CD critique. RAMEAU : Dardanus, 1744 (Orfeo Orchestra, Vashegyi, 2 cd Glossa, 2020)

rameau dardanus vashegyi orfeo orchestra cd critique classiquenews cyrille duboisCD critique. RAMEAU : Dardanus, 1744 (Orfeo Orchestra, Vashegyi, 2 cd Glossa, 2020) — Enregistré au MÜPA, le principal centre de concerts de Budapest, en mars 2020, cette nouvelle lecture de Dardanus de Rameau, opéra héroïque et fantastique du génie Baroque français (créé en nov 1739 avec le légendaire Jélyotte dans le rôle-titre, futur créateur de Platée en 1745…), confirme évidemment le souffle dramatique du chef György Vasgeyi dont classiquenews suit pas à pas les réalisations discographiques : aucun doute le maestro maîtrise la veine ardente, noble, expressive de Rameau sans omettre son sens premier de l’orchestre, son goût des timbres instrumentaux, surtout la vitalité organique des divertissements et des ballets qui leur sont associés :  lourre, rigaudons, menuets, tambourins des Phrygiens qui occupent et ferment l’action du III / menuet, musette, contredanse enfin chaconne finale, dans la tradition de Lully depuis le XVIIè, qui concluent le V…);

Maestro Vashegyi insuffle à  l’ouverture une ampleur symphonique dévoilant le Rameau dramaturge, le grand architecte de la scène lyrique, le magicien des sons qui outrepasse le prétexte narratif du livret (en particulier quand paraît Isménor qui commande aux forces infernales à l’acte II) et explore une palette de couleurs et de rythmes jamais conçus à son époque. La version retenue est celle de 1744.

rameau jean philippe rameauLa lecture bĂ©nĂ©ficie d’une distribution virile solide : Teucer /IsmĂ©nor (Thomas DoliĂ©), AntĂ©nor (Tassis Christoyannis) et surtout Dardanus auquel le timbre brillant du tĂ©nor Cyrille Dubois apporte une tendresse vaillante. Ouvrant l’acte IV et marquant ainsi toute la partition, sa plainte comme prisonnier exprimant le gouffre de la douleur atteint une sincĂ©ritĂ© directe grâce au style dĂ©pouillĂ© du soliste français ; dommage cependant que le chant s’ Ă©paissit d’un maniĂ©risme pathĂ©tique parfois trop appuyĂ© (Ă©cart plus romantique que baroque) qui rend ainsi le texte souvent inintelligible : cette scène est pourtant l’une des plus saisissante de tout l’opĂ©ra français du XVIIIè, entre dĂ©sespoir, hallucination, cauchemar Ă©veillé… RAMEAU y glisse une claire critique contre l’enfermement dĂ©cidĂ© par l’arbitraire, la dĂ©fense de cette libertĂ© absolue qu’il chĂ©rit en digne fils des Lumières (un sujet qu’il traite jusque dans son dernier opĂ©ra Les BorĂ©ades oĂą il dĂ©nonce la torture…). Le duo qui suit avec Ismenor, exprimant Le triomphe de la lumière sur les tĂ©nèbres de la geĂ´le prolonge cette quĂŞte libertaire. D’ailleurs tout l’acte IV tend vers la lumière, direction quasi maçonnique. Ce qu’approfondit encore et dĂ©ploie l’enchaĂ®nement des Ă©pisodes de l’acte V quand VĂ©nus fait rĂ©gner l’empire de l amour, transformant le lieu carcĂ©ral en rive de Cythère.

Dardanus, héros des Lumières, sait pardonner à son rival tutélaire Teucer, grâce à l’amour qu’éprouve pour lui la fille de ce dernier, Iphise (décevante Judith van Wanroij à la voix métallisée, à l’articulation poussive, bien peu naturelle). Pour le reste, l’élégance et le sens du détail comme le geste imaginatif du chef atteint un haut niveau artistique qui inscrit la réalisation parmi les meilleures versions discographiques, ce malgré les faiblesses des autres solistes. Ici l’orchestre fait tout, en particulier dans la succession des tableaux chorégraphiques de conclusion.

CD Ă©vĂ©nement, critique. GRAUN / BACH / TELEMANN : Passion pasticcio, c 1750. Purcell Choir, Orfeo Orchestra / György Vashegyi (2 cd GLOSSA – Budapest, janvier 2020)

graun passio oratorio vashegyi glossa review critique cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. GRAUN / BACH / TELEMANN : Passion pasticcio, c 1750. Purcell Choir, Orfeo Orchestra / György Vashegyi (2 cd GLOSSA – Budapest, janvier 2020). VoilĂ  la redĂ©couverte d’une Ĺ“uvre Ă©clectique mais puissante, retable disparate pourtant incontestablement unitaire qui tĂ©moigne aussi d’une pratique musicale familière Ă  l’époque de JS BACH : l’art des assemblages musicaux hĂ©tĂ©rogènes…
Par « Pasticcio » / « pâtisserie » en Italien, il faut entendre amalgame : comme Bach a modifiĂ© pour chacune des 4 rĂ©alisations de sa Passion selon Saint-Jean, le choix des airs et des sĂ©quences (1724,1725, 1732 puis 1749), les auditeurs du XVIIIè avaient davantage coutume d’entendre et de chanter de la musique (chorals) que d’écouter religieusement – au sens du XXè, une Ĺ“uvre cohĂ©rente et unitaire. L’ordre et la succession des airs restent donc mobiles et l’usage d’utiliser des sĂ©quences diverses, voire de compositeurs diffĂ©rents ne surprend pas. Ce pasticcio sacrĂ© / « oratorio de la Passion », jouĂ© du vivant de Bach et qui regroupe les Ă©critures de Graun, Telemann et probablement JS Bach, dirigĂ© par son fils CPE Carl Philipp Emanuel saisit par sa force expressive, sa grande sĂ©duction formelle et la cohĂ©rence qui s’en dĂ©gage, tant l’inspiration malgrĂ© les mains diffĂ©rentes, reste constante, visiblement inscrite dans l’esthĂ©tique « galante », d’une dĂ©licatesse de ton continue, d’emblĂ©e tournĂ©e vers la lumière d’une foi sereine, apaisĂ©e, confiante, … Les chĹ“urs y sont magistraux, l’écriture fuguĂ©e de haut vol ; certes le matĂ©riel majoritaire est redevable Ă  la main de CH Graun (1704-1759), compositeur officiel de la cour de FrĂ©dĂ©ric II (dès 1740), contemporain es mĂ©rite de Haendel et de JS Bach, dont la cantate de la Passion (« Ein Lämmlein geht und trägt die chuld » de 1730) forme la structure matriciel du cycle ainsi amplifiĂ© et Ă©laborĂ© vers 1750, et selon la tradition des ouvrages destinĂ©s au Vendredi Saint, organisĂ©s en 2 parties.
CLIC D'OR macaron 200Même mobile, l’ordre des séquences ainsi agencées, de Telemann à Graun sans omettre JS Bach, édifie une architecture puissante et majestueuse, au souffle dramatique et spirituel irrésistible, que les interprètes portent avec un engagement communicatif, surtout un naturel en partage, qu’il s’agisse des chœurs ou des solistes réunis autour du chef György Vashegyi. On sait la maîtrise de sa direction dans l’opéra français baroque (de Rameau à Mondonville) : éloquence, fluidité, élégance, articulation du texte s’écoutent ici, sans que jamais l’effet ne l’emporte sur le recueillement. Voilà qui plaide en faveur d’une redécouverte de ses œuvres dont Der Tod Jesu (1755), Passion la plus jouée au XVIIIè pendant la Semaine Sainte. Superbe redécouverte. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2021.

 

CD Ă©vĂ©nement, critique. GRAUN / BACH / TELEMANN : Passion pasticcio, c 1750. Purcell Choir, Orfeo Orchestra / György Vashegyi (2 cd GLOSSA – Budapest, janvier 2020).  PLUS d’INFOS sur le site de l’ensemble ORFEO ORCHESTRA Ă  BUDAPEST / György Vashegyi

 

 

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CD précédents dirigés par le chef hongrois GYÖRGY VASHEGYI et critiqués sur CLASSIQUENEWS :

mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sûreté de sa direction, le William Christie Hongrois… C’est un défricheur au tempérament généreux, surtout à la vision globale et synthétique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilité et de goût : car le chef hongrois goûte et comprend comme nul autre aujourd’hui, à l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

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rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les Fêtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd découlant de l’année Rameau 2014. Le présent titre est d’autant plus méritoire qu’il dévoile la qualité d’une partition finalement très peu connue et qui mérite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces années 1740 qui marquent assurément la plénitude de son génie … 1745 est une année faste pour Rameau.  Aux côtés de Platée, ces Fêtes de Polymnie soulignent une inventivité sans limites. Le compositeur mêle tous les genres,  renouvelle profondément le modèle officiel et circonstanciel déjà conçu et développé par Lully. En guise d’une œuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siècle précédent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversité de formes et de genres poétiques.  Les titres de chaque Entrée indiquent ainsi les développements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  féerie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : à ce titre l’argument et le climat de la troisième dépasse tout ce qui a été entendu jusque là tant le dernier volet développe singulièrement le thème féerique qui le porte…

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BOISMORTIER GLOSSA voyages de l amour vashegyi 2 cd critique review cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD événement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa) – CLIC découverte / hiver 2020. En 1736, 3 ans après le choc du scandaleux Hippolyte et Aricie de Rameau, Boismortier aborde à son tour l’opéra ballet dans le sillon de Campra, Leclair, Rebel et… Rameau évidemment dont Les Indes galantes marquent le contexte de création des Voyages de l’amour. Mais ce premier coup d’essai dans ce genre pathétique et tendre, pastoral et langoureux est un coup de maître. Le compositeur bénéficie d’un livret solide, produit d’un jeune « prodige » (de 20 ans) : La Bruère.

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CD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa)

BOISMORTIER GLOSSA voyages de l amour vashegyi 2 cd critique review cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa) – CLIC dĂ©couverte / hiver 2020. En 1736, 3 ans après le choc du scandaleux Hippolyte et Aricie de Rameau, Boismortier aborde Ă  son tour l’opĂ©ra ballet dans le sillon de Campra, Leclair, Rebel et… Rameau Ă©videmment dont Les Indes galantes marquent le contexte de crĂ©ation des Voyages de l’amour. Mais ce premier coup d’essai dans ce genre pathĂ©tique et tendre, pastoral et langoureux est un coup de maĂ®tre. Le compositeur bĂ©nĂ©ficie d’un livret solide, produit d’un jeune « prodige » (de 20 ans) : La Bruère.

En outre, la valeur de ce Boismortier lui inspire des personnages qui touchent par leur profondeur : ici l’Amour désemparé malgré sa puissance, aimerait que l’on aime pour ce qu’il est et non pour sa nature divine. C’est tout l’enjeu de ses 3 séquences, au village, à la ville, à la cour. Contre le mensonge et la déloyauté, les faux semblants et les serments inconstants, Boismortier caractérise un Cupidon ivre de vérité : qui éprouve les sentiments de Daphné par le truchement de son travestissement en Sylvandre : Amour parviendra-t-il a touché le cœur de son aimée pour ce qu’il est ? C’est tout le défi du dernier tableau : « le retour » (Acte IV).

La musique affirme une claire ambition orchestrale Ă©gale au gĂ©nie ramĂ©lien, offrant de superbes caractĂ©risations que sert ici une assez bonne distribution, surtout fĂ©minine car il ne faut pas rater le trio de tĂŞte : Amour, ZĂ©phire, DaphnĂ© ; comme les seconds rĂ´les dont surtout ceux de BĂ©roĂ© (version 2 de l’Acte II), Julie (magnifiquement incarnĂ©es par l’excellente ElĂ©onore Pancrazi qui nous gratifie d’un chant souverain d’une fluiditĂ© enivrante, au texte mordant et impeccablement projetĂ© : un modèle du genre). AssurĂ©ment au jeu des cartes (qui s’affiche en couverture) c’est Ă©videment « La Pancrazi » dont le nom ne figure mĂŞme pas, qui reste le joker de la rĂ©alisation. On ne peut en dire de mĂŞme de ses consĹ“urs qui certes ont le caractère de chaque personnage mais diluent le texte et restent continument inintelligibles. Chantal Santon (Cupidon ou l’Amour languissant, insatisfait) ; Katherine Watson (ZĂ©phire, suivant de l’Amour) Judith van Wanroij (DaphnĂ©, rĂ©sistant Ă  Apollon jusqu’à l’acte IV…) – un comble pour une restitution qui se veut Ă  la pointe du chant baroque français. C’est d’un coup le relief du texte qui est perdu.

C’est là la seule réserve d’une lecture où brille la ductilité chorégraphique, la soie flexible de l’Orfeo Orchestra qui sous la direction de l’enchanteur Vasgeyi captive du début à la fin. L’articulation, la subtilité, l’expressivité sans aigreur ni tension, sont depuis ses premiers pas dans le Baroque français, sa marque de fabrique. Le chef hongrois maîtrise le sens de la grandeur (Boismortier semble développer l’opéra ballet dans un style héroïque et tragique propre à la tragédie en musique).
Les liens avec Rameau sont d’autant plus manifestes quand on sait les détails de la genèse et de la création des Voyages de l’Amour : ce sont deux interprètes familiers de Rameau qui créent les personnages principaux imaginés par Boismortier : l’excellent Pierre Jélyotte (haute-contre en Amour), Antoine Cuvillier (taille en Zéphyre ; Adario dans les Indes Galantes). Dommage que ces deux tessitures n’ont guère été maintenues pour cette lecture qui se veut réhabiliter l’œuvre. On aurait goûter ces nuances particulières qui font passer des suavités d’un Watteau à la sincérité d’un Fragonard.

CLIC_macaron_2014Le compositeur ainsi révélé maîtrise une écriture et une orchestration proche de Rameau dont il n’a certes pas les vertiges dramatiques, mais partage dans la veine amoureuse, une nostalgie et une poésie, égales. Le Purcell Choir a la respiration juste, une élégance naturelle toujours aussi superlative. Ce nouvel apport réalisé par György Vashegyi mérite donc des louanges et le CLIC découverte de classiquenews.

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CD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa) – CLIC dĂ©couverte / hiver 2020.

COMPTE-RENDU, concert sacré. Paris, le 29 janv 2020. MOZART : Requiem. Barath, Wilder. Orfeo Orch, Purcell Choir. Gyorgy Vashegyi

 György Vashegyi : le Baroque Français au sommetCOMPTE-RENDU, concert sacré. Paris, TCE, le 29 janv 2020. MOZART : Requiem. Emoke Barath, Anthea Pichanick, Zachary Wilder, Istvan Kovacs. Orfeo Orchestra, Purcell Choir. Gyorgy Vashegyi, direction. Programme latin et sacré au Théâtre des Champs Elysées avec cette production des Grandes Voix autour du chef d’œuvre liturgique de Mozart, son dernier opus, le Requiem en ré mineur. L’orchestre hongrois Orfeo Orchestra avec le Purcell Choir sont par leur fondateur, figure importante du renouveau de la musique baroque en Hongrie, Gyorgy Vashegyi. Le maestro a été distingué à plusieurs reprises sur classiquenews pour ses excellentes lectures des opéras baroques français de Rameau (  Naïs, 2017  /  les Indes Galantes, 2018) à Mondonville (Grands Motets, 2015). La distribution des solistes est rayonnante de talent, composée de la soprano Emoke Barath, la contralto Anthea Pichanick, le ténor Zachary Wilder et le baryton Istvan Kovacs.

Le Requiem de Mozart par Gyorgy Vashegyi

Une ferveur paisible…

La première partie de la soirée révèle trois œuvres méconnues dont les interprétations ont été tout à fait à la hauteur de l’heureuse découverte. D’abord le motet de Mozart, Sancta Maria, mater Dei K.273, d’une gaîté à la fois simple et profonde. Le Domine, secundum actum meum (1799) du viennois Albrechtsberger (contemporain de Haydn, maître de Beethoven), est si rare qu’il n’existe pas encore d’enregistrement de l’œuvre. Répons de la Semaine Sainte, l’opus sollicite beaucoup les cuivres et les bois, pour notre plus grand bonheur. Les cordes sont pleines de caractère et le chœur a des passages tout à fait ravissants ! La première partie culmine avec le Requiem en do mineur de Gregor Joseph Werner (1763), connu surtout en tant que prédécesseur de Haydn comme maître de chapelle de la famille Esterhazy. L’œuvre est riche et très souvent exubérante, avec un Kyrie pompeux, et un dialogue fulgurant, pyrotechnique même, entre les cuivres et la soprano. Les parties vocales solo et la performances des vents sont tout particulièrement délectables.

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsAprès un tel début de soirée les attentes sont grandes pour la suite. Avant l’oeuvre phare l’ensemble interprète l’avant-dernière œuvre religieuse de Mozart, le très célèbre Ave verum k.618 pour choeur et cordes. Synthèse sublime de l’art mozartien, avec sa polyphonie discrète et le traitement exquis des voix, c’est beau, tout simplement.
Le monument-testament inachevé de Mozart, le Requiem en ré mineur (dans sa version traditionnelle terminée par Süssmayr) commence avec un peu de tumulte au niveau des vents, un fait dissonant par rapport aux performances précédentes, peut-être dû à la facture baroque des instruments. Si nous sommes loin de la ferveur habituelle pendant le Kyrie, les cordes sont tout à fait assaillantes lors du Dies Irae, étrangement plus puissantes que les voix masculines du chœur, qui déçoivent. Lors du Tuba Mirum s’enchaînent de magnifiques solos vocaux, saisissants, qui compensent la soudaine timidité des chœurs. Au Rex Tremendae nous avons enfin l’impression que toutes les parties inégales s’harmonisent enfin dans la prestation chorale. Les cordes et les solistes surtout nous enivrent lors du Recordare, impressionnant. Puis le Confutatis est dramatique mais pas trop, et le sublime Lacrymosa poignant, ma non tanto. La dynamique s’améliore par la suite et nous retenons surtout les performances des solistes, irréprochable ; véritables protagonistes, ils sont les piliers salvateurs de la prestation. L’orchestre se rattrape dans le Benedictus malgré tout et les artistes ont l’amabilité d’offrir l’Ave Verum en bis.

Une soirée riche en découvertes du répertoire latin du 18e siècle ; elle nous permet de comprendre la difficulté et l’exigence requises dans l’interprétation du chef d’œuvre liturgique de Mozart, qui donne le titre à l’événement et dont les bijoux sont, comme d’habitude, les voix.

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COMPTE-RENDU, concert sacré. Paris, TCE, le 29 janv 2020. MOZART : Requiem. Emoke Barath, Anthea Pichanick, Zachary Wilder, Istvan Kovacs. Orfeo Orchestra, Purcell Choir. Gyorgy Vashegyi, direction.

CD. Rameau : Les Fêtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa)

rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂŞtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement très peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie … 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂ´tĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂŞtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂŞle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modèle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ĺ“uvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siècle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisième dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singulièrement le thème fĂ©erique qui le porte…

Prolongement de l’annĂ©e Rameau 2014, le FĂŞtes de Polymnie sont une redĂ©couverte majeureDĂ©lices orchestraux et vocaux de Polymnie

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂŞtes de PolymnieLe lien de tout cela est prĂ©servĂ© par un formidable orchestre qui palpite et bondit, s’enivre et s’alanguit, rĂ©ussissant la caractĂ©risation de chaque danse, revendiquant par une instrumentation miroitante et brillante (trompettes et cors sont tous mĂŞme spĂ©cifiquement honorĂ©s et sollicitĂ©s par Zimes dans le III),  la souverainetĂ© expressive de l’orchestre : la divine musique que nous sert Rameau en particulier dans cette entrĂ©e III, saisit par sa majestĂ© comme sa suavitĂ©. Orfeo Orchestra sous la baguette fine et nerveuse de György Vashegyi dĂ©cuple de saine inspiration dans La FĂ©erie : la puissance Ă©vocatrice de l’orchestre qui en guise de fond fĂ©Ă©rique imagine la clameur de la chasse et du motif cynĂ©gĂ©tique, captive : c’est un dĂ©ferlement d’invention mĂ©lodique, harmonique, rythmique, perpĂ©tuel… le tout attestant du gĂ©nie de Rameau et renouvellant de fait, la tradition de l’opĂ©ra ballet de circonstance.

La distribution convainc diffĂ©remment selon les tableaux.  Disons que les hommes se montrent Ă  la hauteur de la partition… Le soprano charnu d’AurĂ©lie Leguay pose un problème d’intention poĂ©tique et de technique : le chant dĂ©borde souvent la dĂ©licatesse ramĂ©lienne : rĂ©serves soulevĂ©es par sa MnĂ©mosyne carrĂ©ment surjouĂ©e et peu intelligible (Prologue); puis dans son ArgĂ©lie,  carrĂ©ment ampoulĂ©e,  aux aigus Ă©tranglĂ©s pour le troisième volet (et une justesse bien alĂ©atoire) ; en revanche quel aplomb et quel panache linguistique affirme Mathias Vidal, Ă©nergie voire vĂ©hĂ©mence d’un engagement toujours parfaitement articulĂ© (voilĂ  qui prolonge ses rĂ©ussites exemplaires avec le CMBV : Atys de Piccinni,  et relevant de la mĂŞme annĂ©e Rameau 2014 : Bacchus surtout Trajan dans la très convaincante rĂ©crĂ©ation du Temple de la gloire, autre rĂ©vĂ©lation de cette annĂ©e de commĂ©moration avec donc cette Polymnie flamboyante. Un prochain disque du Temple de la Gloire est Ă©galement annoncĂ© d’ici la fin 2015.

CLIC D'OR macaron 200Au sommet d’une partition qui aurait pu seulement plaire et flatter – c’est Ă  dire polir et sculpter la solennitĂ© dĂ©corative au sacrifice de l’intĂ©rioritĂ©,  le baryton Thomas DoliĂ© se distingue nettement. La seconde entrĂ©e, L’histoire, impose un Ă©tonnant brio des cuivres, la rĂ©sonance des percus et le chĹ“ur Ă  la fĂŞte, visiblement très engagĂ©s dans l’expression du retour de la gloire grâce au hĂ©ros vertueux et clĂ©ment (SĂ©leucus) : Ă  nouveau la noblesse hĂ©roĂŻque de Thomas DoliĂ©, campe le vainqueur sublime SĂ©leucus ; dans sa somptueuse virilitĂ© chantante s’Ă©coule dĂ©jĂ  tous les souverains idĂ©alisĂ©s par Les Lumières : roi magnanime et comprĂ©hensif, surtout père prĂ©occupĂ©, exemplaire… la richesse du timbre, la simplicitĂ© et le naturel de l’articulation, l’intelligibilitĂ© font ici un modèle de chant engagĂ©, prĂ©cis, d’une rare intelligence dramatique. Puis, le chanteur touche au sublime pathĂ©tique dans la solitude de Zimes au III… souci du verbe, justesse Ă©motionnelle,  simplicitĂ© et mesure du style (air : Que deviens je ?)… tant de grâce noble et raffinĂ©e fait espĂ©rer demain un superbe ThesĂ©e (Hippolyte et Aricie) ou un non moins coeur foudroyĂ© idĂ©al pour le rĂ´le d’AnthĂ©nor dans Dardanus et son fameux air “Monstres affreux”…: que les directeurs n’oublient pas son formidable potentiel.

Lumineuse,  tendre,  d’un brio irrĂ©sistible,  le soprano d’EmĹ‘ke Baráth est l’autre perle vocale de la distribution (Polymnie puis une syrienne dans le Prologue et le III). La prĂ©sence de VĂ©ronique Gens reste prĂ©cieuse mĂŞme si la voix hĂ©las n’offre plus rien dans les aigus Ă  peine soutenus et constamment confus.
Sa Stratonice a la distinction altière et royale (malgrĂ© ses aigus tirĂ©s, vibrĂ©s, confus) : elle fait une princesse tiraillĂ©e, dont l’amour pour son beau fils, Antiochus, fait une cougar, traĂ®tresse au roi SĂ©leucus. Son “Triste recours des malheureux” partage avec Phèdre d’Hippolyte et Aricie, une souveraine gravitĂ©, digne des plus grandes tragĂ©dies de Rameau.DistinguĂ©e, racĂ©e, ainsi Gens / Stratonice parvient Ă  convaincre (n’a t elle pas l’âge et la fatigue manifeste du rĂ´le?). Sachons donc reconnaĂ®tre la finesse de sa diction toujours d’un port princier. .. qui fait mouche mĂŞme dans le rĂ´le de la mère aux vertus magiciennes d’Oriane.

Thomas DoliĂ©,  Mathias Vidal,  EmĹ‘ke Baráth font les dĂ©lices vocaux de cette rĂ©crĂ©ation attendue pour l’annĂ©e Rameau.  La tenue musicale,  fluide, ronde,  prĂ©cise de l’orchestre,  la qualitĂ© du chĹ“ur ajoutent Ă  l’excellence artistique du prĂ©sent enregistrement : un autre fleuron Ă  possĂ©der d’urgence dans le prolongement du Rameau concertant et transposĂ© du jeune ensemble ZaĂŻs de BenoĂ®t Babel (1 cd Parary)…. en attendant le ZaĂŻs avec la subtile et irrĂ©sistible Sandrine Piau dans le rĂ´le clĂ© de ZĂ©lidie (voir notre reportage vidĂ©o ZaĂŻs de Rameau,  recrĂ©ation de novembre 2014).

CD. Rameau : Les FĂŞtes de Polymnie, 1745. Ballet hĂ©roĂŻque en un Prologue et Trois actes : La Fable, L’Histoire, La FĂ©erie. Avec Thomas DoliĂ©, Mathias Vidal, Emoke Barath, VĂ©ronique gens, AurĂ©lia Legay, Marta Stefanik, Domonkos BlazsĂł… Purcell Choir, Orfeo Orchestra. György Vashegyi, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en Hongrie, Palace des Arts, en avril 2014 (2 cd Glossa rĂ©f.: GCD 923502).

VIDEO : voir notre reportage exclusif Les Fêtes de Polymnie de Rameau, extraits musicaux de la production dirigée en Hongrie par György Vashegyi