QUATUOR MANFRED : BERLIN Paradise

manfred-quatuor-concert-critique-classiquenews-berlin-paradise-low-defPARIS, Mer 26 fév 2020 : QUATUOR MANFRED, “Berlin Paradise”. Porté par les membres du Quatuor MANFRED, jamais en reste d’un risque nouveau, « Berlin Paradise » est un voyage musical à Berlin pendant les années folles, convoquant le tourbillon artistique et utopique dont l’issue irrépressible sera l’auto destruction et la folie hitlérienne. Des espoirs portés par une insouciance collective y sont avortés et accouchent de la fin de la civilisation. C’est ainsi que le meilleur de l’humanité peut si l’on n’y prend pas garde, préluder au pire… Imaginé par le Quatuor Manfred et la chanteuse Marion Rampal, avec le saxophoniste Thomas Savy, le programme interroge le répertoire berlinois des années 20 aux années 40, de Kurt Weill à Hollaender ; y paraissent des légendes iconiques désormais, allégorie d’un art de vivre aussi impertinent que fragile, Marlene Dietrich et Lotte Lenya.

Tout commence dans le Berlin mythique de la république de Weimar qui aura duré 15 ans (1918 – 1933). La jeunesse s’émancipe contre l’ordre moral bourgeois : « les jeunes filles coupent leurs cheveux à la garçonne, l’androgynie devient un critère de mode, l’homosexualité est reconnue et défendue, les utopies politiques s’affirment. Les artistes survoltés s’empressent de casser les codes, quittent le chemin tracé du classicisme, investissent les cabarets, partent à la découverte du jazz, se jettent avec frénésie sur le cinéma, exaltent la liberté de pensée…. ».

Mais ce nouveau monde, telle une chimère s’écroule sous le coup de la crise financière (krach de 1929) et de la grande dépression de 1930 qui s’en suit ; Berlin, trop frêle rempart artistique et culturel contre l’inexorable montée du nazisme, n’est-il qu’un leurre ?… « Comment résister ? Pourquoi devoir cesser de croire à la possibilité du bonheur ? » / Nouveauté discographique du Quatuor MANFRED : Bye Bye Berlin! Marion Rampal &Quatuor Manfred (Harmonia Mundi)

QUATUOR MANFRED
PARIS, Bal Blomet
26 février 2020, 20h30
RÉSERVEZ
Jazz & Music Hall
http://www.balblomet.fr/events/berlinparadise/

Marion RAMPAL (chant)
Thomas SAVY (saxophone)

COMPTE RENDU, concert. WEIßENFELS, Bachfest, Schlosskapelle in Neu Augustusburg, le 22 juin 2019. J-S Bach : Cantates de Weimar (II). Pierlot.

BACH-JS-jean-sebastian-582-390-BACH-JS-4johann-sebastian-bachCompte-rendu, concert. Bachfest, Schlosskapelle in Neu Augustusburg, WEIßENFELS, le 22 juin 2019. Jean-Sébastien Bach : Cantates de Weimar (II) / Philippe PIERLOT.C’est un concert de la chaussure ?” commente malicieusement un touriste anglais en visitant le musée de la chaussure de Weißenfels, quelques minutes avant d’assister au concert donné dans la chapelle du Château. Un trait d’humour à même d’animer la visite d’un musée aux murs décrépis, dont la richesse et la diversité des collections, tournées vers le monde, doivent toutefois inciter à dépasser ce premier regard défavorable. Cette collection passionnante rappelle les grandes heures industrielles de la ville de Weißenfels, située à mi chemin entre Weimar et Leipzig (à environ trente minutes en car de cette dernière).

La visite de la cité nichée en contrebas du Château nous rappelle combien l’ex-Allemagne de l’Est, au-delà des grandes villes d’ores et déjà en grande partie rénovées, n’a pas encore effacé tous les stigmates de la désindustrialisation : la fuite de nombreux habitants explique pourquoi autant de maisons délabrées et de commerces fermés donnent une triste mine au centre-ville. En grande partie épargnée par les bombardements de la Deuxième guerre mondiale, Weißenfels possède pourtant un potentiel touristique qui devrait l’aider à accélérer sa rénovation : le présent concert contribue à cette revitalisation, ce dont on ne peut que se féliciter.

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Le concert se situe dans le cadre du cycle des seize “cantates de Weimar”, donné en quatre concerts par la Bachfest avec des formations variées, qui permet de s’intéresser à Jean-Sébastien Bach (1685-1750) en tant que compositeur de cour. Bach fut notamment organiste et premier violon pour le duc de Saxe-Weimar de 1708 à 1717, tout en gardant ensuite de bonnes relations avec lui. L’Allemagne, alors émiettée en une multitude de royaumes, duchés ou principautés, voit en effet ces différentes cours se disputer les faveurs des plus grands compositeurs : le rayonnement artistique de cette riche période n’a de cesse de fasciner encore aujourd’hui.
Les cantates présentées par Philippe Pierlot à Weißenfels (qui faisait partie du fief de Weimar et non de Leipzig) ont toutes été composées entre 1714 et 1716, mais offrent toutefois une variété digne de l’inspiration du maitre allemand. Elles trouvent à s’épanouir dans la chapelle du château, bénéficiant d’une acoustique étonnamment précise, obtenue en faisant jouer les interprètes au niveau de la tribune de l’orgue : on gagne en confort sonore ce que l’on perd en proximité avec les artistes.

Les interprètes mettent un peu de temps à se chauffer, d’autant que le tempo un peu trop vif de Philippe Pierlot ne les aide guère au début. Peu à peu, la direction gagne cependant en respiration, en une lecture chambriste sérieuse et de bonne tenue, mais qui ne soulève pas l’enthousiasme pour autant – du fait notamment d’un violoncelle solo assez prosaïque. Les solistes montrent un bon niveau général, dominé par le superbe Leandro Marziotte, un contre-ténor aux phrasés naturels et aériens, sans parler de son timbre délicieusement velouté. Hannah Morrison a quant à elle un aigu un peu dur dans les parties difficiles et des passages de registres arrachés dans la virtuosité. Lorsqu’elle quitte les passages périlleux, elle remplit parfaitement sa partie, de même que le ténor correct d’Hans Jörg Mammel, en dehors des accélérations qui mettent à mal la justesse. Enfin, on aime la puissance et l’expressivité de la basse Matthias Vieweg, même s’il a parfois tendance à se laisser emporter par son tempérament, occasionnant un placement de voix approximatif. A suivre.

 

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Bachfest, Schlosskapelle in Neu Augustusburg, Weißenfels, le 22 juin 2019. Jean-Sébastien Bach : Cantates de Weimar (II). Cantates «O heilges Geist- und Wasserbad», BWV 165 – Mein Herze schwimmt im Blut, BWV 199, «Barmherziges Herze der ewigen Liebe», BWV 185, «Ach! ich sehe, itzt, da ich zur Hochzeit gehe», BWV 162, «Mein Gott, wie lang, ach lange», BWV 155. Hannah Morrison (soprano), Leandro Marziotte (alto), Hans Jörg Mammel (ténor), Matthias Vieweg (basse), Ricercar Consort, Philippe Pierlot (direction). Illustrations : © Bachfest Leipzig / Gert Mothes