Salzbourg été 2015 : trio lyrique éblouissant (Netrebko, Kaufmann, Bartoli)

salzbourg opera directSalzbourg festival estival 2015.  La magie Salzbourgeoise ne tient pas à un cycle d’énergie symphonique, ni une thématique forte clairement proclamée (même si Mozart, Strauss – esprit des fondateurs oblige, restent fédérateurs d’édition en édition). Son rayonnement est le produit d’un hasard heureux / marketing savant, alliant qualité musicale évidemment et … glamour. En se choisissant 3 solistes en or, 3 ambassadeurs plébiscités et charismatiques, le festival estival autrichien sait cultiver son rayonnement planétaire… Netrebko, Bartoli, Kaufmann,  3 icônes lyriques ou 3 raisons majeures pour ne rien manquer du Salzbourg 2015… Pourquoi aller à Salzbourg en Autriche en juillet et en août ? Voici notre sélection des rvs à ne pas manquer. Parlons musique sacrée d’abord. Le 22 juillet : Missa Solemnis de Beethoven (Grosses Festspielhaus, par Nikolaus Harnoncourt : tout concert de musique sacrée par Nikolaus Harnoncourt ne se refuse pas : le chef autrichien, adepte de la gravité voire du lugubre qui saisit, exprime la spiritualité des partitions comme personne à ce jour, il vient de le démontrer dans la trilogie des dernières Symphonies de Mozart (39, 40 et 41) en un coffret éblouissant de finesse, de poésie, de profondeur intitulé un “oratorio instrumental” en trois parties. C’est dire. Alors Beethoven, pensez …un grand résultat s’annonce.

Autre événement sacré à Salzbourg cet été, la Messe en fa mineur par Yannick Nézet-Séguin, le 25 juillet, même lieu avec entre autres solistes : Dorotea Röschmann.

Bartoli, Kaufmann, Netrebko… les 3 visages de la magie Salzbourg

 

Cecilia Bartoli chante la vocalità suave de SteffaniAu registre des opéras, Mozart a sa suite atitré à Salzbourg, sa ville natale (qui le lui rendit si mal). Seul opéra pourtant programmé cet été, Les Nozze di Figaro (28 juillet-18 août 2015, évidemment dans la “Maison pour Mozart” / Haus für Mozart : par le duo Ettinger et Bechtolf avec Kühmeier, Pisaroni, Murray…) ; l’événement c’est aussi, surtout, la Norma de Bellini par Cecilia Bartoli (tout est complet mais vous pouvez essayer des places à la volée le soir même : les 31 juillet, 3,6, 8 août 2015, Haus für Mozart. Giovanni Antonini, direction / Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène… si pas de chance, l’ouvrage serait diffusé par Arte … à suivre dans le mag télé de classiquenews.
Jonas Kaufmann, le plus grand ténor du monde !Les mêmes Caurier et Leiser mettent en scène aussi Iphigénie en Tauride de Gluck, les 19,22,24,26,28 août, avec la très en forme Cecilia Bartoli dans le rôle titre là encore (Haus für Mozart). Enfin le grand gagnant (en nombre de représentations, reste cette année le chef Franz Welser-Möst qui dirige ainsi deux ouvrages importants : Fidelio de Beethoven (les 4,7,10,13,16, 19 août 2015, dans la mise en scène de Guth avec Pieczonska, Jonas Kaufmann quand même en Florestan : d’emblée une incarnation passionnante) mais aussi Der Rosenkavalier (de Richard Strauss), une production emblématique du festival autrichien avec Don Giovanni ou Cosi fan tutte de Mozart (Strauss fut le cofondateur en 1922 du festival estival de Salzbourg avec Max Reinhardt et Hugo von Hofmannsthal, poète librettiste du compositeur : les 20,23,26, 28 août 2015 au Grosses Festspielhaus. Harry Kupfer, mise en scène, avec Stoyanova, S. Koch, Groisböck, Schultz…)
Pour finir, le meilleur : la reprise de la production du Trouvère / Il Trovatore de Verdi avec la Leonora de l’icône de Salzbourg, Anna Netrebko. Saluée par nos rédacteurs sur classiquenews en 2014, la production diffusée sur Arte avait saisi par sa justesse (Lire notre compte rendu développé du Trouvère de Verdi à Salzbourg 2014 avec Anna Netrebko).

New-York, Monte Carlo : La nouvelle Iolanta d'Anna NetrebkoLa soprano plus féminine et pulpeuse que jamais, maniant le risque aussi et les défis vocaux (ses Quatre derniers lieder de Strauss, – en novembre 2014 avec Barenboim, et sa Iolanta, indiscutable incarnation, en témoignent récemment) demeure in situ adulée par son fan club, quand le ténor Rolando Villazon qui avait débuté avec elle – dans un époustouflante Traviata en 2002 déjà, a quitté les scènes internationales depuis plusieurs saisons…
Donc pour le Florestan de Kaufmann, la Leonora de Netrebko, Harnoncourt et la Bartoli dédoublée en Norma et Iphigénie, cette édition 2015 de Salzbourg porte fièrement sa couronne de temple lyrique international chaque été (ce n’est pas Bayreuth qui peut en dire autant / LIRE notre article : “Bayreuth 2015 : triste routine…”).

Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site du festival de Sazlbourg (Autriche) / Salzburger festspiele 2015 , du 18 juillet au 30 août 2015.

DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013)

trovatore verdi netrebko domingo DVDCLIC D'OR macaron 200DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013). Dans l’imaginaire du scénographe Philippe Stölzl, le Trouvère est un conte lunaire, basculant constamment entre cynisme barbare et délire fantastique. La première scène est digne d’une gravure gothique d’Hugo ou d’une eau forte de Callot : Ferrando (excellent Adrian Sâmpetrean) plante le décor où règne la malédiction de la sorcière effrayante brûlée vive sur le bûcher par le comte de Luna… une vision primitive qui inspire tout le spectacle qui suit, dont les tableaux jouant sur le blanc et le noir, détaillant d’effrayantes ombres graphiques sur les murs d’une boîte dont l’angle regarde vers la salle et les spectateurs, instaure ce climat si original, celui façonné par un Verdi subjugué par le jaillissement du surnaturel, de la malédiction, la figure troublante d’âmes éperdues (Leonora) qui ivres et portées par leur seul désir, demeurent continûment aveuglées par la passion qui les consume : la jeune femme dans une arène de silhouettes souvent grotesques et grimées jusqu’à la caricature, y paraît tel un lys pur, éclatant par son chant amoureux, juvénile, ardent, innocent. Ce qu’apporte Anna Netrebko relève du miraculeux : le jaillissement brut d’un amour immense qui la dépasse totalement, la possède jusqu’à l’extase : le chant est incandescent, âpre, d’une sincérité tendre irrésistible.

Le public berlinois lui réserve une ovation collective dès son premier air. Légitimement. Tout le premier acte (Le Duel) est stupéfiant de justesse réaliste et expressionniste, saisissant même par ses ombres rouges aux murs défraichis. Un régal pour les yeux et aussi pour l’esprit exigeant : la direction d’acteur est précise et constamment efficace.

Trouvère berlinois, fantastique, effrayant : superlatif

azucena, trovatore berlin, barenboimDans la fosse Daniel Barenboim des grands jours sculpte chaque effet ténébriste d’une partition qui frappe par sa modernité fantastique, rappelant qu’ici la vision de Verdi rejoint les grands noms du romantisme lugubre et cynique, surnaturel, cauchemardesque, et poétiquement délirant : Aloysius Bertrand, Villiers de l’Isle Adam, ETA Hoffmann.  On s’étonne toujours que bon nombre continue d’affliger l’ouvrage verdien d’une faiblesse dramatique due à un livret soit disant faiblard : c’est tout l’inverse. Et la présente production nous montre a contrario des idées reçues et colportées par méconnaissance, la profonde cohérence d’une partition au découpage très subtil, aussi forte et glaçante que Macbeth, aussi prenante que Rigoletto, aussi échevelée et juste que La Traviata… Philipp Stölzl apporte aussi ce picaresque espagnol dans costumes et maquillages qui revisitent en outrant ses couleurs, Velasquez et les caravagesques ibériques, de Ribeira à Murillo.  Si Leonora, incarnée par la sensuelle et embrasée Anna Netrebko, captive de bout en bout, le Luna, rongé par la jalousie et l’impuissance amoureuse trouve en Placido Domingo, un baryton ardent, habité par une psyché qui lui aussi le submerge : passionnant duo.

netrebko anna trouvère trovatore leonora Berlin BarenboimPar son code couleur vert froid, exprimant un cynisme fantastique de plus en plus présent au fur et à mesure de l’action, le théâtre de Philipp Stölzl rappelle évidemment l’immense Peter Mussbach (repéré dans son approche parisienne de La Norma au Châtelet) : le choeur des gitans y singe une foule aux accents apeurés, orgiaques avant que ne paraisse le chant halluciné d’Azucena (très honnête Marina Prudenskaya, de plus en plus touchante : c’est elle qui porte le germe de la vengeance finale ; elle est elle aussi, comme Leonora, une poupée fardée, usée, transfigurée par la passion qui la porte et la consume : si Leonora est dévorée par l’amour pour Manrico le trouvère, Azucena est portée, aspirée par l’effroi du sacrifice primordial : l’assassinat de son propre fils (le véritable) par les flammes. Le Manrico de Gaston Rivero sans partager la brulure de ses partenaires défend haut la figure du Trouvère. Jamais production n’a à ce point mieux exprimer l’essence hallucinée et lunaire de l’opéra verdien : c’est essentiellement un théâtre de la brûlure, des âmes embrasées, où pèse dès l’origine, l’image effrayante flamboyante du bûcher initial. Une éblouissante réussite qui passe surtout par la cohérence du dispositif visuel. Chef et solistes sont au diapason de cette lecture colorée, expressionniste, remarquablement convaincante. Voilà qui renvoie à la marche inférieure la plus récente production du Trouvère avec le duo Netrebko et Domingo, présentée cet été au Festival de Salzbourg… La galerie de peintures qui s’y impose paraît en comparaison fatalement anecdotique tant ici, la création visuelle, le théâtre des ombres découpées sur les murs du cube nourrissent le feu de l’action. Un must et donc un CLIC de classiquenews.com.

Verdi : Il Trovatore. Anna Netrebko (Leonora), Placido Domingo (Placido Domingo), Azucena (Marina Prudenskaya), Manrico le Trouvère (Gaston Rivero, Adrian Sâmpetrean (Ferrando)… Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Philipp Stölzl, mise en scène. 1 dvd Deutsche Grammophon. Enregistré à Berlin au Staatsoper Unter den Linden de Berlin, im Schiller Teater, en décembre 2013.

 

 
 

 

TELE. En octobre 2014, Mezzo diffuse l’Elvira candide, juvénile d’Anna Netrebko (Metropolitan Opera 2006-2007) : I Puritani avec Anna Netrebko au Met 2007 sur Mezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. 

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