Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 9 août 2016. Offenbach : La Périchole. Trottiez, Desbordes.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 9 août 2016. Offenbach : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Sarah Laulan, La Périchole, Pierre Emmanuel Roubet, Piquillo, Christophe Lacassagne, Vice roi du Pérou … Choeur et orchestre Opéra Eclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Jean Michel Angays, costumes, Elsa Bélenguier, décors. Lors de l’édition 2015 du festival de Saint Céré, nous avions salué la nouvelle production de La Périchole de Jacques Offenbach (1819-1880) présentée par le tandem Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, en émettant cependant des réserves sur la mise en scène. La Périchole revient dans le cadre de l’édition 2016 avec des changements de distribution, (notamment pour les trois rôles principaux), et de chef d’orchestre.

Succès mérité pour La Périchole

Si en 2015, la mise en scène à quatre mains d’Olivier Desbordes et Benjamin Moreau nous avait paru quelque peu laissée dubitative, la reprise 2016 déborde de vie, de dynamisme, d’entrain entraînant le public dans un divertissant tourbillon de fous rires. L’esprit de troupe, si cher à Desbordes, s’impose et donne la part belle à une saine émulation, chaque chanteur donnant et recevant des autres, s’imprégnant ainsi de la joie de vivre de chaque personnage.

 

 

 

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Autant le couple formé par Héloïse Mas et Marc Larcher, nous avait séduit en 2015, autant celui formé par Sarah Laulan et Pierre Emmanuel Roubet explose littéralement dès sa première entrée. Ils sortent ainsi du carcan parfois étouffant des conventions sociales dont Desbordes et Moreau se moquent avec talent. Laulan est une Périchole libérée, exaspérée parfois, provocatrice souvent, n’hésitant pas à faire tourner en bourrique Don Andrès (le vice roi) ou à jouer sur la jalousie maladive de Piquillo qui tombe, comme Don Andrès dans tous les pièges tendus à son amour. La voix d’alto de la jeune femme séduit; elle accapare le rôle de Périchole avec délices et chante chaque air en faisant passer son personnage par des sentiments contradictoires sans jamais surjouer ni se perdre dans d’inutiles dédales expressifs. Quant à Pierre Emmanuel Roubet, son Piquillo certes amoureux mais peu sûr de lui, le pousse à une jalousie maladive tant il a peur de perdre la femme tant aimée; la voix ne manque pas d’atouts pour donner à Piquillo un relief qui manquait parfois à Marc Larcher en 2015.
Mais le changement le plus important et le plus spectaculaire est celui concernant Don Andrès de Ribeira, vice roi du Pérou; si Philippe Ermelier nous avait séduit en 2015, Christophe Lacassagne déboule sur le plateau, boule d’énergie incandescente emportant tout sur son passage; l’homme est un comédien-chanteur comme on les aime à Saint Céré. Rappeur jusqu’au bout des ongles, il en adopte l’attitude dès les couplets de l’incognito où il singe avec un talent inégalable tics et attitudes des représentants du genre musical; il n’y a aucune lourdeur, aucun excès dans son interprétation de Don Andrès de Ribeira. Le tandem Yassine Benameur / Eric Vignau (Don Miguel de Panatellas / Don Pedro de Hinoyosa) fonctionne à merveille et les deux complices ne forcent jamais le trait quant à l’interprétation scénique et vocale de leurs personnages respectifs. Sarah Lazerges, Flore Boixel, Dalila Kathir sont de sympathiques cousines et campent des dames d’honneur décapantes.

Jusqu’en 2015, les représentations des opérettes et opéras bouffes étaient données à la halle des sports et l’orchestre était au même niveau que les chanteurs. Au théâtre de l’usine, livré début 2016, les musiciens ont investi sur une sorte de terrasse dominant la scène. Si l’installation peut étonner, elle fonctionne pas mal et Dominique Trottein qui dirige l’orchestre d’Opéra Eclaté, s’en donne à cœur joie avec une musique qui l’inspire visiblement beaucoup. Aussi survolté que ses chanteurs, le chef dirige avec brio et fermeté une œuvre qu’il connaît sur le bout des doigts; il entre aussi dans le jeu des dames d’honneur, lorsque après l’entracte, il trouve l’une d’entre elles sur la terrasse de l’orchestre prête à diriger les musiciens hilares. Trottein alpague celles restées sur scène donnant le change avec talent sans pour autant oublier la musique.

Cette reprise de La Périchole est d’autant plus réussie qu’elle réunit un plateau vocal soudé, plein de vie, donnant le meilleur à un public conquis et très enthousiaste visiblement peu pressé de partir tant il rappelle chanteurs et metteurs en scène au moment des saluts.

 

 

Compte rendu, opéra. Festival de Saint-Céré 2016. Théâtre de l’usine, le 9 août 2016. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Sarah Laulan, La Périchole, Pierre Emmanuel Roubet, Piquillo, Christophe Lacassagne, Don Andrès de Ribeira Vice roi du Pérou, Eric Vignau, Don Pedro de Hinoyosa, Yassine Benameur, Don Miguel de Panatellas, Sarah Lazerges/FloreBoixel/Dalila Kathir, cousines/dames d’honneur, Antoine Baillet Devallez, Tarapote, Choeur et orchestre Opéra Eclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Jean Michel Angays, costumes, Elsa Bélenguier, décors.