CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015

martinon jean the late years 1968-1975 reviex presentation account of comptre rendu critique classiquenews cd coffret 14 cd erato warnerclassics2564615497CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015. Erato Ă©dite les archives lĂ©gendaires contenant le testament artistique du chef Jean Martinon (1910-1976), baguette gĂ©nialement dĂ©taillĂ©e et d’une transparence idĂ©ale qui a fait vibrer et palpiter comme peu avant lui, les joyaux du symphonisme français, ceux signĂ©s Albert Roussel en particulier (le chef qui Ă©tait aussi compositeur a Ă©tudiĂ© la composition avec Roussel justement, d’oĂą sa profonde admiration / connaissance de l’Ă©criture rousselienne). Directeur musical du National de France de 1969 Ă  1973, Martinon enregistre plusieurs sommets orchestraux qui aujourd’hui rĂ©vèlent l’acuitĂ© incandescente de son geste… D’ailleurs les 3 premiers cd abordent ballets et Symphonies de Roussel, transfigurĂ©s par une direction exemplaire en tout point. Un accomplissement rare qui demeure une rĂ©alisation mythique (et qui fait donc l’attrait particulier du coffret ERATO 2015).

A la tĂŞte de l’Ortf, le chef français rĂ©alise un cycle d’enregistrements miraculeux

Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz…

Jean Martinon, habité par la grâce

 

CLIC_macaron_2014La direction de Martinon profite de son activitĂ© de compositeur (comme un Boulez aussi) : trĂ©pidation rythmique, puissance Ă©motionnelle, souffle Ă©pique, d’une prĂ©cision analytique et surtout d’un intensitĂ© poĂ©tique qui porte l’ivresse et l’extase d’Ariane dans les bras du Bacchus danseur (6), vĂ©ritable agent de la transe et de la mĂ©tamorphose qui conduit l’amoureuse abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e Ă  sublimer son destin, de tragique, bientĂ´t miraculeusement sauvĂ©e. L’Ă©lève de Munch, Ă  qui l’Orchestre de Chicago propose la succession de Reiner, apporte Ă  Paris (il Ă©tait aussi violoniste), sa grande sensibilitĂ© et son expĂ©rience affĂ»tĂ©e des partitions.
Le rĂ©veil d’Ariane est un morceau d’anthologie de toute la littĂ©rature symphonique française, portĂ© par un Roussel au sommet de sa sensibilitĂ©. L’activitĂ© de l’orchestre, le dĂ©tail instrumental, le geste millimĂ©trĂ© et riche de mille nuances du chef français accrĂ©ditent a très haute valeur de ce coffret dans sa globalitĂ© : jamais la matière orchestrale ciselĂ©e avec autant de raffinement et de subtilitĂ© dramatique n’aura Ă  ce point exprimer l’incandescente progression de l’action : transformation de l’endormie en nouvelle âme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e grâce Ă  la magie de l’amour et d’une rencontre imprĂ©vue. Le 10 tire des larmes : baiser des deux amants ressuscitĂ©s oĂą le chant de l’orchestre atteint un sommet d’extase langoureuse oĂą règne surtout le geste filigranĂ© d’un maĂ®tre maestro. Ne serait-ce que pour son legs Roussel, sublimĂ© par une connaissance miraculeuse, le coffret mĂ©rite le meilleur accueil : un corpus Ă  Ă©couter d’urgence par tous les mĂ©lomanes. A la tĂŞte de l’orchestre national de l’ORTF, en 1969 (Bacchus et Ariane, Suites 1 et 2 enchaĂ®nĂ©es) puis en 1971 pour Le Festin de l’AraignĂ©e (autre splendeur absolue et de surcroĂ®t lecture du ballet intĂ©grale), Jean Martinon se montre d’une prodigieuse activitĂ©, dramatique et poĂ©tique d’une grâce irrĂ©sistible. L’ivresse et l’analyse opèrent une mĂŞme alchimie superlative pour les Symphonies 2 opus 23 et n°3 opus 42 avec le mĂŞme orchestre en 1969 et 1970 (cd2). Quand le cd3, offre le trop rare mais exceptionnel ballet Aeneas opus 54 sur le livret de Joseph Weterings, 13 Ă©pisodes d’une maturitĂ© poĂ©tique identique, (mĂŞme orchestre pilotĂ© en dĂ©cembre 1969 avec choeur) : caresse Ă©perdue des violoncelles, chambrisme scintillant des bois et des cuivres… Martinon produit une leçon de direction habitĂ©e, filigranĂ©e lĂ  encore oĂą le chant naturel des instruments exprime au plus juste le dĂ©voilement des sentiments secrets, l’activitĂ© de la psychĂ© qui tire les ficelles du destin d’EnĂ©e et de Didon.

Martinon jean erato the late years 1968 - 1975 Dukas, ROussel, Pierne, Berlioz PoulencAutre rĂ©vĂ©lation et sommet de l’interprĂ©tation des annĂ©es 1968 : la Symphonie en rĂ© de Franck (avec la national de l’Ortf toujours) dont Martinon dès le dĂ©but (lento) faire resplendir une sonoritĂ© lugubre et cosmique, pleine de mystère et de souffle Ă©pique, oĂą passe le grand frisson wagnĂ©rien : voilĂ  ce fameux wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ© spĂ©cifiquement par Franck et qui le diffuse avec cette Ă©lĂ©gance et cette pudeur tragique Ă  la fin du XIXè en France (la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck est crĂ©Ă©e en 1889). A Martinon qui fut aussi un grand MalhĂ©rien (comme Bernstein Ă  la suite de Walter), revient le mĂ©rite de nous faire entendre la gravitĂ© fantastique d’une partition dont il rĂ©tablit les justes proportions, et comme la vibration souterraine de sa gĂ©ographie tectonique, les dimensions chthoniennes, enfouies enfin rĂ©vĂ©lĂ©es, Ă  la fois colossales et intimes, d’une spiritualitĂ© qui se rĂ©vèle dans le second mouvement (allegretto, Ă  la fois andante et scherzo : fusion gĂ©niale) : Ă  travers des tempos ralentis, Ă©tirĂ©s mais suspendus et profonds… quelle comprĂ©hension supĂ©rieure, quel chatoiement orchestral. La baguette est acĂ©rĂ©e et vive, et tout autant brumeuse et Ă©nigmatique. Du très grand art. MĂŞme accomplissement pour la Symphonie en ut de Paul Dukas, autre Ă©blouissement sonore, profond et subtilement Ă©noncĂ© (1972). CrĂ©Ă© en 1897, Dukas prolonge les expĂ©riences dans le domaine de Saint-SaĂ«ns, Lalo, D’Indy, Franck, Chausson… C’est donc la lecture d’un jalon rĂ©capitulatif et comme synthĂ©tique de toute la tradition symphonique romantique française que rĂ©ussit Martinon.  Le maestro parvient malgrĂ© l’ampleur parfois colossal de l’effectif et de la matière sonore, Ă  prĂ©server toujours clartĂ©, transparence, jouant sur le voile irrĂ©mĂ©diablement dĂ©pressif des cordes. La rĂ©vĂ©lation vient aussi de l’ouverture Polyeucte que sa perfection structurelle et son souffle dramatique oriente vers la forme d’un poème symphonique de près de 16mn. ElĂ©gantissime et profond, Martinon fait surgir Ă  travers les influences du jeune Dukas (26 ans), celles de Wagner et de Franck, un tempĂ©rament hors du commun pour le dramatise vĂ©nĂ©neux, empoisonnĂ© par les brumes inquiĂ©tantes, plongeant dans une psychĂ© tourmentĂ©e et profondĂ©ment tragique. L’Ă©clat mordorĂ© noir voire solennel de Dukas d’un caractère mĂ©ditatif (l’harmonie des bassons doublĂ©e par le cor anglais) Ă©tend ses formidables vertiges suspendus repris aux cordes et aux cuivres. Le geste fluide, aux rĂ©sonances vĂ©nĂ©neuse affirme l’affinitĂ© manifeste du chef avec les derniers romantiques hexagonaux, prodigieux auteurs Ă  l’Ă©poque de Wagner et de Franck. Polyeucte dĂ©vorĂ© intĂ©rieurement entre son amour pour Pauline et sa foi de chrĂ©tien responsable, a tout du hĂ©ros embrasĂ© cornĂ©lien. Crispations ultimes, dĂ©chirements et dĂ©flagration du destin contraire, laissent enfin dans la dernière partie, le flux impĂ©tueux suspendu, rĂ©dempteur de la harpe, Ă  l’image de la Symphonie en rĂ© de Franck (1889, modèle absolu). La partition crĂ©Ă©e en 1892 est un chef d’oeuvre mĂ©connu que Martinon avait dĂ©jĂ  compris comme personne.

 

L’acuitĂ© du symphonisme romantique et postromantique de Martinon trouve ici d’autres jalons incontournables : La PĂ©ri du mĂŞme Dukas (1971), La tragĂ©die de SalomĂ© de Schmitt opus 50 (1972), une saisissante Fantastique de Berlioz suivie de son volet complĂ©mentaire et nĂ©cessaire LĂ©lio ou le retour Ă  la vie (1972 et 1973), la Symphonie espagnole de Lalo opus 21 avec l’excellent Oistrakh (avec le Philharmonia Orchestra, Londres 1954). Autre must absolu. Les bĂ©nĂ©fices du coffret sont inestimables. Mais il y aurait tant d’autres splendeurs Ă  souligner dans ce coffret majeur : le Poème de Chausson avec Perlman (1970), la Symphonie avec orgue de Saint-SaĂ«ns (Marie-Claire Alain, 1970, comme celle de Franck d’un souffle hallucinant), Cydalise de PiernĂ© de 1970, et Pacific 231 d’Honegger (1971), Les Escales d’Ibert (1974), la Symphonie n°4 de Schumann (avec l’orchestre mondial des jeunesses musicales, 1975), le ballet intĂ©gral El sombrero de tres picos de Falla (live de 1972)…

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueVoilĂ  un nouveau coffret qui complète heureusement le coffret prĂ©cĂ©dent Ă©ditĂ© par Sony classical dĂ©diĂ© Ă  l’Ĺ“uvre de Martinon Ă  la tĂŞte du Chicago Symphony Orchestra (10 cd RCA, entre 1964 et 1969) soit juste avant les accomplissement Roussel avec l’Ortf. C’est peu dire que Martinon rĂ©alise Ă  Chicago une travail Ă©blouissant que son successeur Solti saura cultiver et faire fructifier… De l’un Ă  l’autre, s’affirme une mĂŞme direction ciselĂ©e, d’une profondeur et d’une subtilitĂ© qui laissent sans voix. Jean Martinon est bien un immense chef français Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

CLIC D'OR macaron 200CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. Collection ICON. CLIC de classiquenews de septembre 2015

CD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969)

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueCD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Le coffret Sony classical regroupe quelques unes de perles inestimables du Martinon amĂ©ricain alors au sommet de sa vibrante sensibilitĂ© orchestrale, comprenant la fin de son engagement Ă  la direction musicale du Chicago Symphony Orchestra soit 10 albums, Ă©ditĂ©s dans leurs pochettes et prĂ©sentations recto / verso d’origine, entre 1964 et 1969 (avec toutes les notices originelles). Le chef qui devait ensuite (1969 Ă  1973) se dĂ©dier au National de France, laisse ici une empreinte forte de son hĂ©ritage symphonique. A ceux qui pensent que son activitĂ© Ă  Chicago ne fut qu’un passage, l’Ă©coute des bandes tĂ©moignent d’une finesse d’approche irrĂ©sistible, Martinon opĂ©rant par clartĂ©, mesure, Ă©quilibre, transparence, rĂ©ussissant dès le premier album (Ravel et Roussel, les piliers de son rĂ©pertoire) une plĂ©nitude de son et une profondeur dans l’approche, idĂ©ales. La suite n°2 de Bacchus et Ariane saisit par sa langueur Ă©lĂ©gantissime, aux rĂ©sonances de l’ombre, une lecture introspective d’une infinie poĂ©sie qui fouille jusqu’Ă  la psychanalyse le dialogue du dieu et de son aimĂ©e enivrĂ©e….

 

 

 

Eteint en 1976, le Français Jean Martinon réalise une carrière mirifique qui passe par la direction du Chicago Symphony Orchestra

Miroitant symphonisme de Martinon

 

Martinon Jean 4CLIC_macaron_2014Trop courte approche qui prolonge ses excellentes gravures pour Philips de 1954 : fragilitĂ© palpitante, agogique murmurĂ©e, le chef semble Ă©tirer le temps et recrĂ©er l’oeuvre en creusant chaque mesure, lui apportant une rĂ©sonance Ă©nigmatique et spirituelle d’une incroyable puissance suggestive. Que ce chef a Ă  nous dire, laissant contradictoirement, la partition respirer par elle-mĂŞme, dĂ©voilant d’insondables richesses sonores, d’imprĂ©visibles failles mystĂ©rieuses qui alternent avec des frĂ©missements Ă©chevelĂ©s d’insectes conquĂ©rants… De l’ombre Ă  la transe, la traversĂ©e bouleverse par son intelligence, sa sensualitĂ©, sa prĂ©cision et sa dĂ©licatesse rythmique.Ce Roussel est l’enregistrement le plus ancien du legs Sony (il s’agit des archives RCA), remontant Ă  novembre 1964 (mais Martinon connaĂ®t son Roussel depuis au moins 10 ans dĂ©jĂ !). Le Ravel (Daphnis et ChloĂ©) dĂ©ploie une opulence flamboyante, exploitant toutes les ressources de l’orchestre en combinaisons sonores et instrumentales, en nuances millimĂ©trĂ©es. Du grand art.

 

CT  CTH ARTS CSOSymphoniste scintillant et dramatique, Martinon domine très largement aussi l’interprĂ©tation de Varèse (Arcana) et Frank Martin (Concerto pour 7 instruments Ă  vent, Chicago mars 1966) ; de mĂŞme Nielsen (et sa Symphonie n°4 “inextinguible”, octobre 1966), L’ArlĂ©sienne, Suites 1 et 2 (avril 1967) ; l’Ă©blouissant Mandarin merveilleux (Suite de concert, avril 1967) ; très intĂ©ressant, le programme du cd 6 qui regroupe la Symphonie n°4 de Martinon (Le jardin vertical : Adagio misterioso : un Ă©cho du christianisme sincère et hautement spirituel de l’auteur qui fut aussi un alpiniste assidu – la partition lui a Ă©tĂ© commandĂ©e pour les 75 ans de l’Orchestre de Chicago), et la n°7 en un mouvement (mais 8 sĂ©quences caractĂ©risĂ©es) de Peter Mennin (1923-1983), l’un des plus europĂ©ens des compositeurs amĂ©ricains (ses 9 symphonies sont composĂ©es avant 30 ans). Le cd 8 est un enchantement ravĂ©lien (Rapsodie espagnole et surtout, manifeste d’intelligence et de raffinement Ă©quilibrĂ©, Ma Mère l’Oye, Chicago, avril 1968). L’Ă©nergique et lumineuse Symphonie n°1 de Bizet (douĂ©e d’un tension ciselĂ©e aux cordes ce dès le premier mouvement) comme le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Mendelssohn respectivement enregistrĂ©s en avril 1968 et mai 1967, attestent de la maturitĂ© artistique de l’orchestre nĂ©e de sa complicitĂ© avec le chef Français. Ce legs de l’intĂ©grale enregistrĂ© Ă  Chicago montre le degrĂ© d’accomplissement et d’approfondissement artistique auquel un maestro hexagonal a su mener l’un des meilleurs orchestres amĂ©ricains : l’Ă©largissement du rĂ©pertoire, la culture de la musique de son temps, le retour rĂ©gulier tel un ressourcement salutaire, aux impressionnistes français dĂ©notent une claire conscience musicale qui savait jouer et penser la musique : ici se situe sa proximitĂ© avec Furtwängler qu’il apprĂ©cia etpu observer, plus que tout autre… Après Martinon, parfait continuateur de son prĂ©dĂ©cesseur Fritz Reiner, c’est Solti qui recueillera les fruits du Français menant la phalange jusqu’Ă  l’incandescence, au dĂ©but des annĂ©es 1970.

 

 

Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Parution annoncée le 16 mars 2015.

 

 

Compte-rendu: Tours,Jean-Yves Ossonce, OSRCT, le 12 janvier 2013

Compte rendu, concert Ă  Tours. Superbe programme de musique française oĂą Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours captivent dans la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck…

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Superbe programme de musique française pour dĂ©buter l’an neuf Ă  Tours: inspirĂ© et portĂ© par de prĂ©cĂ©dents accomplissements dĂ©diĂ©s aux Ĺ“uvres hexagonales, Jean-Yves Ossonce poursuit son exploration inspirĂ©e du symphonisme français. On lui connaĂ®t d’irrĂ©sistibles apports chez Magnard, mais aussi SĂ©verac ou Ropartz… ces derniers opportunĂ©ment enregistrĂ©s en studio (et tous unanimement cĂ©lĂ©brĂ©s pour leur indĂ©niable force convaincante). Ce soir, pour le plus grand plaisir des auditeurs, le chef et son orchestre jouent Roussel, Tomasi, surtout Franck dont avouons-le, la Symphonie en rĂ©, massif mythique du symphonisme français Ă  la fin du XIXè (1889) incarne pour nous cet Ă©lĂ©gance Ă©pique, ce souffle magistral et poĂ©tique, vraie alternative au wagnĂ©risme dominant.

Franckisme exaltant

La Suite en fa de Roussel (crĂ©Ă©e Ă  Boston en 1927 sous la direction de son commanditaire le chef Serge Koussevitzky) enchante par son allant rythmique, sa vitalitĂ© printanière dont les multiples raffinements de l’orchestration (admirables couleurs des vents très exposĂ©s et subtilement combinĂ©s) Ă©galent et Debussy et Ravel. L’Ă©clat et l’engagement dont font preuve les interprètes offrent une excellente entrĂ©e en matière dans un concert tripartite qui brille autant par sa diversitĂ© que sa profonde cohĂ©rence : les trois Ĺ“uvres du programmes se rĂ©pondent par leur fini instrumental comme le soin frappant apportĂ© Ă  leur construction dramatique.

Le Concerto pour trompette (1948) du Marseillais d’origine corse, Henri Tomasi (dĂ©cĂ©dĂ© en 1971),
chef-d’Ĺ“uvre absolu de finesse allusive laisse s’accomplir une nouvelle entente : celle du trompettiste Romain Leleu et des musiciens tourangeaux. Les qualitĂ©s de la partition sont surtout atmosphĂ©riques, avec point culminant de l’Ĺ“uvre, le nocturne central (Andantino), Ă  la fois grave, solennel, d’une subtilitĂ© bellinienne Ă©blouissante, serti de joyaux suggestifs et d’une pudeur secrète, et ce travail spĂ©cifique sur le timbre (sourdine ” Bol” Ă  la douceur enfantine primitive)); le soliste sait ainsi ciseler les registres poĂ©tiques alternĂ©s quand il passe d’un timbre l’autre grâce Ă  son instrument polymorphe dont il change avec maestriĂ  l’identitĂ© sonore, comme aussi avec la sourdine (dite “Robinson” au timbre feutrĂ©, finement cotonneux) dans le premier mouvement. L’accord soliste et chef est admirable, porteur d’un accomplissement sonore d’une rare vĂ©ritĂ©. Chef et instrumentiste savent exprimer chez Tomasi, les visions du poète wanderer, ses contours vaporeux, sa langue Ă©vanescente, fluide, somptueusement pudique. La musicalitĂ© du trompettiste, la direction suggestive du maestro Ă©blouissent.

Après la pause, voici la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck. A son Ă©poque, le monument fut incompris voire Ă©cartĂ© par le milieu parisien alors tendu par les aspirations germanophobes : trop dogmatique, trop allemande, trop wagnĂ©rienne… la Symphonie de Franck suscita nombre de critiques des compositeurs qui souhaitaient en vĂ©ritĂ© rĂ©gler leur compte avec celui qui Ă©tait jugĂ© comme un traĂ®tre par les tenants d’un nationalisme Ă©triquĂ©. De fait, en dehors des instrumentalisations inĂ©vitables liĂ©es au contexte, l’ouvrage est un chef d’Ĺ“uvre, un jalon essentiel dans l’histoire de la symphonique romantique Ă  la française.

Or si Franck emprunte certes aux ” Ă©trangers “: Beethoven pour le souci de la construction formelle; Liszt pour l’architecte d’abord sombre puis tournĂ©e de plus en plus vers la lumière ; Wagner certes pour ces audaces harmoniques et ce chromatisme souvent vĂ©nĂ©neux… l’Ă©loquence resserrĂ©e, cet idĂ©al d’Ă©quilibre, de mesure, de correspondance, cet art de la litote, du condensĂ© et du synthĂ©tique, demeurent rĂ©solument français comme le principe du motif cyclique dont les rĂ©itĂ©rations multiples et changeantes assurent l’extrĂŞme unitĂ© organique d’une partition parmi les mieux Ă©crites qui soient.

Dans ce parcours de dĂ©fis permanents, Jean-Yves Ossonce fait un florilège de superbes rĂ©solutions: le chef impose d’emblĂ©e une homogĂ©nĂ©itĂ© coulante et simple d’une admirable Ă©vidence, ce dès le dĂ©but. La lisibilitĂ©, la clartĂ© et l’Ă©quilibre soulignent une aisance manifeste qui soigne toujours l’Ă©loquence du geste… et prĂ©serve l’enchaĂ®nement des sections, leurs rĂ©ponses successives, l’allant du flux dramatique, le gĂ©nie de la totalitĂ© organique.

Le cĹ“ur de la symphonie demeure ici l’harmonie rayonnante des bois et des vents qui abordent chacune des reprises des motifs avec un goĂ»t sĂ»r : flĂ»te, hautbois (et cor anglais pour le second mouvement), clarinette auxquels il convient de souligner l’accent particulier du cor et de la harpe… L’ombre n’Ă©tant jamais absente dans une symphonie en clair obscur, le formidable paysage du second mouvement (et ses pizzicati des cordes accompagnant la harpe mystĂ©rieuse) s’Ă©lève tel une incantation au mystère, une porte vers les Ă©toiles, une antichambre dont le flux constellĂ© de scintillements des plus raffinĂ©s prĂ©pare au dĂ©voilement du 3ème mouvement: Franck n’y fait pas que rĂ©exposer les thèmes antĂ©rieurs du I et du II dĂ©jĂ  entendus: il les rĂ©assemble, les superpose en une nouvelle construction qui rĂ©sout toutes les tensions prĂ©alables. Ce jeu formel fait aussi entendre la rĂ©sonance des cimes ou les brumes flottantes d’une conscience dĂ©sormais en lĂ©vitation: graves profonds des contrebasses au diapason d’une harpe de mieux en mieux chantante, chef et musiciens font surgir le bruissement des Ă©lĂ©ments premiers, la vibration primordiale (Ă©cho des premiers accords du Ring?) d’une sorte de transe Ă©veillĂ©e, point culminant de la symphonie et qui exprime de la part de son auteur, une indĂ©niable pensĂ©e mystique. Sans dĂ©monstration vaine, au diapason d’une justesse intĂ©rieure qui s’accomplit peu Ă  peu, Jean-Yves Ossonce et son orchestre donnent lĂ  encore une leçon de symphonisme transparent, fin, intelligent. Superbe programme.

Tours. Grand Théâtre, le 12 janvier 2013. Roussel, Tomasi, Franck (Symphonie en ré). Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Illustration: Romain Leleu, Jean-Yves Ossonce © G.Proust 2013