The Turn of the screw Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin

britten_jeune_piano-570STRASBOURG, OpĂ©ra. Britten: The Turn of the screw. Les 21, 23, 25, 27, 30 septembre 2016. Monde rĂ©el et fantĂŽmes, inquiĂ©tude, refoulement, questions, conscient et inconscient, enfance en danger, sacrifiĂ©e, bafouĂ©e, se conjuguent dans le monde de Benjamin Britten d’aprĂšs l’extraordinaire nouvelle d’Henry James. Accessible et novatrice, toute en couleurs sans cesse renouvelĂ©es, la musique habite cet univers prenant, protĂ©iforme Ă  laquelle toute mise en scĂšne doit apporter un Ă©clat intĂ©rieur, lumineux et hypnotique, rĂ©vĂ©ler le trouble et la menace. Peu Ă  peu, la musique et l’architecture dramatique nourrissent l’emprise du pervers Quint sur Miles, le jeune garçon, pourtant dĂ©fendu (vainement) par la nouvelle gouvernante… L’innocence en danger, l’enfance ciblĂ©e sont des thĂšmes chers Ă  James comme Ă  Britten, qui aborde aussi le sujet dans premier opĂ©ra, Peter Grimes.

Le Tour d’Ă©crou est crĂ©Ă© Ă  Venise en septembre 1954 Ă  la Fenice. Entre fantastique et horreur, l’action dĂ©peint la lente possession de deux enfants par deux fantĂŽmes pernicieux, Peter Quint et Miss Jessel, chacun infĂ©odant le jeune Miles et sa soeur Flora. Britten se passionne surtout pour la figure de l’Ă©trangĂšre, la gouvernante qui trĂšs attachĂ©e au jeune garçon, tente vainement de le protĂ©ger de la figure diabolique de Peter Quint : si le fantĂŽme s’efface, il laisse dans les bras de la gouvernante, le petit corps de Miles… sans vie. ComposĂ© de 8 tableaux strictement agencĂ©s et ponctuĂ©s lĂ  aussi d’interludes musicaux particuliĂšrement suggestifs, The Turn of the screw reste l’opĂ©ra de chambre, inventĂ© par Britten le plus saisissant par sa progression lente et oppressante, sa parfaite construction dramatique. Un modĂšle, avec The Rape of Lucretia et aussi le peu connu Owen Windgrave, dans le genre du thĂ©Ăątre intimiste. Le huit clos est saisissant, l’action prĂ©cise, fulgurante, et la musique d’une ĂąpretĂ© poĂ©tique et mordante.

 

 

 

 

Strasbourg, Opéra
Les 21, 23, 25, 27, 30 septembre 2016
Benjamin Britten : The Turn of the screw

Production reprise Ă  Mulhouse, La Filature, les 7 et 9 octobre 2016

Conférence
Mardi 20 septembre 2016, 18h
Club de la presse

Opéra en deux actes avec prologue
Livret de Myfanwy Piper, d’aprĂšs la nouvelle d’Henri James
Création le 14 septembre 1954 à Venise
Présenté en anglais, surtitré en français

Direction musicale: Patrick Davin
Mise en scĂšne: Robert Carsen
Reprise de la mise en scĂšne Maria Lamont et Laurie Feldman
DĂ©cors et costumes: Robert Carsen et Luis Carvalho
LumiĂšres: Robert Carsen et Peter Van Praet
Vidéo: Finn Ross
Dramaturgie: Ian Burton

Le Narrateur / Peter Quint: Nikolai Schukoff
La Gouvernante: Heather Newhouse
Mrs Grose: Anne Mason
Miss Jessel: Cheryl Barker
Miles: Lucien Meyer / Philippe Tsouli
Flora: Odile Hinderer / Silvia Paysais

Petits chanteurs de Strasbourg
MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin
Aurelius SĂ€ngerknaben Calw
Orchestre symphonique de Mulhouse

 

 

 

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Opéra du Rhin : The Turn of the screw

britten_jeune_piano-570STRASBOURG, OpĂ©ra. Britten: The Turn of the screw. Les 21, 23, 25, 27, 30 septembre 2016. Monde rĂ©el et fantĂŽmes, inquiĂ©tude, refoulement, questions, conscient et inconscient, enfance en danger, sacrifiĂ©e, bafouĂ©e, se conjuguent dans le monde de Benjamin Britten d’aprĂšs l’extraordinaire nouvelle d’Henry James. Accessible et novatrice, toute en couleurs sans cesse renouvelĂ©es, la musique habite cet univers prenant, protĂ©iforme Ă  laquelle toute mise en scĂšne doit apporter un Ă©clat intĂ©rieur, lumineux et hypnotique, rĂ©vĂ©ler le trouble et la menace. Peu Ă  peu, la musique et l’architecture dramatique nourrissent l’emprise du pervers Quint sur Miles, le jeune garçon, pourtant dĂ©fendu (vainement) par la nouvelle gouvernante… L’innocence en danger, l’enfance ciblĂ©e sont des thĂšmes chers Ă  James comme Ă  Britten, qui aborde aussi le sujet dans premier opĂ©ra, Peter Grimes.

Le Tour d’Ă©crou est crĂ©Ă© Ă  Venise en septembre 1954 Ă  la Fenice. Entre fantastique et horreur, l’action dĂ©peint la lente possession de deux enfants par deux fantĂŽmes pernicieux, Peter Quint et Miss Jessel, chacun infĂ©odant le jeune Miles et sa soeur Flora. Britten se passionne surtout pour la figure de l’Ă©trangĂšre, la gouvernante qui trĂšs attachĂ©e au jeune garçon, tente vainement de le protĂ©ger de la figure diabolique de Peter Quint : si le fantĂŽme s’efface, il laisse dans les bras de la gouvernante, le petit corps de Miles… sans vie. ComposĂ© de 8 tableaux strictement agencĂ©s et ponctuĂ©s lĂ  aussi d’interludes musicaux particuliĂšrement suggestifs, The Turn of the screw reste l’opĂ©ra de chambre, inventĂ© par Britten le plus saisissant par sa progression lente et oppressante, sa parfaite construction dramatique. Un modĂšle, avec The Rape of Lucretia et aussi le peu connu Owen Windgrave, dans le genre du thĂ©Ăątre intimiste. Le huit clos est saisissant, l’action prĂ©cise, fulgurante, et la musique d’une ĂąpretĂ© poĂ©tique et mordante.

 

 

 

 

Strasbourg, Opéra
Les 21, 23, 25, 27, 30 septembre 2016
Benjamin Britten : The Turn of the screw

Production reprise Ă  Mulhouse, La Filature, les 7 et 9 octobre 2016

Conférence
Mardi 20 septembre 2016, 18h
Club de la presse

Opéra en deux actes avec prologue
Livret de Myfanwy Piper, d’aprĂšs la nouvelle d’Henri James
Création le 14 septembre 1954 à Venise
Présenté en anglais, surtitré en français

Direction musicale: Patrick Davin
Mise en scĂšne: Robert Carsen
Reprise de la mise en scĂšne Maria Lamont et Laurie Feldman
DĂ©cors et costumes: Robert Carsen et Luis Carvalho
LumiĂšres: Robert Carsen et Peter Van Praet
Vidéo: Finn Ross
Dramaturgie: Ian Burton

Le Narrateur / Peter Quint: Nikolai Schukoff
La Gouvernante: Heather Newhouse
Mrs Grose: Anne Mason
Miss Jessel: Cheryl Barker
Miles: Lucien Meyer / Philippe Tsouli
Flora: Odile Hinderer / Silvia Paysais

Petits chanteurs de Strasbourg
MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin
Aurelius SĂ€ngerknaben Calw
Orchestre symphonique de Mulhouse

 

 

 

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Compte rendu, opéra. Lyon. Opéra, les 25 et 27 avril 2014. Benjamin Britten : Curlew River, m.e.s. Olivier Py, dir. A.Woodbridge ; Turn of screw, m.e.s.V.Carrasco, dir. Kazushi Ono.

BrittenL’OpĂ©ra de Lyon choisit chaque saison des groupes d’Ɠuvres en thĂ©matique : au printemps 2014, ç’aura Ă©tĂ© un Trio de Britten. A cĂŽtĂ© de Peter Grimes, on aura entendu et vu Curlew River, une « parabole d’église », rareté  Ă  la scĂšne française, rigoureusement mis en scĂšne  par Olivier Py et dirigĂ© par Alan Woodbridge. Et le dĂ©sormais classique Turn of Screw, oĂč les images  accumulatives de Valentina Carrasco mĂ©ritent  le retrait relatif devant la superbe musicalitĂ© de Kazushi Ono.

Un creuset du mystĂšre dans la parabole

Et d’abord, la rituelle question : est-ce un opĂ©ra, une «parabole  d’église » qui d’un cĂŽtĂ© regarde vers « la possibilitĂ© d’une Ăźle » lyrique et de l’autre est ancrĂ©e dans le thĂ©Ăątre japonais du nΠ? Va-t-on assister Ă  quelque mise en espace mental  d’un « Orient-Occident » dont Xenakis donna  le titre sinon la substance musicale ? En rĂ©alitĂ©, si Britten fut fasciné  par l’art japonais, c’est en considĂ©rant la charge thĂ©Ăątrale dans la piĂšce Sumidagawa, non par un langage sonore et musical de l’ExtrĂȘme-Orient. L’écriture si originale et forte du compositeur anglais s’enracine dans ses propres recherches « occidentales » en mĂȘme temps –pour la part chorale – que dans le chant religieux mĂ©diĂ©val. Et ce qui  fascine en nous le spectateur – « croyant » ou non -, c’est l’obstination de Britten Ă  crĂ©er au centre de ce qui est nommĂ© parabole (chrĂ©tienne)  un creuset du mystĂšre oĂč les « terribles passions humaines » montrent « le cƓur mis Ă  nu » : primordialement l’amour maternel, et aussi l’empathie vers les souffrants , une « fureur de vivre » la religion et tous les fantasmes de symboliques qui s’y agrĂšgent, quels ques soient les lieux et les Ă©poques.

Le Styx, Erlkönig et l’Enfant-Roi

Car la campagne anglaise peut bien accueillir en ses connotations fantastiques d’autres  rĂ©sonances mythologiques : l’Antique – une Curlew River, RiviĂšre aux Courlis comme un Styx avec son Passeur qui emmĂšne les (sur)vivants en Voyage des Morts, et transpose l’Enfant en Eurydice que l’on perdra malgrĂ© tout, la Germanique de l’enfant assassinĂ© par un  Erlkönig, et alors  nulle mĂšre ne saurait sauver du pĂ©ril, la Christique  oĂč l’on couronne l’Enfant martyr mĂȘme si son « Royaume n’est pas de ce monde »  Dans le foisonnement des  possibles et des rĂȘves, Olivier Py a choisi de ne pas se laisser dĂ©border par les sĂ©duisantes tentations d’une  dramaturgie  rĂ©aliste.

En tĂ©moigne le superbe  espace, conçu et rĂ©alisĂ© avec  P.A.Weitz,  d’acier, d’argent, de noir, de blanc et ses vibrations de matiĂšres bruissantes comme rideau d’arbres, qui justement «épargne » la relation trop facile d’un paysage prĂ©cis. De toute façon, les attachements, sĂ©ductions  voire tournis du metteur en scĂšne le portent plutĂŽt vers le centre et les  marges  d’une thĂ©ologie dĂ©voreuse de gestes, signes et symboles : et bien sĂ»r ici on est  dans un  territoire du sacrĂ©, quitte Ă  ce que certains Ă©lĂ©ments virent au maniĂ©risme (la table de maquillage cĂŽtĂ© cour,  les dĂ©shabillages , les  marquages  Ă  la  peinture rouge-sang
), en une  pan-masculinitĂ© reposant sur la tradition du thĂ©Ăątre-nö-sans-(trop)- de femmes


Un Passeur brassant l’onde du Temps

Il  s’établit donc un contrepoint permanent, subtil et fort entre rudesse des adultes –sauf le Voyageur- et l’innocence que  sĂ©crĂšte l’enfant ( dĂ©guisĂ©e aux yeux du monde en folie de la mĂšre), toutes les formes, aussi,  de solitude Ă©perdue qui gouverne le destin des personnages. Le hiĂ©ratisme s’exprime  dans une  science  des mouvements : allure processionnelle du chƓur – des pĂšlerins quelque part en route entre 
  Bayreuth et Solesmes
-, gestes de beautĂ©-en-soi, tel celui, ample et harmonieux, du Passeur brassant l’onde avec sa rame Ă  tĂȘte cruciforme, ou de terrible silence, le sanglot de la mĂšre au masque rouge.  Et ces images violentes ne prolifĂšrent en rien sur le langage  de Britten, respectĂ© et sublimĂ© dans sa nouveautĂ© d’époque (nous sommes un demi-siĂšcle  aprĂšs la crĂ©ation, pourtant), dramaturgie musicale souvent bouleversante (trio  lyrique au centre de l’Ɠuvre, discours de la percussion, « souffle » – mystique ?- de la flĂ»te, nuditĂ© homophonique des chants de groupe, conception  d’un Temps massif Ă  travers  les dĂ©chirements des personnages et de leur mise en confrontation
).

La raretĂ© d’un choix

 On rĂ©alise alors mieux combien l’interprĂ©tation d’ensemble est portĂ©e par le travail en toute discrĂ©tion du chef de chƓur de l’OpĂ©ra, Alan Woodbridge, communiquant pleine Ă©motion aux  cinq solistes vocaux, aux huit pĂšlerins et aux sept instrumentistes. Six ans aprĂšs –cette version de Curlew River avait dĂ©jĂ  paru « sous les couleurs » de l’OpĂ©ra Lyonnais -, une telle vision garde  tous les prestiges  pour  ce programme en Trio d’Ɠuvres lyriques de Britten 2014, dans la raretĂ© de son choix. Les interprĂštes-solistes  sont admirables : Michael Slaterry dans sa vaillance vocale et son Ă©trangetĂ© maternelle et folle,  William Dazeley en Passeur solennel de haute noblesse intransigeante, Ivan Ludlow, Voyageur compassionnel, Lukas Jakobski, AbbĂ© incorruptible, avec  l’apparition trĂšs visionnaire  de l’enfant , ClĂ©obule Perrot.

Psychanalyse implicite et nécessaire

Tbenjamin_britten_vieuxurn of screw – comment faut-il traduire et comprendre ce « tour de vis », et non « tour d’écrou »?, interroge le livret-programme-, figure, lui, parmi les classiques de l’opĂ©ra au XXe, et comme le souligne  Dominique Jameux, n’est pas sans rĂ©pondre  en Ă©cho de solitude et de grandeur au « Wozzeck » de Berg. Son  sujet continue Ă  porter le trouble, plongeant le spectateur dans un processus fusionnel de fantastique, d’onirisme et  de doute psychanalytique obsessionnel. L’écriture du texte-support par l’anglo-amĂ©ricain Henry James est d’ailleurs tout Ă  fait contemporaine  de la dĂ©couverte freudienne du « sous-continent de l’inconscient », et on imagine que la Jeune Gouvernante (sans prĂ©nom et nom !) eĂ»t  pu figurer parmi les clients  exemplaires du bon Doktor Siegmund, en compagnie de Dora, d’Anna O, de mĂȘme d’ailleurs que Miles et Flora du cĂŽtĂ© de chez le Petit Hans. On ajoutera les sĂ©ductions vĂ©nĂ©neuses du roman noir en  demeures gothiques anglaises au XIXe, un rapport consubstantiel du Domaine  avec les lĂ©zardes scrutĂ©es par Edgar Poe dans la Maison Usher, sans oublier la terrible « Big-Mother -Queen Victoria » qui avait  eu l’Ɠil sur toutes dĂ©viances morales et sexuelles.

Deux Pervers polymorphes et  leur Gouvernante

 Bref,  univers idĂ©al pour transfĂ©rer un demi-siĂšcle plus tard les tourments et dĂ©sirs de  Britten Ă  la recherche d’un Ă©nigmatique « courant de conscience »(musical et autre) comme le frĂšre aĂźnĂ© de Henry James, William, l’illustra en philosophie
Mais alors que faut-il « montrer » en dĂ©cor et mise en scĂšne, pour souligner les profondes et foisonnantes ambiguĂŻtĂ©s qui rĂ©gissent le Tour dâ€˜Ă©crou ?  Les hallucinations (peut-ĂȘtre ?) qui emprisonnent la Gouvernante et ces deux petits « pervers polymorphes » de prĂ©-ados, l’existence (peut-ĂȘtre aussi ?) des fantĂŽmes de  Mr Quint et  de Miss Jessell, la lutte du Bien et du Mal, du Vrai et du Faux en ce domaine hantĂ© de Bly ? L’ordonnatrice  Valentina Carrasco, habile illustratrice qui d’ailleurs pose de bonnes questions en dĂ©claration d’intentions (Ă  lire le livret-programme) eĂ»t pourtant mieux fait de modĂ©rer  sa tendance Ă  multiplier les images et leur symbolique, se rappelant qu’au temps des frĂšres James MallarmĂ© recommandait : « SuggĂ©rer, ne pas nommer » pour garder « la jouissance du poĂšme ».

Le pull rouge de la Parque

 SoulignĂ© par deux  vidĂ©os d’introduction, le discours spatial (dĂ©cors de Carles Berga),  plus Ă©vocateur  dans le sous-bois automnal, ne convainc guĂšre avec  le mobilier genre vide-grenier-en- lĂ©vitation du ChĂąteau  et surtout s’emmĂȘle dans les rĂ©seaux de cordes  et toiles (d’araignĂ©es ?) qui Ă©voquent  l’action sournoise de la Parque-Destin, tricoteuse d’un pull-over rouge par trop surligné Du coup n’est pas mĂȘme Ă©pargnĂ© le risque d’ accident du travail –justice immanente ? – Ă  ce (pauvre)-mĂ©chant Quint qui n’arrive plus Ă  se rĂ©tablir sur les Ă©chelles et trapĂšzes terminaux… Heureusement, la direction musicale de Kazushi Ono Ă©tablit Ă  la fois une emprise sur le dĂ©tail instrumental, ciselĂ©, scintillant ou sombre selon les scĂšnes, et  « tient » les interprĂštes dans une temporalitĂ© angoissante qui compense le relatif  Ă©parpillement de la mise en scĂšne.

La jeune Canadienne Heather Newhouse,  Lyonnaise d’adoption (CNSM, OpĂ©ra) ne dĂ©mĂ©rite pas dans un rĂŽle difficile entre tous, et  sa rĂ©serve pudique – son manque de flamboyance, diraient certains peu convaincus – ne messied pas Ă  une hypothĂšse de manipulĂ©e flottant de cauchemar en dĂ©sirs informulables. Ses partenaires – Katherine Goeldner, Andrew Tortise, Giselle Allen – manifestent dĂ©cision vocale comme mobilitĂ© thĂ©Ăątrale, et on n’oubliera pas l’ambivalente subtilitĂ© de Flora – Loleh Pottier – et de Miles – Remo Ragonese. Ainsi le  mystĂšre subsiste,  s’épaissit, laisse ouvertes  les interrogations, et  malgrĂ© les rĂ©serves qu’inspire une mise en espace trop soucieuse d’intentions dĂ©coratives  et  dispersĂ©e dans ses effets,  revit  bien ici  l’Enigme.

Lyon. OpĂ©ra, les 25 et 27 avril 2014. Benjamin Britten (1913-1976). Curlew River, mise en scĂšne Olivier Py, direction Alan Woodbridge, avec MichaĂ«l Slattery, William Dazeley, Ivan Ludlow, Lukas Jakobski, ClĂ©ambule Perrot. Turn of Screw, m.e.s. Valentina Carrasco, dir. Kazushi Ono, avec Heather Newhouse, Katharine Goeldner, Giselle Allen, Remo Ragonese, Loleh Pottier. Orchestre et MaĂźtrise de l’OpĂ©ra de Lyon.

Le Tour d’Ă©crou de Britten Ă  Tours

britten_jeune_piano-570Tours, OpĂ©ra. Britten: The Turn of the screw. Les 14,16,18 mars 2014. Monde rĂ©el et fantĂŽmes, inquiĂ©tude, refoulement, questions, conscient et inconscient, enfance en danger ou bafouĂ©e, se conjuguent dans le monde de Benjamin Britten d’aprĂšs James. Accessible et novatrice, toute en couleurs sans cesse renouvelĂ©es, la musique habite cet univers prenant, protĂ©iforme Ă  laquelle la rĂ©alisation signĂ©e par Dominique Pitoiset, dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e Ă  Bordeaux, apporte un Ă©clat intĂ©rieure lumineux et hypnotique.

Le Tour d’Ă©crou est crĂ©Ă© Ă  Venise en septembre 1954 Ă  la Fenice. entre fantastique et horreur, l’action dĂ©peint la lente possession de deux enfants par deux fantĂŽmes pernicieux, Peter Quint et Miss Jessel, chacun infĂ©odant le jeune Miles et sa soeur Flora. Britten se passionne surtout pour la figure de l’Ă©trangĂšre, la gouvernante qui trĂšs attachĂ©e au jeune garçon, tente vainement de le protĂ©ger de la figure diabolique de Peter Quint : si le fantĂŽme s’efface, il laisse dans les bras de la gouvernante, le petit corps de Miles… sans vie. ComposĂ© de 8 tableaux strictement agencĂ©s et ponctuĂ©s lĂ  aussi d’interludes musicaux particuliĂšrement suggestifs, The Turn of the screw reste l’opĂ©ra de chambre, inventĂ© par Britten le plus saisissant par sa progression lente et oppressante, sa parfaite construction dramatique.

Tours, Opéra
Les 14,16,18 mars 2014
Benjamin Britten : The Turn of the screw

Conférence
Samedi 8 mars Ă  14h30
Grand Théùtre de Tours
Salle Jean Vilar ‱ EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles

Opéra en deux actes avec prologue
Livret de Myfanwy Piper, d’aprĂšs la nouvelle d’Henri James
Création le 14 septembre 1954 à Venise
Editions Boosey et Hawkes
Présenté en anglais, surtitré en français

Direction : Ariane Matiakh
Mise en scÚne et scénographie : Dominique Pitoiset
Costumes : Nathalie Prats
LumiĂšres : Christophe Pitoiset
Assistant mise en scĂšne : Stephen Taylor

Narrateur / Peter Quint : Jean-Francis Monvoisin
Gouvernante : Isabelle Cals
Mrs Grose : Hanna Schaer
Miss Jessel : CĂ©cile Perrin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Production Décors, costumes et accessoires Opéra de Bordeaux

DVD. Britten: The turn of the screw (Jakub HrĆŻĆĄa,2011). Fra Musica

DVD. Britten: The Turn of the Screw (Hrusa, 2011).

dvd_britten_tour_screw_fra_Miah_PerssonDans le cas du Tour d’Ă©crou, le nombre de productions enregistrĂ©es montre qu’abondance ne nuit pas Ă  la qualitĂ©. Le catalogue actuel compte dĂ©jĂ  de trĂšs bonnes versions (dont celle aixoise publiĂ©e par Bel Air classiques).

Qu’en est-il de celle-ci en provenance de Glyndebourne, Ă©ditĂ©e par Fra Musica ? RelĂšve-t-elle tous les dĂ©fis d’une partition insidieuse, oĂč ce chambrisme brittenien s’il confine Ă  l’Ă©pure, dĂ©voile en vĂ©ritĂ© la face cachĂ©e souterraine des esprits machiavĂ©liques tapis dans l’ombre … Au cƓur de l’action du Tour d’Ă©crou, il y a cette innocence menacĂ©e (thĂšme central dans l’Ɠuvre de Britten et que l’on retrouve dans Peter Grimes, Billy Bud…), sujet de toutes les aspirations et turpitudes d’entitĂ©s mi rĂ©elles mi rĂȘvĂ©es qui agressent ici les enfants. Certes le texte de Henry James offre le sujet mais la musique de Britten souligne la force des tensions implicites, l’Ă©touffement psychologique dont sont victimes les innocents (comme dans Le viol de LucrĂšce, autre opĂ©ra dans une forme personnelle, chambriste).

Terreur secrĂšte, climats psychologiques…

Le chef tchĂšque Jakub HrĆŻĆĄa comprend les aspĂ©ritĂ©s de la partition; il en souligne les ombres et les plis porteurs de sens comme d’ambivalence.
Dans la mise en scĂšne de Jonathan Kent, l’intrigue a lieu au XXĂš siĂšcle, soit Ă  l’Ă©poque de Britten, vers 1950 : trop narrative et anecdotique, il y manque le souffle, le jaillissement du fantastique saisissant, ce surnaturel qui captive et effraie tout autant les enfants. La production remonte Ă  2006; de cette annĂ©e, rescapĂ©e toujours aussi convaincante, la Flora de Joanna Songi.
Pur et innocent idĂ©al, le Miles de l’excellent Thomas Parfitt s’impose, comme est aussi Ă©vidente et naturelle, la limpide gouvernante de Miah Persson.
Consciente des agissements du pernicieux et pervers Quint, la trĂšs prĂ©sente et aboutie Susan Bickley dĂ©voile une Ă©paisseur nouvelle pour le personnage de Mrs Grose. Jouant sur la seule musicalitĂ© de sa voix agile et fĂ©line, Toby Spencer excelle Ă  offrir un nouveau visage de Quint, plus insidieux, parfaitement double, terriblement ambivalent. DĂ©stabilisant par sa fausse perfection… un modĂšle d’incarnation vocale.
Pour le centenaire Britten en 2013, le dvd Ă©ditĂ© par Fra Musica suscite le plus grand intĂ©rĂȘt. A raisons. Publication lĂ©gitime, donc hautement recommandable.

Benjamin Britten : The Turn of the Screw. OpĂ©ra en deux actes et un prologue, livret de Myfanwy Piper, d’aprĂšs Henry James. CrĂ©Ă© au Teatro La Fenice, Venise, le 14 septembre 1954.

avec
The Governess :  Miah Persson
Prologue / Peter Quint : Toby Spence
Mrs Grose :  Susan Bickley
Miss Jessel : Giselle Allen
Flora : Joanna Songi
Miles : Thomas Parfitt
London Philharmonic Orchestra
Jakub HrĆŻĆĄa, direction
Mise en scĂšne : Jonathan Kent
Enregistré au Festival de Glyndebourne en août 2011

1 dvd FRA Musica 0709399 9. 1h51 minutes + bonus (22 minutes)