DVD. Purcell : Didon et Enée (Dido and Eneas, Vincent Dumestre, mai 2014 1 dvd Alpha)

purcell dido and Aeneas le poeme harmonique vincent dumestre deception pour classiquenews 1 dvd alpha vivca genauxDVD. Purcell : Didon et Enée (Dido and Eneas, Vincent Dumestre, mai 2014 1 dvd Alpha) Belle désillusion. L’esprit troupe anime chaque production du Poème Harmonique. Après Le Bourgeois gentilhomme, Cadmus et Hermione de Lully, puis Egisto de Cavalli, Vincent Dumestre retrouve une complice (Le Carnaval baroque), la chorégraphe, Cécile Roussat pour cette illustration du mythe de Didon inspiré de Virgile. Triple hélas, la laideur indigne des costumes (et des coiffes !!), qui semble recycler une vieille production d’Europe de l’Est matinée de références mais en plus miséreux, du Cinquième élément de Besson, affecte une vision que l’on souhaitait poétique. Déjà envisagée par le début de l’action et sa plage marine (les rives de Carthage), aux naïades flottantes évanescentes : l’onirisme disparaît très vite. La palme de l’horreur absolue revient à l’apparition de la magicienne au II, – sorte de pieuvre humaine écrasée sur un rocher miteux, expectorant des membranes filandreuses au rendu organique douteux, et les sirènes volantes agitant mollement leur queue ne relèvent en rien le niveau. Où est la magie, la suggestion, la noble sensualité d’un spectacle baroque parmi les plus emblématiques de Purcell ? La narration anecdotique et tout aussi pauvre en suggestivité est atteinte dans l’idée d’exprimer l’amour d’Enée (fils de Vénus) et de la belle reine carthaginoise, flanqués dans une conque géante qui flotte tant bien que mal sur un océan de papier bleu.

Même la tempête où Jupiter rappelle au héros troyen son devoir, même la foule des marins prêts à embarquer pour leur nouveau destin (fonder Rome) s’essoufflent ici. Agitation n’est pas souffle ni fascination théâtrale.

Or ni les instrumentistes du Poème ni les chÅ“urs d’Accentus n’apportent la tension et la magie attendue : c’est malheureusement terne et lisse, appliqué parfois, mais toujours linéaire. La déception la plus notable vient de la mezzo de Fairbanks, si agile à exprimer le chant virtuose et acrobatique alla Farinelli : Vivica Genaux n’est pas Didon ; aucun phrasé subtil, ni de souffle murmuré digne des grandes diseuses tragédiennes, et son lamento funèbre final est parasité par un vibrato envahissant et incontrôlable qui nuit à l’expression de la profondeur solitaire. Quelle erreur de casting. Le style ne convient pas. Et ce n’est pas l’Enée, droit, carré, sans nuances de Henk Neven qui compense les manques de sa partenaire. A leurs côtés, la Belinda d’Ana Quintans se distingue à peine par son chant plus proche des enjeux dramatiques. Finalement, seule la sorcière habitée, tourmentée – vraie autorité haineuse et malsaine -,  du baryton Marc Mauillon, ailleurs familier des réalisations de William Christie, tire son épingle : le geste est sans chichi, et juste comme le chant naturellement projeté et puissamment expressif. Un chanteur sauve ici la production du naufrage. De toute évidence, la production purcellienne n’est pas la meilleure réalisation signée par Le Poème Harmonique / Vincent Dumestre. Nous attendions peut-être trop de cette production qui cependant ne souffre aucune faute de goût. Un dvd … à oublier.

Henry Purcell : Dido and Aeneas
1 dvd Alpha. Enregistré en mai 2014 à Rouen.

Opéra en trois actes. Livret de Nahum Tate d’après
sa tragédie Brutus of Alba, tirée de l’Énéide de Virgile, livre IV
Création en décembre 1689 au Pensionnat de jeunes filles de Chelsea

Cécile Roussat, mise en scène, costumes, chorégraphie, décors…
Chœur Accentus
Le Poème Harmonique
Vincent Dumestre, direction

Didon : Vivica Genaux
Énée : Henk Neven
Belinda : Ana Quintans
Magicienne, un Marin : Marc Mauillon
Première sorcière : Caroline Meng
Deuxième sorcière : Lucile Richardot
Esprit : Nicholas Tamagna
Dame d’honneur : Jenny Daviet

CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD sony rival queens simone kermes vivica genaux Rival QueensCD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical). En gants de boxe, mais robes XVIIIè, les deux divas vedette de l’écurie Sony classical s’offrent comme à l’époque du Haendel Londonien et de Porpora son rival napolitain, une joute lyrique : ces reines rivales, – l’une soprano (Simone Kermes), l’autre mezzo (Vivica Genaux) surenchérissent en performances coloratoure, sur les traces des divas adulées au XVIIIè à Londres entre autres ce 6 juin 1727 dans l’opéra de Bononcini : Astianatte. Francesca  Cuzzoni et Faustina  Bordoni la Vénitienne, de la même génération (nées en 1696 et 1697) s’y révèlent redoutables, déterminées et même agressives, n’hésitant pas à s’injurier et s’empoigner.
Sur le plan strictement musical et artistique, l’enjeu de la joute demeure expressif et technique : l’agilité, mais aussi l’étendue de la tessiture (aigus très haut perchés), l’habilité à colorer et nuancer sa propre expressivité sont de rigueur. Pourtant outre la suprême virtuosité, il faut surtout une justesse de ton, une expressivité et une style qui privilégie la finesse intérieure sur la seule carrure tapageuse et démonstrative. L’idéal aurait assurément été de les écouter dans les mêmes airs, ce qui aurait supposé deux tessitures égales : en réalité la chose aurait pu être réalisée car les deux chanteuses citées (Francesca et Faustina) ont incarné à deux temps différents, le même air dans l’Artaserse de Hasse à Venise en 1730 (l’air :  “Va tra le selve ircane “, créé d’abord par la Cuzzoni, est ensuite repris dans une version différente par la Bordoni à Dresde en 1740). Mais respectant la couleur et le grain du timbre de chacune, le choix des airs prend en compte l’agilité claire de Vivica, le flou dramatique de Simone : osons dire d’emblée que cette joute tourne à l’avantage de Vivica Genaux dont la précision des vocalises, le brillant claire du timbre, la musicalité souple, surtout son souci du verbe et de l’intelligibilité écrasent les capacités (réelles) de sa rivale : comparée souvent à Bartoli, Simone Kermes paraît souvent terne, manquant de fluidité sobre, toujours tournée vers un intensité et une nervosité violente et spectaculaire, qui certes veut en découdre mais manque singulièrement de profondeur comme de poésie, de finesse comme nuances. Naples, Londres, Rome et surtout Venise, les opéras ici ressuscités dont la majorité en “premières mondiales” illustrent l’essor du genre seria acrobatique et rien que virtuose, propre aux années 1720 et 1730 : traitant l’autre de garce et de catin, poussées chacune par leurs partisans particulièrement remontés en ce soir du 6 juin 1727 au Haymarket de Londres, deux divas célèbres, la parmesane Faustina Bordoni (née en 1696) et la Vénitienne Francesca Cuzzoni (née en 1697) que la dignité et l’élégance habituelle tenaient dans la bienséance la plus respectable, se crêpent le chignon sur scène devant un parterre médusé … dont la princesse de Galles.La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni
2 divas sur le ring …
L’Astianatte de Bononcini n’espérait pas une telle publicité : un pugilat mémorable dans l’histoire de l’opéra baroque. Leur collaboration pour un même opéra remonte à 1718 à Venise : elles se retrouvent ensuite sur la même affiche en 1719 à Venise et Milan puis 1721 à Venise, également; de 1726 à 1728, la Royal Academy of music de Londres engage les deux divas au risque d’enflammer leur rivalité de plus en plus explicite… de fait, l’événement inconcevable se produit donc en 1727, chacune à peine trentenaire revendiquant le statut de “prima donna”. Si les témoignages (surtout celui de Tosi) fixent dans l’imaginaire, le beau chant d’expression de la Cuzzoni – Orphée (son cantabile amoureux en particulier) et celui de bravoura de la Bordoni – Sirène (agilité coloratoura), ils nous restent pour imaginer concrètement leurs formidables capacités, des airs taillés pour ces machines à vocalises acrobatiques. En réalité les commentaires sur les deux divas sont assez proches, révélant des tempéraments en miroir : les deux étant aussi douées l’une que l’autre pour l’introspection de caractère ou la performance acrobatique : profondeur et virtuosité. De quoi faire rêver les divas modernes.

De fait, le programme de ce disque laisse envisager des qualités spécifiques qui pourraient bien aujourd’hui, selon l’écriture des airs, singulariser l’une par rapport à l’autre. A écouter les airs de Pollarolo, Lucio Papirio (air de Papiria, 1720), de Lucio Vero d’Ariosti (1727), Numa (1741) et Didone abbandonnata (1742)  de Hasse : La Bordoni (ici Vivica Genaux) devait étonner par son souffle illimité. Face à elle : les airs virtuosissimes de Cuzzoni éclatent dans Da tempesta il legno infranto du Cesare de Haendel (en 1724), ou l’air, ici chanté par Kermes, ” Benché l’augel s’asconda ” (Mandane du Ciro riconosciuto de Leonoardo Leo (Turin, 1739) qui renvoie à une esthétique plus intérieure.

L’intérêt du disque est évidemment de distinguer des particularités distinctives voires discriminatoires qui départagent inévitablement les talents. C’est aussi un répertoire passionnant qui révèlent toutes les nuances de la virtuosité : de 1720 à 1739, entre les vénéto émiliens tels Ariosti, Bononcini, Giacomelli, Pollarolo) et les compositeurs passés et très fortement marqués par le moule napolitain : Arena, Hasse, Leo, Poropora, Sarro, Vinci…

Eclat et intériorité de La Genaux / Bordoni

Cuzzoni eut-elle réellement ce cantabile amoureux, douée d’une expressivité poétique à tomber telle que l’incarne ici à sa façon La Kermes ? Malheureusement, l’expressivité courte et sans guère de nuances de son Andromaque dans l’opéra fameux de Bononcini (Astianatte, cadre des affrontements historiques), air ” Svenalto, traditor ” où l’héroïne est prête à mourir, comme hallucinée et au bord de l’évanouissement… laisse un goût d’inachevé. L’air d’agilité du Ciro riconosciuto de Leo (” Benché l’augel s’asconda ” de Mandane, Turin, 1739) manque de pêche, de brio, de clarté, d’incisivité et la voix fait valoir des usures problématiques… le souffle est court et le style manque singulièrement de finesse comme de réelle et souple implication (même constat pour sa récente Comtesse des Noces de Figaro de Mozart emporté par ailleurs à l’orchestre par Teodor Currentzis : Kermes y paraissait comme le maillon faible).

rivals-queens-genaux-kermes-sony-classical-cd-Préfère-t-on pour autant l’agilité de bravoure de La Genaux, épatante mitraillette mais aussi (et mieux que sa consÅ“ur, tant pis pour elle), troublante, enivrante grâce aux couleurs intérieures d’un chant pas que démonstratif ou strictement virtuose ?.. Mais réellement enivré et même enchanté capable de couleurs intérieures convaincantes : la chaleur du timbre outre son agilité, sa claire vibration font la réussite de l’air de Papiria ” Padre amoroso ” (Venise, 1720) : prière sincère d’une fille à son père indécis… Même épanchement pudique et d’une dignité blessée dans Lucio vero d’Ariosti (créé à Londres en 1727 comme l’opéra fameux de Bononcini) : La Genaux / Bordoni exprime au plus juste la douleur mesurée d’un cÅ“ur qui s’interdit tout épanchement…  Dans un air nettement plus virtuose enchaînant les cascades de notes et de vocalises comme justement l’opéra de la confrontation malheureuse (Astianatte de Bononcini, Londres 1727 dont elle chante l’air d’Ermione), la musicalité coloratoure de la mezzo canadienne fait… mouche : une assurance déterminée qui exprime la volonté d’un cÅ“ur capable de volonté cruelle.

L’affrontement a révélé ses apports et ses enseignements. Insouciante ou bonne joueuse, pariant sur la seule énergie du défi, Simone Kermes savait-elle que son étoile aurait à en pâtir ? Heureuse Vivica Genaux (déjà habituée à l’agilité napolitaine dans un recueil ancien dédié à Farinelli et aux castrats) : la diva de Fairbanks captive de bout en bout par son agilité et son intelligence, sa finesse expressive comme sa précision technique. Reconnaissons que sa rivales Kermes ne partage pas à la même hauteur, la chaleur et la richesse harmonique du timbre, la vitalité précise et construite de la coloratoure… Outre le tonus et l’éclat de La Genaux / Bordoni, saluons l’intérêt du répertoire ici abordé. Les instrumentistes de La Cappella Gabetta manquent parfois cependant de vraie subtilité, faisant basculer l’ensemble vers une stricte nervosité démonstrative… Pas facile décidément d’éviter les effets au détriment de la profondeur. En l’occurrence, la joute ici départage clairement les talents en présence…

 
CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD, annonce. RIVAL QUEENS. 2 DIVAS SUR LE RING : La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD sony rival queens simone kermes vivica genaux Rival QueensCD, annonce. RIVAL QUEENS. 2 divas sur le ring : La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical). En gants de boxe, mais robes XVIIIè, les deux divas vedette de l’écurie Sony classical s’offrent comme à l’époque du Haendel londonien et de Porpora son rival napolitain, une joute lyrique : ces reines rivales, – l’une soprano (Simone Kermes), l’autre mezzo (Vivica Genaux) surenchérissent en performances coloratoure, sur les traces des divas adulées au XVIIIè à Londres (Haymarket royal opéra) entre autres ce 6 juin 1727 dans un opéra : Astianatte de Bononcini … Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni s’y sont affrontées jusqu’au pugilat et crêpage de chignons, ce malgré la présence de l’assistance de la princesse de Galles : l’agilité, mais aussi l’étendue de la tessiture (aigus très haut perchés), l’habilité à colorer et nuancer sa propre expressivité sont de rigueur. Pourtant outre la suprême virtuosité, il faut surtout une justesse de ton, une expressivité et une style qui privilégient en particulier la finesse intérieure sur la seule carrure tapageuse et démonstrative. D’autant que pour se distinguer, le programme du cd Sony classical regroupe plusieurs airs d’opéras méconnus voire inédits signés des émilo-vénitiens : Ariosti, Bononcini, Giacomelli, Pollarolo, ou des compositeurs – plus connus, qui se sont formés à Naples, tels Arena, Hasse, Leo, Poropora, Sarro, Vinci…  Alors laquelle des deux s’impose en primadonna assoluta ? La Genaux-Bordoni, ou La Kermes Cuzzoni ? Vous saurez tout dans notre prochaine critique complète à paraître dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

CD, annonce. RIVAL QUEENS. 2 DIVAS SUR LE RING : La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

Journée Vivica Genaux, mezzo-soprano

genaux_vivica_mezzo_sopranoRadio. France Musique. Le 11 avril 2014. Journée Vivica Genaux, mezzo.  En tournée dans le monde entier (Ferrare, Prague, Madrid, San Francisco…), la sublime mezzo-soprano américaine Vivica Genaux (né à Fairbanks, Alaska) fait une halte à Radio France toute la journée du 11 avril 2014, avant d’entamer une résidence à l’Opéra de Rouen pour sa prise de rôle dans Didon et Enée sous la direction de Vincent Dumestre (14 avril / 13 mai 2014), production reprise ensuite à l’Opéra royal de Versailles en juin.

Diva Vivica

Au micro de France Musique, la diva Vivica se raconte tout au long de cette journée, nous faisant partager ses passions et dévoilant quelques jardins secrets : l’Alaska dont elle est originaire et sa deuxième patrie, l’Italie grâce à laquelle « elle a découvert la féminité », la comédie musicale My Fair Lady qui l’a révélée à 13 ans, sa rencontre décisive avec le chef René Jacobs, son appréhension des rôles de mezzo qu’elle préfère à ceux des « sopranos femmes éplorées »… Timbre velouté, agilité exceptionnelle, Vivica Genaux incarne un modèle d’élégance vocale, d’expressivité taillée pour les rôles travestis chez Haendel en particulier ; douée d’un tempérament dramatique fabuleux, l’interprète sait chanter et surtout jouer. Elle fut la première à dédier un enregistrement légendaire consacré au répertoire du castrat Farinelli (Arias for Farinelli, 2002 sous la direction de René Jacobs). Vivica Genaux a surtout enregistré avec Fabio Biondi (Ercole sul Termondonte, Antiope ; Bajazet, Irene…).
Pour clore en beauté la journée, Vivica Genaux  offre aux auditeurs de France Musique sa voix vibrante et chaleureuse lors d’une émission publique (enregistrée le 5 mars dernier) autour de deux thèmes qui lui sont chers : Pauline Viardot et Venise, sa terre d’accueil.

Programme de la journée Vivica Genaux sur France Musique

8h / 9h LA MATINALE par Jean-Michel Dhuez
Autour de son actualité : Didon et Enée à Rouen avec Le Poème Harmonique dirigé par Vincent Dumestre et la parution de Rivalries (Faustina Bordoni / Francesca Cuzzoni) avec Simone Kermes (Sony)
9h / 11h VENEZ QUAND VOUS VOULEZ par Denisa Kerschova
La Discothèque idéale de Vivica Genaux
11h / 12h LE MATIN DES MUSICIENS par Jean-Pierre Derrien – en direct
Autour de la voix de mezzo (colorature)
13h40 / 14h LES JOUEURS DE QUARTES par François-Xavier Szymczak 14h / 16h LE CONCERT DE L’APRES-MIDI par Anne-Charlotte Rémond 16h / 17h HORIZONS CHIMERIQUES par Marc Dumont
17h / 18h30 CHANGEZ DE DISQUE par Emilie Munera
Vivica Genaux commente sa discographie
18h30 / 20h UNE SOIREE AVEC VIVICA GENAUX par Arièle Butaux.
Une programmation musicale autour de Pauline Viardot et de quelques airs de Hasse
Avec les interventions de Dominique Meyer, Jean-Yves Patte, Thierry Hilleriteau du Figaro, Agathe de Courcy (ancienne élève de Vivica Genaux)
Et les musiciens: Vivica Genaux, Carlos de Aragon, pianiste, Jérôme Correas et son ensemble baroque Les Paladins.

logo_francemusiqueJournée Vivica genaux, mezzo soprano. A la rencontre et portrait de la diva américaine. France Musique, le 11 avril 2014. Toute la journée.

CD. Hasse : Marc Antonio e Cleopatra (Genaux, Osele, 2011)

CD. Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra, serenata 1725 (Genaux, Osele, 2011). 2 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi (Sony Music).  Oeuvre de jeunesse mais somptueuse expression des passions humaines.  Comme Haendel, Hasse traite ici des amours antiques : si le Saxon abordait Giulio, le jeune Hasse (26 ans  préfère Marc Antoine et Cleopâtre : la partition ici restituée en novembre et décembre 2011, il y a déjà 2 ans, réunit un excellent casting qui imprime au duo une saveur et un mordant irrésistible. Abattage incandescent, souci de la langue, précision des vocalises, surtout engagement dramatique d’une constante finesse, Vivica Genaux, mezzo si agile, la vraie rivale de Bartoli à l’heure actuelle, et Francesca L. Mazzulli, dans les rôles titres de Marc Antoine et de la Reine d’Egypte s’imposent par leur intelligence autant vocale que dramatique. Voici deux réelles actrices chanteuses dont le tempérament déborde naturellement du cadre d’un enregistrement sans appui visuel.

 

 

Débuts napolitains de Hasse

 

Hasse_cleopatra_genaux_DHMSur instruments anciens (diapason 415), les musiciens de Musiche Nove dirigé par Claudio Osele savent palpiter et murmurer, parfois aigres (diapason oblige) mais toujours ardents et tendus. Les récitatifs y gagnent un relief passionnant (Genaux est superbe : elle a du chien et le velours frémissant de son timbre va idéalement au rôle masculin, chanté à l’époque de Hasse par … Farinelli. La facilité avec laquelle Genaux s’empare du personnage en dit assez sur la virtuosité expressive et grave, véloce autant qu’intérieure de la diva de Fairbanks (Alaska)… Elle sait héroïser à souhaits puis se soumettre à l’empire de l’amour suscité par la beauté nilotique.
Cléopâtre a d’ailleurs l’air le plus développé, dans la seconde partie (Quel candido armellino…) : les vocalises sont impressionnantes (comme son premier air, conquérant, acrobatique qui ouvre la partie II : A Dio trono…), parfois tirées par la soprano mais la flamme et l’élocution défendues de part en part font  toute la valeur de sa composition émotionnelle autant que lascive … d’autant plus qu’ici, l’esprit de conquête cède aux langueurs amoureuses

Trois années après son arrivée à Naples (1722), Hasse livre cette sérénade à deux voix (et forts tempéraments) en 1725 pour une performance dans la villa du conseiller royal Carlo Carmignano. Le style est d’un baroque autant virtuose qu’aimable et gracieux ; grâce aux solistes, l’oeuvre exulte et rayonne en ses accents expressifs souvent irrésistibles, toujours contrastés dont l’effusion progressive culmine dans le duetto final, chant plus héroïque des deux coeurs accordés. L’aimable et le souriant de Hasse a fait évoluer l’exercice bipartite depuis le final du Couronnement de Poppée de Monteverdi (1643) : les vocalises démonstratives écartent toute ambivalence d’autant que le continuo du chef s’obstine alors dans le guerrier parfois carré. L’amour est certes une guerre amère et longue mais on aurait souhaité dans ce finale moins de démonstration.  Il n’empêche ce petit opéra de chambre, parfaitement abordé, ajoute à notre connaissance du jeune Hasse alors récemment napolitain.

Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra (1725). V.Genaux. F. Lombardi Mazzulli.  Le Musiche Nove.  Claudio Osele. 2 cd DHM Deutsch Harmonia Mundi Réf. 88883721872.