CD, coffret événement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015

martinon jean the late years 1968-1975 reviex presentation account of comptre rendu critique classiquenews cd coffret 14 cd erato warnerclassics2564615497CD, coffret événement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015. Erato édite les archives légendaires contenant le testament artistique du chef Jean Martinon (1910-1976), baguette génialement détaillée et d’une transparence idéale qui a fait vibrer et palpiter comme peu avant lui, les joyaux du symphonisme français, ceux signés Albert Roussel en particulier (le chef qui était aussi compositeur a étudié la composition avec Roussel justement, d’où sa profonde admiration / connaissance de l’écriture rousselienne). Directeur musical du National de France de 1969 à 1973, Martinon enregistre plusieurs sommets orchestraux qui aujourd’hui révèlent l’acuité incandescente de son geste… D’ailleurs les 3 premiers cd abordent ballets et Symphonies de Roussel, transfigurés par une direction exemplaire en tout point. Un accomplissement rare qui demeure une réalisation mythique (et qui fait donc l’attrait particulier du coffret ERATO 2015).

A la tête de l’Ortf, le chef français réalise un cycle d’enregistrements miraculeux

Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz…

Jean Martinon, habité par la grâce

 

CLIC_macaron_2014La direction de Martinon profite de son activité de compositeur (comme un Boulez aussi) : trépidation rythmique, puissance émotionnelle, souffle épique, d’une précision analytique et surtout d’un intensité poétique qui porte l’ivresse et l’extase d’Ariane dans les bras du Bacchus danseur (6), véritable agent de la transe et de la métamorphose qui conduit l’amoureuse abandonnée par Thésée à sublimer son destin, de tragique, bientôt miraculeusement sauvée. L’élève de Munch, à qui l’Orchestre de Chicago propose la succession de Reiner, apporte à Paris (il était aussi violoniste), sa grande sensibilité et son expérience affûtée des partitions.
Le réveil d’Ariane est un morceau d’anthologie de toute la littérature symphonique française, porté par un Roussel au sommet de sa sensibilité. L’activité de l’orchestre, le détail instrumental, le geste millimétré et riche de mille nuances du chef français accréditent a très haute valeur de ce coffret dans sa globalité : jamais la matière orchestrale ciselée avec autant de raffinement et de subtilité dramatique n’aura à ce point exprimer l’incandescente progression de l’action : transformation de l’endormie en nouvelle âme régénérée grâce à la magie de l’amour et d’une rencontre imprévue. Le 10 tire des larmes : baiser des deux amants ressuscités où le chant de l’orchestre atteint un sommet d’extase langoureuse où règne surtout le geste filigrané d’un maître maestro. Ne serait-ce que pour son legs Roussel, sublimé par une connaissance miraculeuse, le coffret mérite le meilleur accueil : un corpus à écouter d’urgence par tous les mélomanes. A la tête de l’orchestre national de l’ORTF, en 1969 (Bacchus et Ariane, Suites 1 et 2 enchaînées) puis en 1971 pour Le Festin de l’Araignée (autre splendeur absolue et de surcroît lecture du ballet intégrale), Jean Martinon se montre d’une prodigieuse activité, dramatique et poétique d’une grâce irrésistible. L’ivresse et l’analyse opèrent une même alchimie superlative pour les Symphonies 2 opus 23 et n°3 opus 42 avec le même orchestre en 1969 et 1970 (cd2). Quand le cd3, offre le trop rare mais exceptionnel ballet Aeneas opus 54 sur le livret de Joseph Weterings, 13 épisodes d’une maturité poétique identique, (même orchestre piloté en décembre 1969 avec choeur) : caresse éperdue des violoncelles, chambrisme scintillant des bois et des cuivres… Martinon produit une leçon de direction habitée, filigranée là encore où le chant naturel des instruments exprime au plus juste le dévoilement des sentiments secrets, l’activité de la psyché qui tire les ficelles du destin d’Enée et de Didon.

Martinon jean erato the late years 1968 - 1975 Dukas, ROussel, Pierne, Berlioz PoulencAutre révélation et sommet de l’interprétation des années 1968 : la Symphonie en ré de Franck (avec la national de l’Ortf toujours) dont Martinon dès le début (lento) faire resplendir une sonorité lugubre et cosmique, pleine de mystère et de souffle épique, où passe le grand frisson wagnérien : voilà ce fameux wagnérisme réassimilé spécifiquement par Franck et qui le diffuse avec cette élégance et cette pudeur tragique à la fin du XIXè en France (la Symphonie en ré de César Franck est créée en 1889). A Martinon qui fut aussi un grand Malhérien (comme Bernstein à la suite de Walter), revient le mérite de nous faire entendre la gravité fantastique d’une partition dont il rétablit les justes proportions, et comme la vibration souterraine de sa géographie tectonique, les dimensions chthoniennes, enfouies enfin révélées, à la fois colossales et intimes, d’une spiritualité qui se révèle dans le second mouvement (allegretto, à la fois andante et scherzo : fusion géniale) : à travers des tempos ralentis, étirés mais suspendus et profonds… quelle compréhension supérieure, quel chatoiement orchestral. La baguette est acérée et vive, et tout autant brumeuse et énigmatique. Du très grand art. Même accomplissement pour la Symphonie en ut de Paul Dukas, autre éblouissement sonore, profond et subtilement énoncé (1972). Créé en 1897, Dukas prolonge les expériences dans le domaine de Saint-Saëns, Lalo, D’Indy, Franck, Chausson… C’est donc la lecture d’un jalon récapitulatif et comme synthétique de toute la tradition symphonique romantique française que réussit Martinon.  Le maestro parvient malgré l’ampleur parfois colossal de l’effectif et de la matière sonore, à préserver toujours clarté, transparence, jouant sur le voile irrémédiablement dépressif des cordes. La révélation vient aussi de l’ouverture Polyeucte que sa perfection structurelle et son souffle dramatique oriente vers la forme d’un poème symphonique de près de 16mn. Elégantissime et profond, Martinon fait surgir à travers les influences du jeune Dukas (26 ans), celles de Wagner et de Franck, un tempérament hors du commun pour le dramatise vénéneux, empoisonné par les brumes inquiétantes, plongeant dans une psyché tourmentée et profondément tragique. L’éclat mordoré noir voire solennel de Dukas d’un caractère méditatif (l’harmonie des bassons doublée par le cor anglais) étend ses formidables vertiges suspendus repris aux cordes et aux cuivres. Le geste fluide, aux résonances vénéneuse affirme l’affinité manifeste du chef avec les derniers romantiques hexagonaux, prodigieux auteurs à l’époque de Wagner et de Franck. Polyeucte dévoré intérieurement entre son amour pour Pauline et sa foi de chrétien responsable, a tout du héros embrasé cornélien. Crispations ultimes, déchirements et déflagration du destin contraire, laissent enfin dans la dernière partie, le flux impétueux suspendu, rédempteur de la harpe, à l’image de la Symphonie en ré de Franck (1889, modèle absolu). La partition créée en 1892 est un chef d’oeuvre méconnu que Martinon avait déjà compris comme personne.

 

L’acuité du symphonisme romantique et postromantique de Martinon trouve ici d’autres jalons incontournables : La Péri du même Dukas (1971), La tragédie de Salomé de Schmitt opus 50 (1972), une saisissante Fantastique de Berlioz suivie de son volet complémentaire et nécessaire Lélio ou le retour à la vie (1972 et 1973), la Symphonie espagnole de Lalo opus 21 avec l’excellent Oistrakh (avec le Philharmonia Orchestra, Londres 1954). Autre must absolu. Les bénéfices du coffret sont inestimables. Mais il y aurait tant d’autres splendeurs à souligner dans ce coffret majeur : le Poème de Chausson avec Perlman (1970), la Symphonie avec orgue de Saint-Saëns (Marie-Claire Alain, 1970, comme celle de Franck d’un souffle hallucinant), Cydalise de Pierné de 1970, et Pacific 231 d’Honegger (1971), Les Escales d’Ibert (1974), la Symphonie n°4 de Schumann (avec l’orchestre mondial des jeunesses musicales, 1975), le ballet intégral El sombrero de tres picos de Falla (live de 1972)…

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueVoilà un nouveau coffret qui complète heureusement le coffret précédent édité par Sony classical dédié à l’Å“uvre de Martinon à la tête du Chicago Symphony Orchestra (10 cd RCA, entre 1964 et 1969) soit juste avant les accomplissement Roussel avec l’Ortf. C’est peu dire que Martinon réalise à Chicago une travail éblouissant que son successeur Solti saura cultiver et faire fructifier… De l’un à l’autre, s’affirme une même direction ciselée, d’une profondeur et d’une subtilité qui laissent sans voix. Jean Martinon est bien un immense chef français à redécouvrir d’urgence.

CLIC D'OR macaron 200CD, coffret événement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. Collection ICON. CLIC de classiquenews de septembre 2015

CD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969)

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueCD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Le coffret Sony classical regroupe quelques unes de perles inestimables du Martinon américain alors au sommet de sa vibrante sensibilité orchestrale, comprenant la fin de son engagement à la direction musicale du Chicago Symphony Orchestra soit 10 albums, édités dans leurs pochettes et présentations recto / verso d’origine, entre 1964 et 1969 (avec toutes les notices originelles). Le chef qui devait ensuite (1969 à 1973) se dédier au National de France, laisse ici une empreinte forte de son héritage symphonique. A ceux qui pensent que son activité à Chicago ne fut qu’un passage, l’écoute des bandes témoignent d’une finesse d’approche irrésistible, Martinon opérant par clarté, mesure, équilibre, transparence, réussissant dès le premier album (Ravel et Roussel, les piliers de son répertoire) une plénitude de son et une profondeur dans l’approche, idéales. La suite n°2 de Bacchus et Ariane saisit par sa langueur élégantissime, aux résonances de l’ombre, une lecture introspective d’une infinie poésie qui fouille jusqu’à la psychanalyse le dialogue du dieu et de son aimée enivrée….

 

 

 

Eteint en 1976, le Français Jean Martinon réalise une carrière mirifique qui passe par la direction du Chicago Symphony Orchestra

Miroitant symphonisme de Martinon

 

Martinon Jean 4CLIC_macaron_2014Trop courte approche qui prolonge ses excellentes gravures pour Philips de 1954 : fragilité palpitante, agogique murmurée, le chef semble étirer le temps et recréer l’oeuvre en creusant chaque mesure, lui apportant une résonance énigmatique et spirituelle d’une incroyable puissance suggestive. Que ce chef a à nous dire, laissant contradictoirement, la partition respirer par elle-même, dévoilant d’insondables richesses sonores, d’imprévisibles failles mystérieuses qui alternent avec des frémissements échevelés d’insectes conquérants… De l’ombre à la transe, la traversée bouleverse par son intelligence, sa sensualité, sa précision et sa délicatesse rythmique.Ce Roussel est l’enregistrement le plus ancien du legs Sony (il s’agit des archives RCA), remontant à novembre 1964 (mais Martinon connaît son Roussel depuis au moins 10 ans déjà!). Le Ravel (Daphnis et Chloé) déploie une opulence flamboyante, exploitant toutes les ressources de l’orchestre en combinaisons sonores et instrumentales, en nuances millimétrées. Du grand art.

 

CT  CTH ARTS CSOSymphoniste scintillant et dramatique, Martinon domine très largement aussi l’interprétation de Varèse (Arcana) et Frank Martin (Concerto pour 7 instruments à vent, Chicago mars 1966) ; de même Nielsen (et sa Symphonie n°4 “inextinguible”, octobre 1966), L’Arlésienne, Suites 1 et 2 (avril 1967) ; l’éblouissant Mandarin merveilleux (Suite de concert, avril 1967) ; très intéressant, le programme du cd 6 qui regroupe la Symphonie n°4 de Martinon (Le jardin vertical : Adagio misterioso : un écho du christianisme sincère et hautement spirituel de l’auteur qui fut aussi un alpiniste assidu – la partition lui a été commandée pour les 75 ans de l’Orchestre de Chicago), et la n°7 en un mouvement (mais 8 séquences caractérisées) de Peter Mennin (1923-1983), l’un des plus européens des compositeurs américains (ses 9 symphonies sont composées avant 30 ans). Le cd 8 est un enchantement ravélien (Rapsodie espagnole et surtout, manifeste d’intelligence et de raffinement équilibré, Ma Mère l’Oye, Chicago, avril 1968). L’énergique et lumineuse Symphonie n°1 de Bizet (douée d’un tension ciselée aux cordes ce dès le premier mouvement) comme le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn respectivement enregistrés en avril 1968 et mai 1967, attestent de la maturité artistique de l’orchestre née de sa complicité avec le chef Français. Ce legs de l’intégrale enregistré à Chicago montre le degré d’accomplissement et d’approfondissement artistique auquel un maestro hexagonal a su mener l’un des meilleurs orchestres américains : l’élargissement du répertoire, la culture de la musique de son temps, le retour régulier tel un ressourcement salutaire, aux impressionnistes français dénotent une claire conscience musicale qui savait jouer et penser la musique : ici se situe sa proximité avec Furtwängler qu’il apprécia etpu observer, plus que tout autre… Après Martinon, parfait continuateur de son prédécesseur Fritz Reiner, c’est Solti qui recueillera les fruits du Français menant la phalange jusqu’à l’incandescence, au début des années 1970.

 

 

Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Parution annoncée le 16 mars 2015.

 

 

Compte-rendu: Tours,Jean-Yves Ossonce, OSRCT, le 12 janvier 2013

Compte rendu, concert à Tours. Superbe programme de musique française où Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre Symphonique Région Centre Tours captivent dans la Symphonie en ré de César Franck…

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Superbe programme de musique française pour débuter l’an neuf à Tours: inspiré et porté par de précédents accomplissements dédiés aux Å“uvres hexagonales, Jean-Yves Ossonce poursuit son exploration inspirée du symphonisme français. On lui connaît d’irrésistibles apports chez Magnard, mais aussi Séverac ou Ropartz… ces derniers opportunément enregistrés en studio (et tous unanimement célébrés pour leur indéniable force convaincante). Ce soir, pour le plus grand plaisir des auditeurs, le chef et son orchestre jouent Roussel, Tomasi, surtout Franck dont avouons-le, la Symphonie en ré, massif mythique du symphonisme français à la fin du XIXè (1889) incarne pour nous cet élégance épique, ce souffle magistral et poétique, vraie alternative au wagnérisme dominant.

Franckisme exaltant

La Suite en fa de Roussel (créée à Boston en 1927 sous la direction de son commanditaire le chef Serge Koussevitzky) enchante par son allant rythmique, sa vitalité printanière dont les multiples raffinements de l’orchestration (admirables couleurs des vents très exposés et subtilement combinés) égalent et Debussy et Ravel. L’éclat et l’engagement dont font preuve les interprètes offrent une excellente entrée en matière dans un concert tripartite qui brille autant par sa diversité que sa profonde cohérence : les trois Å“uvres du programmes se répondent par leur fini instrumental comme le soin frappant apporté à leur construction dramatique.

Le Concerto pour trompette (1948) du Marseillais d’origine corse, Henri Tomasi (décédé en 1971),
chef-d’Å“uvre absolu de finesse allusive laisse s’accomplir une nouvelle entente : celle du trompettiste Romain Leleu et des musiciens tourangeaux. Les qualités de la partition sont surtout atmosphériques, avec point culminant de l’Å“uvre, le nocturne central (Andantino), à la fois grave, solennel, d’une subtilité bellinienne éblouissante, serti de joyaux suggestifs et d’une pudeur secrète, et ce travail spécifique sur le timbre (sourdine ” Bol” à la douceur enfantine primitive)); le soliste sait ainsi ciseler les registres poétiques alternés quand il passe d’un timbre l’autre grâce à son instrument polymorphe dont il change avec maestrià l’identité sonore, comme aussi avec la sourdine (dite “Robinson” au timbre feutré, finement cotonneux) dans le premier mouvement. L’accord soliste et chef est admirable, porteur d’un accomplissement sonore d’une rare vérité. Chef et instrumentiste savent exprimer chez Tomasi, les visions du poète wanderer, ses contours vaporeux, sa langue évanescente, fluide, somptueusement pudique. La musicalité du trompettiste, la direction suggestive du maestro éblouissent.

Après la pause, voici la Symphonie en ré de César Franck. A son époque, le monument fut incompris voire écarté par le milieu parisien alors tendu par les aspirations germanophobes : trop dogmatique, trop allemande, trop wagnérienne… la Symphonie de Franck suscita nombre de critiques des compositeurs qui souhaitaient en vérité régler leur compte avec celui qui était jugé comme un traître par les tenants d’un nationalisme étriqué. De fait, en dehors des instrumentalisations inévitables liées au contexte, l’ouvrage est un chef d’Å“uvre, un jalon essentiel dans l’histoire de la symphonique romantique à la française.

Or si Franck emprunte certes aux ” étrangers “: Beethoven pour le souci de la construction formelle; Liszt pour l’architecte d’abord sombre puis tournée de plus en plus vers la lumière ; Wagner certes pour ces audaces harmoniques et ce chromatisme souvent vénéneux… l’éloquence resserrée, cet idéal d’équilibre, de mesure, de correspondance, cet art de la litote, du condensé et du synthétique, demeurent résolument français comme le principe du motif cyclique dont les réitérations multiples et changeantes assurent l’extrême unité organique d’une partition parmi les mieux écrites qui soient.

Dans ce parcours de défis permanents, Jean-Yves Ossonce fait un florilège de superbes résolutions: le chef impose d’emblée une homogénéité coulante et simple d’une admirable évidence, ce dès le début. La lisibilité, la clarté et l’équilibre soulignent une aisance manifeste qui soigne toujours l’éloquence du geste… et préserve l’enchaînement des sections, leurs réponses successives, l’allant du flux dramatique, le génie de la totalité organique.

Le cÅ“ur de la symphonie demeure ici l’harmonie rayonnante des bois et des vents qui abordent chacune des reprises des motifs avec un goût sûr : flûte, hautbois (et cor anglais pour le second mouvement), clarinette auxquels il convient de souligner l’accent particulier du cor et de la harpe… L’ombre n’étant jamais absente dans une symphonie en clair obscur, le formidable paysage du second mouvement (et ses pizzicati des cordes accompagnant la harpe mystérieuse) s’élève tel une incantation au mystère, une porte vers les étoiles, une antichambre dont le flux constellé de scintillements des plus raffinés prépare au dévoilement du 3ème mouvement: Franck n’y fait pas que réexposer les thèmes antérieurs du I et du II déjà entendus: il les réassemble, les superpose en une nouvelle construction qui résout toutes les tensions préalables. Ce jeu formel fait aussi entendre la résonance des cimes ou les brumes flottantes d’une conscience désormais en lévitation: graves profonds des contrebasses au diapason d’une harpe de mieux en mieux chantante, chef et musiciens font surgir le bruissement des éléments premiers, la vibration primordiale (écho des premiers accords du Ring?) d’une sorte de transe éveillée, point culminant de la symphonie et qui exprime de la part de son auteur, une indéniable pensée mystique. Sans démonstration vaine, au diapason d’une justesse intérieure qui s’accomplit peu à peu, Jean-Yves Ossonce et son orchestre donnent là encore une leçon de symphonisme transparent, fin, intelligent. Superbe programme.

Tours. Grand Théâtre, le 12 janvier 2013. Roussel, Tomasi, Franck (Symphonie en ré). Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Illustration: Romain Leleu, Jean-Yves Ossonce © G.Proust 2013