CD. Philidor : Blaise le savetier par Almazis, Iakovos Pappas (1 cd Maguelone)

philidor-blaise-savetier-almazis-pappas-cd-maguelone-300CD. Philidor : Blaise le savetier par Almazis, Iakovos Pappas (1 cd Maguelone). Le chef et claveciniste Iakovos Pappas et son ensemble Almazis abordent un nouveau joyau de l’opĂ©ra comique français baroque : Blaise le Savetier d’AndrĂ© Danican Philidor. Depuis le dĂ©but des annĂ©es 1750, l’heure est aux Italiens mais aussi Ă  l’essor d’actions scĂ©niques cocasses et pittoresques qui Ă©pinglent avec facĂ©tie et esprit satirique les travers et dĂ©fauts de la condition humaine. En un acte, crĂ©Ă© Ă  la Foire Saint-Germain le 9 mars 1759, Blaise le savetier Ă©blouit par son rythme musical, son intelligence dramatique, son essence parodique. InspirĂ© par un conte de La Fontaine, l’opĂ©ra de Philidor exploite l’opposition des deux couples en prĂ©sence : Blaise et son Ă©pouse Blaisine, plutĂŽt modestes, harcelĂ©s par un couple de propriĂ©taires. Le jeu des faveurs, orchestrĂ© par le savetier, finit par renverser le pouvoir des nantis. EnregistrĂ© en septembre 2013 Ă  la Villa Rose de Malakoff, l’Ɠuvre profite d’une captation rĂ©alisĂ©e sur le vif. Sa verve s’appuie sur l’engagement de la troupe rĂ©unie par Iakovos Pappas toujours trĂšs soucieux d’exprimer la saveur mordante des textes du genre comique : un travail sur le verbe, l’énergie des ensemble,  la vitalitĂ© sĂ©ditieuse des situations dramatiques, la poĂ©sie dĂ©lirante des dialogues et des rapports entre les personnages font ici toute la valeur de cette premiĂšre mondiale. Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd de clasiquenews.com.

Distribution :

Paul-Alexandre Dubois, Blaise

Caroline Chassany, Blaisine

Christophe Crapez, Monsieur Pince

Elizabeth Fernandez, Madame Prince

JĂ©rĂŽme Guiller, premier Recors

Didier Henry, second Recors

Almazis

CĂ©line Martel, Sophie Iwamura, violons

Pierre Charles, violoncelle

Jon Olaberria, haubois

Antoine Pecqueur, basson

Iakovos Pappas, clavecin et direction

Philidor : Blaise le savetier, 1759. 1 cd Maguelone MAG 111196. Parution : 24 avril 2014.

Lire aussi notre compte rendu des opĂ©ras d’aprĂšs La Fontaine de Duni par Almazis Iakovos Pappas, au festival Musiques Ă  la Chabotterie 2013.

Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra royal, le 2 février 2014. Wolfgang Amadeus Mozart : Cosi fan tutte / François André Danican Philidor : Les Femmes vengées. Pascale Beaudin, Blandine Staskiewicz, Claire Debono, Antonio Figueroa, Alex Dobson, Bernard Deletré, Jeffrey Thompson. Ryan Brown, direction musicale. Nick Olcott, mise en scÚne

Mozart_portrait_Hickel_ospehAprĂšs-midi consacrĂ© au marivaudage lyrique Ă  l’OpĂ©ra Royal de Versailles. L’ensemble OpĂ©ra Lafayette, basĂ© Ă  Washington, a eu l’idĂ©e ingĂ©nieuse de remettre au goĂ»t du jour la version française du Cosi fan tutte de Mozart imaginĂ©e au XIXe siĂšcle par Durdilly, infatiguable traducteur de livrets d’opĂ©ras, et de la coupler avec le rarissime opĂ©ra-comique de François AndrĂ© Philidor Les femmes vengĂ©es. Cette seconde Ɠuvre, crĂ©Ă©e en mars 1775 Ă  la ComĂ©die Italienne, fait Ă©cho Ă  la premiĂšre, mais la farce est cette fois initiĂ©e par les femmes, comme une juste revanche aux aventures prĂ©cĂ©dentes.
La compagnie amĂ©ricaine a ainsi crĂ©Ă©, grĂące Ă  la mise en scĂšne classique et drĂŽle Ă  la fois de Nick Olcottt, un dĂ©cor unique de toiles peintes formant une grande maisonnĂ©e, oĂč les deux intrigues peuvent se jouer tour Ă  tour.  Reconnaissons que l’ouvrage de Philidor s’avĂšre celui qui fonctionne le mieux, en grande partie grĂące au livret qui trouve son juste Ă©cho dans la musique, et une partition dĂ©licieuse qu’on prend un plaisir gourmand Ă  dĂ©couvrir ; lĂ  oĂč la traduction française du bijou mozartien s’avĂšre parfois maladroite dans ses rimes, et oĂč la vocalitĂ© qu’appelle la musique ne s’incarne que partiellement dans celle que sert le texte rĂ©Ă©crit.  NĂ©anmoins, la curiositĂ© l’emporte et l’on finit par apprĂ©cier ce Mozart aux sonoritĂ©s diffĂ©rentes, qui remplace en outre les rĂ©citatifs par des dialogues parlĂ©s, le propos trouvant sa justification parfaite dans le cadre fastueux et intime du lieu La distribution rĂ©unie pour l’occasion, identique pour les deux parties de la journĂ©e, tient parfaitement ses promesses.  Si la Fleurdelise de Pascale Beaudin se rĂ©vĂšle parfois trop lĂ©gĂšre pour la dĂ©mesure du personnage, malgrĂ© un aplomb Ă  toute Ă©preuve et des graves courageusement affrontĂ©s, la chanteuse emporte l’adhĂ©sion avec une PrĂ©sidente malicieuse et sensuelle, phrasant avec virtuositĂ© son grand air « De la coquette volage » qui lui vaut au beau succĂšs auprĂšs du public.
Exacte Dorabelle, Blandine Staskiewicz fait Ă©talage de son beau mezzo veloutĂ©, idĂ©al dans cet emploi, et incarne une femme fiĂšre, pourtant finalement prompte Ă  cĂ©der aux avances de son sĂ©ducteur. Sa Madame Lek demeure tout aussi altiĂšre, et forme avec sa consƓur un trĂšs beau duo.

Ainsi font-elles toutes, la vengeance des femmes

Delphine enjouĂ©e et irrĂ©sistible dans ses travestissements tant vestimentaires que vocaux, Claire Debono trouve nĂ©anmoins dans Madame Riss un Ă©panouissement vocal plus grand, l’écriture du rĂŽle lui permettant de dĂ©ployer toute sa voix, d’une richesse qu’on ne soupçonnait pas jusque lĂ , une belle surprise Ă  saluer.
CantonnĂ©s Ă  des rĂ©pliques dans le second ouvrage, les deux soldats se taillent la part du lion dans Cosi. Le tĂ©nor Antonio Figueroa ne fait qu’une bouchĂ©e du rĂŽle de Fernand, malheureusement amputĂ© de son second air, mais paraĂźt bien souvent s’économiser, son seul morceau le trouvant prodigue en nuances et laissant supposer des rĂ©serves vocales dont il ne se sert pas.
Son compagnon de jeu trouve en Alex Dobson un baryton trĂšs Ă  l’aise dans le personnage fanfaron et hilarant de Guillaume, mais le chanteur amĂ©ricain apparaĂźt peu Ă  l’aise avec la diction française, et l’émission vocale sonne par instants comme sombrĂ©e et engorgĂ©e.
Excellent Don Alphonse de Bernard DeletrĂ©, philosophe Ă  l’ironie mordante, toutefois gĂȘnĂ© aux entournures par la vocalitĂ© du rĂŽle ; et trĂšs convainquant Monsieur Riss de Jeffrey Thompson, comĂ©dien en diable et trĂšs en voix lorsqu’il la dĂ©ploie, c’est-Ă -dire trop rarement, sacrifiant bien souvent l’impact sonore au style et aux effets.
Plus de chƓurs, mais la trompette et l’orchestre qui jouent le thĂšme vantant les beautĂ©s de la vie militaire. Ce mĂȘme orchestre, Ă  la fois nerveux mais jamais acide ni rude de sonoritĂ©, Ă  l’équilibre remarquable, bien conduit par Ryan Brown, qui paraĂźt trouver son terrain idĂ©al dans Philidor davantage que chez Mozart, bondissant avec Ă©vidence dans la musique du compositeur français.
Une curiositĂ© que suit une belle dĂ©couverte, le vaudeville lyrique a pris ses aises Ă  l’OpĂ©ra Royal de Versailles, pour notre plus grand plaisir.

Versailles. Opéra Royal, 2 février 2014. Wolgang Amadeus Mozart : Cosi fan tutte. Livret de Lorenzo da Ponte, traduction française de Louis V. Durdilly / François André Danican Philidor : Les Femmes vengées. Livret de Michel-Jean Sedaine. Avec Fleurdelise / Madame la Présidente : Pascale Beaudin ; Dorabelle / Madame Lek : Blandine Staskiewicz ; Delphine / Madame Riss : Claire Debono ; Fernand  / Le Président : Antonio Figueroa ; Guillaume / Monsieur Lek : Alex Dobson ; Don Alphonse : Bernard Deletré ; Le Peintre / Monsieur Riss : Jeffrey Thompson. Opera Lafayette Orchestra, Washington DC. Ryan Brown, direction musicale. Mise en scÚne : Nick Olcott ; Décor : Misha Kachman ; Costumes : Kendra Rai ; LumiÚres : Colin K. Bills