CD, compte rendu critique. Coffret Stravinsky : complete edition (30 cd Deutsche Grammophon).

stravinsky complete edition deutsche grammophon review presentation account of compte rendu critique CLASSIQUENEWS CLIC de classiquenews octobre 2015CD, annonce. Coffret Stravinsky : complete edition (30 cd Deutsche Grammophon). Simultanément aux autres coffrets événement dédiés à Martha Argerich (the complete recordings on Deutsche Grammophon) et Sibelius à l’occasion du 150 ème anniversaire du compositeur finnois, DG nous gratifie en octobre 2015 d’un troisième somptueux coffret, celui là consacré à Igor Stravinsky, regroupant l’essentiel de ses bandes prestigieuses globalement très convaincantes pour une intégrale Stravinsky qui fera date. La boîte est d’autant plus miraculeuse et appréciée qu’elle ne correspond en vérité à aucune célébration particulière… C’est de l’aveu du responsable éditorial, l’aboutissement d’un travail de recherche de plusieurs années, Roger Wright, conscient dès les années 1990, quand il collaborait activement à l’enrichissement du catalogue de la major, de la richesse exceptionnelle du fonds Stravinsky chez DG. L’idée d’une intégrale discographique a donc très rapidement germé : elle se concrétise aujourd’hui, permise grâce à un jeu d’enregistrements réalisés en divers lieux, à différentes périodes… afin de constituer à terme, une intégrale digne de son intention première.

CLIC D'OR macaron 200Tour d’horizon. Piliers de ce coffret Stravinsky 2015 : Pulcinella d’Abbado, (1978), Les Noces de Bernstein (avec les pianistes Argerich et Zimerman, 1977), le Concerto pour violon par Anne-Sophie Mutter, surtout Oedipus Rex (1926) de 1991 enregistré à Chicago par un James Levine éruptif et affûté avec l’excellentissime ténor Philip Langridge (et Jules Bastin en narrateur français), l’Histoire du soldat avec Tom Courtenay, sans omettre The Rake’s progress piloté alors par Gardiner en1997 (avec deux chanteurs au sommet de leur potentiel expressif, Bryn Terfel, le baryton gallois en Nick Shadow et Ian Bostridge dans le rôle-titre : Rake) ; les trois ballets pour Diaghilev par Pierre Boulez (nouvelles versions particulièrement représentatives de l’engagement du chef français chez DG en 1990) ; soit un noyau de lectures aujourd’hui incontestables sur le plan interprétatif et artistique, que plusieurs compléments tout aussi avisés ont enrichi ensuite : Symphonie en mi bémol par Mikhail Pletnev (qui venait d’enregistrer une très sérieuse intégrale des Symphonies de Tchaikovsky), le Baiser de la fée et un cycle dédié aux Å“uvres ultimes de Stravinsky par Oliver Knussen, fervent adepte du détail, et tout autant fin dramaturge, pèsent aussi de tous leur poids.

Outre l’intérêt des interprétations ici réunies, soulignons aussi l’importante notice de présentation avec essai biographique sur la personnalité multiple et complexe de Stravinsky, en français, anglais, allemand à travers les grandes périodes créatrices de l’ex élève de Rimski, devenu américain en 1945 et qui cède après de multiples accents toujours visionnaires et modernistes aux potentialités dodécaphoniques au tournant des années 1950-1960… (après la mort de Schoenberg – son voisin lui aussi exilé à Los Angeles, et après avoir créé pour la Biennale de Venise, son opéra The Rake’s progress en 1951… qui demeure sa dernière offrande néoclassique). L’éclairage sur cette dernière séquence de la vie si riche et dense de Stravinsky, celui dodécaphoniste, prolongeant après le décès de Schoenberg, les recherches sur le métier sériel, reste captivant et fait entre autres, la grande valeur de ce coffret, éditorialement pensé : les dernières Å“uvres, Abraham and Isaac – comme le Viennois Schoenberg avait composé toute sa vie Moses und aron-, puis Variations enfin Requiem Canticles de 1965-1966, ces deux dernières partitions jouées par Oliver Knussen, maestro révélé par cette intégrale), enfin Agon, ballet pour Balanchine qui ne comporte certes qu’un seul épisode véritablement dodécaphonique, en témoignent particulièrement. L’apport de cette somme est incontestable. Louons précisément le scrupule éditorial qui mieux qu’ailleurs, présente en fin de livret, l’ensemble des enregistrements précisant sur le même page, numéro du cd, date et lieu d’enregistrement… une manne informative qui ici est heureusement synthétisée sur la même feuille. Confort de lecture exemplaire pour l’amateur soucieux de suivre selon la chronologie, chaque lecture.

knussen_oliver_knussen_389487cAnalyse. Ainsi, les connaisseurs soucieux d’une sonorité limpide et détaillée pourront y goûter le geste millimétré du français Pierre  Boulez cérébral et pointillisme,  épris de clarté et de mesure : L’oiseau de feu  (1909/1910) à la tête du Chicago Symphony orchestra; Petrushka, Le rossignol et le chant du rossignol, et Le Sacre du printemps avec le Cleveland orchestra; sans omettre les Symphonies en mi bémol ou celle d’instruments à vents. Autre accomplissement anthologique :  l’époustouflant Oedipus Rex par James Levine avec dans le rôle tire et dans celui de Jocaste, l’exceptionnel Philip Langridge, incantatoire, humain, halluciné et l’éblouissante Florence Quivar, consoeur jumelle  d’une Jessye Norman si éblouissante elle-aussi, dans le rôle sous la baguette étincelante de Seiji Ozawa. Le plus surprenant ici demeure aux côtés des autres Claudio Abbado, Bernstein ou Chailly, l’excellent et récent Oliver Knussen : Le baiser de la fée  (1928) avec le Cleveland orchestra, orcheste desormais si boulezien pour Stravinsky ; mais aussi Le Déluge  (1961) avec le London sinfonietta ; Ode (1943), Variations (1963); Requiem canticles  (1966); Storm cloud  (1902); Faune et bergère opus 2  (1906); et donc, Abraham et Isaac, ballade sacrée  (1963); autant de partitions relevant de la petite forme et de la grande forme qui affirme la justesse d’un geste musical.

stravinsky chef orchestre compositeur et maestroSoulignons la suite de L’Oiseau de feu (1945) par Mikhail Pletnev et l’Orchestre national russe. Soulignons aussi le palpitant The Rake’s progress dans la vision ciselé dramatique de Gardiner qui outre les têtes d’affiche réunies pour l’occasion Terfel et Bostridge (à leur sommet), sait aussi unifier la parure orchestrale d’une tenue fédératrice et cohérente habitée par la fièvre théâtrale. Complément jubilatoire à ce coffret gavé de joyaux  discographiques incontournables et nous pesons nos mots : L’histoire du soldat par Igor Markevitch et Cocteau en narrateur (1962); Ernest Ansermet pour Petrushka;  Pierre Monteux et Le sacre du printemps de 1956; la version désormais légendaire du duo Argerich et Barenboim pour la transcription pour 2 pianos du Sacre du printemps, sans passer sous silence l’enregistrement du Concerto pour violon de 1935 avec l’orchestre Lamoureux et Igor Stravinsky soi-même à la baguette (Samuel Dushkin au violon).

 

Stravinsky for everNotice livret captivante. Outre la valeur de cette intégrale,servie par des chefs plus que convaincants, Deutsche Grammophon prend soin  d’éditer une vraie notice comprenant plusieurs textes inédits d’un grand intérêt documentaire et scientifique : en plus de la dernière séquence de la carrière du compositeur et l’éclairage sur ses relations avec le sérialisme de Schoenberg, soulignons aussi au début de la carrière, la genèse éclaircie des premières partitions parisiennes : on y comprend parfaitement entre autres comment a pu se réaliser l’exceptionnelle collaboration Diaghilev et Stravinsky: duo  artistique improbable et pourtant miraculeux propre au Paris des années 1910. C’est parce qu’il avait perdu son principale mécène (le grand duc Vladimir Alexandrovitch), et son principal interprète Chaliapine, que Diaghilev se concentra par défaut sur le ballet sollicitant le jeune Igor Stravinsky, après avoir tenté de séduire plusieurs compositeurs russes plus connus tels Glazounov, Liadov, Sokolov. … Son dessein étant alors d’inventer un nouveau type de ballet russe à fort caractère folklorique a contrario du ballet importé signé Tchaikovski lequel était alors plus occidental que vraiment russe…. La rythmique diabolique, le chatoiement instrumental de l’orchestre de Stravinsky alors inconnu allaient se montrer pour Diaghilev, tout bonnement… miraculeux.

 

 

 

 

Les 30 cd sont divisés en 8 sections :
Oeuvres scéniques (cd 1-12)
Musique orchestrale (cd 13-18)
Musique chorale (cd 19-21)
Musique pour solistes vocaux (cd 22-23)
Musique de chambre (cd 24-25)
Musique pour piano (cd 26-27)
Enregistrements historiques dont ceux par Stravinsky lui-même révélant, soulignant l’exactitude du chef (aux côtés du compositeur) : cd 28-29
Bonus : cd 30 : Martha Argerich et Daniel Barenboim jouent la version pour piano et percussions du Sacre du Printemps

 

 

 

stravinsky complete edition deutsche grammophon review presentation account of compte rendu critique CLASSIQUENEWS CLIC de classiquenews octobre 2015Coffret Stravinsky : complete edition, 30 cd Deutsche Grammophon. Interprètes : Caludio Abbado, Leonard bernstein, Pierre Boulez, Riccardo Chailly, Robert Craft, John Eliot Gardiner, Oliver Knussen, James Levine, Masha Maisky, Anne-Sophie Mutter, Mikhail Pletnev, Maurizio Pollini, Bryn Terfel, Martha Argerich, Daniel Barenboim… 30 cd Deutsche Grammophon 00289 479 4650 Edition Stravinsky 2015. CLIC de classiquenews d’octobre 2015. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com