Cd compte rendu critique. Boccherini : Quatuors G. 195-200 (Symposium, 1 cd Brilliant classics, 2015)

Boccherini quatuors symposium 6 quatuors opus 26 review critique compte rendu CLASSIQUENEWS fevrier 2016 CoverCd compte-rendu critique. Boccherini : Quatuors G. 195-200 (Symposium, 1 cd Brilliant classics, 2015). Nouvelle phalange chambriste italienne, l’ensemble Symposium jouant ici en quatuor autour de son fondateur l’altiste Simone Longhi s’intĂ©resse Ă  Bocherini, rĂ©vĂ©lant 6 volets de l’opus 26, cataloguĂ©s G 195, 196, 197, 198, 199 et 200 (“G” pour Yves GĂ©rard qui a Ă©tabli l’inventaire et le catalogue de l’Ɠuvre en 1969). L’ensemble rĂ©unit des Quatuors en 2 mouvements, forme promise Ă  maints amĂ©nagements formels et une constante Ă©volution sous la plume de Joseph Haydn jusqu’en 1800. Les deux compositeurs ont d’ailleurs Ă©changĂ© une abondante correspondance qui reste Ă  retrouver et analyser… Le gĂ©nie de Boccherini, auteur improbable et jugĂ© secondaire pourtant entre Italie et Espagne Ă  l’Ă©poque de la premiĂšre Ă©cole de Vienne, y gagnerait en explicitation voire rĂ©habilitation.

 
 
 

Les Symposium, nouveaux ambassadeurs d’un Boccherini raffinĂ© irrĂ©sistible

 

boccheriniElĂ©gance, raffinement extrĂȘme, ornementation parfois surabondante mais d’une dĂ©licieuse Ă©loquence (entre Ă©quilibre et sophistication), l’Ă©criture du madrilĂšne “Luis” Boccherini mĂ©rite bien sa rĂ©putation de gĂ©nie chambriste, un Ă©gal de Haydn pour l’Italie et l’Espagne. NĂ© Italien (Ă  Lucca /Lucques en 1743) mais rĂ©sident quasiment toute sa vie Ă  Madrid Ă  la Cour des Bourbons d’Espagne – en particulier au service du frĂšre de Charles III, l’Infant Don Luis, grand mĂ©lomane et son protecteur jusqu’Ă  sa mort en 1785, Luigi Boccherini fut un virtuose du violoncelle et marque particuliĂšrement l’exercice si difficile de la conversation en musique, dans un cadre intimiste.
AprĂšs la mort de l’Infant, Boccherini se retrouve un mĂ©cĂšne Ă  distance (depuis l’Espagne et Madrid) en la personne du Roi de Prusse : FrĂ©dĂ©ric Guillaume II (1786-1796), joueur de violoncelle et lui aussi mĂ©lomane avisĂ© comme exigeant ; puis grĂące au goĂ»t de Lucien Bonaparte, ambassadeur de France Ă  Madrid qui se passionne pour l’Ă©lĂ©gance de ses partitions (1800-1801).

 

 

 

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PrĂ©cis, nuancĂ©s, et d’une Ă©quilibre subtil, les 4 musiciens de Symposium relĂšvent tous les (nombreux) dĂ©fis de 6 Quatuors jamais enregistrĂ©s au disque ; ces 6 Quatuors retenus ici, portent avec une rare intensitĂ©, le souci d’Ă©lĂ©gance mondaine pas creuse et d’Ă©loquence partagĂ©e mais pas bavarde, d’une musique d’un raffinement absolu. ProtĂ©gĂ© de l’Infant Don Luis, Boccherini vit dans les annĂ©es 1780 ses heures les plus heureuses dont tĂ©moignent les qualitĂ©s d’une musique extrĂȘmement bien Ă©crite qui exige prĂ©cision rythmiques, nuances dynamiques, complicitĂ© et surtout subtilitĂ© de chaque instrumentiste . Jamais l’art de Cour et le raffinement d’une vie sociale soucieuse d’esthĂ©tisme et d’Ă©ducation ne s’est tant manifestĂ© que dans l’art hautement complexe et exigeant du Quatuor Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres. Aux cĂŽtĂ©s de Haydn et de Mozart, Boccherini fait figure de pair, emblĂ©matique d’une sensibilitĂ© originale et formellement affinĂ©e, comme le fut aussi un Domenico Scarlatti pour le clavecin.
La facilitĂ© mĂ©lodique, l’entrain rythmique non dĂ©nuĂ© d’une insouciance amusĂ©e qui rappelle l’humour et la facĂ©tie Haydnienne (Minuetto con moto – Trio du 198), voire parfois la grĂące mozartienne approchĂ©e dans les derniers Quatuors de ce cycle (les G 199 et 200) s’offrent ainsi comme dĂ©fis aux interprĂštes de Symposium : mais les instrumentistes italiens y ajoutent comme ici ce mordant plus sombre, symptĂŽme d’une gravitĂ© sourde prĂ© schubertienne d’une ineffable tendresse nostalgique (Andante appasionato ma non lento du trĂšs subtil G 200 auquel va toute notre admiration). L’indice d’une rĂ©ussite Ă©clatante se mesure Ă  la maĂźtrise des accents, des nuances tĂ©nues qui basculent inĂ©luctablement chaque piĂšce de l’expression d’un grand raffinement au chant d’un esthĂ©tisme juste et naturel. Autant de qualitĂ©s expressives et d’une grande technicitĂ© habitĂ©e qui font les grands interprĂštes. La sensibilitĂ© et la complicitĂ© articulĂ©e et flexible des instrumentistes de Symposium suscitent donc le meilleur accueil. C’est Ă©videmment un CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Le cd serait l’amorce d’une nouvelle intĂ©grale Boccherini, passionnante, Ă  venir… A suivre de prĂšs donc.

 

 

 

CLIC D'OR macaron 200Cd compte rendu critique. Luigi Boccherini : Quatuors G. 195-200 opus 26. Ensemble / Quatuor Symposium – 1 cd Brilliant classics 95302, enregistrement rĂ©alisĂ© en aoĂ»t 2015, en Italie). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016

 

 

Illustration : TrĂšs judicieusement et avec un rare sens de l’exactitude artistique entre les disciplines, les concepteurs du cd reprĂ©sentent en couverture le portrait collectif par Goya, de l’Infant Don Luis et de sa famille, entourĂ©s par les artistes proches de sa cour, dont Ă©videmment “Luis” Boccherini lui-mĂȘme, debout en tunique rouge et de profil. Composition datĂ©e de 1783, soit 4 ans aprĂšs la composition des 6 Quatuors de l’opus 26 ici enregistrĂ©s.