TannhÀuser de Wagner à Bayreuth 2021

FRANCE MUSIQUE, sam 14 aoĂ»t 2021, 20h. WAGNER : TANNHÄUSER (Bayreuth juil 2021). CrĂ©Ă© en 1845 Ă  Dresde, TannhĂ€user de Wagner reçoit un accueil glacial des parisiens en 1861. MalgrĂ© l’enthousiasme des artistes comme Baudelaire, le drame musical que propose Ă  nouveau Wagner Ă  Paris (aprĂšs l’échec du Vaisseau fantĂŽme) reste incompris. Scandaleux, l’opĂ©ra est retirĂ© de l’affiche aprĂšs 3 soirĂ©es seulement. Pourtant la partition poursuit les avancĂ©es de Lohengrin en matiĂšre d’action musicale continue ; Ă  part les 3 airs prĂ©cisĂ©ment fermĂ©s de TannhĂ€user, Elizabeth et Wolfram, tout s’enchaĂźne ici avec un sens gĂ©nial du drame grĂące au flux orchestral dont la rĂ©alisation des leitmotiv, Ă©claire la psychologie de chaque personnage, expose pourtant clairement les enjeux de chaque situation

Le sujet est emblĂ©matique de Wagner : l’artiste prophĂšte bien qu’incompris par ses contemporains, peut-il ĂȘtre sauvĂ© ? Il y a de la culpabilitĂ© dans le thĂ©Ăątre wagnĂ©rien et chaque hĂ©ros, maudit, ne peut ĂȘtre sauvĂ© s’il rencontre cet Autre qui comprenant et mesurant sa souffrance, le reconnaĂźt aussitĂŽt, l’aime, le sauve ; c’est toute la vertu (sainte) de la compassion,
 celle qu’éprouve Tristan et Isolde l’un pour l’autre ; celle que ressent Parsifal Ă  l’endroit d’Amfortas


Fatigué des plaisirs, le chevalier TannhÀuser
renonce au charnel, s’engage pour la vĂ©ritĂ© de l’art
mais jugé par la morale bourgeoise doit mériter le salut de son ùme


HEROS MAUDIT EN QUÊTE DE SALUT


waterhouse wagner lohengrin TannhĂ€userAdepte de l’amour sensuel voire orgiaque (la Bacchanale qui ouvre l’opĂ©ra), le chevalier-chanteur TannhĂ€user (en vĂ©ritĂ© Wagner lui-mĂȘme) se sĂ©pare de VĂ©nus pour recouvrer sa libertĂ© et se connaĂźtre lui-mĂȘme. Il renoue avec ses compagnons et retrouve l’amour d’Elizabeth, fille du Landgrave. Pour obtenir la main de celle (qui l’aime), TannhĂ€user compose un hymne Ă  l’amour dont la lascivitĂ© et la violence passionnelle scandalisent l’audience (comme les spectateurs parisiens). Trop de passion, trop d’impudique extase ainsi dĂ©voilĂ©e. La morale bourgeoise rĂ©prouve ce qui la ronge et qui doit donc ĂȘtre tenu cachĂ©. Pourtant TannhĂ€user devait nĂ©cessairement vivre l’amour charnel et profane pour mieux le chanter
 On ne peut donc reprocher au hĂ©ros son Ă©loquente sincĂ©ritĂ© et c’est tout le message de vĂ©ritĂ© qu’exprime Elizabeth Ă  l’adresse de tous ceux qui jugent TannhĂ€user aprĂšs avoir concouru.

Wagner entend trouver la paix intĂ©rieure en obtenant le salut de son hĂ©ros ; s’il veut obtenir le pardon, TannhĂ€user devra faire le pĂšlerinage Ă  Rome et se faire absoudre par le Pape : c’est toute la tension de l’acte III et le miracle final, quand le chevalier qui se croit perdu et damnĂ©, croise les pĂšlerins en marche (leur thĂšme fait d’ailleurs toute la magie de l’ouverture)
 Illustration : JW Waterhouse (DR).

FRANCE MUSIQUE, sam 14 août 2021, 20h
Opéra donné le 27 juillet 2021 au Théùtre du Festival de Bayreuth
dans le cadre du Festival de Bayreuth.

TannhÀuser
Richard Wagner, compositeur et librettiste

Opéra en trois actes sur un livret du compositeur créé le 19 octobre 1845 au Königlich SÀchsisches Hoftheater de Dresde.

GĂŒnther Groissböck, basse, Hermann, Landgrave de Thuringe
Stephen Gould, ténor, TannhÀuser
Markus Eiche, baryton, Wolfram von Eschenbach
Magnus Vigilius, ténor, Walther von der Vogelweide
Ólafur Kjartan Sigurarson, basse, Biterolf
Jorge Rodríguez-Norton, ténor, Heinrich der Schreiber
Wilhelm Schwinghammer, basse, Reinmar von Zweter

Lise Davidsen, soprano, Elisabeth, niĂšce d’Hermann
Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano, VĂ©nus
Katharina Konradi, soprano, Un jeune berger

Le Gateau Chocolat, baryton
Manni Laudenbach, acteur, Oskar

Choeur & orchestre du Festival de Bayreuth
Alex Kober, direction

Livres. Alain Galliari : Richard Wagner ou le Salut corrompu (Le Passeur Ă©diteur)

Livres. Alain Galliari : Richard Wagner ou le Salut corrompu (Le Passeur Ă©diteur)   …   Voici le texte d’un sceptique que la musique de Wagner ennuie (lire  Ă  ce titre l’avant-propos). Pourtant, le sujet de sa rĂ©flexion dĂ©voile tout ce que le thĂ©Ăątre wagnĂ©rien peut susciter de dĂ©bats et de polĂ©miques fĂ©conds. Loin d’assĂ©cher la perception du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien, c’est un nouveau texte qui relance et Ă©claire sa profonde richesse sĂ©mantique.
En dehors de la foi chrĂ©tienne, le hĂ©ros wagnĂ©rien, et Wagner lui-mĂȘme-, exprime une quĂȘte irrĂ©pressible de salut… Mais de quel salut s’agit-il ? Telle est la question centrale posĂ©e par cet essai des plus intĂ©ressants.

Livre événement

Wagner ou le Salut corrompu

de Alain Galliari (Le Passeur Ă©diteur)

En brossant le portrait de chacun des hĂ©ros lyriques conçus par Wagner, du Holandais maudit (Le Vaisseau fantĂŽme, 1841) Ă  Parsifal (1879), l’auteur interroge cette recherche clĂ© qui est au centre de la question thĂ©Ăątrale wagnĂ©rienne : la place du hĂ©ros / le rĂŽle de l’artiste.

Le Salut wagnĂ©rien en question …

Wagner ou le Salut corrompu d'Alain GalliariEn s’appuyant sur les mots prĂ©cis et les formulations contenues dans les livrets de Wagner, Ă©crits par le compositeur poĂšte, le texte analyse comment l’anticlĂ©ricalisme premier de Wagner, conduit le compositeur Ă  concevoir une nouvelle scĂšne lyrique oĂč le hĂ©ros devenu sauveur et roi-prĂštre (cumulant toutes ses fonctions dans Parsifal) prend jusqu’Ă  la place de l’Elu, du Messie lui-mĂȘme.
En complĂ©tant aussi sont texte par les Ă©clairages de Claudel ou de Nietzsche (tous deux d’abord enthousiastes puis sceptiques quant au message wagnĂ©rien : « Wagner n’a mĂ©ditĂ© aucun problĂšme plus intensĂ©ment que celui du Salut. » prĂ©cisait Nietzsche), l’auteur Ă©largit encore sa propre comprĂ©hension du salut wagnĂ©rien, un salut ambigu, ambivalent, ” corrompu ” comme l’envisage le titre de cet essai. En dĂ©pit des apparences, ce salut n’a rien de chrĂ©tien ni de mystique : il affirme le retour d’un ordre pour prendre la place de Dieu lui-mĂȘme. Vision blasphĂ©matoire et purement Ă©gocentrique que porte un dĂ©sir essentiellement personnel … Qu’on adhĂšre ou pas Ă  cette relecture subjective, le sujet mĂ©rite amplement d’ĂȘtre dĂ©battu en cette annĂ©e du bicentenaire Wagner 2013.

Au total, l’auteur traverse sous cet angle thĂ©matique la plupart des grands livrets de Wagner : TannhĂ€user, Tristan et Le Vaisseau FantĂŽme, Lohengrin et Ă©videmment Parsifal. Il y manque Rienzi et surtout l’argument dĂ©fendu dans le Ring … peut-ĂȘtre le sujet de prochains chapitres complĂ©mentaires ? HabitĂ© par cette question centrale relevant de son identitĂ© et de sa vocation, Wagner pourtant ” sauvĂ© ” grĂące Ă  sa double rencontre au mĂȘme moment (1864) avec Cosima et Louis II de BaviĂšre, poursuit cette interrogation qui inspire ses pages les plus convaincantes … y compris dans les derniĂšres pages composĂ©es pour le Ring et donc Parsifal. Cette obsession du salut est d’autant plus mĂ©ritante qu’il tend Ă  sublimer son thĂ©Ăątre par une question Ă©minemment morale, le conduisant vers une poĂ©tique universelle qui intĂ©resse la raison d’ĂȘtre de tout individu. Il est donc tout Ă  fait pertinent de poser ainsi la question et de lui consacrer un essai, d’autant plus captivant qu’il est ici trĂšs argumentĂ©.

Incidemment, telle une double lecture entre les lignes, c’est aussi l’interrogation du musicien sur son Ă©tat et son statut d’artiste qui se prĂ©cise peu Ă  peu. Le poĂšte crĂ©ateur et dĂ©miurge face Ă  la sociĂ©tĂ© des hommes, face Ă  son propre destin … dommage que l’auteur n’ait pas franchi clairement le pas et inscrit l’ambition personnelle de Wagner dans cette quĂȘte continĂ»ment formulĂ©e dans chacun de ses ouvrages. Le salut dont il s’agit, serait alors non de nature spirituelle et dĂ©sintĂ©ressĂ©e mais – plutĂŽt qu’esthĂ©tique-, prĂ©cisĂ©ment et matĂ©riellement narcissique. Wagner avait un orgueil dĂ©multipliĂ©, et une claire conscience de sa mission salvatrice vis Ă  vis de l’histoire de l’art germanique. On ne s’Ă©tonne plus dĂšs lors que le salut dont il est question l’intĂ©resse au premier plan, en lui accordant la premiĂšre place.

Alain Galliari : Richard Wagner ou le Salut corrompu. Essai. Date de parution : 5 septembre 2013. Livre papier : 16,90 € (130×200 mm, 160 pages). Livre numĂ©rique : 6,99 €. Editions Le Passeur. ISBN : 978-2-36890-040-6