COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 24 sept 2019. RĂ©cital P. BIANCONI, piano. BRAHMS. DEBUSSY


COMPTE-RENDU, concert. Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre, le 24 septembre 2019. BRAHMS. DEBUSSY. SCHUMANN. P. BIANCONI. Le pianiste français Philippe Bianconi a une extraordinaire carriĂšre internationale mais reste fidĂšle Ă  son public toulousain. Il ne cesse de dĂ©velopper son jeu et assume avec une grande musicalitĂ© bien des pans du rĂ©pertoire. Ses derniers enregistrements chez Dolce Volta de Debussy et Schumann sont absolument magnifiques. Ce soir Ă  ces deux compositeurs d’élection, il a ajoutĂ© les Fantaisies du vieux Brahms. Avec des moyens considĂ©rables Philippe Bianconi a offert toute la dimension symphonique et intimiste que les pages brahmsiennes peuvent contenir. La texture noble et les harmonies complexes ont Ă©tĂ© magnifiĂ©es par ce jeu souverain.

Philippe Bianconi, la délicate musicalité du poÚte

BIANCONI concert piano critique classiquenews Philippe-Bianconi-©William-BeaucardetEnsuite les Etudes de Debussy reprĂ©sentent Ă  la fois un hommage Ă  Chopin et une recherche d’expression puissante qui rappelle que ces pages ont Ă©tĂ© Ă©crites durant la premiĂšre guerre mondiale par un Debussy abattu par la tournure des Ă©vĂ©nements. La clartĂ© du toucher de Philippe Bianconi est bien connue. Son jeu permet de percevoir tous les plans, toutes les couleurs et toutes les nuances avec une prĂ©cision de chaque instant. Les difficultĂ©s techniques parfois redoutables sont assumĂ©es avec une impression de grande facilitĂ©. La modernitĂ© de la partition en est magnifiĂ©e. AprĂšs l’entracte Philippe Bianconi va sur les terres oĂč il excelle : celles de Schumann. Les cinq variations posthumes sont des pages injustement retranchĂ©es par Schumann Ă  ces variations symphoniques tant leur beautĂ© est grande. IsolĂ©es ainsi, elles sont trĂšs dĂ©monstratives de la variĂ©tĂ© de styles de Robert Schumann. Philippe Bianconi en rĂ©vĂšle toute la poĂ©sie et tout particuliĂšrement lorsqu’il fait chanter son piano de la plus belle maniĂšre, dans des nuances d’une grande subtilitĂ©. C’est lĂ  que la dimension poĂ©tique rare de son jeu exulte. Les deux derniĂšres variations sont Ă  ce titre les plus extraordinaires en leur simplicitĂ© belcantiste pleine de poĂ©sie. Puis la Fantaisie en ces trois mouvements nous entraĂźne plus avant dans la beautĂ© totale du jeu de Philippe Bianconi. Les respirations qu’il y met en jouant nous donnent l’impression d’une grande libertĂ© et d’une belle facilitĂ©.
Le souffle romantique qui habite la partition trouve dans l’interprĂ©tation de ce soir toute la flamme que Schumann essayait de contraindre lorsque le pĂšre de Clara interdisait aux amoureux toute forme de contact. Cette fantaisie est l’exemple le plus rĂ©ussi de la tentative d’union de tous les penchants opposĂ©s de l’ñme de Schumann entre contemplation et action, rĂ©volte et abattement, amour fou et dĂ©sespoir total, amour-fusion et sentiment d’abandon.
La grande beautĂ© de ce monde si complexe trouve Ă  s’épanouir dans une souplesse et une Ă©lĂ©gance de chaque instant. Philippe Bianconi livre la dimension poĂ©tique de cette partition Ă  travers le filtre de son Ăąme de poĂšte. Le public enthousiasmĂ© par ce jeu si Ă©vident fait une triomphe Ă  Philippe Bianconi qui gĂ©nĂ©reusement offre deux bis sublimes ; d’abord une Ile joyeuse de Debussy d’une totale libertĂ© et dans une clartĂ© radieuse ; et un peu de Chopin pour nous rappeler quel extraordinaire interprĂšte il est Ă©galement du compositeur polonais. Un concert marquĂ© par une poĂ©sie particuliĂšre surtout celle de Schumann mais Ă©galement la force et la rĂ©volte de Debussy en pleine guerre. Une autre  forme d’excellence ce soir Ă  Piano aux Jacobins avec Philippe Bianconi en poĂšte inspirĂ©.

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‹Compte-rendu concert. Toulouse. 40 Ăšme Festival Piano aux Jacobins. CloĂźtre des Jacobins, le 24 septembre 2019.  Johannes Brahms (1833-1897) : Fantaisies Op. 116 ; Claude Debussy (1862-1918) : Etudes-Livre II ; Robert Schumann (1810-1856) : Cinq variations posthumes Op.13 ; Fantaisie en ut majeur Op.17/ Philippe Bianconi, piano. Photo : Philippe-Bianconi © William-Beaucardet

Compte-rendu, critique, concert. MONTE-CARLO, le 23 mars 2019. Printemps des Arts de Monaco 2019. BRAHMS: Bianconi / Nesterowicz

MONACO printemps des arts 2019 concerts festival critique piano critique compte rendu concerts opera classiquenews bianconi brahmsCompte-rendu, critique, concert. MONTE-CARLO, le 23 mars 2019. Printemps des Arts de Monaco 2019.  BRAHMS: Bianconi / Nesterowicz   Un seul concert au Printemps des Arts de Monte-Carlo suffit Ă  donner un aperçu de la singularitĂ© de ce festival, auquel son directeur artistique Marc Monnet a su imposer sa patte, originale et reconnaissable entre toutes. Comme un bon cuisinier qui cache ses secrets au cƓur de ses recettes tout en dĂ©taillant les ingrĂ©dients sur le menu, il concocte sa programmation avec une science qui lui appartient, dans des mariages hardis, inattendus ; concilie ce qui apparaĂźt au demeurant inconciliable, instille, et mĂȘme bien davantage, la musique contemporaine dans des programmes oĂč les chocs esthĂ©tiques ne sont pas exclus. L’Ɠuvre inclassable du compositeur Mauricio Kagel constitue le fil rouge de cette Ă©dition. Alexandros Markeas (nĂ© en 1965), et Yann Robin (nĂ© en 1974) y sont Ă©galement Ă  l’honneur. Le 23 mars, un copieux concert attendait son auditoire, avec, tenez-vous bien, les deux concertos pour piano de Brahms, entre autres


La soirĂ©e commence avec Tango AlemĂĄn de Kagel en mise en bouche. Tango revisitĂ©, dĂ©pouillĂ© de ses robes fendues Ă  dos nu, de ses costumes croisĂ©s, tango dont il ne garde que l’essence. MĂȘme le langage est gommĂ©. Intelligible seulement par ses inflexions expressives exacerbĂ©es, la chanteuse Marie Soubestre force le pathos, clame le dĂ©chirement et la dĂ©ception sans retenue, sur fond de piano (Maroussia Gentet), de violon (Constance Ronzatti) et d’accordĂ©on (Jean-Étienne Sotty). Le moment, plus vrai que nature, est poignant.

 

Vient ensuite le plat de rĂ©sistance. Quel programme ! Chaque concerto est introduit par une ouverture de Mendelssohn (Athalie opus 74, Ruy Blas opus 95) . Aimez-vous Brahms  « Aimez-vous Mendelssohn, c’est long », avait rĂ©pondu Françoise Sagan au journaliste qui l’interviewait. Et pourtant c’est bien la question que l’on devrait se poser dans une telle juxtaposition. Effectivement et comparativement, malgrĂ© l’écriture impeccable, l’orchestration symphonique magistrale, la richesse des idĂ©es mĂ©lodiques, l’interprĂ©tation prĂ©cise et hautement expressive de l’orchestre et de son chef, les piĂšces du prĂ©coce compositeur paraissent tellement conventionnelles aux cĂŽtĂ©s de ces monuments, que l’on pourrait y voir des longueurs inutiles au programme! En fait, elles furent une respiration lĂ©gĂšre et apprĂ©ciĂ©e avant la plongĂ©e dans le grand fleuve brahmsien.

 

 

2 Concertos de Brahms Ă  Monte-Carlo

Le jeu vaillant et robuste de Philippe Bianconi

 

bianconi philippe portrait critique piano concert annonce classiquenewsUn rĂ©el dĂ©fi que de jouer ces deux concertos en une soirĂ©e! ComposĂ©s Ă  plus de 20 ans d’intervalle, alors que le premier concerto pour piano en rĂ© mineur opus 15 de Brahms, est son premier grand pas dans l’écriture symphonique, quoique de forme au bout du compte conventionnelle, le second, en si bĂ©mol majeur opus 83, composĂ© aprĂšs sa seconde symphonie, Ă©pouse dĂ©libĂ©rĂ©ment, en particulier avec ses quatre mouvements, la forme et la texture symphoniques. C’est cette dimension que constamment le pianiste Philippe Bianconi et Michal Nesterowicz Ă  la baguette, vont insuffler Ă  ces deux Ɠuvres ce soir-lĂ . Dimension par l’ampleur donnĂ©e, le tissu orchestral densifiĂ© et magnifiĂ©, et le jeu robuste et vaillant de Philippe Bianconi, qui ne se relĂąche jamais, et fait corps avec l’orchestre. Le paradoxe de ces Ɠuvres, qui rĂ©side dans leur monumentalitĂ© symphonique et leur appartenance chambriste de par l’écriture, est bien le nƓud de leur difficultĂ©, que le chef et le soliste, dans une entente parfaite, n’ont aucun mal Ă  rĂ©soudre. Dans le premier concerto, l’orchestre donne le ton dĂšs sa longue introduction; Philippe Bianconi en rejoint les abords escarpĂ©s et les accents vĂ©hĂ©ments, dans une intensitĂ© expressive immĂ©diate et fiĂ©vreuse, qu’il soutiendra tout au fil du premier mouvement. C’est prenant d’un bout Ă  l’autre. Dans un engagement physique manifeste, il n’est pas dans la tentation de l’effet monumental: se joue Ă  chaque instant quelque chose de profondĂ©ment humain, vrai et ressenti. La puissance vient de cette force intĂ©rieure, celle sous-tendue par la rĂ©volte contenue dans les pages de Brahms, cette rĂ©volte sublimĂ©e par le chant Ă©perdu de son piano. Dans les passages les plus enflammĂ©s, son jeu se fait saillant, mais jamais dur ni anguleux, encore moins mĂ©tallique; il va au bout, au taquet de ce qui est exprimable, toujours dans la plĂ©nitude du son. Et quelle beautĂ© que l’adagio! Quelle magnifique Ă©coute entre le chef et le soliste, chantant sa consolation d’une mĂȘme voix! Le pianiste y coule ses grands arpĂšges au creux de la vague orchestrale, dans un parfait fondu, sous l’aigu des bois. Quel baume, quelle caresse de l’ñme aussi, que ses impalpables pianissimi, qu’il fait Ă©merger des graves des cordes, pour conclure dans ce long trille dont il fait jaillir miraculeusement la lumiĂšre au fil de son ascension! Enfin, la volontĂ© et une vigoureuse passion animent le rondo final, jusqu’à son apothĂ©ose majeure, dans le son Ă©clatant de l’orchestre.

 

nesterowicz michal piano concert critique cd critique piano concert classiquenewsLe second concerto est d’une autre Ă©toffe: vaste, il ouvre sur de grands espaces, le propos sans cesse renouvelĂ© dans les successions de ses paysages variĂ©s. Le piano de Philippe Bianconi s’enchĂąsse dans le tissu orchestral, sous les sons mystĂ©rieux et romantiques des cors, s’en Ă©chappe pour de vigoureux solos, avant de reprendre sa place en simple instrument d’orchestre, auprĂšs des vents et des cordes. Souvent le torse tournĂ© lĂ©gĂšrement vers le fond de la scĂšne, le pianiste ne lĂąche pas du regard les flĂ»tes, les vents, comme s’il Ă©tait de leur pupitre, collant Ă  leurs traits et trilles. Dans une symbiose parfaite, il ouvre, avec le soutien infaillible de l’orchestre, toutes les perspectives que l’Ɠuvre recĂšle, leur donne leur ampleur, sachant combiner rudesse et lyrisme, rĂȘverie et accents triomphaux (Allegro non troppo, et allegro appassionato). Le beau lied du violoncelle qui introduit l’Andante est toujours un moment attendu de ce concerto. La violoncelliste l’énonce avec une suavitĂ© infinie, auquel le pianiste rĂ©pond par des sonoritĂ©s quasi nocturnes. Des minutes de grĂące ineffable, en particulier dans ce temps suspendu, avec sous le murmure de la clarinette, les sonoritĂ©s du piano en apesanteur, fondantes de douceur! Le chef et le pianiste soudent enfin leur complicitĂ© dans la fluiditĂ© et la joie rayonnante de l’Allegretto grazioso final, empreint d’une vitalitĂ© vivifiante d’optimisme et de lĂ©gĂšretĂ©.

 

S’il fallut au pianiste une prĂ©paration de coureur de fond pour « tenir » ces deux concertos dans la foulĂ©e, on peut affirmer que toute efficace qu’elle fut, Philippe Bianconi avait d’ores et dĂ©jĂ  la ressource pour relever un tel dĂ©fi. On retient de cette soirĂ©e un formidable moment portĂ© haut par le souffle d’un orchestre dirigĂ© de haute volĂ©e, et un pianiste au sommet de son art et de ses moyens.

 

 

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Compte-rendu critique concert, Philippe Bianconi, piano, et l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, direction Michal Nesterowicz, Festival Printemps des Arts, Auditorium Rainier III, Monte-Carlo, 23 mars 2019, Mendelssohn-Brahms. Illustrations : Philippe Bianconi © Bernard Martinez / Michal Nesterowicz, © Lukasz Rajchert

 

 

Compte rendu concerts. 37Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016. Saint-Saëns,Chopin, Mel Bonis,Cheminade Debussy,Liszt. Philippe Bianconi, piano.

bianconi-piano-582-philippe-bianconi-le-piano-romantique-ticketac-27648-712Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns ; FrĂ©deric Chopin ; Mel Bonis; CĂ©cile Cheminade ; Claude Debussy ; Frantz Liszt ; Philippe Bianconi, piano. Entre palme de l’originalitĂ© et celle de la poĂ©sie, la Muse ne saura laquelle prĂ©fĂ©rer pour Philippe Bianconi. Le rĂ©cital qu’il a prĂ©sentĂ© est particuliĂšrement abouti et d’une belle originalitĂ©. Le parti pris de ne jouer que des danses aurait pu lasser sous des doigts moins expressifs. Mais Philippe Bianconi est Ă  la fois un poĂšte et un grand virtuose. La musique pour piano de Saint-SaĂ«ns est exigeante et pas toujours facile d’accĂšs. Philippe Bianconi a su ne rien laisser de cotĂ©, ni une virtuositĂ© parfois exacerbĂ©e pour elle-mĂȘme, ni une complexitĂ© harmonique et rythmique dĂ©concertante, ni surtout un style trĂšs particulier qui doit donner l’impression de la facilitĂ© et de l’élĂ©gance Ă  tout prix. Les Mazurkas et la valse de Chopin ont Ă©tĂ© magiques. La dĂ©licatesse des Mazurka sous des doigts de velours, a libĂ©rĂ© une ensorcelante mĂ©lancolie. Ce Chopin est pure poĂ©sie,  il passe comme un rĂȘve. Tout est libre en apparence sous des doigts si habiles Ă  faire oublier que le piano est un instrument de percussion. Tout n’est que ligne, nuances extatiques, couleurs mouvantes.

Danses avec un poĂšte du piano

Deux femmes ont Ă©tĂ© distinguĂ©es par notre poĂšte du piano, exactes contemporaines de Saint-SaĂ«ns et Debussy. La Barcarolle de Mel Bonis est ample dans l’usage fait du piano qui sonne large et virtuose tout en Ă©tant trĂšs expressif. La Mazurk’ suĂ©doise de CĂ©cile Cheminade est contrastĂ©e et d’un caractĂšre passionnĂ©. Ces deux trop courtes piĂšces nous ont permis de distinguer combien il est injuste de sous estimer ces compositrices nĂ©es dans l’ombre masculine, mais ayant trouvĂ© un style d’expression personnel et qui mĂ©rite notre attention. La mazurka choisie de Debussy sonne un peu sage et presque raisonnable Ă  cotĂ© des deux dames


Pour finir sur une apothĂ©ose et d’une puissance rare, Philippe Bianconi aborde deux Ă©tonnantes pages de Liszt. La valse-impromptu dĂ©marre avec un sens de l’humour malicieux puis dĂ©veloppe sous des doigts funambulesques, un rythme de plus en plus entrainant puis des hĂ©sitations pleines de sĂ©duction relancent le thĂšme. Philippe Bianconi dispose d’une virtuositĂ© aristocratique ne semblant que facilitĂ©.

Dans la MĂ©phisto-valse 1, il se transforme en diable grand seigneur Ă  l’inquiĂ©tante sĂ©duction tout Ă  fait charismatique, non dĂ©nuĂ©e d’humour noir. Son articulation d’une prĂ©cision d’horloger suisse, ses nuances trĂšs creusĂ©e et des couleurs d’arc en ciel font de cette piĂšce souvent uniquement virtuose sous des doigts moins experts, un petit thĂ©Ăątre de l’horreur infernale. Il n’est pas frĂ©quent d’entendre ainsi cette piĂšce Ă©blouissante sans rien perdre d’une lisibilitĂ© de chaque instant avec un caractĂšre si trempĂ©. Ce diable nous ferait le suivre ou il voudra


C’est la variĂ©tĂ© de jeu de Philippe Bianconi qui a permis de dĂ©guster sans relĂąchement une suite originale de danses pianistiques. Le public a Ă©tĂ© charmĂ© et a obtenu deux bis faisant une ovation Ă  un vĂ©ritable poĂšte du piano.

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 23 septembre 2016 ; Camille Saint-SaĂ«ns (1875-1921) : Suite en Fa majeur, op.90 ; Valse canariote op.88 ; Valse langoureuse en mi majeur,op.120 ; Etude ne forme de valse, op.52 n°6 ; FrĂ©deric Chopin (1810-1849) : Trois mazurkas op.59 ; Valse en la bĂ©mol, op.42 ; Mel Bonis (1858-1937) : Barcarolle ; Cecile Chaminade (1857-1944) : Mazuk’ suĂ©doise ; Claude Debussy (1862-1918) : Mazurka ; Frantz Liszt (1811-1886) : Valse-impromptu ; MĂ©phisto-valse 1 ; Philippe Bianconi, piano.

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin . Philippe Bianconi, piano.

philippe-bianconi piano toulouse jacobins festival de pianoPhilippe Bianconi trĂšs concentrĂ© et dĂ©tendu a pris le temps de laisser le public se calmer et faire un profond silence avant de se lancer dans son interprĂ©tation de la premiĂšre Ballade de Chopin. DĂšs les premiers accords, un son plein, rond, puissant et enveloppant a saisi par sa force de persuasion. Puis dans une gradation de nuances infimes, le son pianissimo a semblĂ© se suspendre sous la voĂ»te. Si les qualitĂ©s de musicalitĂ© fine de Philippe Bianconi sont connues depuis toujours, ce poĂšte du piano a gagnĂ© en sa maturitĂ© une puissance et une force qui lui permettent d’ Ă©galer les plus grands. L‘autoritĂ© naturelle, les moyens pianistiques phĂ©nomĂ©naux se mettent au service d‘une vision personnelle des Ɠuvres. Jouer les Quatre Ballades de Chopin Ă  la suite, pages si diffĂ©rentes et pourtant chacune si profondĂ©ment emblĂ©matique de son auteur, est une gageure tenue haut les mains par le pianiste français. Un rubato audacieux, des nuances trĂšs accentuĂ©es, une force digitale mise au service de l‘harmonie avec un admirable Ă©quilibre des deux mains, rendent Chopin trĂšs moderne tout en restant un modĂšle de romantisme en raison d’une Ă©motion toujours au bord des notes. Jouant par cƓur ces piĂšces complexes, leur style trĂšs diffĂ©rent a Ă©tĂ© dĂ©licatement respectĂ© par un interprĂšte ayant rĂ©flĂ©chi Ă  chaque note et semblant toutefois presque libre jusque dans ses emportements. Cette vision trĂšs construite et qui semble par moment comme improvisĂ©e tient du magicien. La premiĂšre et la quatriĂšme ont pour nous Ă©tĂ© les plus Ă©blouissantes et les plus Ă©mouvantes. Ce qui nous aura le plus marquĂ© est peut-ĂȘtre cette impression d’un piano symphonique Ă  la richesse insoupçonnĂ©e.

Philippe Bianconi embrase le CloĂźtre des Jacobins

Partition Ă  l’Ɠil, Philippe Bianconi a, en deuxiĂšme partie de concert, crĂ©e Papillons de Bruno Montovani. Le compositeur, trĂšs en verve, a longuement prĂ©sentĂ© sa piĂšce, trĂšs pensĂ©e, hommage ambivalent Ă  Schumann. La piĂšce virtuose, en triple et quadruple croches a Ă©tĂ© parfaitement maĂźtrisĂ©e par Philippe Bianconi, qui a su en faire sortir toutes les couleurs et les effets sonores sur tout l‘ambitus du clavier. PiĂšce plus spectaculaire et impressionnante que sensible et Ă©mouvante, mais toujours trĂšs habile.

La fin du concert a permis de se rĂ©galer du piano de Ravel que Bianconi joue de maniĂšre idiomatique. Un Ravel audacieux, et brillant, plein de second degrĂ©, mais surtout, ce qui est bien plus rare mĂȘme chez les plus grands interprĂštes, trĂšs Ă©mouvant. Les piĂšces de danse d’un XVIIIĂšme siĂšcle idĂ©alisĂ© que Ravel joue  Ă  moderniser sont Ă©galement un hommage aux compagnons morts Ă  la guerre. La douleur sourde contenue dans les piĂšces sous le brillant pianistique, n’est pas ici camouflĂ©e. A nouveau nous bĂ©nĂ©ficions  de cette puissance mise au service de l’harmonie avec toutes sortes de couleurs et de sons magnifiques. Des nuances subtiles et des doigts qui font oublier toute notion de travail tant ils semblent libres.

En Bis, deux piĂšces de Chopin, valse et prĂ©lude, redisent les deux points d’écart entre passion et murmure, si reprĂ©sentatives de l‘art de Chopin.  L’ Ile Joyeuse de Debussy a pris des allures de poĂšme symphonique Ă  la pulsion de vie irrĂ©sistible. Le public a fait une belle ovation au musicien radieux.

Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin. Philippe Bianconi, piano.