Boris Godounov par Vladimir Jurowski

moussorgskiFrance Musique. Dim 1er juillet 2018, 20h. MOUSSORGSKI : BORIS GODOUNOV. Depuis l’OpĂ©ra Bastille, (enregistrĂ© le 7 juin 2018), la production dirigĂ©e par l’excellent Vladimir Jurowski investit le plateau de la scĂšne parisienne avec une distribution assez passe partout, plutĂŽt lisse mĂȘme, en dĂ©pĂźt des personnages que le compositeur, gĂ©nie de l’opĂ©ra romantique russe avant Tchaikovski, a su dĂ©velopper. On ne dira quasient rien de la mise en scĂšne plate, ennuyeuse, sans idĂ©e du thĂ©Ăątreux Ivo van Hove payĂ© trĂšs cher sur la scĂšne de bastille pour rĂ©duire la trame de Boris, Ă  l’assassinat de Dimtri (en images dĂ©multipliĂ©e donc indigestes par la vidĂ©o, utilisĂ©e Ă  l’excĂšs). Il faudra bien souligner un jour l’effet dĂ©sastreux de ces lectures misĂ©rabilistes, sans poĂ©sie aucune qui cultive la laideur en sacrifiant la suggestion, dans nombre de mises en scĂšne modernes. Et dire que l’Etat et le contribuables payent pour ses assommantes destructions de l’art lyrique.

La version retenue est la moins complĂšte (premiĂšre version de 1869), Ă©cartant le fameux acte polonais, avec les personnages qui prĂ©cisent l’entourage et l’ascension du faux Dmitri, prĂ©tendant au trĂŽne (2Ăš version de 1872) ; dans le dĂ©coupage prĂ©sentĂ© par Paris, le dĂ©roulement de l’action s’intĂ©resse sur l’ascension de Boris au trĂŽne impĂ©rial, puis sa lente dĂ©chĂ©ance, rongĂ© par les crimes qu’il a commis pour arriver Ă  ses fins. En parallĂšle, comme Ă  distance de de mouvement politique qui enchaĂźne les faux prophĂštes et les vrais usurpateurs, le moine Pimen commente l’action avec un dĂ©tachement qui n’est pas dupe des manipulateurs en tous genres (dommage la basse Ain Anger reste comme ses confrĂšres, dans le terne, le gris, sans trouble aucun) ; Ă  travers le personnage du fou et de la foule toujours ballotĂ©e et soumise se prĂ©cise le portrait d’une nation martyr, orpheline d’un vĂ©ritable hĂ©ros qui saura lui apporter libertĂ©, paix, abondance
 L’orchestre de Moussorgski est l’un des plus puissants (dans la conception moins par le nombre), intensĂ©ment dramatique et superbement mĂ©lodique ; et la construction, scĂšne par scĂšne, mĂȘme si l’on reste indĂ©cis sur l’ordre et la composition originelle des sĂ©quences, force l’admiration par sa prodigieuse modernitĂ©. La scĂšne de l’auberge vaut toutes les comĂ©dies rossiniennes, truculente et contrastĂ©e : un modĂšle du genre grĂące aux profils expressifs alors confrontĂ©s / affrontĂ©s. Face Ă  la partition de Moussorgski qui regorge de vivacitĂ©, d’humour comme de cynisme acide et de lyrisme tendre, les chanteurs peinent Ă  exprimer les brĂ»lures et les vertiges du drame.
jurowski vladimir chef maestro par classiquenewsHeureusement il y a le chef Vladimir Jurowski qui s’il n’a pas obtenu l’écrin de Garnier qui lui aurait mieux convenu, distille une maniĂšre de chambrisme affĂ»tĂ© depuis la fosse qui fait mouche. Autre facteur de rĂ©ussite de cette production musicalement trop timorĂ©e : l’excellente prestation des choeurs de l’OpĂ©ra de Paris : vrai personnage qui rĂ©Ă©quilibre et finit par surclasser l’asthĂ©nie Ă©tonnante des solistes. En conclusion, s’il est toujours passionnant d’écouter la musique thĂ©Ăątrale de Moussorgski, cette production 2018 Ă  Bastille, est Ă  oublier visuellement. Tant mieux, France Musique ne nous dĂ©livre que le son.

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logo_france_musique_DETOUREParis, OpĂ©ra Bastille / Moussorgski : Boris Godounov, version de 1869. Abdrazakov,Malevskaya,…Orch. et Ch de l’Op. nat. de Paris,MaĂźtrise des Hauts-de-Seine,ChƓur d’enfants de l’OpĂ©ra nat. de Paris,Jurowski – OpĂ©ra donnĂ© le 7 juin 2018 Ă  20h Ă  l’OpĂ©ra Bastille, Paris.

Modeste Moussorgski
Boris Godounov

Ildar Abdrazakov, basse, Boris Godounov
Evdokia Malevskaya, Fiodor
Ruzan Mantashyan, soprano, Xenia
Alexandra Durseneva, mezzo-soprano, La nourrice
Maxim Paster, ténor, Le prince Chouiski
Boris Pinkhasovich, baryton, Andrei Chtchelkalov
Ain Anger, basse, Pimen
Dmitry Golovnin, ténor, Grigori Otrepiev
Evgeny Nikitin, baryton-basse, Vaarlam
Elena Manistina, mezzo-soprano, L’aubergiste
Vasily Efimov, tĂ©nor, L’innocent
Mikhail Timoshenko, baryton-basse, Mitioukha
Maxim Mikhailov, basse, Un officier de police
Francisco Simonet, ténor, Un boyard, voix dans la foule
Peter Bronder, ténor, Misail

Choeur de l’OpĂ©ra National de Paris
MaĂźtrise des Hauts de Seine
Choeur d’enfants de l’OpĂ©ra national de Paris
Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris
José Luis Basso, Chef de choeurs
Vladimir Jurowski, direction.

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