Benjamin BRITTEN : PETER GRIMES

britten_jeune_piano-570FRANCE MUSIQUE, sam 15 mai 2021, 20h. BRITTEN : PETER GRIMES. Madrid, Teatro Real, avril 2021. Le premier drame abouti du britannique Benjamin Britten, créé après la guerre (1945) incarne l’esthétique réaliste et onirique de son auteur : alors que les sublimes interludes marins (joués séparément en concert comme les éléments d’un polyptique orchestral particulièrement puissant et original, inscrivent l’action dans le paysage marin dévasté et épique tant chéri par l’auteur, l’intrigue mêle le cas d’un marginal honni, décrié, pourchassé, inquiété par la foule imbécile et le poids d’un secret terrible…

Qui est Peter ?
Le héros du premier opéra de Benjamin Britten suscite plus de soixante ans après sa création (1945), un débat jamais résolu. Est ce parce que au fond des choses, dans leur identité tenue secrète par le compositeur, les personnages de Britten se dérobent à toute identité claire, parlant au nom de leur concepteur pour une ambivalence qui nourrit leur forte attraction? Rien de plus fascinant sur la scène qu’un être véritable, contradictoire et douloureux, exprimant le propre de la nature humaine, velléités, espoirs, fantasmes, soupçons, poison de la dissimulation, terrible secret. A la manière des héros d’Henri James, le héros ne livre rien de ce qu’il est : il laisse en touches impressionnistes, suggestives, affleurer quelques clés de sa complexité.
A propos de Peter Grimes, Britten et son compagnon le ténor Peter Pears qui créa le rôle, reviennent à plusieurs reprises sur l’identité du héros : solitaire et presque sauvage mais bon et foncièrement compassionnel. Sa différence se révèle dans le rapport à la société qui l’entoure : “à part” donc coupable. Le soupçon qu’il suscite, vient de sa différence. Est-il coupable d’avoir tuer ses apprentis pêcheurs? Britten en épinglant le naturel accusateur des citoyens, décrit la haine du différent, la délation facile, la peur de l’autre… la foule imbécile.

Que Grimes cache un autre secret : tel serait en définitive le vrai sujet, mais infanticide, il ne l’est pas. L’homme incarne la figure du paria car il y a en lui, terrée, imperceptible, une profonde et inavouable blessure.
Sa nature sombre et brutale favorise le soupçon. Il est en décalage avec le monde, un “idéaliste torturé”. En cela, Britten n’a pas franchi la frontière de la barbarie et de la méchanceté du personnage de Georges Crabbe (1754-1832) dont le Poème a inspiré le sujet de son opéra. Britten reprend le cadre, ce lieu battu par les vents et les embruns, le village d’Alteburgh, village de marins mais surtout berceau du compositeur. Mais il s’autorise un changement primordial dans la personnalité du héros.

Peter Grimes, anecdote ou mythe?
L’idée d’un enfant sacrifié, image de l’innocence tuée, récurrente dans l’oeuvre de Britten, exprime la perte de l’état d’enfance et d’insouciance. Le héros de Britten est un être tragique, auquel fut arrachée trop tôt l’innocence au monde. La force de la souillure originelle et le sentiment de fatalité qui en découle, poursuivent le compositeur et ses personnages.
Certains ont souhaité donner à la figure de Peter Grimes, le visage de l’homosexuel honni. C’est vrai et c’est faux. Vrai, pourquoi pas ? Britten et Pears ne cachaient rien du couple qu’ils formaient. Et alors? Avons-nous envie d’ajouter. En quoi cela éclaire-t-il la perception et surtout la compréhension de l’oeuvre?
Il s’agit plutôt d’une allégorie contre l’intolérance. Tout autre relecture aussi pertinente soit-elle, mise en rapport avec la vie et l’identité de l’auteur, réduit considérablement la portée de l’oeuvre. D’ailleurs, lorsque John Vickers chante le rôle, il refuse de ne voir en Peter Grimes, qu’un homosexuel car cela enferme la perception du personnage dans une vision étroite et anecdotique, voire colle au rôle une revendication militante qui est étrangère à la sensibilité de Britten.
Les interludes marins élèvent manifestement l’ouvrage au niveau de l’allégorie : la légende tragique de Grimes gagne grâce aux commentaires de la musique, une portée poétique indiscutable, rehaussant l’anecdote marine à l’échelle du mythe. LIRE notre dossier complet PETER GRIMES, le poids de l’interdit :
http://www.classiquenews.com/benjamin-britten-peter-grimes-2/

Benjamin Britten : PETER GRIMES
Opera in a prologue, three acts and an epilogue
Music by Benjamin Britten (1913-1976)
Libretto by Montagu Slater, based on a poem from the collection The Borough (1810) by George Crabbe
Premiered at the Sadler’s Wells Theatre of London on the 7th of June, 1945 – Premiered at the Teatro Real on the 15th of November, 1997

Peter Grimes I Allan Clayton
Ellen Orford I Maria Bengtsson
Cap. Balstrode I Christopher Purves
Auntie I Catherine Wyn-Rogers
Bob Boles I John Graham Hall
Swallow I Clive Bayley
Mrs. Sedley I Rosie Aldridge
Rev. Horace Adams I James Gilchrist
Ned Keene I Jacques Imbrailo
Hobson I Barnaby Rea
First Niece I RocĂ­o PĂ©rez
Second Niece I Natalia Labourdette
Orchestre et choeur du Teatro Real MADRID
Ivor Bolton, direction

FRANCE MUSIQUE, sam 15 mai 2021, 20h. BRITTEN : PETER GRIMES. Madrid, Teatro Real, avril 2021

PLUS d’INFOS sur le site du Teatrio Real MADRID
https://www.teatroreal.es/en/show/peter-grimes