CD, critique. QUINTETTE AQUILON : Saisons (Piazzolla, Tomasi, Barber, McDowall… – 1 cd Klarthe records)

aquilon cd saisons critique classiquenews piazzolla mcdowel critique cd par classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2019 KLA070couv_lowCD, critique. QUINTETTE AQUILON : Saisons (Piazzolla, Tomasi, Barber, McDowall… – 1 cd Klarthe records). Mon premier cd Ă©colo est en carton, imprimĂ© sur un papier ensemencĂ© (de graines mellifères) et il peut mĂŞme fleurir. Mais avant vos germinations et fleurissements Ă©cologiques, il y a au cĹ“ur de cet engagement visionnaire, un programme dĂ©lectable qui confirme le brio du quintette de musiciennes Aquilon. Les 5 jeunes musiciennes rĂ©alisent ici un programme percutant qui met en avant la plasticitĂ© conjuguĂ©e de leurs instruments respectifs (flĂ»te, basson, clarinette, cor et hautbois) ; la conception du cd, – rĂ©duisant le plastic a minima, affirmant haut et fort la fragilitĂ© des espèces animales et du patrimoine vĂ©gĂ©tal, est en soi un acte mĂ©ritant dont toute l’industrie musicale devrait s’inspirer. Saluons le label Klarthe de s’associer Ă  cette vision des plus pertinentes.

 

 

LES SAISONS par AQUILON : mon premier cd Ă©colo

 

Sur le thème des SAISONS, le cycle comprend l’inusable Piazzolla (qu’elles ont joué en concert), les plus rares « Printemps » de Tomasi (avec le saxo de Vincent David), Summer music de Barber (alliant sérénité et contemplation), et « cerise sur le gâteau », deux compositrices à (re)découvrir avec urgence : Autumn music de Jennifer Higdon et surtout Winter music de Cecilia McDowall (1951) dont l’écriture allie verve et humour.
Ottoño porteño et Invierno de Piazzolla sont intercalĂ©s Ă  Barber et Higdon, ajoutant Ă  l’unitĂ© et Ă  la cohĂ©rence du dĂ©roulement global. A la diversitĂ© des Ă©critures – fait marquant qui renouvelle l’approche sur le thème pourtant usĂ© et rebattu des « saisons », rĂ©pond une attention spĂ©cifique aux nuances et accents souvent privilĂ©giĂ©s par chaque compositeur. On se dĂ©lecte des chants d’oiseaux du Tomasi, vĂ©ritable volière sonore, riche en couleurs et en vivacitĂ© ; distinguons parmi les partitions contemporaines, celle de McDowall, palpitante, heureuse, plus printanière Ă  notre sens qu’hivernale. L’acuitĂ© expressive de chaque musicienne rĂ©tablit ce jeu sonore propre Ă  un collectif vĂ©ritablement complice et agile. Habile et astucieux dans chaque partitions (certaines transcriptions), Aquilon caractĂ©rise chaque sĂ©quence avec un style et un goĂ»t sĂ»rs. Certaines instrumentistes jouent en orchestre, maĂ®trisant la pratique des instruments historiques : tout cela s’entend dans la rĂ©alisation des accents et des phrases plus chantantes et ornementĂ©es. De sorte que nous tenons lĂ , un programme enthousiasmant, serti de trouvailles souvent irrĂ©sistibles dans l’art du jeu concertant et dialoguĂ©. Convaincant.

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. QUINTETTE AQUILON : Saisons (Piazzolla, Tomasi, Barber, McDowall… – 1 cd Klarthe records)

Astor Piazzolla (1921- 1992) – Estaciones porteñas, arrangement Ulf Guido Schäfer
Henri Tomasi (1901 – 1971) – Printemps pour sextuor à vent (Saxophone, Vincent David)
Samuel Barber (1910-1981) – Summer music
Jennifer Higdon (1962*) – Autumn music
Cecilia McDowall (1951*) – Winter music

CLIC D'OR macaron 200Quintette Ă  vents Aquilon (Marion Ralincourt, flĂ»te – Claire Sirjacobs, hautbois – StĂ©phanie Corre, clarinette – Marianne Tilquin, cor – GaĂ«lle Habert, basson) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2019.

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

VIDEO, teaser du cd SAISONS par le Quintette Aquilon / 1 cd KLARTHE records
https://www.youtube.com/watch?v=-xFt37jq5WI

 

 

 

 

Compte-rendu: Tours,Jean-Yves Ossonce, OSRCT, le 12 janvier 2013

Compte rendu, concert Ă  Tours. Superbe programme de musique française oĂą Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours captivent dans la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck…

Tours_ossonce_Tomasi_trompette_franck_symphonie_re_concert_570

Superbe programme de musique française pour dĂ©buter l’an neuf Ă  Tours: inspirĂ© et portĂ© par de prĂ©cĂ©dents accomplissements dĂ©diĂ©s aux Ĺ“uvres hexagonales, Jean-Yves Ossonce poursuit son exploration inspirĂ©e du symphonisme français. On lui connaĂ®t d’irrĂ©sistibles apports chez Magnard, mais aussi SĂ©verac ou Ropartz… ces derniers opportunĂ©ment enregistrĂ©s en studio (et tous unanimement cĂ©lĂ©brĂ©s pour leur indĂ©niable force convaincante). Ce soir, pour le plus grand plaisir des auditeurs, le chef et son orchestre jouent Roussel, Tomasi, surtout Franck dont avouons-le, la Symphonie en rĂ©, massif mythique du symphonisme français Ă  la fin du XIXè (1889) incarne pour nous cet Ă©lĂ©gance Ă©pique, ce souffle magistral et poĂ©tique, vraie alternative au wagnĂ©risme dominant.

Franckisme exaltant

La Suite en fa de Roussel (crĂ©Ă©e Ă  Boston en 1927 sous la direction de son commanditaire le chef Serge Koussevitzky) enchante par son allant rythmique, sa vitalitĂ© printanière dont les multiples raffinements de l’orchestration (admirables couleurs des vents très exposĂ©s et subtilement combinĂ©s) Ă©galent et Debussy et Ravel. L’Ă©clat et l’engagement dont font preuve les interprètes offrent une excellente entrĂ©e en matière dans un concert tripartite qui brille autant par sa diversitĂ© que sa profonde cohĂ©rence : les trois Ĺ“uvres du programmes se rĂ©pondent par leur fini instrumental comme le soin frappant apportĂ© Ă  leur construction dramatique.

Le Concerto pour trompette (1948) du Marseillais d’origine corse, Henri Tomasi (dĂ©cĂ©dĂ© en 1971),
chef-d’Ĺ“uvre absolu de finesse allusive laisse s’accomplir une nouvelle entente : celle du trompettiste Romain Leleu et des musiciens tourangeaux. Les qualitĂ©s de la partition sont surtout atmosphĂ©riques, avec point culminant de l’Ĺ“uvre, le nocturne central (Andantino), Ă  la fois grave, solennel, d’une subtilitĂ© bellinienne Ă©blouissante, serti de joyaux suggestifs et d’une pudeur secrète, et ce travail spĂ©cifique sur le timbre (sourdine ” Bol” Ă  la douceur enfantine primitive)); le soliste sait ainsi ciseler les registres poĂ©tiques alternĂ©s quand il passe d’un timbre l’autre grâce Ă  son instrument polymorphe dont il change avec maestriĂ  l’identitĂ© sonore, comme aussi avec la sourdine (dite “Robinson” au timbre feutrĂ©, finement cotonneux) dans le premier mouvement. L’accord soliste et chef est admirable, porteur d’un accomplissement sonore d’une rare vĂ©ritĂ©. Chef et instrumentiste savent exprimer chez Tomasi, les visions du poète wanderer, ses contours vaporeux, sa langue Ă©vanescente, fluide, somptueusement pudique. La musicalitĂ© du trompettiste, la direction suggestive du maestro Ă©blouissent.

Après la pause, voici la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck. A son Ă©poque, le monument fut incompris voire Ă©cartĂ© par le milieu parisien alors tendu par les aspirations germanophobes : trop dogmatique, trop allemande, trop wagnĂ©rienne… la Symphonie de Franck suscita nombre de critiques des compositeurs qui souhaitaient en vĂ©ritĂ© rĂ©gler leur compte avec celui qui Ă©tait jugĂ© comme un traĂ®tre par les tenants d’un nationalisme Ă©triquĂ©. De fait, en dehors des instrumentalisations inĂ©vitables liĂ©es au contexte, l’ouvrage est un chef d’Ĺ“uvre, un jalon essentiel dans l’histoire de la symphonique romantique Ă  la française.

Or si Franck emprunte certes aux ” Ă©trangers “: Beethoven pour le souci de la construction formelle; Liszt pour l’architecte d’abord sombre puis tournĂ©e de plus en plus vers la lumière ; Wagner certes pour ces audaces harmoniques et ce chromatisme souvent vĂ©nĂ©neux… l’Ă©loquence resserrĂ©e, cet idĂ©al d’Ă©quilibre, de mesure, de correspondance, cet art de la litote, du condensĂ© et du synthĂ©tique, demeurent rĂ©solument français comme le principe du motif cyclique dont les rĂ©itĂ©rations multiples et changeantes assurent l’extrĂŞme unitĂ© organique d’une partition parmi les mieux Ă©crites qui soient.

Dans ce parcours de dĂ©fis permanents, Jean-Yves Ossonce fait un florilège de superbes rĂ©solutions: le chef impose d’emblĂ©e une homogĂ©nĂ©itĂ© coulante et simple d’une admirable Ă©vidence, ce dès le dĂ©but. La lisibilitĂ©, la clartĂ© et l’Ă©quilibre soulignent une aisance manifeste qui soigne toujours l’Ă©loquence du geste… et prĂ©serve l’enchaĂ®nement des sections, leurs rĂ©ponses successives, l’allant du flux dramatique, le gĂ©nie de la totalitĂ© organique.

Le cĹ“ur de la symphonie demeure ici l’harmonie rayonnante des bois et des vents qui abordent chacune des reprises des motifs avec un goĂ»t sĂ»r : flĂ»te, hautbois (et cor anglais pour le second mouvement), clarinette auxquels il convient de souligner l’accent particulier du cor et de la harpe… L’ombre n’Ă©tant jamais absente dans une symphonie en clair obscur, le formidable paysage du second mouvement (et ses pizzicati des cordes accompagnant la harpe mystĂ©rieuse) s’Ă©lève tel une incantation au mystère, une porte vers les Ă©toiles, une antichambre dont le flux constellĂ© de scintillements des plus raffinĂ©s prĂ©pare au dĂ©voilement du 3ème mouvement: Franck n’y fait pas que rĂ©exposer les thèmes antĂ©rieurs du I et du II dĂ©jĂ  entendus: il les rĂ©assemble, les superpose en une nouvelle construction qui rĂ©sout toutes les tensions prĂ©alables. Ce jeu formel fait aussi entendre la rĂ©sonance des cimes ou les brumes flottantes d’une conscience dĂ©sormais en lĂ©vitation: graves profonds des contrebasses au diapason d’une harpe de mieux en mieux chantante, chef et musiciens font surgir le bruissement des Ă©lĂ©ments premiers, la vibration primordiale (Ă©cho des premiers accords du Ring?) d’une sorte de transe Ă©veillĂ©e, point culminant de la symphonie et qui exprime de la part de son auteur, une indĂ©niable pensĂ©e mystique. Sans dĂ©monstration vaine, au diapason d’une justesse intĂ©rieure qui s’accomplit peu Ă  peu, Jean-Yves Ossonce et son orchestre donnent lĂ  encore une leçon de symphonisme transparent, fin, intelligent. Superbe programme.

Tours. Grand Théâtre, le 12 janvier 2013. Roussel, Tomasi, Franck (Symphonie en ré). Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Illustration: Romain Leleu, Jean-Yves Ossonce © G.Proust 2013