CD, critique. SCHUMANN, Clara et Robert : Sonates. Margarita Höhenrieder, piano Pleyel (1 cd Solo Musica)

CD, critique. SCHUMANN, Clara et Robert : Sonates. Margarita Höhenrieder (1 cd Solo Musica). NĂ©e le 13 septembre 1819 , Clara Schumann, aurait donc eu en septembre 2019 : 200 ans. Rien de moins. VoilĂ  qui mĂ©rite un programme spĂ©cifique. Celui dĂ©fendu par la pianiste Margarita Höhenrieder suscite l’adhĂ©sion car il est risquĂ© (clavier d’époque) et rĂ©ussit la maĂźtrise de l’instrument en dĂ©pit de sa mĂ©canique trĂšs dĂ©licate et de la sonoritĂ© imprĂ©visible qui en dĂ©coule.
hohenrieder margarita schumann clara solo musica cd review cd critique classiquenews portrait de clara schumann MH-01De plus, Ă  l’heure de la paritĂ© proclamĂ©e, espĂ©rĂ©e, affirmĂ©e ; Ă  l’heure du mouvement #metoo et aussi de la fĂ©minisation tant attendue des mĂ©tiers du classique, dont Ă©videmment celui de « cheffes » d’orchestre donnant naissance dĂ©sormais au nouveau terme « maestra », il est temps de rĂ©interroger le gĂ©nie musical
 au fĂ©minin. Voici un programme Ă  point nommĂ© ; qui affirme le gĂ©nie d’une femme admirable, pianiste virtuose et plus cĂ©lĂšbre que son mari Robert ; et donc aussi compositrice : CLARA SCHUMANN (18919 – 1896).  Margarita Höhenrieder a le cran de choisir un instrument historique (Grand Pleyel datĂ© de 1850) dont le timbre et la longueur sonore (un peu courte, surtout dans les graves) redessinent l’architecture et les relief des partitions de Clara : la (seule) Sonate, piĂšce maĂźtresse (surtout par son mouvement premier), mais aussi ici ses Trois Romances opus 11, d’une trĂšs riche vie intĂ©rieure et toutes de climats et contrastes exacerbĂ©s, parfois tendus.
Ainsi, tout le tempĂ©rament Ă  la fois tendre et exaltĂ©, mais d’une ivresse digne de son compositeur de mari, s’écoule, respire, enfle ; en particulier dans l’ample premier mouvement de plus de 8 mn, qui restitue l’ardeur et la passion, la profondeur sourde et la gravitĂ© aussi (Rondo final), d’une compositrice romantique de premier plan.
Mises en dialogue avec les piĂšces de son Ă©pouse, les Ɠuvres de Robert font valoir par contraste et comparaison (inĂ©vitable), l’écriture plus serrĂ©e, parfois mieux construite que celle de Clara ; ce qui frappe immĂ©diatement c’est l’éloquence dramatique directe de Robert, trĂšs habile Ă  contraster (qu’il soit Eusebius ou Florestan), quand Clara s’enivre et rĂȘve, plus lyrique et d’une Ă©criture qui se plaĂźt Ă  la langueur voire Ă  la voluptĂ© Ă  la fois grave (lĂ  encore) et secrĂšte (quoique que la coupe syncopĂ©e, si vive de l’Andante des Trois Romances semble embrasĂ©e, exaltĂ©e au plus haut point). VoilĂ  qui anticipe clairement son favori et futur grand ami intime, son cadet Johannes Brahms (et probablement fou amoureux de la musicienne). Le jeu de la pianiste sait Ă©quilibrer les difficiles plans sonores, d’autant que la mĂ©canique du piano requis reste fragile, dĂ©livrant cette tension et cet Ă©clat parfois sec, propres aux instruments historiques. L’attention et le souci d’une certaine vie intĂ©rieure ; mais aussi le nerf et l’énergie conduisent du dĂ©but Ă  la fin l’approche de la pianiste, chez Clara comme chez Robert dont elle sait exprimer le feu qui dĂ©vore dĂšs le premier mouvement So rasch wie mögliech de la Sonate n°2, de braise et d’ardeur ciselĂ©e. Clara / Robert ont composĂ© un couple magistral. Ils affichent et dĂ©fendent tous deux, deux tempĂ©raments ardents et trempĂ©s, absolument captivants. Sans que Clara dans la confrontation des Ă©critures, n’en souffre d’aucune sorte. Bel engagement du jeu. Ce disque nous le dĂ©montre encore.

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CD, critique. SCHUMANN, Clara et Robert : Sonates. Margarita Höhenrieder (1 cd Solo Musica) – Enregistrement rĂ©alisĂ© en Suisse en janvier 2019