Symphonie n°1 de Sibelius (1899)

arte_logo_2013ARTE, jeudi 11 avril 2019, 5h. SIBELIUS : Symphonie n°1. Concert symphonique enregistré en 2015, l’année des 150 ans de Jean Sibelius (1865-1957), le plus grand compositeur symphonique en Europe, dans la première moitié du XXè, avec Ravel et Debussy, R Strauss et Mahler.
sibelius-jeune-portrait-classiquenewsL’opus 39 de Sibelius est l’oeuvre d’un jeune compositeur de 34 ans qui achève son premier opus symphonique début 1899, suscitant une admiration telle qu’il obtient une rente de l’état finnois à vie. Heureux créateur, reconnu pour son talent… Déjà dans la forme classique de ce premier coup de génie, s’affirment des ruptures de ton, des éclairs romantiques fulgurants qui bousculent l’écoulement tranquille. L’Adagio initial (premier volet du mouvement I, précédant l’Allegro energico) fait valoir de superbes effets de timbres, emblèmes d’une orchestration raffinée et puissante. L’Andante qui suit, exprime une mélodie particulièrement orginale et mélancolique, avec dans l’alliance frémissante des cors et des cordes, une claire référence à la forêt magique de Wagner (Siegfried : murmures de la forêt), même si Sibelius s’est toujours précautionneusement écarté du compositeur germanique. L’Allegro est un scherzo où triomphe et s’embrase la volupté du trio central (pour les vents). A la façon d’une rhapsodie (« quasi una fantasia »), le Finale en mi mineur cumule les contrastes de rythmes et de caractères avec une irrépressible énergie, celle d’une conclusion enfin énoncée qui délivre sa vérité comme la clé d’un rébus enfin résolu. Toute l’oeuvre de Sibelius tend à quesitonner la forme et le développement symphonique ; comment (orchestration / couleurs), vers où ? (sens, architecture)… Sibelius cherche la clé d’un déroulement essentiel et organiquement cohérent. C’est pourquoi, dès ce premier essai de 1899, il ouvre des perspectives aussi personnelles qu’un Mahler. Mais à l’inverse de ce dernier, et par tempérament, Sibelius se replie de plus en plus vers un schéma serré, court, synthétique, au point que sa dernière symphonie, enchaînant les mouvements (créée en 1923 à Helsinki), totalise moins de 30 mn…

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arte_logo_2013LIRE aussi notre critique de la Symphonie n°1 de Jean Sibelius, récemment enregistrée par Santtu-Maias ROUVALI :
http://www.classiquenews.com/cd-critique-sibelius-symphonie-n1-en-saga-gothenburg-symphony-santtu-matias-rouvali-1-cd-alpha-2018/

CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018)

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018). Voilà un vrai travail d’orfèvre tissant une tapisserie de timbres, à la fois lyrique et rageuse. Si certains continuent d’estimer l’œuvre comme la célébration par Sibelius de sa Finlande chérie, alors menacée par l’Empire russe (création en avril 1899), inspiré et plus universel, le chef finlandais Santtu-Matias ROUVALI sait traduire une dimension qui sait dépasser l’occurrence politique : il insinue dans l’écriture cette énergie première, gorgée d’éclairs naturels et de sursauts organiques. D’emblée, grâce au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des éléments. Sur le motif.

Ainsi au début de la Symphonie n°1, la clarinette, au tragique pastorale, d’une intense dignité, chante les souffrances et l’éternité inatteignable de la Nature. Le chef creuse tout ce qui rend à cette partition princeps, sa profondeur et son introspection.
Cordes exaltées, bois parfois âpre (bassons),tutti tendus, vitalité ardente et portés par une énergie éperdue… Rouvali prend à bras le corps l’activité primitive des éléments qui semblent traverser les pupitres en élans faussement incontrôlés.

Sibelius : le premier écologiste
Santtu-Matias ROUVALI, chantre de la prière sibélienne

L’écriture est une prière exacerbée face à la Nature dans toute sa sauvagerie ; Sibelius exprime son admiration parfois inquiète, surtout animé par un désir supérieur, une exaltation qui se hisse au diapason de la tempête victorieuse. Sibelius observe et comprend de l’intérieur l’immensité de la Nature (cor et harpes, flûte) : son mystère, son essence miraculeuse. Une connivence s’inscrit et s’enfle au fur et à mesure de l’avancée du premier mouvement qui passe d’Andante non troppo… à Allegro energico.
Ici règne la gravité du dernier Tchaikovski (dernière mesure au contrebasses), avant l’émergence des cimes et des hauteurs plus mélancoliques du second mouvement.

Ainsi l’Andante (ma non troppo lento) est articulé avec une rondeur mordante, une belle sincérité qui vient elle aussi des replis du cœur, telle une chanson ancienne qui fait vibrer le sentiment d’une nature enchantée… en une cantilène instrumentalement détaillée qui montre tout ce que l’éloquence enivrée de Sibelius doit aux… russes. Ce qui est prenant c’est le sentiment d’une tragédie en cours, celle d’une nature sacrifiée et pourtant d’une ineffable beauté. Cette vision, et tragique et épique, prend corps dans les fabuleux arpèges des cordes, bouillonnants, éperdus.

Le Scherzo est abordé pour ce qu’il est : une scansion et une frénésie superbement mécanique, dont la verdeur ici captive. Enfin
le dernier mouvement plus agité, radical, dramatiquement très marqué par Tchaikovski là encore, exprime une inquiétude presque angoissée (lugubre des bassons, romances éperdues des cordes graves…)
Il y met une touche d’humanité, un panthéisme blessé : Sibelius souffre avec la Nature en son sein, et non à l’extérieur, comme en une distanciation asséchante. Au contraire, nous sommes au cœur des éléments. Dans le vortex où se jouent les transformations irréversibles ; comment ne pas inscrire cette vibration et cette conscience affûtée dans le chaos climatique qui est le nôtre, causé par la folie humaine ?

Sous la baguette intense mais nuancée et très détaillée de Rouvali, Sibelius semble réussir là où Tchaikovski nous avait laissés ; les lumières permises par le finnois font espérer une clarté filigranée et très vacillante chez le Russe (Pathétique, n°6) ; l’andante final de Sibelius autorise une issue difficile mais présente. Mais dans la difficulté et la souffrance. La fin est une rémission presque arrachée ; pas une victoire. Une vraie question laissée en suspens.

En saga : orchestration et couleurs se rapprochent plutôt de Moussorgski mais mâtiné d’impressionnisme ravélien. Là encore Sibelius exprime une activité invisible secrète, au souffle prenant. La narration qu’en offre Rouvali saisit par sa précision, et un vrai travail d’orfèvre sur le plan de la texture instrumentale, tout en soignant l’éclat et la vitalité des séquences plus rythmiques.
Moins lyrique que Bersntein peut-être, Rouvali n’oublie pas aux côtés de sa précision, un souffle et une tension qui enflamment chaque tutti, révélant aussi dans cette activité flamboyante, des accents wagnériens. Le chef exprime le mystère sauvage et la force de la nature, la beauté grandiose et fragile, c’est à dire inexprimable de l’animal (un lynx sur un arbre dans le paysage de neige peint sur le même titre par son beau-frère Eero Järnefelt ?).
CLIC D'OR macaron 200En 1893, Sibelius est encore très narratif, mais dans cette très fine et scintillante écriture, à partir de 13’, il sait transmettre le cycle éternel, la transe primitive du miracle naturel. A l’homme de savoir en mesurer l’énergie rédemptrice, matricielle. De toute évidence, dans ce crescendo final, d’une intensité irrépressible, Rouvali l’a bien compris. Le chef fait entendre cette vibration première. Jusque dans le chant conclusif de la clarinette, extinction énigmatique. Superbe lecture et belle compréhension de l’univers symphonique de Sibelius. On souhaite une suite et on rêve d’une intégrale des Symphonies de Sibelius par ce chef et cet orchestre… aux qualités évidentes. Leur sincérité nous touche. Voilà qui préfigure le meilleur ? A suivre…

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Cd, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018 - Orchestre Symphonique de Gothenburg / Enregistrement réalisé à Gothenburg, en mai 2018.

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CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015)

WEBER-concertos-symphonie-orchestre-victor-hugo-verdier--1-cd-klarthe-records-critique-cd-review-par-classiquenewsCD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015). Voilà un programme passionnant en ce qu’il s’intéresse à l’exploration instrumentale de Weber, en particulier à travers ses rencontres avec des instrumentistes d’envergure à Munich en 1811… On oublie trop souvent l’essai symphonique de l’auteur du Freischütz (1821), opéra fantastique qui doit sa puissance onirique à son écriture orchestrale. Ici, la verve et l’imagination dont fait preuve Carl Maria dans son premier opus symphonique, étonne et saisit l’écoute. Ce nouvel opus discographique est à classer au nombre des meilleures réalisations de l’Orchestre Victor Hugo et son directeur musical Jean-François Verdier qui déploient une implication communicative dans chaque épisode, symphonique et concertant, éclairant chez Weber, cette intelligence critique, exploratrice de nouvelles sonorités instrumentales autant que climatiques.

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberCarl Maria von Weber y gagne un nouveau visage, celui d’un apprenti sorcier, amateur de timbres associés, souvent inédits. Ainsi l’apport de cette Symphonie n°1… L’élève de l’abbé Vogler à Vienne s’y montre doué pour les évocations frémissantes, aussi dignes de Schubert que de Mendelssohn. Le futur directeur de l’Opéra allemand à Dresde démontre une réelle facilité dramatique, hautement théâtrale même qui innerve son écriture symphonique, ce dès le premier mouvement, à la fois solennel et palpitant, d’une évidente grandeur, jamais démonstrative. Datée de 1807 (mais publiée en 1812, et très critiquée par son auteur, plus investi dans l’opéra), c’est à dire oeuvre de jeunesse, la Symphonie n°1 rayonne d’un sentiment de conquête et de jubilation qui électrise même une écriture brillante (en ut), dont le second mouvement indique le sens de la coloration et d’une certaine intériorité pastorale (solos instrumentaux dont le hautbois). Débridée, décousue, la Symphonie n’a pas il est vrai l’ossature ni la cohérence architecturée de ses ouvertures d’opéras.

  
 
 

WEBER, symphoniste concertant expérimental

  
 
 

CLIC D'OR macaron 200Plus mûre, l’écriture du Concerto pour clarinette n°2, affirme un tempérament virtuose qui célèbre alors le talent d’un clarinettiste devenu ami, rencontré en 1811 à Munich, Heinrich Bärmann (mort en 1847) dont l’instrument à 10 clés lui permettait de faire briller une technique véloce à la sonorité moelleuse, y compris dans les passages les plus redoutables (suraigus / très graves). L’opus 74 créé en novembre 1811, explore grâce au soliste au jeu vertigineux autant qu’enchanteur, toutes les facettes expressives de la clarinette, qu’il associe amoureusement et sensuellement aux timbres de l’orchestre (cor et basson en particulier). L’intériorité et la profondeur du jeu de Nicolas Baldeyrou éclairent la souple élégance, à la fois noble et enivrée du mouvement central (Romanza) ; la couleur et le caractère parfaitement énoncés écartent définitivement l’éclat viennois et son essence virtuose vers un sentiment rayonnant et intérieur, totalement… souverainement romantique (et qui s’apparente dans le chant de plus en plus extatique de la clarinette à un vaste lamento d’opéra). Le Rondo (alla Polacca) frappe lui aussi par sa forte caractérisation. L’accord entre le soliste et l’orchestre est idéal.

Le Concerto pour cor magnifiquement ciselé et articulé par le soliste David Guerrier confirme que le label Klarthe est bien celui des grandes personnalités solistiques, capables de marquer l’écriture concertante par leur engagement et leur vision, un geste singulier et recréatif d’une grande portée poétique ; il informe aussi que Weber connaît bien le caractère chantant de l’instrument pour lequel il crée des modulations et des passages harmoniques d’une souple profondeur (mouvement central : Andante con moto) ; on distinguera surtout l’éloquence typée, d’un tempérament inouï du dernier mouvement lui aussi « alla Polacca », où le soliste époustoufle par sa virtuosité très incarnée et personnelle.

La recherche de couleur et de sonorité magicienne se déploie dans l’Adagio et rondo pour harmonica de verre d’une noblesse suspendue grâce au talent du soliste ici (Thomas Bloch), d’une sensibilité évanescente et iridescente même comme l’est ce diptyque en tout point enivrant (1811). Weber fait preuve d’une curiosité quasi expérimentale, jouant avec le son flûté et d’orgue, comme un carillon lointain aux teintes filigranées auxquelles répond l’orchestre lui aussi diaphane (en particulier dans les réponses de la première moitié du Rondo / Allegretto final). Réjouissant et original programme.

  
 
 

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CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (cor, clarinette)… Orchestre Victor Hugo. Jean-François Verdier, direction (1 cd Klarthe records, enregistrement réalisé en décembre 2015)

Carl Maria von Weber :
Symphonie n°1 en do majeur, op.19
Concertino en mi mineur pour cor et orchestre, op.45 (David Guerrier, cor)
Adagio et rondo en fa pour glass harmonica et orchestre (Thomas Bloch, glass harmonica)
Concerto n°2 en mi bémol majeur pour clarinette et orchestre, op.74 (Nicolas Baldeyrou, clarinette)
Orchestre Victor Hugo
Jean-François Verdier, direction

  
 
 

PLUS D’INFOS : http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/weber-detail

  
 
 

  
 
 

CD, annonce. Eward Elgar : Symphonie n°2. Daniel Barenboim (2015, 1 cd Decca)

elgar symphony 1 daniel barenboim cd decca review compter endu critique classiquenews mars march 2016 cd review critique cd 4786677CD, annonce. Eward Elgar : Symphonie n°2. Daniel Barenboim (2015, 1 cd Decca). Début mars 2016, Daniel Barenboim publie un nouvel enregistrement symphonique avec la Staatskapelle Berlin, défendant une partition rare en France : la Symphonie n°2 du britannique Edward Elgar. Grâce à l’acuité instrumentale du chef comme à son souci de la tension dramatique, la Symphonie créée au début du siècle, en mai 1911 à Londres, éblouit littéralement parce que le chef sait déceler sous la solennité impérialiste “totally British” (l’ouvrage est dédié au roi Edouard VII qui vient de s’éteindre), la finesse de l’écriture, en particulier dans le mouvement lent, le Larghetto en ut mineur (dont l’esprit est directement dédié au roi Edouard VII). En avant première, voici un extrait de la critique de notre rédactrice Elvire James, qui en distinguant ce nouvel enregistrement, décerne un CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016.

ELGAR symphony symphonie 2 review account of CLASSIQUENEWS Edward_Elgar_head2_copy2Extrait de la critique de notre consœur Elvire James :  ”Bavarde ou d’une solennité raffinée, la Symphonie n°2 touche diversement, chacun selon sa sensibilité. La partition est créée en mai 1911 à Londres sous la direction du compositeur. L’esprit de marche, l’ampleur majestueuse qui ouvre  tel un vaste portique, tout le cycle symphonique (en cela emblématique de l’adhésion d’Elgar à l’idéal impérial britannique) est conduit avec une ivresse détaillée instrumentale qui laisse la place à de subtiles respirations, le chef sachant éviter la lourdeur comme la grandiloquence : entre majesté et sérénité, Barenboim insuffle une vraie tension, se gardant bien de réduire l’écriture à une seule démonstration de grandeur superphétatoire. Après l’Allegro initial dont la direction restitue la pulsion électrique, c’est l’irrésistible Larghetto en ut mineur d’une plénitude enivrée, enchantée – autre réflexion sur l’esprit de la grandeur funèbre mais abordée dans l’esprit d’une musique de chambre où règnent la clarté et la transparence (superbes couleurs tristanesques aux cors et à la magistrale harmonie des bois), comme la couleur sombre et de recueillement en conformité avec la dédicace de l’opus….

 

Prochaine critique complète du cd Symphonie n°2 d’Elgar (1911) par Daniel Barenboim dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews d’ici le 20 mars 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016

Premier Beethoven au TAP de Poitiers

Poitiers, TAP. Lundi 7 décembre 2015. 20h. Concert Beethoven, Philippe Herreweghe.Superbe concert symphonique au Théâtre Auditorium de Poitiers, ce 7 décembre 2015 où la fine caractérisation des instruments d’époque renouvelle notre perception des deux premières Symphonies et du Concerto en ré de Ludwig van Beethoven. Philippe Herreweghe s’intéresse au Beethoven le plus fougueux, le plus libérateur celui qui des cendres encore chaudes de la Révolution, bâtit un nouvel ordre musical, poétique et esthétique offrant enfin au siècle romantique, un langage digne de ses ambitions et de ses défis. Partenaire de l’orchestre dans le Concerto pour violon, l’éblouissante violoniste Isabelle Faust, alliant finesse, pudeur, intériorité restitue au Concerto en ré majeur, son étoffe émotionnelle tissée d’élan et de promesse amoureuse car Beethoven est alors le fiancé secret de Thérèse de Brunswick.

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à Poitiers

 
 

Fidelio de BeethovenAux sources du romantisme beethovénien. Le collectif d’instrumentistes sur instruments d’époque fondé par Philippe Herreweghe revisite le pilier de son répertoire : le premier romantisme avec le Beethoven des années 1800 / 1803. Revenir à Beethoven reste pour un orchestre un défi qu’il est toujours indispensable de requestionner, c’est tout un imaginaire esthétique, tout un monde sonore qui s’affirme dans les derniers feux du classicisme viennois, ceux éblouissants des inventeurs et des poètes – Haydn et Mozart ; chantre de l’avenir, Ludwig trentenaire à Vienne en 1800 (Symphonie n°1) puis 1803 (n°2), affirme de nouveaux horizons définissant le romantisme allemand, quand Bonaparte, héros des Lumières, semble redessiner une nouvelle Europe politique et sociétale, fruit de la société des Lumières et de la Révolution française (de facto, la n°3 “Héroïca”, créée en 1804,  porta comme première dédicace “Bonaparte”, le héros libérateur de la tyrannie des monarchies).

Critiquée pour sa fureur militaire qui déchirait les tympans plutôt qu’elle ne touchait le cœur, la Symphonie n°1 est encore très redevable à Haydn. De fait, la partition de ce premier opus symphonique beethovénien, est dédié au librettiste de Haydn, le baron Gottfried van Swieten, poète de la Création, l’oratorio prophétique et panthéiste du bon papa Haydn. Le large accord dissonant d’ouverture est un signe sans appel : ce qui suit ouvre une nouvelle ère (accord dissonant de septième de dominante du ton de fa majeur). L’offrande la plus originale cependant est reste le “Menuet” (3ème mouvement Menuetto : Allegro molto e vivace) qui est déjà un véritable scherzo, dont le tempo est deux fois plus vif et alerte que les menuets de Haydn et Mozart.

La Seconde Symphonie de Beethoven prolonge les avancées de la n°1 : elle est contemporaine d’une grave crise dans la vie du compositeur : époque critique et dépressive mais aussi refondatrice de la pensée musicale telle qu’elle est alors rédigée dans le testament d’Heiligenstadt, marquant la maturité d’un auteur qui s’enfonce un peu plus dans la surdité. C’et le point culminant donc finale de la Symphonie Sonate héritée des Lumières, d’une joie enivrante malgré les événements tragiques de la vie intime. Ici, Beethoven parachève l’évolution de la Symphonie moderne : le Scherzo est nommément signifié et écrit sur le manuscrit (au lieu de “Menuet”). Une page est tournée dans le grand livre de la Symphonie beethovénienne…

Le Concerto pour violon en ré majeur opus 61, d’une architecture solaire, est contemporain de la Symphonie n°4 et des 3 Quatuors Razumowski : il est dédié au violoniste virtuose Franz Clement qui en assure la création le 23 décembre 1806. C’est l’heure de l’insuccès de l’opéra Fidelio et aussi des fiançailles secrètes avec Thérèse de Brunswiick en mai 1806. De fait relié à ce miracle de la vie intime, le Concerto pour violon est souvent considéré comme un poème amoureux, porté par le bonheur et la promesse d’un amour durable, comme en témoigne surtout la tonalité bienheureuse, extatique de mouvement central (Larghetto en sol majeur).

 
 
 

boutonreservationBeethoven au TAP de Poitiers
Lundi 7 décembre 2015, 20h

Ludwig van Beethoven :
Concerto pour violon en ré majeur op. 61,
Symphonie n°1 en ut majeur op. 21,
Symphonie n°2 en ré majeur op. 36

Places numérotées
Durée : 2h avec entracte
1 bd de Verdun 86000 Poitiers
Résa-info +33 (0)5 49 39 29 29

Orchestre des Champs-Elysées

Philippe Herreweghe, direction
Isabelle Faust, violon

 

Illustration : Philippe Herreweghe dirige l’Orchestre des Champs Elysées © A.Péquin

Poitiers. Sibelius, Schumann… Concert Symphonique au TAP

dautricourt-nicolas-violon-582-390-UNE-CLASSIQUENEWSPoitiers, TAP. Jeudi 12 novembre 2015, 20h30. Mendelssohn, Sibelius, Schumann... Superbe concert symphonique à Poitiers au TAP, ce 12 novembre avec plusieurs oeuvres de compositeurs exaltés par le spectacle de la nature, flamboyante et insaisissable : Mendelssohn et Schumann, deux romantiques allemands (d’autant plus “naturels” dans ce programme puisque la saison 2015 – 2016 du TAP fête l’Allemagne) ; mais aussi des œuvres rares et concertantes (avec le concours du violoniste français Nicholas Dautricourt) du plus grand compositeur pour l’orchestre en Finlande : Jean Sibelius.

 

 

 


poitiers-TAP-saison-15-16-jaune-bandeau-582-pour-articles-classiquenewsDès 18h30…
A l’occasion de ce grand concert symphonique de la nouvelle saison 2015-2016 du TAP de Poitiers, les spectateurs pourront assister dès 18h30 au Bar de l’Auditorium à une rencontre conférence (entrée libre) en présence du chef invité (Jean-François Verdier) où un comédien (Jérôme Rouger) élucidera non sans facétie les enjeux de la question qui fait débat : pourquoi les chefs d’orchestre mènent-ils tout le monde à la baguette ? (première de trois sessions programmées au TAP : les 12 novembre donc, puis 11 février et 17 mars 2016).

 

 

 

 

Mendelssohn, Sibelius, Schumann

3 poètes de la Nature

 

 

 

poitiers-TAP-saison-15-16-jaune-bandeau-582-pour-articles-classiquenewsA 20h30… La Nature, étourdissante, flamboyante, inspirant un lyrisme éperdu, triomphe dans ce programme qui réunit les Romantiques Mendelssohn et Schumann, et aussi le moderne, génie de la musique symphonique en Finlande, Jean Sibelius (dont 2015 célèbre le 150ème anniversaire : LIRE notre dossier Sibelius dossier 2015).

Mendelssohn Felix-MendelssohnD’abord, l’ouverture “Les Hébrides” du hambourgeois Félix Mendelssohn traduit le processus créateur que cultivent les compositeurs : la nature leur fournit des sensations souvent vécues sur le motif (c’est le cas de Mendelssohn, spectateur exalté pendant un voyage en Ecosse en 1829). L’écriture n’est pas descriptive ou strictement narrative mais plutôt subjective et intensément évocatrice, recomposant le sujet observé, traduisant les riches impressions ressenties devant cette Grotte de Fingal, – autre titre de la pièce -,  prodige minéral balayé et fouetté par la mer,  et qui offre à Mendelssohn panthéiste et naturaliste de premier ordre, l’occasion d’exprimer en musique la grandeur et le caractère surnaturel du spectacle ainsi découvert pendant son voyage. Révisée et achevée en 1830 (à Paris), l’année de la Symphonie Fantastique de Berlioz, l’ouverture “Les Hébrides” diffuse intactes, la puissance et la magie de l’impénétrable Nature.

 

 

 

Sibelius 2015Tout aussi sensible à la Nature, Jean Sibelius (mort en 1957) en Finlande incarne le miracle symphonique scandinave qui prend son essor dans la première moitié du XXème (aux côtés de Nielsen, son contemporain danois). Après le premier romantique Mendelssohn, Sibelius approfondit encore l’expression musicale de la Nature dans un style encore plus personnel et surtout synthétique : élan printanier, éblouissement solaire ou plénitude suspendue de l’hiver, l’écriture de Sibelius apporte autant que Mahler, le génie d’un imaginaire inédit pour l’orchestre. Où le jeu des timbres associés, le dialogue entre les pupitres (cordes, cuivres, bois et vents), surtout l’exposition unique des thèmes caractérisent un style immédiatement reconnaissable par son irrépressible ardeur, entre passion, mystère, intériorité.

Les Deux Sérénades pour violon et orchestre opus. 69, créées en 1915 colorent la sensibilité instrumentale du compositeur, son souci de la couleur comme de la construction, par une teinte profondément mélancolique (que l’on retrouve aussi dans son exceptionnel Concerto pour violon composé 10 ans auparavant en 1905).

Cycle d’une rare cohérence poétique, les Six Humoresques (1917-1919) consultent les pages d’un livre de paysages d’une âpre et pénétrante beauté : Sibelius y redouble d’exaltation et d’introspection, sachant varier les climats et soigner l’enchaînement des 6 pièces dont la dernière, la plus bouleversante, bascule en un rêve intérieur.

 

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Nicholas Dautricourt, violon (DR)

 

 

 

La Valse triste de 1904 est contemporaine de la composition de la Symphonie n°3 en ut majeur : elle est emblématique de la réception des oeuvres de Sibelius : au départ destinée comme musique de scène à la pièce Kuolema d’Arvid Jarnefeld, la force pudique de son irrépressible élan l’a immédiatement distinguée et depuis le chef légendaire Karajan, (celui méditatif et le plus rentré, – qui aima l’enregistrer avec le Berliner Philharmoniker-), la pièce jouée désormais de façon indépendante, fait partie des grands tubes des concerts symphoniques : elle touche par sa pudeur mesurée, et son intensité quasi spirituelle, construite sur le plan favori du compositeur : une croissance progressive du matériau sonore qui de fait, en séquence finale, exulte et s’embrase, pour revenir au murmure du début. Un chef d’oeuvre dramatique, qui saisit aussi par sa science de l’instrumentation.

 

 

 

 

schumann robert clara essai Philippe andreAprès l’entracte, la Symphonie n°1 «  Le Printemps » de Robert Schumann regarde du côté de l’exaltation juvénile d’un Mendelssohn. En 1841, Schumann est l’heureux époux de la pianiste Clara Wieck dont le père n’avait cessé d’oeuvrer pour reporter la noce. Exaltée elle aussi, mais aussi d’un tendresse qui sait être recueillie et intensément pudique (rêverie du Larghetto), la première Symphonie de Schumann est un feu ardent et lumineux, le premier essai – réussi- du compositeur dans le format symphonique, lui qui n’avait jusque là que traiter en maître, les oeuvres pour piano et le lied (mélodie germanique). Et signe d’une filiation fraternelle présente dans le choix du programme de ce concert, c’est Mendelssohn lui-même au Gewandhaus de Leipzig, qui crée la partition le 31 mars 1841, délivrant cette joie spontanée, de fait printanière qui est la couleur générale de toute la Symphonie.

 

 

 

 

 

 

 

boutonreservationPoitiers, TAP Théâtre Auditorium
Jeudi 12 novembre 2015, 20h30
Concert Mendelssohn, Sibelius, Schumann

 

 

Felix Mendelssohn : Les Hébrides op. 26 (ouverture)

Jean Sibelius :

Sérénade n°2 pour violon et orchestre en sol mineur op. 69,
Humoresques pour violon et orchestre
(Nicholas Dautricourt, violon)

Valse Triste op.44

Robert Schumann : Symphonie n° 1 en si bémol majeur op. 38 Le Printemps 

Orchestre Poitou-Charentes
Jean-François Verdier, direction

poitiers-TAP-saison-15-16-jaune-bandeau-582-pour-articles-classiquenews

 

Le JOA Jeune Orchestre Atlantique joue la Symphonie n°1 “Titan” de Mahler (juillet 2013)

Depuis ses premières sessions à l’Abbaye aux Dames de Saintes, le JOA Jeune Orchestre Atlantique ne cesse de porter toujours plus loin les apports bénéfiques des instruments d’époque dans l’interprétation des partitions classiques et romantiques; rien n’égale en Europe la formation ainsi proposée aux jeunes instrumentistes venus du monde entier pour y suivre les conseils de l’équipe pédagogique, de façonner et perfectionner leur propre jeu sous la conduite des chefs aujourd’hui reconnus. Cette année, volet toujours très attendu du festival estival, le JOA ose aller plus loin encore ; il repousse le cadre chronologique des périodes classiques et romantiques … jusqu’à la Symphonie n°1 Titan de Gustav Mahler (1889) … un nouveau défi post romantique se dresse face à l’énergie et à la curiosité des apprentis musiciens et pour lequel s’engage aussi le chef flamand Philippe Herreweghe qui depuis sa création, suit les avancées et l’évolution de l’orchestre. Captation intégrale de la Symphonie n°1 Titan, week end inaugural du festival de Saintes 2013. Intégral du 4ème mouvement. © CLASSIQUENEWS.TV 2013