 1821, qui aura à son tour un impact déterminant auprès du jeune Schubert qui en conçoit une vocation d’auteur lyrique, est déterminant. Musique et livret fusionnent idéalement pour exprimer cet appel au surnaturel, au fantastique, à la pure féerie, tant attendue et finalement exhaucé.

Prologeant le singspiel mozartien (parlé/chanté), Weber offre à l’orchestre une force et une même une sauvagerie confondante qui en fait l’acteur principal du drame: musique de l’horreur, musique fantastique qui libère les pulsions les plus sombres voire démoniaques… autant de fureur dans la fosse culmine dans le fameux tableaux de la gorge aux loups où Kaspar invoque Samiel… Peu à peu, la conception des compositeurs tend vers cette continuité du flot musical, rompant la découpe italienne récitatifs/airs… L’écriture Durchkomponiert, qui recherche cette continuité entre chaque tableau, grâce au chant désormais ininterrompu de la musique, bientôt totalement réalisé avec Wagner, s’accomplit de façon visionnaire dans Euryanthe de Weber (1823), puis dans la féerie musicale de son Oberon (Londres, 1826), et aussi avec Spohr (Jessonda, créé à Cassel en 1823)… Il faudrait aussi en parallèle à la compréhension de l’oeuvre wéberienne, replonger dans le théâtre de Schubert, qu’une tradition scientifique aberrante présente meilleur auteur du lied que dramaturge lyrique. Une récente production de Fierabras (1 dvd Emi classics) indique en ce sens l’ambition de la scène lyrique schubertienne… Pourtant en dépit de tant de réalisations préwagnériennes d’une réelle qualité, les auditoires de Vienne à Dresde, succombèrent irrésistiblement à l’attraction de Rossini. Si l’Autriche domptait politiquement l’Italie, ses salles d’opéra se laissaient envahir par l’italianità délirante…

Illustrations
Deux portraits présumés de Carl-Maria von Weber (DR)

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