HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2. Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423INTRODUCTION
 A l’étĂ© 2016, Decca publie un coffret « The Great oratorios », somme discographique de 41 cd, regroupant 16 oratorios principaux du Saxon Georg Friedrich Handel / Haendel (1685-1759). MĂȘme incomplet car il ne s’agit pas d’une intĂ©grale (sont absents des ouvrages pourtant majeurs tels concernant la pĂ©riode prĂ©londonienne : Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de 1737 ou la BrockesPassion de 1719 ; puis entre autres, le sublime Allegro, Il Penseroso ed il Moderato de 1740 ; Susanna de 1749,
), le coffret Decca The Great oratorios offre un focus idĂ©al sur une double thĂ©matique : la carriĂšre passionnante de Handel hors de l’Europe continentale, aprĂšs son sĂ©jour miraculeux en Italie, aprĂšs ses nombreux engagements en terres germaniques
 et aussi, un regard sur l’interprĂ©tation moderne, principalement celle des chefs anglais, des drames non scĂ©niques de Haendel, soit des annĂ©es 1970 avec Mackerras (1977) jusqu’aux plus rĂ©cents McCreesh et Minkowski
 sans omettre les passionnants Hogwood, Pinnock, Christophers et Gardiner
 Certes le geste de Neville Marriner (nĂ© en 1924), pionnier visionnaire en l’occurrence n’est pas prĂ©sent non plus (d’autant que Decca dĂ©tient ses gravures les plus intĂ©ressantes), mais la somme ainsi rĂ©Ă©ditĂ©e se rĂ©vĂšle passionnante. OpportunitĂ© pour CLASSIQUENEWS d’Ă©voquer pas Ă  pas, l’avancĂ©e de l’Ă©popĂ©e de Haendel Ă  Londres dans les annĂ©es 1740 et 1750 : un travail qui l’occupe Ă  la fin de sa vie jusqu’Ă  l’Ă©puiser.

handel-haendel-londres-london-vignette-dossier-haendel-2016-sur-classiquenewsL’inventivitĂ© du crĂ©ateur trouve en Angleterre un terreau fertile et parfois Ă©prouvant, pour inventer une nouvelle forme dramatique : opĂ©ra seria, masques ou odes, enfin surtout Ă  partir de 1733 (2Ăšme version d‘Esther), en langue anglaise, l’oratorio spĂ©cifiquement britannique. OĂč toute scĂ©nographie absente, permet Ă  la seule Ă©criture vocale et musicale, d’exprimer tous les enjeux et ressorts dramatiques comme le parcours moral et le sens spirituel des ouvrages, d’autant que l’action y est souvent plus psychologique que spectaculaire. LIRE notre prĂ©sentation et introduction complĂšte (Les Oratorios de Haendel, dossier spĂ©cial, partie 1).

 



HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2

Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

 

Dossier : Haendel Ă  Londres, les oratorios anglaisBilan interprĂ©tatif… A l’heure du bilan, l’Ă©coute rĂ©trospective souligne l’engagement palpitant des chefs Hogwood (1941-2014), Trevor Pinnock (nĂ© en 1946), Harry Christophers (nĂ© en 1953)…, douĂ©s d’un raffinement expressif de premier ordre, soucieux aussi de cohĂ©rence s’agissant des distributions de solistes. Le second cycle d’oratorios ici prĂ©sentĂ©s et critiquĂ©s, souligne le geste particuliĂšrement convaincant de Paul McCreesh, nĂ© en 1960  (Solomon, Theodora
 en 1999 et 2000) surclassant aisĂ©ment par sa suprĂȘme Ă©lĂ©gance et sa fine caractĂ©risation, les lectures d’un Gardiner, en comparaison trop lisse et vocalement dĂ©sĂ©quibrĂ©. Les derniers ouvrages contenus dans le coffret DECCA “The grĂ©Ăąt oratorios” dĂ©voile Ă©galement l’évolution du dernier Handel, de moins en moins spectaculaire, mais progressivement mĂ©ditatif, intime, d’une rare intelligence psychologique, confirmant la profondeur spirituelle des drames anglais, aux cotĂ©s de l’écriture chorale, d’une remarquable Ă©loquence
 Pour nous les deux chefs d’oeuvres absolus demeurent aprĂšs Le Messie, 
Solomon et Theodora (version McCreesh donc, perle du prĂ©sent coffret).

 

 

 

Solomon, mars 1749

haendel handel londres oratorio anglaisCrĂ©Ă© en mars 1749 au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden de Londres, Solomon illustre un Ă©pisode poĂ©tique inspirĂ© du Livre des Rois et des AntiquitĂ©s de Flavius Joseph. Le livret est restĂ© anonyme. Le choeur y est un personnage principal, au mĂȘme titre que les autres hĂ©ros; l’orchestre, particuliĂšrement raffinĂ© ; et pour colorer sa partition, Handel emprunte Ă  nouveau Ă  ses confrĂšres, nombres de mĂ©lodies qui lui plaisent (Muffat, Telemann, Steffani). L’élĂ©gance et le raffinement de l’écriture entendent exprimer cet Ăąge d’or d’une AntiquitĂ© lĂ©gendaire et hautement morale que le rĂšgne gĂ©orgien du vivant de Handel ressuscite : aux oratorios de Handel, la mission d’en argumenter le rapprochement. Salomon, comme Alexandre et Hercule en France, offrant un modĂšle pour le Souverain ainsi cĂ©lĂ©brĂ© allusivement par le compositeur.

Acte I. Salomon le sage. L’ouvrage souligne la sagesse de Solomon qui trouve sa force dans sa foi en Dieu. FortifiĂ© encore par les louanges du grand prĂȘtre, Zadock, le jeune roi Ă©coule des jours heureux avec son Ă©pouse, la fille de Pharaon.
Acte II. Le jugement de Salomon. Deux prostituĂ©es se querellent la maternitĂ© d’un mĂȘme enfant. Contraste saisissant entre le rĂ©cit des deux mĂšres : la premiĂšre tendre, la seconde, haineuse et vindicative. Solomon ordonne de couper en deux moitiĂ©s Ă©gales le bĂ©bĂ© : la seconde femme, tout autant victorieuse et sauvage, rĂ©vĂšle sa nature mauvaise et son action mensongĂšre (n°19). Seule la vraie mĂšre, soucieuse de la vie de son enfant, reste affligĂ©e, digne et douloureuse, prĂȘte Ă  renoncer pour sauver l’enfant (n°20 : « Can I see my infant gor’d »). L’imposture Ă©tant dĂ©voilĂ©e, Solomon chasse la 2Ăšme femme : rĂ©confortant la 1Ăšre mĂšre (duo sublime n°22 : « Thrice bleds’d be the King » )

Acte III : Louange monarchique. Salomon le sage chante son bonheur avec son Ă©pouse, cĂ©lĂ©brĂ© par Zadock : est ce bien la JudĂ©e ou l’Angleterre gĂ©orgienne que cĂ©lĂšbre ici Handel ? Le choeur entonne un cycle d’airs contrapuntiques d’un souffle miraculeux, aussi exigeants que Israel en Egypte et Le Messie.

mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-Wrightoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. LE MIRACLE MCCREESH. En 1999, – prĂ©ludant au miracle de sa Theodora l’annĂ©e suivante (avec certains mĂȘmes solistes dont Susan Gritton ou Paul Agnew), au service d’une flexibilitĂ© souvent chorĂ©graphique, pleine de souple caractĂ©risation, le geste de Paul McCreesh et ses Gabrieli Consort & Pslayers excellent dans un drame hautement moral oĂč aux cĂŽtĂ©s de la plasticitĂ© aimable des choeurs, Ă©blouit une distribution trĂšs cohĂ©rente sur le plan expressif : la tendresse habitĂ©e de Susan Gritton (Reine de Sheba), la basse toute aussi onctueuse et si musicale de Peter Harvey (un Levite : sublime caractĂ©risation humaine pour ce rĂŽle de seconde importance mais capitale dans l’humanitĂ© du sujet, dĂšs son premier air au I), sans omettre le Zadock de grande classe de Paul Agnew, comme le timbre Ă©gal, juvĂ©nile, Ă©clatant de la haute-contre Andras Scholl, au sommet de ses possibilitĂ©s vocales, pour la figure axiale de Solomon. Tout cela coule comme une langue naturelle, d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sistible : McCreesh Ă©gale la science ductile, la flexibilitĂ© souveraine, poĂ©tique et expressive de William Christie chez Rameau ou chez Handel (cf son magnifique Belshazzar rĂ©alisĂ© en 2012) : c’est dire la rĂ©ussite totale de cet enregistrement de 1999, suivi en 2000, d’une tout aussi somptueuse Theodora. 2 enregistrements qui sont des must pour comprendre la langue dramatique et poĂ©tique de Haendel dans le genre de l’oratorio anglais.

 

 

 

Theodora, mars 1750

Oratorio en 3 actes, d’une longueur significative, Theodora est crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden en mars 1750 et retrace l’épopĂ©e de la martyre chrĂ©tienne au dĂ©but du IVĂš siĂšcle. Le librettiste Thomas Morell s’inspire moins de la piĂšce de Pierre Corneille que reprend le roman moralisateur publiĂ© en 1687 par Robert Boyle. Trop psychologique, la partition suscita une nette rĂ©serve de la part des Londoniens. Car l’écriture se fait de plus profonde et Ă©purĂ©e, expression croissante d’un mouvement intĂ©rieur de plus en plus serein et donc extatique oĂč la martyre Theodora emporte avec elle, ceux qui l’entourent et l’admirent : IrĂšne ; surtout le jeune romain Didymus -qui aime la jeune fille-, sur la voie du renoncement, du sacrifice et de la mort, car il s’est converti au christianisme et entend affirmer sa libertĂ© de conscience tout en restant fidĂšle Ă  Rome (ce que n’accepte pas l’autoritaire PrĂ©fet d’Antioche, Valens). Du mĂ©diocre texte de Thomas Morell, Handel observe avec un soin particulier le cheminement spirituel des Ăąmes justes, sur lesquels les Ă©preuves glissent, toutes absorbĂ©es par la rĂ©alisation de leur martyre final. Ce focus psychologique est le point central de l’évolution des oratorios de Haendel, certes capable de scĂšnes collectives et spectaculaires, mais aussi concepteur de sublimes portraits intimes, d’une haute valeur morale.

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-WrightInterprĂ©tation. Souffle d’une grande tendresse, le geste tout aussi vif et nerveux de McCreesh en 2000 rĂ©ussit mieux que Gardiner, la suprĂȘme vivacitĂ© du drame orchestral et l’incisive et trĂšs pĂ©nĂ©trante acuitĂ© psychologique ; dans la rĂ©alisation des Gabrieli Consort & Players, tout y est idĂ©al : le cynisme arrogant et expressif des romains paĂŻens (Valens – excellent baryton :Neal Davies, qui a l’ardeur des bourreaux ; le choeur des romains) ; l’inatteignable sĂ©rĂ©nitĂ© des chrĂ©tiens, d’une croyance extatique, ineffablement tendre : Theodora, Irene, Didymus, soit Susan Gritton, Susan Buckley, Robin Blaze). MĂȘme Septimus, l’ami de Didymus est superbement portraiturĂ© par le tĂ©nor Paul Agnew (dans son chant s’écoule tous les enchantements arcadiens : premier air n°6, « Descend, kind pity » ). Le tempĂ©rament de McCreesh signe l’un de ses meilleurs enregistrements haendĂ©liens par sa fougue, son articulation, et souvent un Ă©tat d’urgence dramatique, totalement absent chez le plus lisse Gardiner. D’autant qu’outre la relief chorĂ©graphique des intermĂšdes orchestraux, le chef sait aussi Ă©clairer la suprĂȘme Ă©lĂ©gance du Handel, compositeur Ă©rudit et lettrĂ©, poĂšte sĂ©ducteur et esthĂšte de premier plan. Cette vivacitĂ© rappelle Pinnock et Hogwood : le raffinement et l’imagination de McCreesh dans la caractĂ©risation de chaque profil et dans chaque situation suscitent une totale adhĂ©sion. Enregistrement majeur.

 

 

 

Jephtha, février 1752
L’ultime oratorio HWV 70 est crĂ©Ă© le 26 fĂ©vrier 1752 au ThĂ©Ăątre royal Covent Garden et dĂ©montre la derniĂšre maniĂšre de Handel Ă  Londres, soit 7 annĂ©es avant sa mort. A la marge du choeur concluant l’acte II, le compositeur diminuĂ© et Ă  bout de souffle, Ă©crit : « incapable de continuer Ă  cause de l’affaiblissement de la vue de mon oeil gauche ». De fait, aprĂšs une pĂ©riode de repos total, mais de plus en plus aveugle, le compositeur achĂšve tant bien que mal Jephtha et sombre dans la cĂ©citĂ©, condamnĂ© Ă  66 ans, Ă  cesser toute activitĂ© musicale. C’est un dĂ©chirement et une fin tragique qui s’accordent au sujet de son dernier oratorio
 celui du renoncement et de l’adieu au monde. La composition a durĂ© du 21 janvier au 30 aoĂ»t 1751. A nouveau, Handel rĂ©serve le rĂŽle central de Jephtha au tĂ©nor John Beard.
Acte I. Zebul invite les Juifs Ă  choisir son demi frĂšre Jephtha pour les conduire Ă  la victoire sur les Ammonites. Iphis, la fille de Jephtha promet Ă  Hamor qu’elle l’épousera aprĂšs la victoire de son pĂšre. AllĂ©gresse et ivresse collective emportent les Juifs et dans un Ă©lan d’enthousiasme irrĂ©flĂ©chi, Jephtha promet au Seigneur que s’il gagne la bataille, il sacrifiera la premiĂšre personne qu’il rencontre.
Acte II. HĂ©las, Iphis se prĂ©pare et accueille son pĂšre conquĂ©rant au son d’une gracieuse symphonie en sol (extraite d’Ariodante) : elle chante sa joie sur une gavotte. Le pĂšre invite sa fille Ă  quitter aussitĂŽt les lieux mais il est trop tard. Iphis se soumet au sacrifice cependant que le pĂšre rĂ©siste Ă  sa promesse.
Acte III. Iphis fait ses adieux dans un air dĂ©chirant (« Farewell, ye limpide springs and floods »). Tel un Deus ex Machina, Thomas Morell rĂ©Ă©crit l’action que Carrissimi avait rendu bouleversante : en accord avec Handel, un ange paraĂźt et suspend l’arrĂȘt divin si Iphis accepte de vouer sa vie Ă  Dieu : elle aura la vie sauve. En liaison avec sa propre situation, le compositeur brosse un portrait Ă©blouissant de la fille Iphis, insouciante et joyeuse au I, frappĂ©e par l’ordre divin au II, capable au III d’une gravitĂ© nouvelle et d’un renoncement admirables. Les auteurs semblent se soumettre aux lois impĂ©nĂ©trables et insaisissables de la destinĂ©e.

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Gardiner en 1989 signe l’un de ses premiers oratorios avec un soin particulier Ă  l’orchestre : tout coule, tout se rĂ©alise sans cependant cette Ă©lĂ©gance dĂ©tachĂ©e impĂ©riale qui fait de l’écriture haendĂ©lienne, l’expression d’une grĂące aristocratique. La tenue des deux premiers solistes : Zebul et Jephthah restent conformes, un peu trop lisse : Stephen Varcoe et Nigel Robson. De sorte qu’en un regard global, la caractĂ©risation n’atteint pas l’étonnante vivacitĂ© de ses ainĂ©s : Hogwood, Pinnock, Christophers ; ni mĂȘme l’éloquence palpitante de McCreesh. Il y manque ce raffinement royal, cette Ă©lĂ©gance suprĂȘme rĂ©solvant le tragique et la tendresse que l’on peut souvent a contrario retrouver dans les meilleures versions de William Christie. Anne Sofie von Otter offre au rĂŽle de Storge, sa gravitĂ© douloureuse et princiĂšre qui semble la distinguer comme Ă©tant la seule qui en vĂ©ritable Cassandre, a l’intuition de l’horreur Ă  venir
 Lynne Dawson fait une Iphis rien que
 gracieuse qui au moment de l’ultime sacrifice et renoncement du III manque sĂ©rieusement de profondeur et de vĂ©ritĂ© : pourtant Jephtah recueille le dernier sentiment du Handel anĂ©anti et usĂ© ; dans « Farewell  » n°34, grand air de suprĂȘme dĂ©tachement, soliste et chef restent Ă  la surface, d’une mesure jolie et 
 prĂ©cieuse voire apprĂȘtĂ©e / offrant une belle rĂ©alisation sans guĂšre d’hallucinants vertiges. Il faut rĂ©Ă©couter ici la profondeur poĂ©tique atteinte par Sir Neville Mariner, Ă  rĂ©Ă©diter chez 
 Decca.

 

 

 

 

Compléments

Le Coffret Decca ajoute l’Ode Alexander’s Feast ou le pouvoir de la musique en l’honneur de Sainte CĂ©cile, en deux parties, composĂ©e d’aprĂšs Dryden (1697), et prĂ©sentĂ©e en crĂ©ation Ă  Londres au ThĂ©Ăątre Royal Covent garden en fĂ©vrier 1736. ImmĂ©diatement, le public londonien applaudit cette ode, fiĂšre et princiĂšre allĂ©gorie, au souffle philosophique chantĂ©e en anglais (26 reprĂ©sentations de 1736 Ă  1755).
Partie 1. Selon Plutarque, Alexandre vainqueur de Darius, cĂ©lĂšbre en prĂ©sence de la belle ThaĂŻs, sa victoire Ă  Persepolis lors d’un grand et somptueux banquet : hymne Ă  Zeus, Ă  Bacchus, Ă©vocation de la mort de Darius, cĂ©lĂ©bration des joies de l’amour et des plaisirs, grĂące Ă  la musique (incarnĂ© par le chantre ThimotĂ©e dont le chant suscite divers passions par son Ă©loquente maĂźtrise).
Partie 2. Le tĂ©nor chante un air guerrier et la basse justifie l’acte des Grecs contre les Perses car ces derniers avaient incendiĂ© AthĂšnes. Juste retour des choses. Alors qu’on cĂ©lĂšbre la destruction de Persepolis, le choeur final compare le chant de ThimotĂ©e au pouvoir salvateur de la musique et de Sainte-CĂ©cile. Handel n’organise pas son sujet en un drame cohĂ©rent comprenant personnages et situations dramatiques enchaĂźnĂ©es. C’est une succession d’airs, duos et de choeurs exclamatifs, fortement expressifs, le plus souvent allĂšgres.

InterprĂ©tation. Pourtant avec ses fabuleux Monteverdi Choir et les English Baroque Solists, Gardiner en 1988 rĂ©alise un soutien choral et orchestral trĂšs sĂ©duisant mais trop lisse et finalement d’une tenue mĂ©canique peu caractĂ©risĂ©e sur la durĂ©e. Les solistes sont plus intĂ©ressants, permettant d’exprimer aves justesse le sentiment et le caractĂšre de chaque sĂ©quence : Donna Brown, Carolyne Watkinson, Stephen Vercoe
 Pour autant l’engagement des interprĂštes manquent de souffle et d’urgence et l’on reste en attente d’une version plus mordante et vive.

 

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsLe coffret ajoute aussi un oratorio de jeunesse, en anglais parmi les premiers essais : Acis & Galatea, HWV 49, masque en deux parties d’aprĂšs le livret de John Gay, crĂ©Ă© Ă  Cannons en 1718
 En 1978, soit l’une de ses premiĂšres lectures haendĂ©liennes, Gardiner et ses English Baroque Soloists frappent un grand coup, d’une fraicheur de ton admirable, d’une vivacitĂ© expressive passionnante. D’une grĂące purcelliennes, le masque est une savoureuse et suave pastorale oĂč perce dĂ©jĂ  le souffle des choeurs, surtout le solitude langoureuse de la brute PolyphĂšme pour Galatea, qui Ă©crase l’amant de la belle, Acis. La verve thĂ©Ăątrale, l’acuitĂ© du geste saisissent et convainquent totalement, assurant Ă  ses dĂ©buts, la justesse poĂ©tique de Gardiner aux cĂŽtĂ©s duquel brillent la grĂące et tendresse des solistes : Norma Burrowes, Anthony Rolfe Johnson, Willard White soit Galatea, Damon et Polyphemus. Superbe premier geste originel d’un Gardiner non encore « standardisé » (comme il tendra Ă  l’ĂȘtre dans les annĂ©es 1980 et 1990). La version, prĂ©cĂ©demment rĂ©Ă©ditĂ©e dans le coffret Archiv, analogue archives / ARCHIV Produktion / analogue stereo recordings (1959-1981) – 50 cd limited edition (parution de mai 2016) — LIRE notre prĂ©sentation et critique 

LIRE aussi le volet 1 de notre grand dossier HAENDEL / HANDEL, les Oratorios 1/2

 

 

 

HAENDEL / HANDEL : Les oratorios (partie 1/2)

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423HAENDEL / HANDEL : les oratorios anglais, dossier spĂ©cial. A l’étĂ© 2016, Decca publie un coffret « The Great oratorios », somme discographique de 41 cd, regroupant 16 oratorios du Saxon Georg Friedrich Handel (1685-1759). L’occasion est trop belle pour classiquenews d’y complĂ©ter la rĂ©daction des critiques de chaque version choisie, par l’Ă©vocation de l’aventure exceptionnelle de Haendel Ă  Londres principalement oĂč il “invente” l’oratorio anglais. Le coffret Decca The Great oratorios offre un focus idĂ©al sur une double thĂ©matique : la carriĂšre passionnante de Handel hors de l’Europe continentale, aprĂšs son sĂ©jour miraculeux en Italie, aprĂšs ses nombreux engagements en terres germaniques
 et aussi, un regard sur l’interprĂ©tation moderne, principalement des chefs anglais, des drames non scĂ©niques de Haendel, soit des annĂ©es 1970 avec Charles Mackerras jusqu’aux plus rĂ©cents McCreesh et Minkowski
 sans omettre les passionnants Hogwood, Pinnock, Christophers…

 

 

 

Hogarth,_William_-_Portrait_of_a_Man_-_Google_Art_Project

 

 

 

haendel handel londres oratorio anglaisL’inventivitĂ© du crĂ©ateur trouve en Angleterre un terreau fertile et parfois Ă©prouvant, pour inventer une nouvelle forme dramatique : opĂ©ra seria, masque puis surtout en langue anglaise, l’oratorio spĂ©cifiquement britannique ; un genre que Purcell aurait pu lui aussi inventer… OĂč toute scĂ©nographie absente, permet Ă  la seule Ă©criture vocale et musicale, d’exprimer tous les enjeux et ressorts dramatiques comme le parcours moral et le sens spirituel des ouvrages, d’autant que l’action y est souvent plus psychologique que spectaculaire. C’est aussi une opportunitĂ© offerte de mesurer l’état de l’interprĂ©tation des Anglais principalement sur un sujet qui intĂ©resse leur propre histoire musicale. Certes le coffret comporte des actions de jeunesse, Acis et GalatĂ©e, surtout La Resurrezione, qui renvoient aux annĂ©es de formations et aux premiers essais dramatiques. Mais en regroupant les principaux oratorios anglais de 1739 Ă  1752, de Esther, Athalia et Saul, les premiers dĂ©cisifs, jusqu’aux « ultimes mystiques », Theodora et Jephta (1750 et 1752), sans omettre les drames allĂ©goriques et sacrĂ©s dont le diptyque majeur, Israel en Egypte et surtout le Messie (1739 et 1742), nous voici en prĂ©sence d’un monument de la ferveur dramatique qui compose un corpus aussi important esthĂ©tiquement et spirituellement que Les Passions et la Messe en si de JS Bach.

Face Ă  ces prodiges proches de l’opĂ©ra mais dont les interprĂštes doivent aux cĂŽtĂ©s des ressorts expressifs, exprimer aussi le continuum spirituel et la cohĂ©rence interne de l’architecture, rĂ©ussir l’alternance des choeurs mĂ©ditatifs ou jubilatoires et le profil intimiste et individualisĂ©s des solistes, de nombreux chefs ici paraissent. Mackerras, orchestralement dĂ©passĂ© (continuo systĂ©matique et trop lisse); Gardiner surprĂ©sent et pas toujours trĂšs vigilant sur la cohĂ©rence de ses distributions solistes ; c’est surtout les surprenants et plus habitĂ©s Christopher Hogwood, Harry Christopher, ou Trevor Pinnock (fabuleux Messie) qui surprennent par une vitalitĂ© nerveuse plus souvent finement caractĂ©risĂ©e que Gardiner

En profitant de la parution de ce coffret Ă©vĂ©nement Ă©ditĂ© par Decca, CLASSIQUENEWS Ă©claire l’itinĂ©raire de Haendel dans le genre de l’oratorio sacrĂ©, principalement Ă  Londres (mĂȘme si Le Messie, pierre angulaire de l’oeuvre est d’abord crĂ©Ă© et applaudi, donc compris
 Ă  Dublin / c’est un peu comme DonGiovanni de Mozart, autre Ɠuvre majeure lyrique, d’abord portĂ©e en triomphe Ă  Prague, avant la conservatrice Vienne
). AprĂšs la prĂ©sentation synthĂ©tique de chaque ouvrage prĂ©sent dans le coffret, la RĂ©daction rĂ©capitule les qualitĂ©s (et parfois les limites) de chaque lecture enregistrĂ©e.

 

 

HANDEL / HAENDEL Le SAXON en Angleterre


handel haendel portrait vignette dossier handel haendel 2016 496px-George_Frideric_Handel_by_Balthasar_DennerHaendel (1685-1759) suit Ă©troitement la destinĂ©e de son protecteur l’électeur de Hanovre dont il est depuis 1710, Ă  25 ans, Kapellmeister grĂące Ă  l’appui du diplomate et compositeur, rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© par Cecilia Bartoli, Steffani. Quand l’Electeur devient le roi George Ier d’Angleterre, Handel rejoint l’Angleterre et Londres dĂšs 1711. AprĂšs une tentative forcenĂ©e de dĂ©velopper l’opĂ©ra seria italien Ă  Londres Ă  travers l’AcadĂ©mie royale de musique qu’il dirige en 1719,- aprĂšs un Ă©chec et une ruine financiĂšre, malgrĂ© la crĂ©ation d’une nouvelle Ă©quipe (Seconde AcadĂ©mie en 1728), Haendel doit bien se rendre Ă  l’évidence que l’opĂ©ra italien n’a pas assez d’auditeurs convaincus parmi les londoniens. Il remet son tablier et entreprend une nouvelle aventure dans un genre nouveau : l’oratorio anglais. Dans la langue de Shakespeare, les oratorios ainsi nĂ©s Ă  partir de 1739 bouleverse la vie musicale Ă  Londres et dans le royaume : Haendel a dĂ©sormais affinĂ© une forme lyrique totalement convaincante et s’est taillĂ© une reconnaissance jamais vue auparavant.

A travers l’oratorio peu Ă  peu Ă©laborĂ©, Haendel soumet l’éclectisme gĂ©niale de son imagination Ă  l’aulne de son exigence dramatique. Pas un emprunt ou une idĂ©e adoptĂ©e s’ils ne servent surtout l’efficacitĂ© de l’action, l’acuitĂ© et intensitĂ© de l’expression. Avant Londres et alors qu’il n’est que le jeune compositeur saxon Ă  Rome, Haendel aborde le genre oratorio mais en
 italien. Ainsi se succĂšdent Il trionfo del Tempo e del Disinganno, oratorio allĂ©gorique (Rome, juin 1707), surtout La Resurrezione (Rome, Palazzo Bonelli, avril 1708)
 premier oratorio sacrĂ© alors dirigĂ© par Corelli : le jeune Haendel y Ă©crit comme Ă  l’opĂ©ra, mais sans virtuositĂ© gratuite, soignant l’expression d’une effusion hallucinĂ©e, victorieuse Ă  l’énoncĂ© de la RĂ©surrection.

Divin mozartien : Christopher Hogwoodoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Oratorio italien. EmblĂ©matique de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration des baroque dĂ©poussiĂ©rant et rĂ©formateur sur instruments d’époque, Christopher Hogwood en 1982 dĂ©voile la furie italienne du gĂ©nie saxon du jeune Handel Ă  Rome : sa Resurrezione offre une synthĂšse de tous les oratorios italiens baroques qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Orchestralement et sur des temps parfois plus lents que ceux choisis par les plus rĂ©cents maestros (Minkowski plus que prĂ©cipitĂ©), Hogwood cisĂšle la langue de Handel aussi virtuose que Vivaldi, aussi sensuelle et dramatique que les VĂ©nitiens, autant agile et virtuose que les Napolitains. Instrumentalement, le chef visionnaire prend le temps d’approfondir, de colorer, d’instaurer un climat 
 que peu aprĂšs lui sauront reprendre et prolonger. Vocalement : Ian Partridge fait un San Giovanni un peu en retrait bien que poĂ©tiquement trĂšs nuancĂ©. Le couple Emma Kirkby / David Thomas contraste idĂ©alement Ange et Lucifer avec un sens du texte captivant. Emue par l’exemple et la Passion du Sauveur, la Maddalena de la soprano Patrizia Kwella a la bonne et juste couleur d’une Ăąme compatissante et doloriste mais sans vraie conviction, elle donne l’impression d’échapper aux enjeux vĂ©ritables, spirituels et dramatiques de son superbe air n°22 : « Per me giĂ  di morire ». C’est le maillon faible de la distribution, soulignant un manque d’assise et de fermetĂ© expressive tout autant perceptible dans son Esther Ă  venir 3 annĂ©es aprĂšs cette Resurrezione (lire commentaire ci aprĂšs).

Esther

Les premiers oratorios en anglais remontent Ă  l’annĂ©e 1720 quand le compositeur croit encore au succĂšs de l’opĂ©ra italien Ă  Londres. Ainsi Esther d’aprĂšs Racine, est crĂ©Ă© Ă  Londres en 1720 (remaniĂ© en 1732).
L’importance des choeurs est emblĂ©matique du genre Ă  venir : Haendel l’a reprise de la musique de Moreau pour la tragĂ©die de Racine oĂč soli et choeurs alternent sur les paraphrases des Psaumes. Mais l’écriture de ses choeurs extatiques et poĂ©tiques, d’un souffle dramatique et spirituel nouveau, s’inspire surtout des Anthems Purcelliens. Le perse AssuĂ©rus (Xerxes) retient prisonnier les Juifs mais il Ă©pouse Esther en ignorant que la belle est israĂ©lite. Instance noire, Hamam envisage la perte des Juifs. Car le tuteur d’Esther, Mordecai refuse de lui rendre hommage. Lors du fameux banquet (ScĂšne 6) Esther dĂ©voile ses origines juives Ă  son Ă©poux qui toujours amoureux la confirme, punit Hamam et reconnaĂźt la dignitĂ© de Mordecai
 La version de 1720 emprunte beaucoup aux airs dĂ©jĂ  composĂ©s pour la BrockesPassion. Et les critiques reprochent dans cet oratorio des dĂ©buts, un dĂ©sĂ©quilibre dramatique entre la longueur de certains choeurs et la succession des airs solistes.

 

hogwood-christopher-582-594-une-actualite-classiquenews-coffret-oiseau-lyre-bach-vivaldi-mozart-haydnoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. En 1985, sur instruments d’époque, Christopher Hogwood signe une lecture ample dramatiquement, ciselĂ©e dans son dĂ©roulement instrumental avec comme toujours chez lui, une vive attention Ă  la caractĂ©risation du continuo selon les situations. Le chef rĂ©ussit dĂšs l’ouverture Ă  insuffler une urgence palpitante Ă  l’orchestre, soulignant les enjeux Ă©motionnels de l’action Ă  venir. Le travail du maestro orchestralement atteint des sommets de fine coloration des airs, sachant Ă©viter bien des tunnels d’ennui si prĂ©sent chez les autres chefs trop peu initiĂ©s aux secrets des rĂ©citatifs
 HĂ©las, la soprano certes fragile et trĂšs colorĂ©e de Patricia Kwella dans le rĂŽle d’Esther manque singuliĂšrement d’assurance (justesse alĂ©atoire) ; faiblesse a contrario effacĂ©e chez son partenaire Anthony Rolfe Johnson dans le rĂŽle du Perse magnifique, Ă  l’ñme amoureuse; magnifique duo extatique, des deux ĂȘtres unis par un lien irrĂ©vocable (N°13 : « Who calls my parting soul from death? », Handel imagine ce duo comme s’il Ă©tait chantĂ© simultanĂ©ment Ă  2 voix unies en un seul souffle) – sommet lumineux auquel s’oppose la couleur de l’air sombre et haineux d’Hamam (N°21: « How art thou fall’n from thy Height »  trĂšs assurĂ© David Thomas). La caractĂ©risation dramatique de chaque sĂ©quence, une Ă©tonnante plasticitĂ© expressive assurent cette version d’Hogwood, maĂźtre des accents dramatiques (malgrĂ© le fil disparate de l’action dans ce premier oratorio prometteur mais inĂ©gal). Superbe tenue artistique.

 

 

Suivent aprĂšs Esther, Deborah (1733), nouvelle pierre testĂ©e Ă  l’époque oĂč Haendel connaĂźt les pires dĂ©boires artistiques et financiers dans le genre de l’opĂ©ra italien, en particulier dus Ă  la concurrence de la troupe rivale, l’OpĂ©ra de la noblesse (et son champion invitĂ© depuis Naples en grande pompe et budget : Porpora, et le castrat vedette, Farinelli). Deborah ne fait pas partie du coffret Decca.

Athalia / Athalie (3Ăšme oratorio anglais) d’aprĂšs Racine encore (comme Esther), et crĂ©Ă© Ă  Oxford en juillet 1733, suscite un triomphe en partie grĂące Ă  la richesse des effectifs de la crĂ©ation, le souffle du drame, l’orchestration raffinĂ©e (cor, flĂ»tes, archiluth
), surtout la fine caractĂ©risation de chaque personnage d’une fresque tragique : la reine Athalia, souveraine d’Israel, a reniĂ© Jehova Ă  la faveur du dieu Baal : c’était compter sans le seul survivant des crimes qu’elle a commanditĂ© pour assoir son pouvoir : le jeune Joas / Eliacin, que la femme du Grand PrĂȘtre Joad, Josabeth protĂšge et Ă©lĂšve au Temple. A la fin de l’action, la souveraine indigne est renversĂ©e par le jeune juste Joas.

 

hogwood christopher oiseau lyre coffrets bach mozart haydn vivaldi critique presentation classiquenews mai 2015oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Sur instruments anciens, et d’une vitalitĂ© dansante, vĂ©ritablement enivrĂ©e, The Academy of Ancient Music et Christopher Hogwood en 1986 se montrent Ă©patants d’un bout Ă  l’autre (motricitĂ© habitĂ©e des cordes). C’est le choix du plateau qui convainc tout autant, servant le dĂ©sir haendĂ©lien de caractĂ©risation psychologique : l’angĂ©lique Emma Kirkby fait une Josabeth lumineuse et conquĂ©rante face Ă  l’Athalie, puissante et au timbre plus Ă©pais et dramatique de Joan Sutherland, dont la couleur trĂšs lyrique, exprime le fossĂ© entre les deux femmes. Contrastes trĂšs juste. Le Joad de James Bowman impose un standard de l’interprĂ©tation : la voix blanche, Ă©gale, dĂ©vibrĂ©e du haute-contre exprime directement le chant mystique, la voix divine incarnĂ©e, celle de la vĂ©ritĂ©.

haendel handel george-frideric-handel-1685-1759-german-composerSAUL, 1739. Saul affirme une premiĂšre maturitĂ© lors de sa crĂ©ation au King’s ThĂ©Ăątre de Haymarket, en janvier 1739. D’aprĂšs le livret de Charles Jennens, l’action musicale de Saul profite d’une genĂšse plus longue que d’habitude, avec des emprunts Ă  ses ouvrages prĂ©cĂ©dents (dont Agrippina, Faramondo ou La Resurrezione
) et aussi Ă  d’autres compositeurs lui transmettant des idĂ©es mĂ©lodiques qu’il enrichit ensuite avec le gĂ©nie que l’on sait (Urio, Telemann, Zachow, Kuhnau
). L’orchestration est encore plus riche et soignĂ©e que dans Athalia (comprenant trombones, trompettes, hautbois, flutes, bassons, harpe, thĂ©orbe
). L’ouvrage est portĂ© en triomphe devant la Cour royale. Jennens, dilettante Ă©rudit campagnard que la renommĂ©e a dĂ©crit comme « vaniteux ridicule » a soignĂ© le texte et son dĂ©roulement dramatique : le futur librettiste du Messie, affirme dans Saul, une intelligence indĂ©niable. Relisant les Livres de Samuel, Jennens souligne les errances du jeune David, Ă©prouvĂ© par le vieux politique Saul, et surtout l’épisode fantastique, hallucinĂ© de la SorciĂšre, en fin de drame (acte III) oĂč l’ombre de Samuel apprend au vieux jaloux Saul, sa mort prochaine ainsi que celle de son fils (l’ami de david), Jonathan
 LĂ  encore, Haendel exploite comme d’un opĂ©ra, tous les prĂ©textes Ă  fine caractĂ©risation et situations contrastĂ©es, prenantes. Une trame amoureuse donne de la consistance aux figures bibliques : dont les jeunes femmes Michal, fille de Saul, amoureuse du jeune David, alors conquĂ©rant de Goliath; puis Merab, soeur de Jonathan, que Saul promet Ă  David. Finalement mariĂ© Ă  celle qu’il aime, Michal, David doit faire face Ă  la jalousie croissante de Saul Ă  son Ă©gard. Jusqu’à la bataille dĂ©cisive, oĂč David vainc Saul, Jonathan, et les Philistins.

 

gardiner john eliot maestro-gardiner_voyage-automne-versailles classiquenewsoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Parfois un peu raide et sĂ©vĂšre, John Eliot Gardiner en 1991 laisse un Saul qui manque souvent de profondeur et d’humanitĂ©, de souffle, de poĂ©sie (l’épisode de la sorciĂšre au III est mis en dĂ©route par un Samuel imprĂ©cis et Ă  la justesse alĂ©atoire
). Pourtant dans l’écriture de l’oratorio nous tenons lĂ  un sommet dramatique oĂč Haendel libĂ©rĂ© des conventions de l’opĂ©ra (aria da capo entre autres) invente une nouvelle langue lyrique ; le choeur omniprĂ©sent est un personnage Ă  part entiĂšre,; s’y succĂšdent en un rythme dictĂ© par l’urgence du drame, de courts arias sans reprises. MĂȘme l’opulence nouvelle de l’orchestre sonne creuse et droite. L’orchestre affecte la sonoritĂ© gĂ©nĂ©reuse, flatteuse d’une belle mĂ©canique, mais souvent dĂ©pourvue de toute intention poĂ©tique rĂ©elle : voilĂ  qui distingue la richesse spirituelle et la vĂ©ritĂ© d’un Hogwood ou d’un Pinnock, comparĂ©s Ă  la facilitĂ© plus artificielle de Gardiner. De fait, Saul n’est pas le meilleur oratorio de Gardiner. Seule Donna Brown (Merab) et Lynne Dawson (Michal) se distinguent ; le David de Derek Lee Ragin assĂšne une intensitĂ© pincĂ©e, qui trĂ©pigne trop pour ĂȘtre le chant d’un hĂ©ros sage et juste. Lecture imparfaite, surtout inaboutie.

 

Les drames sur des textes sacrés : Israel en Egypte et Le Messie.

Avant les derniers oratorios – le plus saisissants par leur architecture globale, dramatique et psychologique, Haendel gagne en maĂźtrise dans sa lecture et propre comprĂ©hension des textes sacrĂ©s : ainsi sont conçus, Israel in Egypt (Exodus) crĂ©Ă© Ă  Londres, Haymarket, King’s ThĂ©Ăątre en avril 1739, puis The Messiah / Le Messie, Ă  Dublin en avril 1742 ; tous deux, ouvrages dĂ©cisifs, sur le livret de Charles Jennens.

haendel handel londres oratorio anglaisDans Israel en Egypte (1739), c’est l’unitĂ© et la profonde cohĂ©rence du drame qui saisit, auquel rĂ©pondent force et concision de l’écriture musicale. Haendel fait se succĂ©der d’abord l’Exode (partie 1), puis Le Cantique de MoĂŻse (partie 2) : le choeur est l’élĂ©ment principal, – peuple des hĂ©breux outragĂ©s, humiliĂ©s, martyrisĂ©s, qui fuit Pharaon par la traversĂ©e des eaux de la Mer rouge ; en une Ă©criture contrapuntique des plus flexibles et dramatiques, Haendel dĂ©montre la science Ă©pique de son style choral (Ă©galant ainsi Bach), atteignant des prodiges de caractĂ©risation pour les choristes, particuliĂšrement sollicitĂ©s. Narratif, spectaculaire, le premier volet exprime la tĂ©nacitĂ© du peuple Ă©lu. Dans la seconde partie, d’aprĂšs le Cantique de MoĂŻse, Haendel chante la justice et la puissance divine, misĂ©ricordieuse et protectrice, en particulier le sort rĂ©servĂ© aux Egyptiens submergĂ©s et finalement vaincus
 entre proclamation et Ă©vocation spectaculaires, priĂšre et hymnes spirituels, d’une grande Ă©nergie mystique, les choeurs et arias affirment la maĂźtrise du compositeur dont la force du message s’appuie sur un orchestre et un choeur Ă  la fois, dĂ©taillĂ© et flamboyant. Ici c’est surtout l’inspiration sacrĂ©e des airs qui s’impose car les voix solistes n’incarnent pas de figures individuelles mais la conviction et la passion de sentiments partagĂ©s, produits par chaque situation Ă©voquĂ©e.

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. En 1995, Gardiner convainc surtout par ses choeurs bouillonnants d’expressivitĂ© cohĂ©rente et finement caractĂ©risĂ©e, doublĂ© par un orchestre des plus Ă©vocateurs (N°4 : He spake the word
 ; Ă©tonnant N°25a: « The people shall hear », grave et d’un lugubre, dĂ©sespĂ©rĂ©, de surcroĂźt le plus long des choeurs : plus de 7mn)
 l’excellent Monteverdi Choir fait montre d’une plasticitĂ© profonde, d’une force intĂ©rieure aux accents dramatiques souvent irrĂ©sistibles; on reste cependant plus rĂ©servĂ© sur le choix des solistes souvent peu justes, et trop lisses (duet n°24: alto/tĂ©nor: JP Kenny, totalement absent et dĂ©simpliquĂ© / Philip Salmon.

 

haendel handel classiquenewsLE MESSIE, 1742. Le Messie Ă©voque le succĂšs de Haendel, hors de Londres, en particulier Ă  Dublin, rĂ©pondant Ă  l’invitation du Lord Lieutenant d’Irlande : crĂ©Ă© en avril 1742, Le Messie suscite un triomphe immense (prĂšs de 700 spectateurs dĂšs sa crĂ©ation). A Londres, les spectateurs furent plus rĂ©servĂ©s, hostiles mĂȘmes, choquĂ©s d’écouter des textes sacrĂ©s au thĂ©Ăątre. Il fallut attendre 1750 pour que Le Messie s’impose Ă  Londres quand Handel, reprenant la vocation altruiste de ses concerts, imagina de le donner au Foundling Hospital au profit des nĂ©cessiteux de Londres. Enrichie de hautbois et de bassons, la partition devait connaĂźtre une faveur croissante au point d’ĂȘtre jouĂ©e devant une salle comble, chaque annĂ©e. Dans la premiĂšre partie, les ProphĂštes annoncent l’arrivĂ©e du Messie, sauveur, lumiĂšre du monde en une succession d’airs, hymnes, priĂšres d’une joie Ă©perdue
 tandis que le choeur, plus inspirĂ© et mystique que prĂ©cĂ©demment, en exprimant son omnipotence, glorifie Dieu. La seconde partie s’interroge sur le sens de la Passion ; puis la troisiĂšme et courte derniĂšre partie, se concentre surtout sur le sens de la RĂ©surrection. ElĂ©gantissime, inspirĂ©, plein d’espoir et de tendresse lumineuse, Haendel Ă  la diffĂ©rence des Passions de Bach, plus Ăąpre (Saint-Jean) ou dĂ©ploratif (Saint-Matthieu) explore une ferveur des plus Ă©tincelantes oĂč les promesses du pardon envoĂ»tent l’auditeur Ă  force de nobles et trĂšs humaines priĂšres. Architecte inspirĂ©, il sait ciseler la dĂ©licate modĂ©nature entre choeurs mĂ©ditatifs, airs solos, parure orchestrale de plus en plus raffinĂ©e et inspirĂ©e.

 

pinnock maestro trevor-pinnock_2704847boratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423EBLOUISSANT TREVOR PINNOCK. En 1988, Trevor Pinnock et ses musiciens de l’English Concert sĂ©duisent immĂ©diatement par un sens miraculeux du texte : caractĂ©risation fluide et Ă©tonnamment nuancĂ©e de l’orchestre, surtout Ă©lĂ©gance, fluiditĂ© et naturel du tĂ©nor au sommet de ses possibilitĂ©s vocales et expressives, le lĂ©gendaire Howard Crook dans l’un de ses emplois les mieux chantants. Son entrĂ©e, rĂ©citatif accompagnĂ© puis air, sont d’une irrĂ©sistible intensitĂ©, effusion et narration tendre et habitĂ©e par la noblesse du livret de Jennens. En comparaison, Gardiner au mĂȘme moment ennuierait presque par une sonoritĂ© plus lisse, ronde, donc plus prĂ©visible. Eblouissante, d’une virtuositĂ© flexible et toujours nuancĂ©e, si proche du texte Arleen Auger Ă©blouit elle aussi (N°16, Rejoyce greatly, daughter of Zion
 illuminĂ© par son timbre Ă©vident). MĂȘme couleur brillante et instinct irrĂ©prochable pour la haute contre Michael Chance (noblesse et certitude aĂ©rienne d’une fluiditĂ© liquide du n°13 : « Thou art gone up on high. »  Reconnaissons que la sĂ»retĂ© des solistes rĂ©unis autour de lui par Trevor Pinnock laisse pantois ; rien Ă  voir avec les solistes plus incertains de Gardiner, presque dix ans plus tard.

 

 

 

 

DERNIERS ORATORIOS : 1743-1750
Les derniers oratorios. VĂ©ritables opĂ©ras sacrĂ©s (sauf les deux mythologiques : SĂ©mĂ©lĂ© et Hercules), les derniers ouvrages anglais de Haendel sont des drames de plus en plus intĂ©rieurs oĂč brillent grĂące aux contrastes rĂ©alisĂ©s des choeurs – vrais personnages collectifs ou force morale faisant commentaire, le profil pur et hautement moral des protagonistes comme le relief dramatiquement efficace et magistralement colorĂ© de l’orchestre.

handel_london haendel a londres hanovre square rooms concerts of handel in londonSAMSON, fĂ©vrier 1743. ComposĂ© en 1741 et finalement prĂȘt au moment oĂč le compositeur crĂ©e son Messie Ă  Dublin, Samson est mis de cĂŽtĂ© pour Londres. Sur un livret de Milton, l’oratorio reprend le canevas du drame biblique laissĂ© depuis Saul (1739). CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden de Londres, l’ouvrage de Handel s’intĂ©resse surtout Ă  la fin de la vie de Samson : quand le hĂ©ros juif ayant rĂ©vĂ©lĂ© Ă  Dalila le secret de sa force, donc sa faillibilitĂ©, est l’esclave des Philistins, victime de la haine collective, ne dĂ©sirant plus que la mort. Au dĂ©but, il doit divertir le peuple au moment de la fĂȘte de Dagon
 L’oeuvre est plus psychologique que dramatique. Et c’est la puissance et le surtout le raffinement de la musique qui en exprime la subtile mĂ©tamorphose intĂ©rieure (ouverture brillante avec cors). L’homme trahi se reconstruit peu Ă  peu, en particulier par la conscience reconquise de sa force supĂ©rieure grĂące Ă  la brutalitĂ© du gĂ©ant Harapha dont il partage la puissance
 mais dans son cas, plus avisĂ©e, plus affĂ»tĂ©e. C’est cette conscience qui lui permet ensuite de dĂ©truire les Philistins sous les ruines de leur temple. Admirateur des tragĂ©dies antiques grecques, Milton invente telle une figure prophĂ©tique, la coryphĂ©e Micah, voix solitaire dĂ©tachĂ©e du choeur et doublĂ©e par lui, qui commente l’action et jalonne l’élĂ©vation spirituelle et morale de Samson, vrai hĂ©ros vertueux, qui a ressuscitĂ© de lui-mĂȘme. Handel recycle nombre des motifs de Telemann, Legrenzi, Carissimi et surtout de l’opĂ©ra Numitore de Porta, Ă©coutĂ© en 1720
 Novateur, le compositeur rĂ©serve le rĂŽle titre de Samson au tĂ©nor John Beard, quand la tradition lyrique prĂ©fĂ©rait jusque lĂ  un castrat.

 

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423christophers-harry-handel-oratorio-haendel-oratorios-harry-christophers-1266926603-article-0InterprĂ©tation. Ductile et expressive, d’une nervositĂ© intĂ©rieure (absente chez Gardiner), l’approche de Harry Christophers en 1999, saisit par son activitĂ© instrumentale, un sens de la caractĂ©risation musicale qui donne vie Ă  chaque jalon de l’itinĂ©raire d’un Samson en plein doute (N°17 : « Why does the God of Israel sleep ? » admirablement flexible); de fait, le chef a trouvĂ© un superbe tĂ©nor : Thomas Randle, d’une noblesse virile et tendre, dont le nerf reste constant. Tandis que le soprano souple et sombre de Catherine Wyn Rogers fait une Micah pleine de compassion et de tendresse admirative pour le hĂ©ros en pleine transformation : c’est elle la seconde protagoniste par l’importance de ses airs et la force expressive. Encore une fois la fine Ă©quipe anglaise rĂ©unis par Harry Christophers sĂ©duit par son approche trĂšs fine et raffinĂ©e, essentiellement vivante, du drame HaendĂ©lien.

 

 

 

Les Oratorios sur un sujet mythologique
(SEMELE, février 1744 / HERCULES, janvier 1745 )

 

 

 

 

SEMELE, février 1744

handel-haendel-portrait-582-grand-portrait-handel-haendelSur un prĂ©texte mythologique, sujet Ă  de somptueux effets dramatiques (le dĂ©voilement final de Jupiter Ă  la face d’une trop naĂŻve amoureuse, l’insouciante et Ă©cervelĂ©e SĂ©mĂ©lĂ© qui en meurt Ă©videmment), l’oratorio SĂ©mĂ©lĂ© est par sa construction en scĂšne fortement caractĂ©risĂ©es (et la faible prĂ©sence des choeurs), l’un de plus proches de l’opĂ©ra. ComposĂ© en juin 1743, la partition rĂ©utilise le livret ancien de Congreve (1706). La jalouse Junon, que Jupiter trompe sans vergogne se venge de SĂ©mĂ©lĂ©, nouvelle conquĂȘte du Dieu des dieux, en la poussant jusqu’à prier Zeus d’apparaĂźtre donc dans toute sa glorieuse majestĂ©, Ă©blouissante
 quitte Ă  en ĂȘtre rĂ©duite en cendres (air de SĂ©mĂ©lĂ© n°50). Ici peu de choeur, mais une action concentrĂ©e sur le sĂ©millant badinage des acteurs, tous unis pour perdre la pauvre beautĂ©, trop vaniteuse pour discerner le danger que sa soif d’immortalitĂ© suscite directement. La fantaisie poĂ©tique (figure du Sommeil Somnus), la tendresse comique, shakespearienne d’un Handel proche de Purcell, enchantĂšrent le public dĂšs la crĂ©ation le 10 fĂ©vrier 1744 au ThĂ©Ăątre royal de Covent Garden Ă  Londres


 

 

InterprĂ©tation. John Nelson rĂ©unit en 1993, la crĂšme des chanteurs lyriques anglo-saxons offrant Ă  la comĂ©die mythologique de Handel des tempĂ©raments opĂ©ratiques d’une prĂ©sence indĂ©niable : Samuel Ramey (Somnus), le tĂ©nor John Aller (Jupiter), surtout Sylvia McNair (Iris), Marilyn Horne (bavarde et suractive Junon), et dans le rĂŽle-titre, la superdiva, lolita aux caprices lĂ©gendaires, l’impossible mais ici si virtuose et sensuelle, Kathleen Battle. osons dire que son absence totale de profondeur colle parfaitement Ă  la figure de l’écervelĂ©e vaniteuse
 L’English Chamber Orchestra grĂące au chef s’est allĂ©gĂ© et veille particuliĂšrement Ă  caractĂ©riser chaque sĂ©quence d’une lecture admirablement sĂ©duisante. De sorte que sans dĂ©cor ni machinerie, SĂ©mĂ©lĂ© dĂ©ploie ses habits de vrai opĂ©ra. Les accrocs aux sonoritĂ©s mordantes, Ăąpres des cordes en boyaux, passeront leur chemin.

 

 

 

 

 

 

 

HERCULES, janvier 1745

handel-haendel-portrait-vignette-carre-handel-380AprĂšs SĂ©mĂ©lĂ©, Haendel aborde l’AntiquitĂ© et la mythologie mais alors que SĂ©mĂ©lĂ© est une comĂ©die, Ă©pinglant l’insouciante fatale d’une Ă©cervelĂ©e passablement vaniteuse, Hercules, en serait le pendant tragique, sombre voire terrifiant. Car ici d’aprĂšs Ovide et Sophocle, Handel fait crĂ©er au King’s ThĂ©Ăątre de Haymarket le 5 janvier 1745, -  juste avant son gĂ©nial Belshazzar, un Ă©pisode de la vie d’Hercule qui est son ultime : Nessus, centaure qui aimait DĂ©janire, se venger trĂšs cruellement quand la belle a prĂ©fĂ©rĂ© l’amour d’Hercule. Il fait croire Ă  la traitresse qu’une tunique tĂąchĂ©e de son sang lui permettra de reconquĂ©rir l’amour de son amant auquel elle prĂȘte une idylle avec la captive Iole. En vĂ©ritĂ©, la tunique que revĂȘt Hercule est empoisonnĂ©e et le hĂ©ros meurt dans d’atroces souffrances en maudissant DĂ©janire. Tout l’opĂ©ra est concentrĂ© sur le profil de DĂ©janire qui demeure l’un des rĂŽles dramatiques et tragiques pour mezzo, continĂ»ment passionnant. Le doute, la lolie, la jalousie haineuse et destructrice, l’aveuglement total qui passionne DĂ©janire au point de ne plus discerner la rĂ©alitĂ©, sont magistralement exprimĂ©s : l’amoureuse hystĂ©rique et criminelle finit hantĂ©e par les furies.

LibĂ©rĂ© des conventions de l’opĂ©ra avec dĂ©cors, donc du da capo, Handel affectionne une forme lyrique libre, Ă©pousant chaque sĂ©quence Ă©motionnelle, selon les personnages et leurs situations. MalgrĂ© ses qualitĂ©s, l’opĂ©ra ainsi dĂ©guisĂ© Hercules fut boudĂ© par le public qui attendait un drame sacrĂ© moral et spirituel, au lieu de quoi, Handel lui servit une tragĂ©die de la jalousie, opĂ©ra maquillĂ© en drame profane. L’échec fut bien compris : Handel dĂ©laissa dĂ©finitivement les sujets mythologique pour revenir aux figures Ă©difiantes en particulier fĂ©minines (Theodora, Jephtha).

 

 

minkowski marcInterprĂ©tation. De toute Ă©vidence, Marc Minkowski fait du Minkowski. Aucune profondeur mais une attention vive aux contrastes et effets dramatiques ; d’oĂč la sensation continue d’un geste embrasĂ©, parfois sec, mais oĂč fait cruellement dĂ©faut, la vĂ©ritĂ©. Le rĂŽle-titre est emblĂ©matique : superbe personnage de baryton basse pourtant, Gidon Saks aborde le profil de Hercules avec un panache linĂ©aire, absent de nuances intĂ©rieurs (III, scĂšne 2 : « O Jove!). Dommage. Plus raffinĂ© dans l’expressivitĂ© ardente, et les inflexions mĂ©ditatives : Lychas de David Daniels, et surtout le trĂšs hĂ©roĂŻque Hyllus – fils d’Hercule, du tĂ©nor Richard Croft (palpitant, inscrit dans l’urgence : « « Let not famĂ© the timings spread » / expression de l’amour filial sincĂšre de Hyllus pour son pĂšre). Velours colorĂ© au diapason d’une folie de plus en plus hystĂ©rique et haineuse (vis Ă  vis de Iole), la DĂ©janire de Von Otter ne manque pas d’intensitĂ©, mais il manque une certaine profondeur hallucinĂ©e, due certainement aux tempi parfois prĂ©cipitĂ©s du chef emballĂ© par sa fougue (Episode de folie du III : « Where shall I fly? », vaste rĂ©cit accompagnĂ© Ă  la gravitĂ© pourtant racinienne). Plus juste et d’une vĂ©ritĂ© proche du texte, la trĂšs dĂ©licate et si musicale Iole de Lynne Dawson (« My breast with tender pity swells » ), qui dans l’air le plus long du III, exprime ce sentiment humain de compassion, contrastant avec la violence barbare des Ă©pisodes qui l’environnent. Le nerf est bien prĂ©sent, offrant une belle caractĂ©risation mais pour DĂ©janire (trop lĂ©gĂšre pour un rĂŽle noir?), et un Hercules trop brut tempĂšre l’enthousiasme face Ă  une version qui cible souvent le clinquant, mais qui comportent des instants trĂšs justes (grĂące Ă  la tenue des solistes : dernier duo amoureux et victorieux Hyllus/Iole, Croft/Dawson).

 

 

 

 

 

 

BELSHAZZAR, mars 1745

handel-haendel-londres-london-vignette-dossier-haendel-2016-sur-classiquenewsEn mars 1745, Handel prĂ©sente son nouvel oratorio au Haymarket de Londres, sĂ»r de son Ă©criture orchestralement et fabuleusement raffinĂ©e. Le choeur et les instruments conduisent magistralement l’action (cf dans l’acte II, la Symphonie en urgence ouvrant la scĂšne du banquet de Belshazzar : sentiment panique et aussi couleur cynique et barbare pour dĂ©peindre l’arrogance dĂ©placĂ©e des Babyloniens). Dans le cas de Belshazzar, Handel fait comme Wagner dans l’élaboration de la TĂ©tralogie : il interrompt l’écriture de Belshazzar aprĂšs la fin du second acte, pour Ă©crire le souffle hĂ©roĂŻque et tragique d’Hercules ; le compositeur reprendra Belshazzar et son troisiĂšme et dernier acte, quand il recevra la fin du livret de Charles Jennens.
Bien que magistral par la diversitĂ© des portraits vocaux (Nitocris, Belshazzar, Daniel soit la tendresse maternelle / le cynisme et la cruautĂ© juvĂ©niles / la sagesse mystique), exigeant des choeurs, une articulation inouĂŻe ; d’un Ă©quilibre dramatique efficace sans temps morts, Belshazzar passe quasi inaperçu Ă  Londres, en raison d’une saison trop riche, dĂ©fendue par un Handel gĂ©nial et boulimique, difficile ainsi Ă  suivre dans cette saison 1745.

De la part de Charles Jennens, c’est assurĂ©ment l’un des oratorios les mieux Ă©crits sur le plan dramatique, vrai drame lyrique sacrĂ© qui saisit par la force des choeurs (prodigieux de diversitĂ© expressive : tour Ă  tour : Babyloniens arrogants et haineux ; hĂ©breux, humiliĂ©s, dĂ©sespĂ©rĂ©s ou fervents ; mais aussi Perses agressifs et bientĂŽt, sous la conduite de Cyrus, victorieux des babyloniens), le profil des hĂ©ros : certes la juvĂ©nilitĂ© perverse et bornĂ©e donc fatale du jeune Belshazzar ; surtout les deux Ăąmes spirituellement « amoureuses » : Nitocris, mĂšre aimante qui reste animĂ©e par la quĂȘte de rĂ©demption en faveur de son fils perdu mais aimĂ© ; surtout le prophĂšte Daniel, d’une autoritĂ© vocale supĂ©rieure, essentiellement spirituelle : son monde contraste avec les vilainies bassement terrestres de l’action continue.

Handel_Belshazzar_William ChristieDans un rĂ©cent enregistrement, William Christie et ses Arts Florissants ont dĂ©montrĂ© le gĂ©nie expressif et poĂ©tique du Handel des annĂ©es 1745/1746 : douĂ© d’une intelligence introspective rare (l’amour de Nitocris dont le regard sur le dĂ©roulement de l’action est le fil conducteur de l’oratorio qui est donc accompli Ă  travers les yeux d’une mĂšre – superbe premier air d’ouverture : « Thou, God most high »- ; mĂȘme comprĂ©hension superlative de l’élĂ©vation spirituel voire mystique de Daniel : les 2 caractĂšres y sont prodigieusement rĂ©alisĂ©s). LIRE notre critique de Belshazzar par William Christie (enregistrĂ© en 2012, paru en 2013) / VOIR notre reportage vidĂ©o exclusif de Belshazzar par William Christie.

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Comme dans son fabuleux Messie de 1988, Trevor Pinnock poursuit une comprĂ©hension profonde des enjeux psychiques et spirituels du drame haendĂ©lien grĂące Ă  un geste trĂšs articulĂ© et ciselĂ©, en un continuum orchestral trĂšs nuancé  Soucieux de la caractĂ©risation la plus juste et la plus intime des personnages, Pinnock rĂ©serve le superbe rĂŽle de Nitocris, mĂšre aimante et compassionelle Ă  sa soprano favorite (dĂ©jĂ  prĂ©sente dans son Messie) : Arleen Auger (sobriĂ©tĂ© exemplaire et tendre vĂ©ritĂ© de son second grand air : N°37 « Regard, oh son  », acte II)) ; Anthony Rolfe Johnson souligne l’incisive barbarie de Belshazzar, son ignorance de toute sagesse ; James Bowman rend Daniel, vibrant et habitĂ© par ses visions. Sans atteindre la grĂące mystique, le raffinement spirituel rĂ©alisĂ© par William Christie dans son approche de l’oratorio, Trevor Pinnock lui ouvrait dĂ©jĂ  la voie par son attention Ă  l’extrĂȘme sensibilitĂ© humaine de l’écriture.

 

 

Judas Maccabaeus, 1747

Hogarth,_William_-_Portrait_of_a_Man_-_Google_Art_ProjectLe HWV 63 est crĂ©Ă© Ă  Londres au ThĂ©Ăątre royal de Covent Garden, le 1er avril 1747. La partition suit le livret de Thomas Morell et en liaison avec le contexte politico-religieux de l’époque cĂ©lĂšbre la victoire du Comte de Cumberland contre les jacobites. Avec les oratorios Joshua, Alexander Balus, il s’agit aux cĂŽtĂ©s de l’Occasionna Oratorio, d’une tĂ©tralogie sacrĂ©e particuliĂšrement guerriĂšre et militante, grĂące Ă  laquelle Handel reconquiert son public aprĂšs l’échec de ses opĂ©ras italiens de 1745. Contrairement Ă  Saul, Samson, ou Belshazzar (gĂ©nial mais nous l’avons vu, ignorĂ© purement et simplement par l’audience), Judas est une oeuvre complaisante, rĂ©pondant opportunĂ©ment Ă  une commande qui doit cĂ©lĂ©brer et exalter la fibre patriotique, Handel n’hĂ©sitant pas Ă  allĂ©ger mĂȘme le profil psychologique des protagonistes, singuliĂšrement lĂ©gers. Dans l’acte I, les Juifs pleurent leur chef Mattathias rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ©.Son fils, Simon est sollicitĂ© pour dĂ©signer un nouveau leader : il nomme son frĂšre Judas. De fait ce dernier, inspirĂ© par la Paix, exhorte les Juifs Ă  reprendre les armes pour assurer leur libertĂ©. Au II, la fiĂšre Ă©nergie des Juifs menĂ©s par Judas est mise Ă  mal par Antiochus et ses armĂ©es, mais dans le III, les prĂȘtres israĂ©lites louent le courage de Judas Maccabaeus et sa victoire Ă  Capharsalama. Judas Maccabaeus est une vaste cantate de guerre, emportĂ©e finalement par un allant victorieux.

 

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423mackerras charles maestro handel haendelInterprĂ©tation. ReprĂ©sentatif de la fin des annĂ©es 1970, oĂč la nervositĂ© dĂ©poussiĂ©rĂ©e des orchestres sur instruments anciens n’a pas encore tout explorer, le geste prĂ©cis certes de Mackerrras en 1977, Ă  la tĂȘte des modernes instrumentistes de l’English Chamber orchestra, a bien du mal sur la durĂ©e Ă  nous tirer d’une assommante torpeur : les choeurs comme les rĂ©citatifs souffrent d’une mĂ©canique monolithique (continuo savonnĂ© et lisse), sans guĂšre de caractĂ©risation. Seules les superbes solistes, surtout fĂ©minins (Felicity Palmer et Janet Baker en respectivement une femme israĂ©lite et un homme israĂ©lite), saisissant par leur sens du texte et des enjeux dramatiques, principalement guerriers.

 

HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie I
A venir, la seconde partie de notre grand dossier Les Oratorios de Haendel Handel, partie II :

 

Entre autres, les drames bibliques :
Solomon, mars 1749
Theodora, mars 1750
Jephtha, février 1752

 

CONSULTER la Partie 2 de notre grand dossier Les Oratorios de Handel 

Conception du dossier Haendel : les oratorios... Benjamin Ballifh, Camille de Joyeuse  avec Elvire James et Lucas Irom

 

 

 

 

 

 

 

 

Coffret cd événement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd)

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423Coffret cd Ă©vĂ©nement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd). Decca cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du Haendel londonien qui aprĂšs avoir tentĂ© (vainement) d’affirmer l’opĂ©ra seria italien, invente l’oratorio en langue anglaise. Sobre (en rouge avec fine quadrature jaune/or), le coffret de 41 cd regroupe 16 opus ou oratorios qui retracent chacun les jalons de la formidable aventure de l’opĂ©ra anglais version Handel : le Saxon en devenant plus britannique que les londoniens, abandonne toute ambition lyrique en italien, et invente un nouveau genre, l’oratorio anglais. Pour dĂ©fendre son Ă©criture, les chefs Sir John Eliot Gardiner, Trevor Pinnock, Christopher Hogwood, Marc Minkowski et Harry Christophers. Avec entre autres les oratorios :  La Resurrezione, La Messe du Couronnement, Acis et GalatĂ©e, Judas MacchabĂ©e, Salomon, Saul, Israel en Egypte, incarnĂ©s par les solistes Emma Kirkby, Joan Sutherland, Anne Sofie von Otter, Andreas Scholl, Anthony Rolfe Johnson, Arleen Auger. Soit plusieurs gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes, relevant ou non de la pratique baroqueuse, historiquement informĂ©e. Mais jouer des instruments d’Ă©poque ne fait pas tout : car comme Ă ’opĂ©ra, l’Ă©criture handĂ©lienne, parmi les plus dramatiques qui soient, exige des voix Ă  tempĂ©raments, de vĂ©ritables personnalitĂ©s vocales…

haendel handel georg-friedrich-haendel_1_jpg_240x240_crop_upscale_q9530 ANS D’INTERPRETATION BAROQUE… L’éventail interprĂ©tatif est vaste et rend compte de plusieurs dĂ©cennies de styles variĂ©s selon les nationalitĂ©s du chef et des musiciens. Judas Maccabaeus est le plus ancien enregistrement : 1977, -sous la direction de Charles Mackerras (avec la crĂšme du chant anglais dont Felicity Palmer, Janet Baker, John Shirley Quirck) et l’ECO English Chamber Orchestra, sur instruments modernes. Lui succĂšdent par ordre chronologique de rĂ©alisation : Acis et GalatĂ©e (1978); La Resurrezione (1982), Esther (1985), Athalia (1986), le Messie et Alexander’s Feast (1988), Jephtha (1989), Saul et Belshazzar (1991), Semele (1993), Israel in Egypt, Coronation Anthems (1995), Solomon (1999), Theodora (2000), enfin Hercules (2002), donc le plus rĂ©cent, par Les Musiciens du Louvre et Marc Minkowski (avec Paul Groves, Anne Sofie von Otter
). Pour chacun, le style oratorien ne doit rien sacrifier Ă  l’éloquence du drame, ni Ă  la fiĂšvre Ă©pique, sans omettre Ă©videmment le souffle de la priĂšre spirituelle voire mystique.  Les plus engagĂ©s en nombre de rĂ©alisations sont ici Hogwood, Pinnock et surtout Gardiner.

 

 

Parution : début juillet 2016. Prochaine critique complÚte du coffret HANDEL / The great oratorios 41 cd Decca, à venir dans le mag cd de classiquenews.com

En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/albums/handel-the-great-oratorios/#DiPUlsYVkgjVIRWQ.99

Rennes. Oratorios de Carissimi et de Charpentier

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneRennes, CathĂ©drale Saint-Pierre, Histoires sacrĂ©es, le 4 novembre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier Ă  Rennes. Au XVIIĂš, la ferveur religieuse s’Ă©prouve dans le cadre thĂ©Ăątral de l’oratorio, nouveau genre nĂ© en Italie simultanĂ©ment Ă  l’opĂ©ra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes hĂ©roĂŻques des premiers martyrs chrĂ©tiens. A Rome, le gĂ©nie de Carrissimi s’affirme (Jonas et JephtĂ©), Ă  tel point que les compositeurs français et europĂ©ens se pressent pour recevoir la leçon du maĂźtre romain : Marc-Antoine Charpentier venu Ă  Rome comme peintre, dĂ©couvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance rĂ©alisĂ©e quelques dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maĂźtre de l’oratorio, genre rebaptisĂ© en France, aprĂšs sa formation auprĂšs de Carrissimi, “histoire sacrĂ©e”. En tĂ©moigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment oĂč Lully crĂ©e l’opĂ©ra français pour Louis XIV Ă  Versailles (tragĂ©die en musique), le gĂ©nie d’un Charpentier soucieux de sensualitĂ© italienne autant que de dĂ©clamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilitĂ©s expressives de la musique, en particulier quand l’enchaĂźnement des Ă©pisodes favorise caractĂ©risation, coup de thĂ©Ăątre, contrastes saisissants… LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du programme Carissimi / Charpentier par le ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Stradivaria et Christian Gangneron, Ă  Rennes

charpentier-carissimi-oratorios-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-opera-clic-de-classiquenews


boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4 novembre 2015, 20h

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes OpĂ©ra offre ainsi un florilĂšge spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrĂ©es françaises, excellence d’une transmission Ă©tonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

COMPTE RENDU critique du spectacle Histoires sacrées : Carissimi et Charpentier par Angers Nantes Opéra, par Alexandre Pham (représentation à Sablé sur Sarthe, le 16 septembre 2015)

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi Ă  Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur, cordes et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome, vers 1645.

Mise en scĂšne : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, dirigĂ© par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes OpĂ©ra, crĂ©Ă©e le mercredi 16 septembre 2015 Ă  Nantes, d’aprĂšs la production de l’Atelier de recherche et de crĂ©ation pour l’art lyrique, crĂ©Ă©e Ă  l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustrations : Caravage : l’IncrĂ©dulitĂ© de Saint-Thomas (DR) – Production oratorios de Carissimi, Histoires sacrĂ©es de Charpentier par Angers Nantes OpĂ©ra 2015 © Jef Rabillon