Rhapsodie espagnole de Maurice Ravel

ravel maurice compositeurFRANCE MUSIQUE, Mer 30 oct, 20h. RAVEL : Rapsodie espagnole… AmorcĂ©e dĂšs 1907 par l’Apache Ravel, la Rhapsodie est le premier grand Ɠuvre orchestral qui applique Ă  l’échelle de l’orchestre, la scintillante palette, l’onirisme raffinĂ© du plus grand poĂšte musicien. C’est lĂ©poque oĂč le gĂ©nie orchestrateur a transcrit pour l’orchestre Une barque sur l’ocĂ©an, originellement pour piano, dans le cycle Miroirs dĂ©diĂ© / crĂ©Ă© par Ricardo Viñes, l’ami fidĂšle. La danse, l’Espagne inspire la partition de 4 Ă©pisodes crĂ©Ă©e au ChĂątelet par Edouard Colonne en mars 1908 :

1 – PrĂ©lude Ă  la nuit : dĂ©veloppe le mystĂšre, le songe, le rĂȘve nocturne dans un bain de sensualitĂ© irrĂ©sistible. Le gĂ©nie du timbre s’accomplit ici avec un sens de l’épure, inouĂŻ.
2 – Malagueña : Ravel se joue des percussions pour exprimer l’essence de la danse qui culmine farouche et voluptueuse dans le motif du cor anglais, avant que dans la conclusion, les basses reprennent le motif Ă©nigmatique du premier mouvement.
3 – Habanera : Ravel recycle un ancien matĂ©riau mĂ©lodique extrait du cycle Sites auriculaires (crĂ©Ă© par Viñes en 1898). Nouveau motif sensuel et caressant qui s’évanouit lĂ  encore dans le mystĂšre et l’ombre.
4 – Feria : l’ibĂ©risme de Ravel atteint son paroxysme ici dans une sĂ©rie de 4 motifs qui enchaĂźnent les timbres caractĂ©risĂ©s des instruments de l’orchestre, en association Ă©lĂ©gantes et inĂ©dites (trompette / tambour basque – flĂ»te / cor anglais – clarinettes / bassons – flĂ»te / trompette)
 l’écriture se prĂ©cise, cisĂšle le son et le rythme, en une transe quasi lascive, oĂč sont Ă  nouveau citĂ©s les quatre notes du premier mouvement ; principe cyclique qui dĂ©ment le titre gĂ©nĂ©ral (rhapsodie) lequel cĂ©lĂšbre a contrario la libertĂ© sans entrave et sans cadre. L’extrĂȘme raffinement du rythme, la jubilation hĂ©doniste des couleurs, le sens de l’épure oĂč rien n’est dĂ©crit, marque l’éclosion et la maĂźtrise totale du jeune Ravel, 32 ans : l’écartĂ© du Prix de Rome (refusĂ© par ThĂ©odore Dubois le trĂšs acadĂ©mique) prend une revanche cinglante ; son gĂ©nie n’avait guĂšre besoin d’ĂȘtre validĂ© par l’institution la plus conservatrice de son siĂšcle.

Le programme de ce concert en direct ajoute la trĂšs subtile partition d’Alborada del Gracioso, extrait de MIROIRS, originellement pour piano, autre sommet de l’imaginaire poĂ©tique ravĂ©lien ; cette « Aubade pour un bouffon », inscrit sa couleur particuliĂšre entre l’esprit de la commedia del arte et l’élĂ©gance austĂšre de la Cour dEspagne. C’est l’une des plus tardives transcriptions du piano Ă  l’orchestre, rĂ©alisĂ© par Ravel en 1918 (crĂ©ation en 1919 par l’Orchestre Pasdeloup). L’Espagne de Lope de Vega affirme ici sa nature fiĂšre et mystĂ©rieuse Ă  coup de couleurs et de timbres prĂ©cis, mordants, parfois caustiques (crotales, castagnettes, harpes, xylophones
). LĂ  encore Ravel s’exprime en magicien et en peintre, douĂ© pour les rythmes Ă©perdus, enivrĂ©s, Ă©chevelĂ©s
 La situation crĂ©Ă©e aussi au dĂ©lĂ  de l’exotisme de la couleur et du tropisme ibĂ©rique, une voluptĂ© contrainte et moquĂ©e, celle du dĂ©risoire bouffon au balcon d’une Belle moqueuse et supĂ©rieure. Le feu d’artifice est tirĂ© par le mutant pathĂ©tique qui gratte sa pauvre guitare
 comme saisi par sa propre danse miraculeuse (le solo du basson marque l’épisode central), le bouffon s’enivre de sa propre rĂȘverie qui devient transe, entre panache et dĂ©lire triomphal.

FRANCE MUSIQUE, Mer 30 oct, 20h. RAVEL : Rapsodie espagnole
   En direct de l’Auditorium de la Maison de la Radio Ă  Paris 

Claude Debussy
Sonate pour flûte, alto et harpe Christophe Gaugué, alto
Nicolas Tulliez, harpe

Philippe Manoury
Saccades (CRF)
Commande de Radio France / GĂŒrzenich Orchestra Cologne / Sao Paulo Symphony Orchestra / Tokyo Opera City Cultural Foundation Emmanuel Pahud, flĂ»te  et Magali Mosnier, flĂ»te Maurice Ravel

Rapsodie espagnole
1. Prélude à la nuit, trÚs modéré
2. Malagueña, assez vif
3. Habanera, assez lent et d’un rythme las
4. Feria, assez animé

Alborada del gracioso n°4, ext. de Miroirs

Claude Debussy
Ibéria n°3, ext. des Images pour orchestre
1. Par les rues et par les chemins
2. Les parfums de la nuit
3. Le matin d’un jour de fĂȘte
Orchestre Philharmonique de Radio France
Direction : Fabien Gabel

CD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records)

RAVEL exotique musica nigella critique cd annonce concerts classiquenews klarthe records critique classiquenews KLA083couv_lowCD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – Belles transcriptions (signĂ©es TakĂ©nori NĂ©moto, leader de l’ensemble) dĂ©fendues par le collectif Musica Nigella : d’abord le triptyque ShĂ©hĂ©razade (1903) affirment ses couleurs exotiques fantasmĂ©es, tissĂ©es, articulĂ©es, soutenant, enveloppant le chant suave et corsĂ© de la soprano Marie Lenormand (que l’on a quittĂ©e en mai dans la nouvelle production des 7 pĂ©chĂ©s de Weill Ă  l’OpĂ©ra de Tours). En dĂ©pit d’une prise mate, chaque timbre se dessine et se distingue dans un espace contenu, intime, rĂ©vĂ©lant la splendeur de l’orchestration ravĂ©lienne ; dĂ©sir d’Asie ; onirisme de La FlĂ»te enchantĂ©e ; sensualitĂ© frustrĂ©e de L’indiffĂ©rent. La soliste convainc par son intelligibilitĂ© et la souplesse onctueuse de son instrument.

La sensualitĂ© aĂ©rienne, oxygĂ©nĂ©e de Ravel s’affirme dans l’introduction et allegro de 1905 – enchantement et sortilĂšges de la harpe ; volet central du cycle, les Trois poĂšmes d’aprĂšs MallarmĂ©, partitions de maturitĂ© de 1913 qui tĂ©moignent de l’extrĂȘme sensibilitĂ© du compositeur dans le choix de ses textes, eux-mĂȘmes porteurs d’un exotisme au delĂ  des clichĂ©s folkloriques. Solistes et instrumentistes en expriment le climat d’extase et d’adieu, la souplesse grave et amĂšre, parfois suspendue Ă©nigmatique (harmonies chromatiques de « Placet futile »), jusqu’au mystĂšre planant du dernier « Surgi de la croupe et du bond», Ă  la dĂ©clamation hallucinĂ©e comme une invocation « étrange »(dixit Ravel), vers l’autre monde
 Dommage nĂ©anmoins que le livret ne publie pas les textes complets.

Puis c’est le balancement lancinant de Tzigane (1924), Ă©noncĂ© comme une mĂ©lopĂ©e elle aussi Ă©trange, venue d’ailleurs, capable de dĂ©flagrations d’une sensualitĂ© torride dont la transcription ici exprime la texture brute, bel effet de timbres, et rĂ©vĂ©rence Ă  nouveau au talent du Ravel magicien des couleurs et des mĂ©lodies enchantĂ©es.

Illustrant le thĂšme d’un exotisme colorĂ©, la derniĂšre piĂšce Rhapsodie espagnole (1907), contemporaine de L’heure espagnole, plonge en plein rĂȘve ibĂ©rique de Ravel : chaque instrumentiste veille aux Ă©quilibres de l’émission, selon le caractĂšre de chacune des 4 sĂ©quences : langueur un rien inquiĂšte du PrĂ©lude Ă  la nuit ; Ă©noncĂ© subtil (arachnĂ©en) de la courte Malagueña ; qui comme la Habanera qui suit, exprime l’exquise tentation de Ravel pour l’allusion la plus onirique. Jamais strictement narratifs ou illustratifs, les instrumentistes de Musica Nigella savent mesurer ce qui se joue sous chaque note : l’éclosion d’un soupir, la respiration d’un court sentiment. Tout Ravel est lĂ  dans ce jeu des Ă©quilibres et des nuances, entre langueur, enchantement, ivresse et jubilation instrumentale. Superbe programme qui est donc comme une cĂ©lĂ©bration de l’invention et de la rĂ©volution ravĂ©liennes.

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CD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2018 en Pas-de-Calais.

Shéhérazade
Introduction et allegro
Trois poÚmes de Stéphane Mallarmé
Tzigane, Rapsodie de concert
Rapsodie espagnole

Ensemble Musica Nigella
Takénori Némoto, direction musicale et transcription
Marie Lenormand, mezzo-soprano
Pablo Schatzman, violon
Iris Torossian, harpe

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