COMPTE-RENDU, critique, opéra. PARIS, le 8 déc 2019. OFFENBACH : Les Géorgiennes. L Zaïk / R Boutin.

Compte-rendu critique, opéra. Paris. Auditorium Saint-Germain, le 8 déc 2019. Jacques Offenbach : Les Géorgiennes. Marine Gueuti, Mathieu Guigue, Hombeline Thome, Didier Chalu. Laurent Zaïk, direction musicale. Renaud Boutin, mise en scène. Né en 1936, le Groupe Lyrique des PTT de Paris monte chaque année une opérette, devenue au fil des ans une véritable institution parisienne.

 

 

 

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RenommĂ©e sobrement « Le Groupe Lyrique », la compagnie, composĂ©e uniquement de chanteurs amateurs de haut niveau, se lance cette fois dans un dĂ©fi sans prĂ©cĂ©dent : fĂŞter le bicentenaire de la naissance d’Offenbach en redonnant vie Ă  un opĂ©ra-bouffon inĂ©dit du “Petit Mozart des Champs-ElysĂ©es”. CrĂ©Ă© en 1864 au Théâtre des VariĂ©tĂ©s, Les GĂ©orgiennes connaĂ®tra un beau succès, jusqu’Ă  l’Allemagne, Vienne et mĂŞme New-York lors de la tournĂ©e amĂ©ricaine du compositeur. Et puis plus rien… jusqu’Ă  aujourd’hui.
Grâce Ă  Jean-Christophe Keck, l’infatiguable Laurent ZaĂŻk, directeur artistique et musical du Groupe Lyrique, a pu mettre la main sur le matĂ©riel d’orchestre et mĂŞme le rĂ©arranger pour treize musiciens. Avec, en prime, deux passages vraisemblablement coupĂ©s avant la crĂ©ation, et donc jouĂ©s en public sans doute pour la première fois.

 

 

Les Géorgiennes d’Offenbach,
redécouverte musclée

 

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C’est dire l’importance de l’Ă©vènement, et il est regrettable que la planète lyrique, pourtant toujours friande de raretĂ©s, n’ait pas fait le dĂ©placement pour pareille redĂ©couverte.
Car cette deuxième et dernière reprĂ©sentation procure bien du plaisir. Dans cette sorte de Lysistrata lyrique, les femmes prennent le pouvoir pour donner une leçon Ă  leurs pleutres Ă©poux. Un retournement de situation qui souffle un vent de folie permettant tous les travestissements, jusqu’Ă  l’inoubliable entrĂ©e, Ă  la fin de l’œuvre, des maris dĂ©guisĂ©s… en bohĂ©miennes pour pĂ©nĂ©trer dans la ville dont ils ont Ă©tĂ© chassĂ©s.
Faisant de nĂ©cessitĂ© vertu, Renaud Boutin laisse Ă  l’œuvre tout son pouvoir comique et sait admirablement varier les atmosphères avec des moyens rĂ©duits, permettant ainsi au public de goĂ»ter pleinement cette intrigue rocambolesque dont l’ambiguĂŻtĂ© rĂ©sonne de façon particulière Ă  nos esprits contemporains. Ainsi que pour le Mikado l’an dernier, CĂ©cilia Delestre a imaginĂ©, outre une scĂ©nographie simple et ingĂ©nieuse, de très beaux costumes, colorĂ©s et loufoques, rĂ©alisĂ©s avec le concours des Ă©tudiants en DMA Costumier-rĂ©alisateur du LycĂ©e La Source de Nogent-sur-Marne. On admire particulièrement ceux de la fière Feroza et du fĂ©rocement dĂ©bonnaire Rhododendron.
Avec son allure de Bonaparte en jupons, Marine Gueuti assume avec panache son rĂ´le de meneuse de femmes et triomphe crânement d’une partition longue et difficile, Ă  cheval entre la Belle HĂ©lène et la Grande-Duchesse, dont elle se tire avec les honneurs. A ses cĂ´tĂ©s, Mathieu Guigue incarne un Pacha qu’on adore dĂ©tester, plus naĂŻf que mĂ©chant, et lui prĂŞte sa riche voix de baryton qui parait se couler dans cette Ă©criture Ă  mi-chemin entre le GĂ©nĂ©ral Boum et Robert dans La Fille du Tambour-Major. Tous deux forment un duo explosif qu’on applaudit des deux mains.
Plus secondaire mais pourvu du seul air rĂ©ellement Ă©mouvant de la partition, l’Alita tendre d’Hombeline Thome emporte l’adhĂ©sion, tandis que le dĂ©licat Dider Chalu, aussi lunaire qu’attachant, propose de l’eunuque Boboli un portrait tout en finesse irisĂ© de voix de tĂŞte. Tous les seconds rĂ´les ainsi que le chĹ“ur seraient Ă  citer, tant tous les membres du Groupe Lyrique semble donner le meilleur d’eux-mĂŞme.
Autour d’eux virevolte l’Ă©trange crĂ©ature dansĂ©e par GaĂ«l Rougegrez, Ă  la fois hermaphrodite burlesque et ange de la mort, pas forcĂ©ment indispensable au bon dĂ©roulement de l’action mais par instants fascinant.
Chapeau bas Ă©galement pour les excellents musiciens de l’Orchestre Bernard Thomas, dont l’entrain fait plaisir Ă  entendre, dirigĂ©s avec passion par Laurent ZaĂŻk qu’on sent fier d’avoir rĂ©ussi Ă  mener Ă  bien cette aventure un peu folle mais tellement passionnante.
Une magnifique recrĂ©ation que ces insoupçonnĂ©es GĂ©orgiennes. On espère les retrouver bientĂ´t, tant il semble Ă©vident que les maisons d’opĂ©ra de France et de Navarre ne resteront pas longtemps insensibles Ă  leur charme.

 

 

 

 

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Paris. Auditorium Saint-Germain, 8 dĂ©cembre 2019. Jacques Offenbach. Les GĂ©orgiennes. Livret de Jules Moinaux. Avec Feroza : Marine Gueuti ; Rhododendron : Mathieu Guigue ; Alita : Hombeline Thome ; Boboli : Didier Chalu ; Jol-Hiddin : Alain Giron ; Nani : Agnès Maulard ; Poterno : Bernard Zakia ; Cocobo : Yann Brett ; Tabaco : JĂ©rĂ´me Deltour ; Varvara : Daniel Faure ; Danseur : GaĂ«l Rougegrez. ChĹ“ur du Groupe Lyrique. Orchestre Bernard Thomas. Direction musicale : Laurent ZaĂŻk. Mise en scène : Renaud Boutin ; ScĂ©nographie et costumes : CĂ©cilia Delestre ; Lumières : Pierre Daubigny; ChorĂ©graphies : GaĂ«l Rougegrez – Illustrations : © service de presse Orch B Thomas.