COMPTE-RENDU, Concert. TOULOUSE, Piano aux Jacobins, le 11 sept 2019. Récital N. GOERNER, piano.

Nelson GoernerCOMPTE-RENDU, Concert. TOULOUSE, Piano aux Jacobins, le  11 sept 2019. Récital N. GOERNER, piano. F. CHOPIN. G. FAURE. I.J. PADEREWSKI. Le pianiste Argentin Nelson Goerner est un musicien que j’apprécie beaucoup et dont j’ai régulièrement la chance de rendre compte. Ce soir le changement de programme bien compréhensible, les choses sont annoncées presque un an à l’avance, a eu plus d’importance que prévu. Enlever toute œuvre de LISZT est décevant pour ceux qui voulaient entendre des pièces de ce compositeur. Mais il fallait laisser une chance au compositeur remplaçant. Il faut, et ce n’est pas lui faire injure, reconnaitre que Paderewski n’a tout simplement pas l’envergure de Liszt. Excellent pianiste, Paderewski a été un grand interprète de Chopin déprit le monde et nous lui devons l’organisation de son catalogue, mais la musique de Paderewski, du moins dans cette composition, apparait bien conventionnelle et sans charme.

Un peu déconcertant : Nelson Goerner
Paderewski agaçant mais Chopin charmeur…

Ces variations  sont une pâtisserie boursoufflée, grasse et lourde. Et la fugue est bien poussive. L’art de Nelson Goerner n’y a rien pu; l’ennui a donné la main à l’agacement. Quand Funérailles, jeux d’eau à la villa d’Est et Rhapsodie espagnole étaient prévues…. Cela met cruellement en lumière qu’un changement de programme annoncé dans la salle de concert peut être une vraie déception justifiée pour le public.

Quoi qu’il en soit les deux nocturnes de Chopin qui ont ouverts le récital ont été élégants et bien phrasés mais sans aura particulière. Les bien trop longues variations de Paderewski ont plombé l’ambiance. Après l’entracte ou les commentaires sont allé bon train sur ce que d’aucun ont appelé un manque de respect du public, nous avons retrouvé le Nelson Goerner que nous aimons. A Nouveau des variations mais très inspirées de Fauré ; elles ont été une merveille de couleurs, nuances et phrasés. Et en sommet du concert la dernière œuvre, à la fois émouvante puis brillante a conquis le public. Un Chopin ample et nuancé, charpenté et délicatement coloré. Avec ce charme si singulier que le jeu inspiré de Goerner développe. L’Andante spianato a été chanté à l’envie et la Grande Polonaise a brillé de mille feux. Les bis ont récompensé le public reconquis.  Dont un inénarrable Beau Danube bleu arrangé en variations. Mais il reste à poser la question : A quand le Liszt de Goerner ?  Il nous le doit à Toulouse ….

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Compte-rendu concert. 40 ème Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. Cloître des Jacobins, le 12 septembre 2019. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne en do mineur Op.48 n°1 ; Nocturne en fa dièse mineur OP.48 n°2 Barcarolle en fa dièse majeur Op.60 ; Andante spianato et Grande Polonaise brillante en mi bémol majeur Op.22 ;  Ignaz Jan Paderewski (1860-1941) : 20 variations et fugue en mi bémol mineur Op. 23 ; Gabriel Faure (1845-1924) : Thème en variations en do dièse mineur Op.73 ; Nelson Goerner, piano. Nelson Goerner (DR)

COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’Anthéron, le 9 aout 2019. TCHAIKOVSKI, RACHMANINOV : A Malofeev, N Goerner. Orch Nat du Tatarstan. A Slakovsky

COMPTE-RENDU, concert. Festival International de piano de La Roque d’Anthéron, le 9 aout 2019. TCHAIKOVSKI, RACHMANINOV : A Malofeev, N Goerner. Orch Nat du Tatarstan. A Slakovsky. Le Festival International de piano de La Roque d’Anthéron nous conviait à une très grande et belle Nuit du piano. Deux compositeurs russes, un jeune pianiste russe éblouissant, un pianiste argentin solaire, un orchestre et un chef, exaltés. Par notre envoyé spécial YVES BERGÉ.

piano-malofeev-concerto-orchestre-critique-concert-piano-classiquenews-roque-antheron-2019-critique-classiquenews-malofeev-5Une première partie consacrée à deux Å“uvres de Piotr Ilitch Tchaïkovsky (1840-1893) et une deuxième à deux Å“uvres de Sergueï Rachmaninov (1873-1943). Deux concertos, deux Å“uvres symphoniques, équilibre parfait d’un diptyque somptueux. Alexander Malofeev, gamin surdoué de dix-sept ans,  inaugure cette Nuit du piano. Premier Prix du Concours International Tchaïkovsky pour jeunes pianistes, salué par sa prestation exceptionnelle à quatorze ans, il joue le Concerto N°2 pour piano et orchestre en sol majeur opus 44 de Tchaïkovsky, sous la voûte spectaculaire de La Roque, et ses 121 cubes blancs qui en font l’une des acoustiques les plus jalousées des festivals de plein air. Moins célèbre que l’incontournable Concerto N°1 en Si bémol Majeur avec son premier mouvement et ses immenses accords qui parcourent tout le clavier et ce thème legato, d’une ligne mélodique puissante et si sensuelle, le Concerto N°2 (Tchaïkovsky en composera 3) est en trois mouvements, comme la plupart des concertos, dont la forme a été fixée à la fin de l’époque baroque. A travers ses innombrables concertos, Antonio Vivaldi (1678-1741) contribua à fixer les trois mouvements et à donner au soliste une grande liberté d’écriture, dont la virtuosité et la technique se développeront au cours des siècles suivants. La cadence de la fin des premiers mouvements, improvisée puis écrite au XIXe siècle, est un héritage de cette audace baroque. Le Concerto N°2 est composé de trois mouvements :Allegro brillante e molto vivace /Andante non troppo/Allegro con fuoco.

 

 

La folle soirée russe !

 

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Le jeune virtuose Malofeev semble danser sur le clavier, son aisance dans les parties très techniques et sa maturité dans les passages plus sombres sont étonnantes ; il se courbe vers le piano, comme pour faire corps avec le son, puis se relève, impétueux pour mieux dominer la partition. Il sait aussi dialoguer avec la flûte traversière, le violon solo ou le violoncelle, comme s’il s’agissait d’un mouvement de Sonate plus intime puis devient fougueux, survolté dans l’Allegro con fuoco, thème de danse villageoise avec de grands accords fulgurants qui parcourent tout le clavier, dans une écriture très rhapsodyque. Dans ses 2 bis, Alexander Malofeev semble faire la synthèse de cet art déjà très abouti : Islamey, opus 18 de Mili Balakirev, membre du Groupe des Cinq. Fantaisie orientale où les mains se croisent sans cesse dans une course folle et un extrait des Saisons, opus 37a de Tchaïkovsky (La Chanson d’Automne : Octobre), d’une profonde mélancolie retenue. Eblouissant ! L’Orchestre National symphonique du Tatarstan, accompagne le jeune virtuose. Le Tatarstan, entité de la Fédération de Russie peut s’honore d’avoir un tel Ensemble symphonique. Le Festival d’Automne de sa capitale Kazan, est de grande renommée et permet à l’Orchestre National d’y briller et de se confronter à d’autres formations internationales. Bien sûr, les compositeurs russes inondent tous les programmes de concert. Alexander Sladkovsky, le chef emblématique depuis 2010, lauréat du Concours International Prokofiev, d’abord sous le charme de cet adolescent sans limites, imprime une intensité, une générosité et fait vibrer chaque pupitre. Présence poignante sur son estrade, cabotin et imposant.
 
 

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L’orchestre reprend seul le flambeau pour une interprétation de haute volée de la Symphonie N°2 de Tchaïkovsky en ut mineur opus 17 « Petite Russie » ; symphonie en 4 mouvements comme la plupart des symphonies depuis Mozart. Le chef donne à chaque mouvement un relief particulier, une couleur correspondant aux indications si colorées du compositeur. Chaque mouvement est divisé en plusieurs parties indiquées par des caractères différents, vitesses, atmosphères : 1er mouvement, Andante sostenuto-Allegro comodo/2ème mouvement, Andantino marziale, quasi moderato/3ème mouvement, Scherzo-Allegro molto vivace/4ème mouvement, Finale-Moderato assai-Allegro vivo. Ces différentes palettes de durée et d’expression, vont permettre à Alexander Sladkovsky de passer d’une direction franche, martiale, dense à des gestes plus souples. Le chef est habité, il communique physiquement par une attitude souvent emphatique, très théâtrale. Si l’Andante démarre par une marche pulsée, rythmée par les noires des bassons et des cordes graves, il se termine par une phrase plus légère. Dans le Scherzo, tempo ternaire jubilatoire, le chef est bondissant, faisant ressortir ainsi le pupitres des Bois qui lancent des fusées, reprises par les cordes. L’Allegro vivo est un hymne grandiose. La Danse Espagnole, en bis, extraite du Lac des Cygnes de Tchaïkovsky, termine cette première partie dans un enthousiasme communicatif. Le public est déjà conquis !

A l’époque romantique, la Russie oppose deux visages: l’un national, l’autre plus européen : Cinq compositeurs russes, regroupés sous l’appellation Groupe des Cinq écriront des Å“uvres exaltant les sentiments patriotiques, pages aux coloris très expressifs, aux mélodies originales. On retient essentiellement Borodine : Le Prince Igor (« Danses polovtsiennes »)…, Rimsky Korsakov : Le Coq d’Or, La Grande Pâque Russe, Shéhérazade… et Modeste Moussorgsky : Boris Goudounov (opéra), Les Tableaux d’une Exposition (orchestration de Maurice Ravel)… Tchaïkovsky, en marge de ce mouvement, reste profondément russe mais est aussi attaché à la culture occidentale par ses Symphonies, ses concertos, sa musique de chambre et donnera au Ballet symphonique ses lettres de noblesse, le définissant comme genre à part entière, enfin sorti des traditionnelles interventions, si attendues, dans les opéras. Il était soutenu par une aristocratie qui dédaignait la musique imprégnée d’art populaire et « rencontra » une mécène providentielle : Nadejda Von Meck qui aura avec lui une relation épistolaire des plus insolites ; elle lui enverra une bourse régulièrement sans jamais chercher à le rencontrer, admiration désintéressée d’une rare élégance. Bien sûr, elle sera la dédicataire de plusieurs Å“uvres du Maître qui ne se faisait pas prier pour honorer les caprices artistiques de la richissime veuve russe fortunée !

 

 
 
Dans la deuxième partie, le pianiste argentin Nelson Goerner, cinquante ans, visage lumineux, joue le Concerto N°3 opus 30 de Sergueï Rachmaninov (1873-1943) avec le même orchestre et le même chef. Ce pianiste argentin obtient en 1986 le Premier Prix du Concours Franz Liszt de Buenos Aires et rencontre la même année la sublime pianiste argentine Martha Argerich : sa carrière internationale est lancée. On le découvre ce soir dans ce redoutable Concerto du Maître russe. C’est lors d’une tournée aux Etats-Unis, en 1909, que Rachmaninov compose et joue ce 3ème Concerto en ré mineur ; c’est un triomphe ! Gustav Malher, lui aussi présent aux Etats-Unis pour faire connaître ses Å“uvres, dirige le compositeur russe dans ce Concerto en 1910 ! Rachmaninov a composé 4 concertos pour le piano. Le Concerto N°1 en fa# mineur a été rendu célèbre par l’émission Apostrophes de Bernard Pivot dont il était le générique. Il a bercé, ainsi, des années de soirées littéraires, de 1975 à 1990 ! Le troisième Concerto, en trois mouvements, est d’une extrême virtuosité.

 

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Dans l’Allegro ma non tanto, Goerner reste élégant, raffiné, virtuose sans emphase ; après la tornade Malofeev, le pianiste argentin parcourt le clavier avec une aisance fantastique et maîtrise tous les pièges de cette écriture postromantique si exigeante: accords, gammes, arpèges diaboliques et des superpositions de voix étonnantes. La cadence finale est redoutable par sa force et son écriture si complexe. Le deuxième mouvement, Intermezzo-Adagio est d’une langueur mélancolique, dialogues avec la flûte, le hautbois, le cor, parenthèses élégiaques avant la déferlante du 3ème mouvement Finale-Alla breve, hybride et brillant, mêlant des couleurs expressionnistes et jazzy surprenantes. Le pianiste est en connexion parfaite avec son instrument et l’orchestre. Le public salue, debout, cette performance. En bis, Le Bailecito (Petite danse) du compositeur argentin Carlos Guastavino, (1912-2000), connu essentiellement pour ses nombreuses mélodies (Mélodies argentines…), est un clin-d’oeil à ses origines. Goerner effleure le clavier, caresse les touches. Puis il conclut par des variations impressionnantes d’Adolf Schulz-Evler, compositeur polonais mort en 1905, d’après le Beau Danube Bleu de Johann Strauss. Brillantissime ! Triomphe total!

Pour terminer cette grande soirée, l’orchestre joue Le Rocher, Poème symphonique opus 7 de Rachmaninov, Å“uvre de jeunesse, 1893, aux couleurs plus impressionnistes, qui s’inspire d’un poème de Mikhaïl Lermontov : Le Rocher. Fresque symphonique, découpée en plusieurs tableaux : départ sombre et ténébreux, cordes graves, legato puis une partie plus dansante ; après une respiration apaisée et mystérieuse, un nouveau contraste pour un crescendo grandiose en tutti.
Le généreux chef transmet son incroyable vitalité, dans une attitude grandiloquente, parfois caricaturale mais touchante aussi par son énergie juvénile. Trois bis, ce qui est rarissime, après un tel concert, pour une soirée qui semblait se prolonger sans cesse, dont « La Bacchanale », extraite de Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns, tumultueuse, ornée, orientale, festive et Stan Tamerlana d’Alexander Tchaïkovski, compositeur et pianiste russe, né en 1946. Oeuvre délirante par ses sonorités âpres, folkloriques et ses rythmes entraînants, qui soulève le public dans une extase jouissive hallucinante. Le chef bondit, gesticule, se tourne vers la foule déjà debout, et l’invite à se joindre à la fête par des claps de mains, des cris, faisant écho aux jeux entre les cuivres, les percussions, les vents, les cordes. Spectateurs médusés, un chef aérien qui nous offrait toute la puissance et la vie d’un orchestre vibrant, musiciens, spectateurs ne faisant qu’un. Un moment très étonnant. On avait tous envie de prendre le premier vol pour Kazan et continuer cette soirée magique dans l’aventure d’autres répertoires. Par notre envoyé spécial YVES BERGÉ. Illustrations : Festival international de piano de la Roque d’Anthéron 2019

 
 
 
 

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Festival International de piano de La Roque d’Anthéron
Vendredi 9 août 2019 – Nuit du piano:
• Alexander Malofeev : piano
• Orchestre National symphonique du Tatarstan. Alexander Sladkovsky : direction
• Concerto N°2 pour piano et orchestre en sol majeur opus 44 de Piotr Ilitch Tchaïkovsky
• Symphonie N°2 en ut mineur opus 17 « Petite Russienne » de Piotr Ilitch Tchaïkovsky
• Nelson Goerner : piano
•  Orchestre National symphonique du Tatarstan. Alexander Sladkovsky : direction
• Concerto N°3 opus 30 de Sergueï Rachmaninov
• Le Rocher, Poème symphonique opus 7 de Sergueï Rachmaninov

 

 

Compte rendu, concert. 37ème édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloître des Jacobins, le 15 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach ; Robert Schumann ; Ludwig Van Beethoven. Nelson Goerner, piano.

Compte rendu, concert. 37ème édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloître des Jacobins, le 15 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach ; Robert Schumann ; Ludwig Van Beethoven.  Nelson Goerner, piano.

Nelson Goerner fait partie des musiciens d’exception. Originaire d’Argentine, il est chez lui dans le monde entier. Son talent très tôt repéré et encouragé par Martha Argerich s’est développé magnifiquement et sa carrière internationale est fascinante.
Cet artiste aux moyens considérables a choisi pour son récital au Cloître des Jacobins un programme construit vers une apothéose.
Les Variations sur un air italien de Bach représentent une sorte de pâtisserie très décorée, portée en une virtuosité aérienne à la limite de la déstructuration. Nelson Goerner en a offert une interprétation mesurée et maitrisée détaillant chaque petite note avec gourmandise. Comme un long fleuve tranquille sans contraste et avec très peu de nuance. Tout a passé comme un rêve, calme et apaisé.

GOERNER, presque Too much…

goerner-mathais-piano-582-390-(c)Jean-Baptiste-MillotPuis les Davidsbündertänze de Schumann ont été absolument incroyables d’intensité musicale. La diversité que cette suite de pièces contient est sidérante. Nelson Goerner a plongé, et nous a entrainé, dans cet univers foisonnant où joie, excitation, douleur, presque-folie ou paix s’enchainent sans trêve. De toute évidence, les mimiques très expressives de Nelson Goerner nous prouvent avec quelle intensité il vit complètement cette partition.  Avec des moyens d’une puissance émotionnelle rare, il a saisi son auditoire. Que de couleurs, de nuances, de puissance ou de délicatesse sous ses dix doigts ! Un voyage inoubliable, sans pouvoir reprendre jamais notre souffle, dans l’univers Schumanien si fascinant des Davidsbündertänze.

En deuxième partie de programme Nelson Goerner s’est attaqué à la Sonate Hammerklavier de Beethoven que certains nomment « l’Himalaya du piano » : et j’ai bien l’impression que notre artiste a pris cette indication à la lettre !
Engagé, volontaire, presque halluciné par instants… on ne peut imaginer piano plus expressif, tirant toutes les possibilités en termes de variété de toucher, couleurs ou nuances du piano. Beethoven dans cet opus sort grandi, statufié en inaccessible génie. Ainsi il aurait perçu dans sa surdité réelle et son oreille visionnaire, toutes les possibilités du piano contemporain. C’est à cet extrême là que je me heurte.  Si Beethoven sonne ainsi, peut on imaginer un au-delà ? Cette puissance sonore à la limite de l’agression pour des oreilles sensibles est peut être excessive. Mais le troisième mouvement d’une délicatesse à mourir de beauté est si incroyable… Si métaphysiquement accompli… Le final hallucinant de fermeté, de structure sublimée et de force digitale surhumaine est à peine soutenable.

Nous sommes loin très loin de ce qui se propose en terme de poésie et de subtilité dans les « version renseignées » sur pianoforte.  Nelson Goerner dans la plénitude de ses moyens phénoménaux a proposé une version insurpassable de puissance de l’opus 106. Cette interprétation me fait d’avantage penser à une œuvre shakespearienne baroque et excessive qu’à une oeuvre d’un compositeur classique ouvrant la voie au romantisme.
En bis Nelson Goerner offre un Nocturne de Chopin, poétique et délicat nous rappelant quel artiste sensible il sait être. Mais pour terminer, il nous a asséné le coup de grâce par une puissance quasi orgiaque dans une étude du russe Felix Blumenfeld pour la seule main gauche.

Compte rendu concerts. 37ème édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloître des Jacobins ; Le 15 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Air varié dans le style italien BWV.989; Robert Schumann (1810-1856) : Davidsbündertänze, Op.6 ; ; Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano n°29 en si bémol majeur, « Hammerklavier » Op.106 . Nelson Goerner, piano. Illustration: (c)Jean-Baptiste-Millot