JOR, JEUNE ORCHESTRE RAMEAU. Entretien avec la musicologue spécialiste de Rameau, Sylvie Bouissou

BOUISSOU SYlvie RAMEAU portrait concert critique Jean Philippe Rameau JOR Jeune Orchestre RameauJOR, JEUNE ORCHESTRE RAMEAU. Entretien avec la musicologue spécialiste de Rameau, Sylvie Bouissou à l’occasion de la création du Jeune Orchestre Rameau. Aux côtés du chef Bruno Procopio qui a fondé l’orchestre, Sylvie Bouissou apporte sa connaissance de Rameau, permettant aux jeunes instrumentistes choisis et embarqués dans l’aventure de se familiariser avec l’une des écritures baroques les plus fascinantes et les plus exigeantes. D’autant plus que l’orchestre, comme une phalange laboratoire qui ne s’interdit aucune limite, est ainsi amené à jouer des partitions inédites et des programmes spécialement conçus pour lui : prochaine session les 30 et 31 octobre 2021 à Mazan (Vaucluse) où le public pourra écouter le premier programme symphonique défendu par les quelques 50 jeunes instrumentistes prêts à relever tous les défis. Car pour l’instrumentiste, il n’existe pas de musique aussi difficile que celle du Dijonais : une expérience formatrice particulièrement riche dans l’acquisition du métier… Entretien exclusif pour CLASSIQUENEWS

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CLASSIQUENEWS : Sur le plan scientifique et de la recherche, qu’apporte la création du JOR ?

SYLVIE BOUISSOU : Sur le plan purement scientifique, la création du JOR pourrait permettre de « tester » des séquences non encore jouées. Il existe beaucoup de repentirs dans les sources ramistes pour lesquels il n’est pas toujours aisé de savoir si elles sonnent bien. Il reste que sur le plan historique, ce sont des éléments précieux.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment avez vous conçu la sélection des œuvres de Rameau pour la session 1 du JOR, en octobre prochain ?

SYLVIE BOUISSOU : Bruno m’avait demandé d’envisager quatre programmes symphoniques qui puissent afficher une cohérence entre eux, qui respectent un équilibre d’effectif et qui incluent des séquences inédites. Un vrai challenge !
Le premier programme (NDLR : qui sera créé à Mazan les 30 et 31 octobre 2021), « Guerre et paix », est basé sur l’opposition de deux conceptions de la vie, avec une victoire de la paix, évidemment. C’est pourquoi j’ai choisi l’ouverture de Naïs, « opéra pour la paix » comme première séquence et la chaconne finale de ce même opéra (comme dernière séquence).
La guerre est éminemment présente dans l’œuvre lyrique de Rameau tout autant que les séquences pacifiques ou de réconciliation. Il n’y avait que l’embarras du choix, réduit néanmoins par des aspects techniques, tonalités, effectifs, contrastes nécessaires, etc.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi pensez-vous que jouer Rameau est particulièrement formateur pour l’instrumentiste ?

RAMEAU-jean-philippe-portrait-concert-critique-classiquenews-JEUNE-ORCHESTRE-RAMEAU-carre-grand-formatSYLVIE BOUISSOU : Formateur pour les instrumentistes à l’évidence, tous les chefs le disent. D’abord parce que techniquement, sa musique est difficile et qu’il faut donc travailler sa partie très sérieusement. Ensuite pour aborder les aspects stylistiques des agréments, du phrasé et des notes inégales, propres à la musique française. Enfin parce que Rameau pousse les instruments au-delà de leurs possibilités (tessiture notamment pour les hautbois et mêmes les basses). Cela suppose des aménagements, des décisions éditoriales, mais aussi des réflexions communes entre musicologues et musiciens.
Un symphoniste de l’orchestre de l’Opéra de Paris, à l’époque de Rameau, s’était plaint du fait qu’il n’avait pas même le temps d’éternuer quand il jouait du Rameau !

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi l’expérience du JOR permet-elle de mieux comprendre l’orchestre de Rameau ?

SYLVIE BOUISSOU : Pour les jeunes, il s’agit d’une formation essentielle (c’est le but de Bruno), préliminaire à leur intégration dans un orchestre, moderne ou baroque. Ils auront eu un éventail large et précis des problèmes soulevés par ce répertoire. Ils auront surtout, du moins nous l’espérons, l’envie de jouer et rejouer du Rameau.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelles sont les oeuvres inédites dévoilées par le JOR ? Quel en est l’intérêt ?

SYLVIE BOUISSOU : Dans « Guerre et paix », il y a plusieurs séquences inédites tirées des secondes versions des œuvres (Hippolyte, Dardanus, Castor) ou d’œuvres que nous avons révélées comme Zéphyr. Il y a aussi des pièces tirées des « Compléments », je m’explique.
La politique des Opera omnia, que je dirige, consiste à publier chacune des versions d’une Å“uvre car Rameau a effectivement beaucoup remanié ses opéras. Pour certains titres, deux versions sont clairement identifiées (Castor et Pollux, Dardanus, Zoroastre) ; dans ce cas, nous publions deux volumes distinctes. Pour d’autres, Rameau a écrit plusieurs versions d’une séquence. Nous les plaçons alors en fin de volume dans ce que nous appelons des « Compléments ». Il y a donc de la matière.
Or ces compléments sont parfois laissés pour compte (de moins en moins d’ailleurs), car naturellement, ils sont tous intéressants et piquent la curiosité des chefs. Or, dans le cadre d’une production, le chef doit rester cohérent et « choisir ». L’un des intérêts du JOR est donc de pouvoir jouer ses compléments ou doubles versions.
À noter que nous avons préparé pour cette session du JOR, l’édition de Zéphyr, ouvrage inédit du vivant de Rameau.

 

 

 

Propos recueillis en juin 2021

 

 

 

JOR Jeune Orchestre Rameau Bruno Proocopio annonce critique concert académieLIRE notre entretien avec Bruno Procopio : pourquoi créer en mai 2021 un nouvel orchestre de jeunes instrumentistes totalement dédié à la musique de Rameau ? Enjeu et prochain rv à Mazan en octobre 2021

 

BRUNO PROCOPIO : maestro transatlantique !BRUNO PROCOPIO : La musique de Rameau reste encore à découvrir, plusieurs ouvrages sont encore à éditer ! Nous n’avons pas encore mesuré tout son génie. La musique instrumentale de Rameau, plus particulièrement les suites de danses au sein des opéras, représentent à elles seules un monument, une des plus belles et complexes œuvres pour orchestre du 18ème siècle. Les aborder au sein d’un orchestre constitué par des jeunes musiciens sera un grand défi mais aussi une excellente et rare opportunité. Nous allons proposer un orchestre à très grand effectif, soit 50 instrumentistes.
Le pupitre de violon sera formé par 16 instrumentistes, un nombre plutôt conséquent pour un orchestre sur instruments d’époque. La virtuosité des œuvres (ouvertures, chaconnes, …) constitue un défi à soulever collectivement, d’autant plus que chaque pupitre d’instruments à vents regroupe 4 musiciens (flûte, hautbois, basson), ces instruments doublent régulièrement d’autres parties. La justesse et la coloration des ces pupitres fusionnés seront partie intégrante de notre travail. LIRE notre entretien complet ICI

 

JOR Jeune Orchestre Rameau : rejoigner les rangs du 1er orchestre historique dédié à RAMEAU

JOR Jeune Orchestre Rameau Bruno Proocopio annonce critique concert académieJOR 2021 (Mazan, session d’oct 2021). APPEL A CANDIDATURE : rejoignez les rangs du JOR JEUNE ORCHESTRE RAMEAU, la nouvelle formation créée en 2021 pour interpréter JEAN-PHILIPPE RAMEAU… Pour son créateur BRUNO PROCOPIO, Rameau est le plus grand génie baroque français … Il méritait bien qu’on lui dédie une nouvelle aventure, en particulier un orchestre composé de jeunes instrumentistes en formation, soucieux d’éloquence et d’expressivité sur instruments historiques, dans le respect des traités concernant la pratique historique. On voit bien l’apport aujourd’hui inestimable des orchestres sur instruments d’époque dans le répertoire classique, romantique, et aussi moderne : des Viennois, Mozart, Haydn, … aux symphonies réinvesties, réestimées de Gossec, Cherubini, Méhul ; de Ravel, Debussy et même à Stravinsky (Les Siècles ont ressuscité comme aucun autre orchestre Le Sacre du Printemps, La Mer de Debussy, Daphnis et Chloé ou Ma mère l’Oye de Ravel). Sans bruno procopioomettre évidemment Beethoven dont l’énergie et l’orchestration subtile n’auraient pu être retrouvés sans l’apport des Harnoncourt, Bruggen, aujourd’hui Currentzis. A plusieurs reprises Bruno Procopio a démontré la valeur de l’approche historique en jouant les partitions de Gossec, Méhul, Cherubini, Reicha. … Rameau demeure un territoire favori comme son excellent enregistrement JOUER RAMEAU A CARACAS (1 cd Paraty 2012) l’a révélé (tout un programme composé des Suites de danses extraites des opéras y constitue comme une symphonie française du XVIIIè, prélude enchanté aux Berlioz, Ravel, Roussel, Debussy à suivre…) :

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Rameau 2014 : les Grands Motets par Bruno Procopio, William ChristieJOUER RAMEAU sur instruments historiques… Le chef spécialiste des approches historiques en particulier des compositeurs classiques, romantiques français, retrouve ainsi son cher Rameau dans un esprit d’explication, de transmission, de partage. Jouer Mozart et Beethoven en connaissant l’articulation propre à Rameau, génie de l’orchestre au XVIIIè, fonde une approche originale et particulièrement pertinente. Cette perspective qui rétablit le jeu orchestral dans une chronologie logique, ne cesse de révéler sa pertinence : comprendre et maîtriser l’écriture de Rameau permet de mieux jouer tous les grands symphonistes après lui, du XVIIIè au XIXè.

 

 

 

A Mazan (Vaucluse),

50 instrumentistes
pour retrouver la magie de Rameau

Du 25 au 31 octobre 2021

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Bruno Procopio joue Rameau et Mondonville à RioÉCRITURE RAMÉLIENNE… La sonorité, les rapports entre pupitres, les timbres détaillés, fusionnés retrouvent une couleur et une intensité que l’on avait perdu. Dans le sillon de ces redécouvertes majeures, le chef et claveciniste BRUNO PROCOPIO crée son nouvel orchestre dont le répertoire sera dédié aux œuvres de Rameau. Le compositeur officiel de Louis XV à Versailles n’a pas que réformer l’opéra français depuis son scandaleux Hippolyte et Aricie de 1733. En théoricien, fier opposant aux thèses polémiques de JJ Rousseau, Rameau, orfèvre de l’harmonie, magicien des timbres, a développé dans ses divertissements et intermèdes pour l’opéra (nombreuses suites de danses), des séquences au souffle authentiquement symphonique.
Bruno Procopio analyse en particulier ce qui singularise l’orchestre de Rameau et lui convient le mieux, exprimant ce qui lui permet de suggérer comme nul autre la force des éléments, la puissance tragique du destin, des paysages à la fois épiques et psychologiques, fantastiques aussi (infernaux et surnaturels) qui font leur auteur un narrateur de premier plan et aussi un fils des Lumières…
procopio-bruno-maestro--neukomm-avril-2015-concert-orchestre-maestro-classiquenews-582-390C’est peut-être cet aspect particulier, universel et poétique, que Bruno Procopio entend servir demain,, avec les quelques 50 instrumentistes du JOR, Jeune Orchestre Rameau : étoffer le rang des violons et des violoncelles, sans sacrifier la virtuosité ni la clarté du chant ; vivifier les parties non moins éloquentes et exposées des vents et bois (flûtes, hautbois, surtout bassons…), l’approche s’annonce aussi fouillée que prometteuse. L’aventure relève d’un pari fou, sur le plan humain, artistique et aussi pédagogique. La première session de travail aura lieu du 25 au 31 octobre 2021 à MAZAN (Vaucluse), dans l’écrin de la salle appelée « La Boiserie » : les instrumentistes sélectionnés (jeunes professionnels et aussi musiciens d’orchestre souhaitant perfectionner leur maîtrise de la pratique baroque) suivront une formation intense, encadrés par plusieurs musiciens chevronnés, et sous la direction du chef Bruno Procopio, aborderont à 415Hz les pièces parmi les plus difficiles et exigeantes du répertoire dont des inédits de Rameau, sélectionnés et préparés par la musicologue spécialiste de Rameau, Sylvie Bouissou.

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REJOINDRE LE JOR en OCTOBRE 2021

TOUTES LES INFOS, programme, dépôt des candidatures
sur le site du JOR JEUNE ORCHESTRE RAMEAU
http://jeuneorchestrerameau.com/

APPEL à CANDIDATURE jusqu’au 2 juillet 2021

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ORCHESTRE

4 flûtes (traverso /piccolo)
4 hautbois
4 bassons
1 trompette
16 violons (8 premiers et 8 seconds)
6 altos (jouant les les parties de hautes-contre et tailles de violon)
11 violoncelles
1 contrebasses
2 clavecins
1 percussionniste

INSCRIVEZ VOUS ICI
http://jeuneorchestrerameau.com/orchestre/

FORMULAIRE D’INSCRIPTION
http://jeuneorchestrerameau.com/edition-2021-guerre-et-paix/inscriptions/

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Programme session octobre 2021
Guerre et Paix – Å“uvres jouées à Mazan 

 

 

 

Guerre, terreur des Peuples
Entrée des Combattants de différents peuples des plus rudes aux plus guillerets
Sommeil des guerriers
Orage
Reprise de violence
Apologie de la douceur et de l’amour
Réconciliation et gaité des Peuples
Gloire à la paix

Naïs, Ouverture
Dardanus, 1744, IV, Bruit de guerre
Castor et Pollux, II, 4, Marche pour les Spartiates, les Athlètes et les Combattants
Castor et Pollux, II, 5, Air pour deux Femmes et deux Athlètes
Castor et Pollux, II, 5, Premier et deuxième air pour une Spartiate
Castor et Pollux, I, 6, Combat
Hippolyte et Aricie, 1742, I, 4, Tonnerre (inédit)
Les Indes galantes, Le Truc généreux, 6, Air pour les Esclaves africains
Les Indes galantes, Prologue, Air pour deux Polonais
Dardanus, III, 3, Entrée pour les Guerriers
Dardanus, I, 3, Rigaudons pour les Guerriers
Dardanus, 1739, Air pour les Guerriers et les Phrygiens
Les Sybarites, L’Amour amène Mars (inédit)
Les Sybarites, Air pour les Gladiateurs
Les Indes galantes, Les Sauvages, Chaconne pour tous les Peuples
Dardanus, 1739, IV, 2, Sommeil de Dardanus
Les Surprises de l’amour, Anacréon, Sommeil d’Anacréon
Platée, 1745, I, Orage

PAUSE

Les Boréades, III-IV, Suite des Vents
Le Temple de la Gloire, Aire tendre pour les Muses
Les Sauvages, danse du calumet de la paix
Les Boréades, IV, 4, Entrée de Polymnie
Les Boréades, IV, 4, Gavottes
Les Boréades, IV, rigaudons pour les Heures et les Zéphyrs
Dardanus, 1739, III, 4, Air en rondeau (sur l’incipit Paix favorable)
Dardanus, 1739, III, 4, Tambourins
Platée, I, 6, Tambourins
Platée, I, 6, Passepieds
Le Turc généreux, Rigaudons pour les Matelots et Matelotes
Le Turc généreux, Tambourins pour les Matelots et Matelotes
Dardanus, 1744, Chaconne
Naïs, Air de triomphe

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LIRE aussi notre ENTRETIEN AVEC BRUNO PROCOPIO
procopio-bruno-maestro-chef-d-orchestreNOUVEL ORCHESTRE BAROQUE : le JOR Jeune Orchestre Rameau. A l’initiative du chef et claveciniste BRUNO PROCOPIO, le JOR Jeune Orchestre Rameau en mai 2021, affiche clairement son ambition : jouer Rameau en grand effectif (50 instrumentistes) sur instruments d’époque. Pour cela, une semaine de formation et d’interprétation dédiée est proposée à MAZAN (Vaucluse) : tous les profils instrumentistes désireux de se perfectionner, avec d’autant plus d’acuité que l’écriture de Rameau est la plus difficile, sont invités à adresser leur candidature (jusqu’au 2 juillet 2021) pour une expérience musicale, humaine, artistique et musicologique désormais unique en Europe, s’agissant de la musique Baroque Française du XVIIIè. Bruno Procopio explique le JOR, enjeux, objectifs, calendrier… ENTRETIEN EXCLUSIF
http://www.classiquenews.com/nouvel-orchestre-baroque-le-jor-jeune-orchestre-rameau-entretien-avec-bruno-procopio/

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LIRE aussi notre annonce JOR, un nouvel orchestre pour RAMEAU
http://www.classiquenews.com/nouvel-orchestre-bruno-procopio-cree-le-jor-jeune-orchestre-rameau/

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LIRE aussi notre critique du cd RAMEAU in CARACAS (2012)
Rameai in Caracas, Bruno ProcopioCD. Rameau in Caracas (Bruno Procopio et The Simon Bolivar Symphony orchestra of Venezuela, 2012) … Défi magistral réussi pour jeune chef audacieux ! Ce nouveau cd Paraty adoube très officiellement le tempérament du claveciniste Bruno Procopio comme chef d’orchestre. Poursuivant une nouvelle et déjà riche collaboration avec les musiciens vénézuéliens de l’Orchestre Simon Bolivar (la phalange qui hier accompagnait et permettait aussi l’essor du jeune Gustavo Dudamel), Bruno Procopio ne montre pas seulement sa lumineuse sensibilité et sa versatilité contagieuse chez Rameau, il confirme l’ampleur et la sûreté de son approche, n’hésitant pas ici à aborder le compositeur baroque sur… instruments modernes, de surcroît avec des instrumentistes qui Outre-Atlantique n’ont que très peu été confrontés à la rhétorique et l’éloquence du XVIIIè français. C’est donc pour eux un vrai défi instrumental lié à une découverte de répertoire.

http://www.classiquenews.com/cd-bruno-procopio-rameau-in-caracas/

 

 

 

 

 

 

Livres, critique. Sylvie Bouissou : Jean Philippe Rameau (Fayard)

Rameau_jean-philippe-rameau-biogaphie-fayard-sylvie-bouissoucouv-JP-RameauLivres, grande critique. Sylvie Bouissou : Jean Philippe Rameau (Fayard)… Nous l’attendions avec impatience, d’autant plus pour l’année Rameau 2014, celle des 250 ans de la mort. Fayard avait déjà édité le dictionnaire Rameau de Philippe Beaussant, « Rameau de A à Z », lequel commençait à dater : 400 pages, mai 1983, publication pour les 300 ans de la naissance). Le nouveau volume complet et très documenté : plus de 1000 pages, – Fayard oblige-, répare donc une absence criante : il manquait de facto une biographie de référence sur Jean-Philippe Rameau (1683-1764). La voici signée Sylvie Bouissou. En couverture, le buste en terre cuite de Rameau, génie du baroque français tardif par «  Jean-Jacques » (… Caffieri et non Rousseau).  Tous les aspects et visages de Rameau le Grand sont ici passés au crible, détroussant pour les atténuer à leur juste vérité, les calomnies jalouses ; soulignant par les témoignages des admirateurs l’absolue grandeur d’un homme des Lumières qui n’eut de cesse de concevoir la musique comme un laboratoire permanent, la vitrine de ses propres idées visionnaires sur la musique et son organisation théorique, ses effets émotionnels. L’enfance et la formation, les charges d’organiste dans plusieurs cathédrales de province, les premières oeuvres comme compositeur (musique sacrée dont les Motets, avec et sans chÅ“ur) mais aussi la musique de chambre et les pièces pour clavecin (les Trois Suites) les cantates, … autant d’avatars et de premiers épisodes qui préparent à l’éclosion du génie lyrique en 1733, à 50 ans (!) avec son premier opéra, d’une violence poétique inouïe Hippolyte et Aricie, véritable choc esthétique. En fait les partitions théâtrales sont déjà nombreuses avant Hippolyte car Rameau compose pour les tréteaux de la Foire (collaboration avec Piron, 1723-1734), et il sait aussi s’attirer la faveurs de riches mécènes ayant plus ou moins pressenti l’ampleur du génie à l’œuvre : «  Du prince de Carignan à Alexandre Le Riche de La Pouplinière.


Une grande partie du texte biographique se consacre à l’activité du Rameau « opérateur » à Paris (1733-1744),
la collaboration avec Voltaire (malheureusement sans grands aboutissements concrets malgré des amorces prometteuses) ; déjà la pensée analytique et synthétique de Rameau se précise et se distingue parmi ses contemporains comme en témoigne le traité de dramaturgie des Indes Galantes (composé avec Fuzelier)… les grandes tragédies lyriques sont une à une minutieusement présentées, analysées, commentées : Castor et Pollux (où pointe l’influence de la franc-maçonnerie) ; Dardanus présenté en « naufrage » (à cause de son livret que Rameau reprendra lui-même);… l’auteure sait aussi consacrer un grand chapitre aux Fêtes d’Hébé, sommet du genre ballet ; mais aussi les ouvrages composés pour Versailles et le mariage du Dauphin (La Princesse de Navarre sur le livret de Voltaire, et évidemment l’inclassable Platée de 1745 et son délire envahissant, incarné par la Folie…). L’intérêt revient aux parties dévolues à la notion de crise artistique et compositionnelle, celle des années 1750 : qui touche toutes les oeuvres autour de ce cap chronologique, et qu’annonce la singularité de Naïs, « opéra pour la paix »… comme Zaïs (1748), Zoroastre (1749), Pygmalion… remous et tiraillements esthétiques qu’exacerbe la fameuse Querelle des Bouffons de 1752, confirmant dans le goût du public la place des Italiens et leur verve comique.

rameau jean_philippeParmi les révélations précieuses : l’activité du pédagogue (avec la liste de ses élèves connus !) et les dernières œuvres (« cabale, remaniements et défaveur ») qui portent le destin et le sens du genre tragique monarchique en ses dernières heures (Les Boréades, le dernier opéra laissé en 1764 à la mort imprévue de l’auteur)… Les derniers chapitres éclaircissent les principes du théoricien et démêlent les étapes de sa querelle longuement orchestrées avec les Encyclopédistes, lesquels rangés du côté de Rousseau, l’infatigable querelleur et polémiste, ont nourri le procès Rameau. En complément, l’auteure ajoute de nombreux documents très bénéfiques : synopsis chronologique des oeuvres de Rameau, des parodies des oeuvres dramatiques de Rameau. Lecture incontournable pour l’année des 250 ans. Rameau méritait bien après l’ouvrage de Beaussant, une texte exhaustif, défendant l’homme, le théoricien, le compositeur, l’immense poète du cœur humain. Les détracteurs sont toujours aussi tenaces, présentant un musicien intellectuel et abstrait, sophistiqué et artificiel : ils font à travers Rameau, le procès idéologique de l’opéra royal et de la machinerie tragique (cf les ouvrages de Catherine Kintzler qui n’a cessé de démonter et déprécier la valeur du théâtre ramélien). C’est oublier la vérité et la justesse d’une œuvre musicalement flamboyante et souvent inouïe dont la criante et profonde poésie exprime le mystère du sentiment, les vertiges délirants des passions humaines, inscrits dans le cycle des saisons et de la nature enchanteresse. Démonstration enfin réalisée ici.

CLIC_macaron_2014Rameau dévoilé, révélé… L’intérêt du texte est de reprendre nombre d’éléments et apports diversement disséminés au gré des recherches les plus récentes. L’une des surprises les plus déconcertantes reste que Sylvie Bouissou a découvert que Rameau était l’auteur de la mélodie « Frère Jacques » ! Rien de moins… Parmi les chapitres les plus passionnants, remarquablement documentés : l’activité de Rameau avant l’opéra, c’est à dire ses années de galère comme organiste dans diverses paroisses de France et de Navarre ; son Å“uvre de pédagogue… ; la lutte du compositeur génial dans son temps qui même s’il fut  estimé, reconnu, généreusement remercié par Louis XV à Versailles, n’en suscita pas moins nombre de jalousies organisées dont surtout celle des scientifiques avec en tête Diderot et D’Alembert – le premier écorchant ad vitam notre compositeur en penseur délirant caractériel dans sa pièce « Le neveu de Rameau », sans omettre l’infatigable Rousseau, le pire des détracteur qui s’entendait en musique inversement à son réel talent comme polémiste affûté. Les joutes littéraires que Rameau n’a cessé de nourrir sa vie durant et jusqu’à un âge avancé, en disent long sur le climat de l’époque, la difficulté de se maintenir dans les sphères musicales et politiques, la dureté des avis rapidement tranchés et expéditifs, la difficulté de faire reconnaître objectivement son génie…

Même Collé, l’unique librettiste du ballet Daphnis et Églé, pourtant admiratif quant au talent du Rameau compositeur, ne cessa lui aussi de détruire ses ballets et opéras jusqu’en 1764… au point d’affirmer toujours haut et fort combien Rameau répétait, ressassait, était usé… Les Boréades composé à 80 ans, montrent l’inverse : un pur génie juvénile et vert, d’une audace inouïe rappelant l’autre miracle musical qu’est le Falstaff de Verdi, lui aussi composé à l’extrémité d’une vie tout aussi longue et remplie, laborieuse et … révolutionnaire. Là encore, sur ce chapitre, le texte éclaire le bénéfice miraculeux que permet Les Boréades.

L’auteure de la passionnante biographie dévoile enfin Rameau sur ses années officielles à Versailles, collaborant surtout avec Cahusac, librettiste pareillement exigent dont l’entente exceptionnelle – et « fusionnelle », aura permis de mûrir une ambition partagée pour réformer tous les genres théâtraux et lyriques ! Car le visage du Rameau que nous aimons tant se précise enfin : révolutionnaire et atypique voire anticonformiste, surtout brillamment inventif et même visionnaire, ayant ce souci inégalé à son époque pour le « timbre ». De ce fait, les passerelles vers Berlioz, et jusqu’à Debussy sont clairement (et légitimement) argumentées.

rameau portraitVoici Rameau le grand, l’indispensable, l’irremplaçable, l’inestimable saisi comme on ne l’imaginait plus, en un texte vibrant et défenseur, le meilleur hommage écrit en français, complété, structuré… jamais mieux élaboré sur ces 10 dernières années : ses opéras, comédies et ballets les plus décisives pour l’évolution des genres : dont Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Dardanus (véritable naufrage : sur le plan de son livret et de la construction dramatique mais musicalement exceptionnel), ou encore Platée et Les Boréades, sans omettre Les Indes Galantes, Les Fêtes d’Hébé et Les Paladins… renseignent enfin dans leur genèse et réécritures successives, l’ambition et le génie de Rameau. Même les opéras censurés et oubliés depuis (en vérité recyclés ensuite dans les ouvrages dramatiques postérieurs), comme Samson (écrit avec Voltaire) ou Linus (vrai mystère au sein de l’opera omnia) sont minutieusement analysés. Le lecteur comprend combien Rameau fut une expérimentateur insatisfait, un chercheur permanent, un penseur et théoricien unique dans l’histoire de la musique, – au point de défendre à ses dernières heures, que la musique était un modèle pour toutes les autres disciplines scientifiques…  Ambition fulgurante illimitée d’un auteur, soucieux de défendre la primauté de son art, comme l’ont fait les peintres et les poètes, les théâtraux aussi avant lui. En Rameau, s’inscrit l’histoire bouleversante d’une ambition et d’un dépassement visionnaire au service de la musique.

Au fil des pages, le visage de Rameau s’adoucit, s’humanise ; il nous touche car en plus du démiurge radical, il fut aussi un homme de cÅ“ur et de conviction, n’hésitant pas à représenter sur la scène, des sujets interdits jusque là, à dénoncer sous couvert de divertissement et d’enchantements (réels), – proche de Voltaire et encouragé par le binôme composé avec Cahusac-, la part la plus répugnante et méprisable de l’humanité. Un humaniste engagé, subtilement anticonformiste… Texte essentiel et magistral, d’autant plus opportun en cette année de célébration.

Sylvie Bouissou : Jean-Philippe Rameau (Fayard). 1168 pages. Parution : 7 mai 2014.

Lire notre dossier Rameau 2014 ; notre sélection des opéras et productions à l’affiche pour l’année des 250 ans de la mort