Beethoven: Symphonie n°6 “pastorale” France Musique. Dimanche 25 avril 2010 à 10h

Beethoven


Symphonie n°6 Pastorale

Vienne, 1808

La Sixième Symphonie dite Pastorale fut composée et créée
au même moment que la Cinquième, le 22 décembre 1808, à Vienne. Outre
son génie de symphoniste, Beethoven, âgé de 38 ans, révélait une
aptitude exceptionnelle à renouveler son inspiration : difficile de
concevoir œuvres aussi différentes et cohérentes, en un même moment ! Le
compositeur précise l’esprit de l’œuvre : davantage « expression » que «
peinture » de l’élément pastoral. D’ailleurs, au moment de sa
publication, en 1826, la partition indique : « Symphonie Pastorale ou
souvenir de la campagne ». Il s’agit moins d’une évocation descriptive
que suggestive du motif rural, sylvestre, naturel. Pour conduire
l’auditeur dans ce cycle de paysages plus brossés que dessinés, il a
lui-même indiqué pour chacun des mouvements, un titre indicatif.
Beethoven privilégie la sensation sur le réalisme. En cela, il serait le précurseur des impressionnistes, tout au moins un modèle pour tous les symphonistes à venir, de Mendelssohn et Schumann, à Brahms et Mahler. Toujours l’élement naturel, vécu sur le motif, en plein air, s’il est ensuite sublimé par le filtre du souvenir, inspire au plus haut point, l’esprit des compositeurs.

L’accueil fut
mitigé, et le public resta sur l’ennui suscité par la longueur du
deuxième mouvement !

Souvenir pastoral…

Symphonie
« Pastorale » n°6 en fa majeur, opus 68.
Cinq mouvements dont
les trois derniers sont enchaînés.
L’allegro ma non troppo (1)
intitulé « éveil d’impressions joyeuses » dont le premier thème
reprend la mélodie d’un air populaire de Bohême où séjourna le
compositeur à l’été 1806 chez les Brunswick. L’andante molto mosso
(2) évoque « une scène au bord du ruisseau » où le chant des
oiseaux détaillés par Beetoven (rossignol, caille et coucou) permet aux
bois de se détacher, respectivement : flûte, hautbois et clarinette. L’allegro
qui suit (3) intitulé « réunion joyeuse de paysans » est un
scherzo structuré sur le thème descendant ( sur huit mesures) exposé
pianissimo par les cordes. Puis, se développe une mélodie rustique
brusquement interrompu par un tutti fracassant : c’est l’annonce de l’orage
(allegro en fa mineur, 4). Fulgurance de l’éclair puis descente,
apaisement. Enfin, l’allegretto final (5) exprime le « chant
des pâtres, sentiment de contentement après la fin de l’orage
».

Hymne
à la nature souveraine, célébrée par une humanité joyeuse tel serait le
programme énoncé sans plus de précision par un Beethoven, plus
impressionniste que néticuleusement naturaliste. Beaucoup d’amateurs
voire de musiciens et non des moindres ont tenu « la Pastorale » pour
une œuvre réduite du fait de son intention descriptive, inscrite dans
son titre. C’était faire bien peu de cas des précisions pourtant sans
ambiguïté de son auteur. Claude Debussy, dans « Monsieur Croche »
n’a pas épargné Beethoven : il voit dans la Sixième Symphonie,
une œuvre plus faible que les autres opus symphoniques. Un raté « inutilement
imitatif
». L’écoute objective de l’œuvre révèle qu’il s’agit d’une
partition dense et sauvage, dont la force énergique et la vitalité
affirment le génie beethovénien, évocatoire et sensitif.


France Musique
Dimanche 25 avril 2010 à 10h

La Tribune des critiques de disques

Illustration: Portrait de Beethoven (DR)

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