COMPTE RENDU, opĂ©ra. Varsovie, le 15 aoĂ»t 2019. Jan Stefani (1746 – 1829) Cud mniemany, czyli Krakowiacy i GĂłrale Le Miracle supposĂ© ou les Cracoviens et les Montagnards Varsovie – 1794 

varsovie-e1531396395212COMPTE RENDU, opĂ©ra. Varsovie, le 15 aoĂ»t 2019. Jan Stefani (1746 – 1829) Cud mniemany, czyli Krakowiacy i GĂłrale Le Miracle supposĂ© ou les Cracoviens et les Montagnards Varsovie – 1794   –  La lĂ©gende raconte que la sirĂšne MĂ©lusine a menĂ© le duc BolesƂaw II de Mazovie sur un des coudes de la WisƂa (Vistule) pour y fonder une ville en son honneur, ce sera la belle Warszawa, Varsovie.  Varsovie est digne de sa devise, Contemnit procellas (rĂ©siste aux tempĂȘtes). Telle la sirĂšne guerriĂšre qui orne son blason, la capitale de la Pologne est revenue parmi les ruines aprĂšs la barbarie des nazis. Au XXIĂšme siĂšcle, Varsovie est un coeur qui bat avec vigueur, avec une vie culturelle passionnante toujours tournĂ©e vers la richesse de son patrimoine musical.

Sur les rives de la Sirùne
 Classiquenews à Varsovie

Connaissez vous Stanislaw Moniuszko et Jan Stefani ?

 

En plus du fabuleux concours Chopin de piano et de son pendant sur instruments anciens, le prestigieux Institut Chopin organise tous les Ă©tĂ©s le Festival « Chopin i jego Europa » (« Chopin et son Europe »). Pour sa 15e Ă©dition cette fabuleuse manifestation a rĂ©uni des artistes de taille internationale pour rendre hommage Ă  Chopin et ses contemporains. Ce festival unique en son genre fait la part belle aux interprĂ©tations sur instruments d’époque et se concentre aussi sur la musique composĂ©e par la talentueuse Ă©cole Polonaise du XIXĂšme siĂšcle et les Ɠuvres qui ont pour sujet la Pologne et l’hĂ©roĂŻque peuple Polonais.

L’identitĂ© de cette manifestation, conçue par le directeur artistique Stanislaw Leszczynski, est d’offrir Ă  la musique de Chopin un contexte esthĂ©tique et historique pour placer son gĂ©nie au cƓur de la musique EuropĂ©enne de son temps. En 2019 double cĂ©lĂ©bration puisque le festival se lance dans la redĂ©couverte du fabuleux gĂ©nie de Stanislaw Moniuszko !

Stanislaw Moniuszko classiquenews portrait opera concert critique operaStanislaw Moniuszko (1819 – 1872) est toujours injustement mĂ©connu en dehors de Pologne. Et pourtant, il a suscitĂ© l’admiration de plĂ©thore de ses confrĂšres et de ses contemporains Polonais ou EuropĂ©ens. C’est grĂące Ă  l’admirable travail que mĂšnent main dans la main l’Institut Chopin et l’Institut Adam Minckiewicz que des projets fabuleux tels que les derniers enregistrements de la version italienne de Halka ou le Straszny dwĂłr (Le Manoir enchantĂ©) ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s. Rendons aussi hommage au travail enthousiaste et enthousiasmant du directeur artistique du festival « Chopin i jego Europa », Stanislaw Leszczynski. GrĂące Ă  lui, la rencontre entre le richissime patrimoine musical Polonais et des artistes de grande renommĂ©e rĂ©ussit Ă  faire vibrer le cƓur du public avec ces chefs d’Ɠuvre.

La Pologne de 2019 est active dans la dĂ©couverte de son patrimoine musical. La preuve en est l’énergie avec laquelle M. Leszczynski construit une remarquable programmation et des artistes polonais tels que le chef admirable Luckasz Borowicz s’engagent dans la rĂ©surrection des plus belles pages de la musique Polonaise.

VARSOVIE, le 15 aoĂ»t 2019 – Salle Philharmonique -  20h

Jan Stefani (1746 – 1829)
Cud mniemany, czyli Krakowiacy i GĂłrale
Le Miracle supposé ou les Cracoviens et les Montagnards
Varsovie – 1794
PremiĂšre mondiale en version concert

En 1794, la Pologne vivait ses derniers mois comme un Ă©tat vĂ©ritablement indĂ©pendant. En effet, ce qui jusqu’alors Ă©tait la glorieuse Rzeczpospolita Obojga NarodĂłw (La RĂ©publique des deux Nations ou Pologne-Lituanie). Cette nation Ă©tait un des plus grands Ă©tats d’Europe, s’Ă©tendant des rives de l’Oder Ă  Smolensk et le sud de l’Estonie actuelle. Cas unique en son genre, cette RĂ©publique sui generis Ă©lisait un roi. D’ailleurs ce fut le cas d’Henri de Valois, ce cĂ©lĂšbre “Roi malgrĂ© lui” que Chabrier immortalisa, qui deviendra Henri III de France en 1574.

Le miraculeux Stefani ! 

stefani-jan-polonais-compositeur-concert-annonce-critique-concertLa France a toujours Ă©tĂ© un pays qui a beaucoup influencĂ© la destinĂ©e de la Pologne. Les Ă©vĂ©nements de 1789 et la suite de l’aventure RĂ©volutionnaire ont Ă©tĂ© vivement ressentis en Pologne et ont fait croitre un jacobinisme certain au sein de la RĂ©publique. Las ce grand Ă©tat, Ă©tait entourĂ© des ambitions territoriales d’une Prusse de plus en plus puissante, de l’Autriche avide de nouveaux territoires et de la tsarine Catherine II qui souhaitait pĂ©nĂ©trer de plus en plus en occident. En 1772, un premier “partage” de l’immense territoire de la Pologne s’est opĂ©rĂ©, sans coup fĂ©rir. En 1794, le destin de la Rzeczpospolita semblait scellĂ©, en effet en 1793 l’alliance dit “d’amitiĂ©” que le rĂ©gime a signĂ© avec la Prusse Ă©tait la porte ouverte Ă  son dĂ©membrement final qui aura lieu lors de la derniĂšre DiĂšte de la RĂ©publique des Deux Nations Ă  Grodno du 17 juin au 23 novembre 1793. La fin de l’existence de l’Etat Polonais semblait inĂ©luctable et irrĂ©versible.

Lors de la crĂ©ation de ce Miracle SupposĂ© le 1er mars 1794 Ă  Varsovie, la fureur couvait dans la capitale Ă  cause de l’inique rĂ©solution de partition arrachĂ©e par la force des baĂŻonnettes Russes et Prussiennes aux membres de la DiĂšte. Et le livret de Boguslawski, est truffĂ© de “LibertĂ©” et de valeurs de rĂ©sistance. En effet l’histoire raconte l’arrivĂ©e des sauvages Montagnards Ă  Mogila, village de la banlieue de Cracovie, qui risquent d’enlever la belle Basia. Heureusement pour les villageois et malgrĂ© l’appel Ă  la fraternitĂ© de l’Ă©tudiant Bardos, ce sont les hĂ©roĂŻques Cracoviens qui repoussent les barbares Montagnards.
L’argument et des extraits Ă©loquents, contrastent avec la rĂ©alitĂ© que devait vivre la nation Polonaise Ă  l’heure de la crĂ©ation. En effet, coĂŻncidence Ă©tonnante, alors que ce Miracle SupposĂ© devait toujours ĂȘtre Ă  l’affiche, le 12 mars 1794 marque le dĂ©but du soulĂšvement glorieux de Tadeusz Kosciuszko qui sera matĂ© dans le sang par l’armĂ©e Russo-prussienne le 16 novembre 1794. AprĂšs ça, la Pologne cessera d’exister tout Ă  fait aprĂšs le partage de 1795 jusqu’Ă  la fondation du Grand DuchĂ© de Varsovie par NapolĂ©on Ier en 1807.

LA RÉSISTANCE DU PEUPLE
L’on peut concevoir ce magnifique opĂ©ra comme un vĂ©ritable appel Ă  la rĂ©sistance culturelle d’un peuple qui a toujours refusĂ© de cĂ©der Ă  l’ambition de ses voisins.

Et l’oeuvre est admirable. Construite comme un opĂ©ra comique ou un singspiel, on retrouve des dialogues parlĂ©s et des arias pĂ©tillants et d’une beautĂ© Ă©lĂ©giaque. On sent aisĂ©ment une influence de l’Ă©cole de Haydn et aussi de la musique populaire Polonaise. DĂšs l’ouverture nous sentons le raffinement classique de Stefani, nĂ© TchĂšque et dĂ©sormais Polonais. DĂšs l’ouverture avec les soli de l’harmonie qui dialoguent avec les cuivres et les cordes, ont pourrait comparer cette partition au meilleur de Salieri ou de Martin y Soler.

On retrouve aussi des airs fabuleux, tels que les airs de Basia et le “Jestem dobra” qui aurait pu ĂȘtre un des airs de Susanna dans les Noces de Figaro. Aussi on remarque la trĂšs belle Cavatine “Swiat srogi” de l’Ă©tudiant Bardos qui nous appelle Ă  la fraternitĂ©. Ou bien la trĂšs belle Polacca : “Rzadko widac” de Dorota. La partition regorge de merveilleux trĂ©sors.

Et l’interprĂ©tation est juste 
 sublime. MalgrĂ© l’acoustique trĂšs rĂ©sonnante de la Salle Philharmonique de Varsovie, le Collegium 1704 et son choeur le Collegium Vocale 1704 ont fait honneur Ă  leur belle rĂ©putation. Cet orchestre nous a dĂ©jĂ  habituĂ© Ă  des superbes versions de Zelenka, Bach, HĂ€ndel et Vivaldi ; les retrouver dans un territoire plus tardif Ă©tait une trĂšs belle surprise.
Vaclav Luks mĂšne son orchestre avec le mĂȘme enthousiasme communicatif que pour tous ses projets et dessine les nuances de la partition de Stefani avec prĂ©cision et une richesse de timbre inĂ©galĂ©e. On devine finalement les influences du compositeur mais aussi la maĂźtrise du style avec des orchestrations liĂ©es Ă  la dramaturgie. Vivement que Vaclav Luks et son orchestre poursuivent leur exploration du rĂ©pertoire classique, on en rĂ©clame !

CĂŽtĂ© cast, Nous saluons des voix dans l’ensemble trĂšs belles et justes. Notre prĂ©fĂ©rence s’est portĂ©e vers les sublimes Basia de Natalia Rubis, aux aigus fruitĂ©s; la Dorota pĂ©tillante de Lenka Cafourkova ; les fabuleux Bardos Ă©lĂ©giaque de Tomas Selc et Krystian Adam dans les rĂŽles de Stach et Morgal.

Souhaitons retrouver cette belle oeuvre avec des tels artistes un jour sur nos scÚnes Françaises. Un enregistrement a fixé cette oeuvre au disque et il sortira bientÎt dans les bacs en France.

Bartlomiej/ Jonek / Swistos – Vaclav Cizek – tĂ©nor
Dorota – Lenka Cafourkova – soprano
Basia – Natalia Rubis – soprano
Stach/Morgal – Krystian Adam – tĂ©nor
Bryndas – Jan Martinik – basse
Bardos – Tomas Selc – baryton-basse

Collegium Vocale 1704
Collegium 1704  -  dir. Vaclav Luks

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