MOULINS : “Barockissimo!”, Les Arts Flo en scène

MCOSTUMES DE SCENE des ARTS FLO Ă  MOULINSOULINS. Exposition. BAROCKISSIMO! Les Arts Florissants en scène jusqu’au 18 septembre 2016. Le Centre national du costume de scène expose quelques uns des joyaux en tissu, façonnĂ©s pour les productions lyriques dirigĂ©es par la directeur et fondateur des Arts Flo, William Christie. OpportunitĂ© pour le chef d’orchestre mythique et dĂ©sormais incontournable sur le sujet de l’opĂ©ra baroque en France, de rĂ©capituler plusieurs dĂ©cennies de recherches, d’approfondissement et surtout de trouvailles visuelles … ici le dĂ©ploiement des Ă©toffes prolonge, habille, explicite le geste musical. Le catalogue concentre la pertinence de l’approche musĂ©ale, tout en permettant aux personnalitĂ©s organisatrices de s’exprimer sur les choix, la sĂ©lection des objets (costumes, maquettes, etc…) prĂ©sentĂ©s (chapitre ou “acte” I), et aussi la rĂ©flexion nĂ©e Ă  partir des rĂ©pertoires abordĂ©s : “L’Italie et la naissance de l’opĂ©ra, les voix” (acte II) ; “La France, Louis XIV et Lully” ; “L’Angleterre, Purcell et Shakespeare” ; “Handel et l’opĂ©ra” ; “L’OpĂ©ra français, Ă  l’heure de Jean-Philippe Rameau”, sans omettre de tracer des perspectives : “au delĂ  du baroque”. Ainsi Catherine Massip, Martine Kahane dont les recherches sont depuis longtemps associĂ©es Ă  l’activitĂ© des Arts Florissants analysent très finement les ouvrages abordĂ©s, et la singularitĂ© critique dĂ©fendue depuis ses dĂ©buts par le fondateur William Christie.

LES ARTS FLORISSANTS : 1979-2015
30 ans d’enchantement visuel et scĂ©nique

Christie-william-rouvre-PORTRAIT-carre-578-582-home-a-lafficheUne très intĂ©ressante partie connexe et complĂ©mentaire intitulĂ©e “Ascoltando” (cosignĂ©e par Dider Doumergue et Anne Verdier, les chefs costumiers des productions lyriques Ă©voquĂ©es) est dĂ©diĂ©e aux formes et enjeux du spectacles : dimension sociale (Atys et Le malade imaginaire), affirmation d’une Ă©lĂ©gance rhĂ©torique (La FĂ©e Urgèle, La rĂ©pĂ©tition interrompue), la musique au fondement de l’inspiration (MĂ©dĂ©e, Hippolyte et Aricie), Montage de sens, montage de temps (L’amour mĂ©decin, Le sicilien ou l’amour peintre) ; sans omettre la très intĂ©ressante contribution de Jean-Marie VillĂ©gier Ă  propos de sa coopĂ©ration avec Bill autour de la production lĂ©gendaire d’Atys (“Quelques feuillets de mon album, 1985-1992″, texte Ă©crit en janvier 2016 pour l’exposition)… Au final le très beaux livre de 126 pages rend compte, tout autant que les objets de l’exposition Ă  Moulins dans son intĂ©gralitĂ©, de la grande diversitĂ© des propositions de costumes dont le raffinement et le luxe rĂ©pond directement au dĂ©sir d’enchantement et d’Ă©loquence dĂ©fendu par William Christie quand il interprète telle ou telle partition ancienne et baroque.
A partir de l’”Acte II”, — Ă  partir de l’Ă©vocation thĂ©matisĂ©e de la naissance de l’opĂ©ra en Italie, la publication met en lumière, photographies en pleine page, la beautĂ© des costumes façonnĂ©s pour chaque production. Costumes de Sant’Alessio (Caen, 2007), Il Riturno d’Ulisse (Aix, 2000 — avec un chapitre complĂ©mentaire dĂ©diĂ© aux ateliers de costumes du Festival aixois…), L’Incoronazione di Poppea (Madrid, 2010), Il Tito de Cesti (Strasbourg, 2001 — en complĂ©ment plusieurs photos de scène en noir et blanc) ; la France baroque renaĂ®t aussi grâce aux costumes des spectacles ainsi ressuscitĂ©s : Le Malade imaginaire (Châtelet, 1990), Ă©videment Atys (costumes de la crĂ©ation de 1986 Ă  Florence puis Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1987, enfin pour la rĂ©cente reprise de 2011 — costumes du dieu du sommeil pour Paul Agnew…) ; ActĂ©on de Charpentier (TCE, Paris, 2011) ; Armide (TCE, 2008)…; sans omettre, cĂ´tĂ© baroques britanniques : chez Purcell (Dido and Aeneas (New York, 2010), The Fairy Queen (Aix, 1989), enfin propre aux enchantements multiples du théâtre de Handel : Alcina (Palais Garnier, Paris, juin 1999), Serse (TCE, Paris, 2003), Hercules (Aix, 2004), Theodora (TCE, Paris, 2015)… accomplissement tout autant convaincant, l’offre visuelle pour les opĂ©ras de Rameau dont son Ă©voquĂ©s aussi par de magnifiques costumes : Hippolyte et Aricie (Paris, Palais Garnier, 1996 — dont l’inimaginable costume en une pièce des 3 Parques, sorte de monstruositĂ© textile Ă  trois tĂŞtes !), Les Indes Galantes (Palais Garnier, Paris, 1999), la rĂ©cente production crĂ©Ă©e Ă  Caen : Rameau, MaĂ®tre Ă  danser (2014), PlatĂ©e (Vienne, puis paris, 2014), Pygmalion (Aix, 2010), Les BorĂ©ades (Palais Garnier, Paris, 2003), … Jamais l’univers visuel et poĂ©tique de William Christie et de ses Arts Flo (fondĂ©s en 1979), n’auront Ă  ce point enchanter en une grande fresque onirique reconstruite sur plusieurs dĂ©cennies. La perspective ainsi restituĂ©e est inĂ©dite et la richesse de l’offre visuelle, passionnante. Exposition et catalogue, incontournables.

EXPOSITION : Barockissimo ! Les Arts Florissants en scène. Moulins, Centre national du costume de scène (CNCS), du 9 avril au 18 septembre 2016. Catalogue 220 pages, Édition lienart, Les Arts Florissants William Christie. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

Moulins, Exposition : L’OpĂ©ra Comique et ses trĂ©sors, jusqu’au 25 mai 2015

Couv-Catalogue-OperaComiqueetsestresors--1EXPOSITION. Moulins, CNCS : L’OpĂ©ra Comique et ses trĂ©sors, jusqu’au 25 mai 2015. Pour le tricentenaire en 2015 de l’OpĂ©ra Comique, Moulins expose au CNCS Centre national du costume de scène, une exposition anniversaire qui Ă  travers le prisme des costumes raconte l’histoire singulière du genre lyrique dit “opĂ©ra-comique”, entre opĂ©ra et théâtre. TĂ©lĂ©maque parodie de Lesage et Gillier est le premier opĂ©ra-comique proprement dit crĂ©Ă© en 1715 : l’Ĺ“uvre ainsi contemporaine de la mort de Louis XIV marque le coup d’envoi et l’essor d’un genre nouveau, complĂ©mentaire Ă  la lyre tragique : il s’inspire de la Commedia dell’arte italienne et de l’esprit satirique et parodique des trĂ©teaux de la Foire (celui lĂ  mĂŞme qui marqua la jeunesse de Rameau). Les Troqueurs de Dauvergne (1753) en pleine Querelle des Bouffons, (magistralement recrĂ©Ă© par William Christie) marque au milieu du siècle un premier âge d’or du genre.

Le catalogue Ă©ditĂ© par Fage, suit le propos Ă  la fois synthĂ©tique et thĂ©matisĂ© d’Agnès Terrier, commissaire de l’exposition Ă  Moulins : d’abord, une Ă©vocation par le costume du rĂ©pertoire de l’opĂ©ra-comique dont les conquĂŞtes sont alors “vĂ©ritĂ©, caractère, fantaisie”. Alors se prĂ©cise la stature et l’Ă©paisseur du comĂ©dien chanteur qui par le costume incarne l’intensitĂ© (vĂ©ritĂ© / sincĂ©ritĂ©) d’un personnage : ici se dĂ©voilent la typologie et la signification de chaque costume appelĂ© Ă  identifier les acteurs de la Foire dès les annĂ©es 1730, tels Pierrot, Arlequin, Mezzetin, Colombine… ; c’est peu Ă  peu Ă  mesure de l’importance rĂ©flĂ©chie du costume, la prise de conscience progressive de l’interprète, son jeu, sa vĂ©ritĂ© sur la scène (Justine Favart dans le rĂ´le de Roxelane dans Soliman second…, ThĂ©rèse Vestris dans Scanderberg en tĂ©moignent…), mĂŞmes enjeux dĂ©voilĂ©s et mĂ©tamorphoses de l’acteur perfectionniste Ă  l’Ă©cole de l’illusion grâce au soin du costume sous la RĂ©volution, le Directoire et le dĂ©but du Consulat, soit de 1789 Ă  1801.
Avec la fusion du Feydeau et du premier OpĂ©ra-Comique en 1801, l’histoire de l’institution s’enrichit encore en moyens et en rĂ©alisations… Carmen de Bizet et sa cĂ©lèbre crĂ©atrice CĂ©lestine Galli-MariĂ© affirment le costume et sa pose, affirmation de la posture chantante de l’interprète ; mĂŞme Ă©volution fascinante pendant la direction d’Albert CarrĂ© de 1898 Ă  1914… oĂą l’OpĂ©ra Comique poursuit son exploration inventive de la forme lyrique : Louise de Charpentier, La vie de Bohème et Tosca de Puccini, PellĂ©as et MĂ©lisande sans omettre Mignon de Thomas, Manon de Massenet sont autant de joyaux d’une histoire que l’on gagne Ă  (re)dĂ©couvrir.

Puis, l’histoire rĂ©cente du Théâtre parisien (salle Favart) dont les recrĂ©ations et crĂ©ations des annĂ©es 2000 (rĂ©alisĂ©es avec le concours des petites mains expertes de l’atelier local, le “Central costumes”, seul atelier de fabrication Ă  Paris qui utilise les teintures naturelles !) attestent de l’activitĂ© d’une forme théâtrale qui frappe par sa constante invention, aux cĂ´tĂ©s de l’OpĂ©ra.
L’auteur/commissaire s’intĂ©resse en particulier dans cette partie Ă  l’Ĺ“uvre de 5 crĂ©ateurs costumes Ă  la Salle Favart : Macha MakeĂŻeff (dont l’inspiration s’est manifestĂ©e Ă  travers les productions rĂ©centes de L’Etoile de Chabrier en 2007, Zampa en 2008, Les Mamelles de TirĂ©sias en 2010, ou Boulingrin en 2010), Christian Lacroix (RomĂ©o et Juliette en 1989, Fortunio en 2009…), Alain Blanchot (Cadmus et Hermione en 2010, Egisto en 2012), Renato Bianchi (Amadis de Gaule en 2011), enfin Vanessa Sannino (Mârouf, savetier du Caire en 2013)…

Par le costume, comme un superbe livre d’images se dĂ©voilent ainsi les grandes heures de l’OpĂ©ra-Comique, scène d’une irrĂ©sistible invention qui est Ă  l’OpĂ©ra, ce que sont aujourd’hui les sĂ©ries vis Ă  vis du cinĂ©ma : un rĂ©servoir inĂ©puisable de propositions qui interrogent le genre lyrique et théâtral. Quelques partitions aujourd’hui clĂ©s, toujours piliers du rĂ©pertoire (de tous les théâtres et partout dans le monde) ; d’autres, joyaux retrouvĂ©s qui font de l’OpĂ©ra-Comique, l’actuelle temple de l’imaginaire et de l’original que l’on connaĂ®t au XXIème siècle. Parmi les fleurons des costumes exposĂ©s, on relève entre autres la robe de Manon (portĂ©e par RenĂ©e Fleming Ă  l’OpĂ©ra de Paris en 1997), le costume de PĂ©nĂ©lope portĂ© par Germaine Lubin en 1919… mais bien d’autres trĂ©sors vous attendent dans le parcours de Moulins.

exposition-opera-comique-moulins-tresors-costumes-opera-comique-exposition-clic-de-classiquenews-fevrier-mars-avril-mai-2015Exposition : L’OpĂ©ra Comique et ses trĂ©sors. Tricentenaire de l’OpĂ©ra Comique. Si le livre-catalogue suscite l’enthousiasme, il ne saurait remplacer la prĂ©sence tangible des merveilleux costumes d’une histoire aussi captivante que celle de l’OpĂ©ra Comique. L’exposition offre la contemplation de tous ces trĂ©sors, oĂą l’on passe de la magie de la scène Ă  la rĂ©alitĂ© de la dĂ©lectation, Ă  Moulins, au Centre national du costume de scène et de la scĂ©nographie, du 7 fĂ©vrier au 15 mai 2015. + d’infos sur le site du CNCS Ă  Moulins.